LE ROI ÉTIENNE ASSIÈGE BRISTOL
Mathilde et ses Angevins avaient établi leur quartier-général , que régnait la plus grande terreur. Tout le jour on voyait amènera la ville des hommes liés et bâillonnés, soit avec un bâton, soit avec un mors de fer dentelé'. Il en sortait incessamment des troupes de soldats déguisés, qui, sous l’habit anglais, cachant leurs armes et leur langage, se répandaient dans les lieux populeux , se mêlaient à la foule , dans les marchés et dans les rues , puis tout à coup s’emparaient de ceux dont l’aspect semblait annoncer quelque aisance , et les conduisaient à leur quartier, pour les y mettre à rançon’. Ce fut contre Bristol que le roi Etienne dirigea d’abord son armée ; cette ville forte et bien défendue résista , et les soldats royaux s’en vengèrent eu dévastant et brûlant les environs*. Le roi attaqua ensuite un à un , avec plus de succès , les cMtcaux normands situés sur la frontière du pays de
I. Ore obturato vel cum massâ aliquâ ilHe urgenter imprcssâ, vel cum macbinulâ àd formam asperi frxai capistratâ et dentatâ.... (Gesla Stephani regis, p. 94>>)
3. In die pertritam et populosam viani , nunc hùc , nuDC illùc, itinerare..., oomen suuiii, personas et olfi— cium mentiri , non arma, non notabilem habilum. (Ibid. p. 94 i.)
3. Quæcumque in oirciiitu hoc erant vaslatis et consuniptis. (Ibid.)
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^8 CA.MP RETRANCHÉ d’ÉLY.
Galles, dont presque tous les seigneurs s’étaient déclarés contre lui.
Pendant qu’il était occupé de cette guerre longue et pénible, l’insurrection éclata du côté de l’est; les terres marécageuses d’Ély, qui avaient servi de refuge aux derniers des Saxons libres , devinrent un camp pour les Normands de la faction angevine. Baudoin de Reviers et Lenoir, évéque d’Ély, élevèrent, contre le roi Étienne, des retranchements de pierre et de ciment aux lieux mêmes où Hereward avait bâti un fort de bois*. Ces lieux, toujours considérés comme redoutables par l’autorité normande, à cause des facilités qu’ils offraient pour s’y réunir et s’y défendre, avaient été mis par Henry I" sous le pouvoir d’un évêque dont la surveillance devait se joindre à celle du comte et du vicomte de la province*. Le premier évêque du nouveau diocèse d’Ely fut ce même Hervé, que les Gallois avaient expulsé de Bangor ; le second fut Lenoir, qui découvrit la grande conspiration des Anglais, en
l. Ex lapide et cosmenlo. (Hist. Eliensis, apud Angliam sacraiu, lom. I, p. 620.)
2I Cernens insulam Eliensem locum pcriculosissiiaum si qua seditio in regno orirelur,... studuit.... locum sub sede episcopali immutari. (Ingulf. Croyl. Cont. p. 117O
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‘ ATTAQDE DE l’iLE d’Éi.Y. 4^)
l’année 1137. Ce ne fut point par zèle personnel 1140. pour le roi Etienne , mais par patriotisme, comme ' Normand , qu’il servit alors ce roi contre les Saxons, et dès que les Normands se furent déclarés contre Etienne, Lenoir se joignit à eux, et entreprit de faire des îles de son diocèse un rendez-vous pour les amis de Mathilde*.
Etienne attaqua ses adversaires dans ce camp, de la même manière que Guillaume-le-Conquérant y avait autrefois attaque les réfugiés saxons. Il construisit des ponts de bateaux, sur lesquels passa la cavalerie, et mit en pleine déroute les tj-oupes de Baudoin de Reviers et de l’évêque Lenoir’. L’évêque s’enfuit vers Glocester, où Se trouvait alors la fille de Henry I" avec les principaux de ses partisans. Tous ceux qu’elle avait dans l’ouest , encouragés par l’absence du roi, réparaient les ^ brèches de leurs châteaux, ou, transformant en forteresses les clochers des grandes églises, les garnissaient de machines de guerre ; ils creusaient, à Tentour, des fossés, dans le terrain même des cimetières, de façon que les cadavres étaient mis
• I. Consideralâ mira et liisuperabili loci munitioiic.
{ Gesla Stephoni, pag. 94 y- )