‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 903 sur 922 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Montségur, pris par les croisés, disparaît pendant six cents ans. L'inquisition l'enveloppe de mystère et d'oubli. Nul ne sait plus son histoire. Froissard passe dans la plaine, et le chroniqueur flamand, si curieux, ne questionne pas ce chevalier. Montluc, Brantôme, d'Aubigné, du Bartas, Olhagaray, le voient à l'horizon et n'interrogent pas ce grand témoin. Bayle le regarde tous les jours, du Carla-le- Comte, et ce jeune et sagace investigateur ne consulte pas le vieux patriarche. Bayle est po,urtant un enfant de Montségur. Aucun d'eux ne se doute que ces ruines renferment dans leurs flancs un monde de chevaliers, de troubadours et de martyrs. Dom Vaissette prononce le premier son nom; et Montségur se retrouve enfin , ses pierres sur cette cime, sa mémoire dans les cavernes de l'inquisition. Nous l'avons recueillie dans le cadavre desséché du monstre, et dans la poussière des siècles.

La nuit tombait : nous ne pouvions nous arracher du cirque du grand holocauste. Nous murmurions les noms vénérés des deux cents martyrs ; nous respirions leurs cendres, nous respirions leurs âmes. Nous partîmes enfin avec leur bûcher dans le cœur. Sur la cime de Serrelongue, nous perdîmes de vue Montségur caché par le rideau dos bois. La lune se leva sur la Montagne-Noire à l'Orient pour éclairer notre retour. Son crépuscule baigna de sa lueur douce, onctueuse et fantastique ces gracieux vallons de l'Olmès d'où montait la vapeur du soir. Sa lampe sépulcrale convenait à notre exhumation d'un monde d'ombres et de rêves. Notre

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pèlerinage nous semblait lui-même un songe. Nous descendions ces landes désertes entrecoupant de ♦ longs soupirs et de longs silences nos derniers entretiens sur Montségur, Un son lointain de cornemuse venait des villages mauresques comme une plainte expirante du passé, et comme la voix éplorée des aïeux qui nous disaient : souvenez-vous ! — Oui, nous nous souviendrons, ô héros, ô martyrs, ô ruines de Montségur.

Montségur est notre capitole sauvage! Montségur est notre tabernacle aérien I l'arche qui recueillit les débris de l'Aquitaine sur la mer de sang. Il est grand et saint, plein de mystère et de merveille! par son Christ, le Verbe-Dieu; parsonapostole, le Bien-aimé; par ses origines, les sept églises d'Asie ; par ses adversaires, le Louvre et le Vatican ; par son siège, lutte de géants; par son bûcher, holocauste colossal; par son église, l'église des Purs; par son symbole, Dieu est amour. La haine soufflait de Rome, l'amour respirait et rayonnait de Montségur. Voilà pourquoi cette Roche foudroyée est auguste et vénérable et glorieuse dans les siècles.

Montségur est le tombeau de Talbigisme et de l'Aquitaine. Mais rien ne meurt et tout se transforme. Gomme tous les vaincus, ils ont perdu leurs noms; mais ils vivent et même régnent sous le nom de leurs vainqueurs. Ils sont absorbés, mais non pas anéantis et continuent d'exister dans les deux puissants organismes qui les ont engloutis : l'Aquitaine dans le royaume de France, l'albigisme dans l'Église romaine. Or, qu'est-ce que Montségur a transmis à la France, à l'Église, au monde?

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