‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 902 sur 922 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

qui fit succomber la forteresse romane. Nous n'en découvrîmes pas, mais nous reconnûmes que la moitié supérieure des murailles était d'une pierre dont la teinte jaune contrastait avec la couleur plombée des fondements. Nous en conclûmes que le château démoli jusqu'à mi-corps dans la fougue et le tumulte de l'attaque fut reconstruit par les vainqueurs tranquillement campés sur ce sommet pyrénéen d'où ils dominaient le pays d'Olmès. Nous remarquâmes les coulisses des barres qui fermaient la nuit la petite porte orientale. C'est à ces barres transversales que, la veille de la reddition, furent nouées des cordes dont on lança le rouleau dans l'Abès, et le long desquelles s'aventurèrent intrépidement dans les ténèbres quatre cathares chargés par les évêques de sauver le trésor caché dans la forêt de Serrelongue et de le porter . dans la grotte d'Ornolac, puis au château de So, voisin de Quérigut, avec l'adieu des défenseurs infortunés de Montségur. C'est dans cette grande salle sombre que les martyrs, de toute part enveloppés par l'ennemi, se préparèrent à la consommation de leur sacrifice. Les chevaliers blessés, et s'appuyant sur leurs arcs rompus, tombèrent à genoux aux pieds des évêques implorant le suprême consolament. Ils se firent mutuellement quelques dons funèbres, échangèrent de mélancoliques souvenirs, se rendirent le baiser du trépas, reçurent une dernière fois la bénédiction des martyrs, et consolés se relevèrent prêts pour la mort et le ciel. Enfin, c'est par la grande porte du sud-ouest que Ramon de Pérelle, campé depuis trente-cinq

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ans sur cette Roche, en sortit pour la dernière fois. Il descendit tel qu'un roi sacerdotal, escorté du patriarche En-Marti, d'Agulher et d'autres évêques, d'environ deux cents diacres et diaconesses, et d'une centaine de chevaliers, servants d'armes ou serviteurs de sa maison. Nous suivions religieusement de cœur le lugubre cortège ondulant jusqu'au pied de la montagne du château. Là, on enchaîna le vieux chevalier et ses compagnons, et tous les laïques réservés aux oubliettes de Carcas- . sonne. C'est là qu'il embrassa sa femme Gorba, sa fille Esclarmonde, les évoques, les ministres, les parfaits destinés à la mort. C'est là qu'eurent lieu les derniers adieux, les suprêmes laràies, et le véritable martyre de l'âme. La gorge du Tremblement fut leur Gethsémané. Mais où donc fut allumé le feu? Le sol n'est ni assez nivelé, ni assez spacieux pour ce bûcher gigantesque. Évidemment on contourna la base de la montagne et l'on descendit sur le versant septentrional. Là, la chaîne de Serrelongue se courbe en amphithéâtre autour d'une esplanade qui domine le ravin de l'Abès sous la façade orientale du château. C'est là que Marti et Agulher, et leurs deux cents compagnons, furent parqués : ils attendirent qu'on eût coupé des ifs, des buis, des sapins sur les rochers : ils virent ces arbres résineux s'amonceler en pyramide. Dès qu'elle fut terminée, la flamme étincela, et on les somma d'obéir au roi de France et au pape de Rome. Pour toute réponse, ils s'élancèrent dans ce brasier immense, martyrs volontaires de l'Église cathare et de la patrie romane.

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