‹ Histoire del Albigeois [microfrorm]Chapitre 904 sur 922 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Et d'abord, la guerre des Albigeois a donné à la France sa magnifique frontière méridionale, cette frontière éternelle des Alpes et des Pyrénées,* de la Méditerranée et de l'Océan. Avec le territoire aquitain, elle lui a transmis la vaillante race ibéroromane. Vingt-cinq ans après sa soumission, sa chevalerie accompagnait Louis IX à la croisade d'Orient. Cent ans après, elle arrachait la France aux mains des Anglais par l'épée des La Hire et des Saintrailles. Trois cents ans après, elle fournissait à la Réforme cette phalange incomparable de héros d'Israël, de paladins de la Bible qui se groupant autour de Henri de Béarn, successeur des comtes de Foix, et de Jeanne d'Albret, émule des Esclarmondes de Montségur, sauvèrent le trône des usurpations des Guises, chevaliers de l'inquisition, et des invasions des rois d'Espagne, Hérodes et Pharaons du passé. Enfin, six cents ans après, la race romane vaincue dans l'albigisme, abattue avec le calvinisme, fit éclater comme un volcan la révolution française. Elle lui donna ses théoriciens, Fénelon, Montesquieu, Jean- Jacques Rousseau; ses orateurs, Mirabeau, Barnave, Rabaut-Saint- Étienne, Vergniaud, l'héroïque Gironde ; ses guerriers, La Fayette, Dumouriez, Jourdan, et le géant de nos victoires, de race ibérienne aussi. Napoléon. La révolution est le relèvement du Midi vaincu. Elle a fondu dans son moule le» deux Frances. Leur âme s'est mêlée à la tribune et leur sang sur les champs de bataille. Il n'existe plus aujourd'hui qu'une France compacte, indivisible, et dans cette lente, laborieuse et séculaire assimi-

lation, le Nord monarchique a donné l'unité, le Midi démocratique a fourni la liberté. Depuis la Révolution, l'Aquitaine, plus politique, gouverne presque toujours la France, et c'est encore un • Aquitain qui se trouve à la tête de la République *. En somme, l'albigisme politique, le principe gibelin des troubadours, est partout vainqueur. Il est maître à Milan, Naples, Madrid, Vienne ; il entre dans Rome et monte au Capitole. Il a reconstruit l'Italie. 11 ravivera l'Espagne. Il fera plus encore, et j'en vois déjà l'augure. Dernièrement les Provençaux et les Catalans ont fraternisé dans les fêtes poétiques d'Avignon. Et non-seulement Saragosse et Barcelone sont sœurs de Toulouse et de Marseille, mais Valence, Alicante, les Baléares sont filles de l'Aquitaine. La Lombardie était le refuge des Albigeois; la Galabre, le berceau du Joachimisme. La France, l'Italie et l'Espagne sont trois rameaux du même tronc ibéro-roman. Elles ont le même sang, la même langue, elles doivent avoir le même cœur. Napoléon, dans une grande pensée politique, avait tenté de les réunir en faisceau. La liberté fera ce que n'a pu le conquérant. Et pour cette confédération des tribus néolatines, quelle cime plus sacrée que Montségur, cet autel et ce sépulcre des ancêtres ?

Qu'est-ce que l'albigisme a laissé à l'Église romaine? Les ordres enseignants : les Dominicains, les Franciscains, les Augustins et les Carmes, les

1. Napoléon, La Fayette, Mirabeau, de Serres, Villéle, Martignac, Casimir Perler, Gulzot, Thiers, Favre,Gainbetta.

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