Math. Paris, pag
8o MÉLANGE
ii55 foi, soit payes pour préconiser' d’avânee le nou- 1*56 règne, publièrent que l’Angleterre- possédait enfin un roi de natiou anglaise; qu’elle avait des évêques, des abbés, des barons et des chevaliers issus de l’uuc et de l’autre race, et qu’ainsi la haine nationale était désormais sans motif’. Nul doute, en effet, que les femmes saxonnes, enlevées et mariées de force , soit après la bataille de Hastings, soitoaprès les déroutes d’Yurk et d’Ely, n’eussent , au" milieu du désespoir, donné des fils à leurs maîtres mais ces fils de pères étrangers se , • croyaient-ils les frères des bourgeois et des serfs du pays? et le désir d’effacer auprès des Normands de race pure la tache de leur naissance ne devait-il pas , au contraire, les rendre plus orgueilleux envers leurs compatriotes maternels? Il était vrai aussi que, dans Içs premiers temps de l’invasion , Guil- - r laume-le-Gonquérant avait offert des femmes de ^ nation et même de sa famille à des chefs saxons encot;^ libres; mais ces sortes d’unions furent peu nombreuses, 'et, dès que la conquête fut achevée, nul Anglais ne se trouva plus assez noble pour
] . Habet nuiic cerlè de généré Anglorutu Angtia regem ; habet episcopos et abbates , babet principes et comités ex utriusque seliiiiiis conjunctione procréâtes. ( Aluredus Rievallensis , p. 4®*.)
DES RACES. • 8l
qu’une Normande l’iionorât de son lit. D’ailleurs, nss quaud il eût été constant que beaucoup d’Anglais de naissance , en reniant la cause de leur pays, en désapprenant leur langue, en jouant le rôle de flatteurs, se fussent élevés aux privilèges des hommes de race étrangère, cette fortune individuelle n’atténuait point, pour la masse des vaincus, les tristes effets de la conquête. - •
Peut-être même que le mélange des races était alors en Angleterre plus favorable aux oppres- " seurs qu’aux opprimés. Car, à mesure que les premiers perdaient , si l’on peut s’exprimer ainsi , leur caractère d’étrangeté, le penchant à la résistance s’affaiblissait dans le cœur des autres. Une réaction violente, seul recours efficace contre les injustices de la conquête, de venait moins possible. Aux chaînes de la domination usurpée se joignaient des liens moraux, le respect des hommes pour leur propre sang, et ces affections bienveillantes qui nous rendent si patients à supporter le despotisme domestique. Aussi Henry II vit-il sans déplaisir des moines saxons, dans la dédicace de leurs livres, lui étaler sa généalogie anglaise, .et, sans faire mention ni de son aïeul Henry I", ni de son bisaïeul le Conquérant , le louer d’être issu du roi Alfred.
« Tu es fils, lui disaient-ils, de la très-glorieuse « impératrice Mathilde , dont la mère fut Mathilde ,
8a GÉNÉ'ALOGIE SAXONNE DG ROI HENRY H.
ti55 « fille de Marguerite, reine d’Ecosse, dont le père ii 56 " Edward, fils du roi Edinund-Côte-de-Fer, a l’arrièré-petit-fils du noble roi Alfred »
Soit par hasard , soit à dessein* il circulait aussi dans le même temps de fausses prédictions qui annonçaient le règne de Henry d’Anjou comme une époque de soulagement et , en quelque sorte , de résurrection pour le peuple anglais. L’une de ces prophéties était attribuée au roi Edward, à son lit de mort; et l’on disait qu’il l’avait prononcée afin de rassurer ceux qui craignaient alors pour l’Angleterre les projets ambitieux du duc de Normandie’. « Quand l’arbre vert, leur avait-il dit, U après avoir été coupé au pied et éloigné de sa . « racine à la distance de trois arpents , s’en rappro- « chera de lui-même, fleurira et portera des fruits, a alors un meilleur temps reviendra *. » Cette allégorie, faite après coup , s’interprétait sans grande peine. L’arbre coupé, c’était la famille d’Edward, qui avait perdu la royauté à l’électidn de Harold;
1. Filius es gloi'iosissiinæ imperatricis Mathildis. ... (Ailredl Ricvallcnsis, p. 35a.)