CONDUITE POLITIQUE
i 57 Les seigneurs lui envoyaient leurs jeunes fils pour jgj servir dans sa maison et être élevés près de lui; il les gardait quelque temps, puis les armait chevaliers, et à ses propres dépens leur fournissait tous le harnois des gens de guerre'.
Dans sa conduite politique, Thomas se comportait en vrai et loyal chancelier d’Angleterre, selon le sens déjà attaché à ces mots ; c’est-à-dire qu’il travaillait de tous ses efforts à maintenir, à augmenter même le pouvoir personnel du roi envers et contre tous les hommes , sans distinction de race ni d’état, Normands ou Saxons, clercs ou laïcs. Quoique membre de l’ordre ecclésiastique , il entra plus d’une fois en lutte avec cet ordre , dans l’intérêt du fisc ou de l’échiquier royal. Au temps où le roi Henry II entreprit la guerre contre le comte de Toulouse, on leva en Angleterre, pour les frais de la campagne , la taxe que les Normands appelaient escuage , c’est-à-dire taxe des écus , parce qu’elle était due par tout possesseur d’une terre sufBsante à l’entretien d’un homme d’armes, qui, dans le délai prescrit par les appels , ne se présen-
nibus.... equos, aves, vestimeota (Vita B. Thomæ
quadn'part. lib. ï, cap. 8. )
1 Liberos sues servituros mittebant... quos cingulo
donatos militiæ ... (Ibid.)
DE THOMAS BECRET. ' 111
tait point à la revue, tout armé el l’écu au bras*. 1157 Les riches prélats et les riches abbés (te race normande , dont l’esprit belliqueux s’était calmé depuis qu’il ne s’agissait plus de piller les Saxons, et qu’il n’y avait plus de guerre civile entre les Normands, s’excusèrent de se rendre à l’appel des gens de guerre, parce que, disaient-ils, la sainte Église leur défendait de verser le sang; ils refusèrent, en outre, par le même motif, de payer la taxe d’absence ; mais le chancelier voulut les y contraindre. T^e haut clergé se répandit alors en inveptives contre l’audace de Thomas : Gilbert Foliot, évêque de Londres, l’accusa publiquement de plonger l’épée dans le sein de l’Eglise sa mère, et l’archevêque Thibaut , quoique son ancien patron , menaça de l’excommunier’. Thomas ne s’émut point des censures ecclésiastiques, et peu après s’y exposa de nouveau, en combattant de sa propre main dans la guerre de Toulouse et en montant des premiers , tout diacre qu’il était, à l’assaut des forteresses \ Un jour, dans une assemblée du clergé, quelques