AVAIT AUCUN HOMME QUI NE SE LIVRAT A L'ÉTUDE
CONFUCIUS
Voilà ce qu’étaient les études dans Faiitiquité chinoise : mais le savant docteur nous parie ensuite de leur décadence*
« Sur le déclin de la dynastie deTchéou, dit-il, lorsqu'il ne paraissait plus de souverains doués de saintes vertus, les réglements des grandes et petites écoles n étaient plus observés; tes saines doctrines étaient dédaignées et foulées aux pieds ; ks mœurs publiques tombaient en dissolution. Ce fut a cette
ÉPOQUE B B DÉPRAVATION GENERALE QU’APPARUT AVEC ÉCLAT LA SAINTETE DE KlïOENG-TSEt ; mülSUne
put alors obtenir des princes quü$ le plaçassen t dans tes fonctions Élevées de ministre ou instituteur des hommes- >j
Les élèves de la grande école arrivaient naturellement aux plus hautes fonctions, et cependant la demande de Confucius fut repoussée. Pourquoi cela? C’est que probablement le savant homme n’étail élève que de la petite école, de ses études personnelles, de ses misères, comme nous Pavons déjà supposé; et les paroles suivantes du philosophe donnent raison à nos suppositions ;
« Je ne suis connu de personne, dit-il. » On lut répond : « Comment se fai t-il que personne ne vous « connaisse? » Il reprend : « Je n’en veux pas au <' ciel, je n’en accuse pas les hommes. Humble et « simple étudiant, je s lis arrivé par moi-méme a « pénétrer les choses. Si quelqu’un me connaît , « c'est le ciel (1), *>
(1) La traduction dont je me sers, soit pour Confucius, soit pour ùo-tseu, Mon ci us et ie CAw-fttt^iOn doit ^ M. Pau-
CHINOIS
Mais on pourrait me dire : Puisqu'il était don d intelligence* de coeur* de bon vouloir * pourqut n'aurait-il pas etc choisi* quoique pauvre* polir et trerà la grande école? à cela* je réponds que le institutions étaient tombées en désuétude, conta Ta dit le savant Tchou-hî ; et si mon explications suffit pas* je laisse h Confucius lui-même le sut de la compléter par les paroles qui suivent :
« Quand j’étais petit, dit-il, je me suistrouvédaL « des circonstances pénibles et difficiles; c'estpuv « quoi fai acquis un grand nombre de talents pm « la pratique des affaires vulgaires. L’homme sufk « rieur (l'homme puissant) possède-t-il un grai « nombre de ces talents? Non, il n'en possède^ « un grand nombre* » IL dit encore : te Je ne fus « employé jeune dans les charges publiques. Cï-
POURQUOI JE m'appliquai A L’ÉTUDE DES ARTS.
Confucius le dit positivement, il endura la rnisèii dans son enfance; il se livra à la pratique des ai faires vulgaires; il pratiqua les ails; il arriva p® Lui-même à pénétrer les choses ; il fut donc un vri prolétaire ? et c'est lui-même qui prend la peine tfe nous en instruire* D'où a-t-on tiré qu'il descendu; des empereurs? qu'il naqnitd’une famille puissant Ce n est assurément ni de scs écrits, ni de ceux èi ses disciples, qui nous ont cependant donné à0
trier, qui a aussi publié une histoire de la Chine* qui fait pari 1 de rUnivers pittoresque> édité par Firrain Didot frères. M, P;u> thier est un homme très remarquable. Il est savant, ils philosopha * et scs appréciations lut font le plus grand JiWr neur, U mériterait d’éire plus connu du peuple.
CONFUCIUS
les entretiens philosophiques tout ce qu’ils savaient d’intéressant sur la vie du maître.
Confucius dit qu’il possédait des talents très humbles ; qu’il se livrait à la pratiquedes arts. Et que ce mot : art, ne donne pas ici le change [ lî ne s’agit pas de ce que nous appelons orgueilleusement les arts libéraux, mais de ee qu’on a dédaigneusement baptisé du nom de métiers mécaniques^ t que j’appelle, moi, les arts des artisans; parce que ces mots : arts et artisans, ont la même racine, sortent l’un de l’autre, et sont faits l’un pour l’autre.Qu’on le sache, pour les Chinois, il y avait six sortes d’arts : l'art du bois ; Part du métal; l’art de la pierre; l’art des peaux; l’art des couleurs; et l’art de la terre;et ce fut certainement k l’exercice de ces arts-là que Confucius consacra sa jeunesse. Il fut charpentier , menuisier ou maçon , peu importe ; mais à coup sûr, il professa les or fs et fut artisan . Les misères du temps, des circonstances heureuses, un génie puissant, le ciel qui Primait, le firent sortir de la foule. Maïs il végéta longtemps. Il dit lui-même : « Quand j’étais petit, je me suis trouvé dans des « circonstances pénibles et difficiles. » fl dit encore: « Je ne suis pas arrivé jeune dans les charges pu- « bliques. »
Maintenant que nous avons prouvé ce que nous voulions, suivons les biographes, et disons d’après eux les principales circonstances de la vie du philosophe,
Confucius, quoique pauvre, arrive à obtenir un petit mandarinat : il est inspecteur des marchés, et
veille à la vente et à Ja distribution des grains* Se* attributions s'étendent; il est inspecteur des rampagnes et des troupeaux* À la mort de sa mère, ï rentre dans la vie privée* Il pleure longtemps, et & livre à l'étude* Sa réputation de sagesse se forme, s’étend* Les grands entendent parler du sage, rappellent dans leurs cours, soit pour le consulter, soi! pour satisfaire leur curiosité ou leur vanité, Confucius voyage de cour en cour, de province en province; partout il étudie et répand des connaissances : de nombreux disciples naissent à sa parole ei le suivent*
Il retourne dans son pays: lé petit prince de leu le fait gouverneur du peuple ou maire; il avait alors quarante-sept ans. Beux ans plus tard, il le fait ministre de F agriculture* Enfin l'année d’après Confucius est chef do la magistrature de ce peiii royaume dépendant de l’empire du milieu (de l’empire chinois), Confucius, dans ce poste, montre de la sagesse, delà vigueur.
Mais le prince meurt, son fils lui succède; il ni point de sympathie, point de goût pour le philosophe; encore moins pour sa philosophie*
Confucius reprend le cours de ses pérégrinations: plus il voyage, plus le nombre de ses disciples au^ mente.
Il éprouve des vicissitudes : des princes lui tendent des pièges ; des soldats le brutalisent; maisil est doux , il est pacifique, il est persévérant ; ei pour lui les temps, les lieux, les événements sont divers* Sa réputation s'étant accrue, des roîs, tir*
cojfrucirs.
princes rappellent à eux ; ils veulent le voir, Peu- [retenir, pouvoir se vanter de lavoir reçu dans leurs cours, dans leurs palais, et de lui avoir fait quelque bien ; mais de sa morale ils s’en soucient peu.
Confucius ne se décourage pas; il continue longtemps à voyager, à répandre ses idées de toutes parts.
Lise retire enfin dans sa petite ville, établit une académie, fait entendre sa parole il de nombreux disciples, rédige le livre des vers appelé le Chiking; rassemble des documents historiques, et rctouche et complète le livre das Annales qu’on nomma le Chou-king ; il écrit ou fait écrire ses livres philosophiques, desquels nous allons donner quelques extraits.
Tout le monde doit profiter à entendre une si haute morale. Le philosophe traite de tout ce qui intéresse la Société, et ramène, autant qu'il îcpeut, aux principes de la justice et à Pantour du peuple.
Voici donc des leçons de morale, de politique, d'administration, dont les rois, les princes, les ministres, tous les hommes d’État enfm devraient se bien pénétrer :
« Une seule famille ayant de l'humanité et de la chanté, suffira pour faire naître dans la nation ces mêmes vertus de charité et d'humanité; une seule famille ayant de la politesse et de la condescendance, suffira pour fendre une nation condescendante et polie ; un seul homme ., le prince , étant avare et cupide ; suffira pour causer du désordre dans ose nation. »
Et encore :
m Yao et Chun gouvernèrent rempîre avec humanité,
lii 4
CHINOIS
et Je peuple les imita. Kie et < heou gouvernèrent l'eiEfpire avec cruauté, et le peuple les imita. »
Si donc les chefs de l’État ont des vices, ce&ii* ces s'étendent, gagnent de proche en proche, ei Ton marche vers les catastrophes*
Confucius veut que les rois ne dédaignent pas h sentiments des populations, et leur adresse eesparoles frappantes :
a Obtiens l'affection du peuple, et tu obtiendras l'etnpire* Perds l'affection du peuple, et lu perdras l'empire.*
Il poursuit ainsi :
a C'est pourquoi un prince doit, avant tout, veiller nitentivement sur sou principe rationnel et moral,.. Traiter légèrement la base fondamentale ou te principe rationnel iï et faire beaucoup de cas de Vaccessoire et des richesses, c'est FERVEEÎÎE LES SENTIMENTS DU PEUPLE LT LES- CITEE PAE L'EXEMPLE AU VOL ET AUX RAPINES-■ -
U C'est pour cette raison que sî un prince ne penseq»à amasser des richesses, alors le peuple, pour l'imiter, s'abandonne à toutes ses passions mauvaises; si, au contraire, il dispose convenablement des deniers publics, alors le peuple se maintient dans l'ordre et la soumission*
w Le mandai du ciel qui donne la souveraineté a iffl hommi\ ne le lui confère pas pour toujours . Ce qui signifié qu'en pratiquant le bien uu la justice, on l'obtient, et qu'en pratiquant le mal ou l'injustice, ou la perd* n
l\ s'agît là de la souveraineté. Le philosophe continue ainsi :
a Voir un homme de bien et de talent et ne pas lui donner de l'élévation ; lui donner de l'élévation et ne pas le traiter avec toute la déférence qu'il mérite, c'est lui faire injure. Voir uu homme pervers et ne pas le repousser; k repousser et ne pas l'éloigner à une grande distance, c'est une chose condamnable pour un prince,
« Un prince qui aime ceux qui sont l'objet de la haine générale, et qui hait ceux qui sont aimés de tous, fait ce qu'on appelle un outrage à tu nature de l'homme. Desm-
CONFUCIUS
lamüès redoutables atteindront certainement un tel prince.
« C’est en cela que les souverains ont une grande règle de conduite à laquelle ils doivent se conformer; ils Paei quièrent, cette règle, par la sincérité et la fidélité; et ils la pehlent par l'orgueil et la violence...
« Lorsque le prince aime l'humanité et pratique la vertu,
i IL EST IMPOSSIBLE QUE LE PEUPLE N'AIME PAS LA JUSTICE.
a Si ceux qui gouvernent les États ne pensent qu’à amasser des richesses pour leur usage personnel, ils attireront indubitablement auprès d'eux des hommes dépravés; ces hommes leur feront croire qu'ilssont des ministres ’ bons et vertueux, et ces hommes dépravés gouverneront le royaume. Mais l'administration de ces indignes ministres appellera sur le gouvernement les châtiments divins et les vengeances du peuple. Quand les affaires publiques sont arrivées à ce point, quels ministres, fussent-ils les plus justes et les plus vertueux , détourneraient de tels malheurs? Ce qui veut dire que ceux qui gouvernent un royaume ne doivent point faire leur richesse privée du revenu public, mais qu'ils doivent faire de la justice et de l équité leur seule richesse. »
Confucius adresse encore aux rois, car il ne se lasse pas de leur donner d’utiles conseils, les paroles suivantes ;
« Elevez, honorez les hommes droits et intègres; abaissez, destituez les hommes corrompus et pervers; alors le peuple vous obéira. Elevez, honorez les hommes corrompus et pervers; abaissez, destituez les hommes droits et intègres, et le peuple vous désobéira...
« Ce que le peuple aime, Vaimer; ce que le peuple hait , U haïr : voilà ce qui est appelé dire le père et la mère du peuple. »
Combien de rois, depuis Confucius, ont-ils été renversés pour avoir ri de ces solides paroles?
Confucius avait la simplicité du cœur, et il donne toujours gain de cause à la vertu sur le vice, à la pauvreté sur la richesse, au peuple sur ceux qui l’oppriment, à la modestie sur Pim pertinence, au
CHINOIS
labeur sur l'oisiveté, à réconomie sur J’osten talion* Donnons-en la preuve par ces brèves sentences tirées de ses œuvres :
. ft i 1j[1 lait de rite, une stricte économie est préférable à 1 ( xlravagancu ; en fait de cérémonie funèbre, une dou- Itinr silencieuse est préférable a une pompe vaine étalérile. »
N'a-t-il pas raison? Continuons :
« l cbartg est adonné au plaisir ; comment serai t-il in- Ikuble sur les principes? »
Et en effet, comment un homme qui brûle de satisfaire d'ardentes et ruineuses passions pourrnil-il souffri r longtemps pour la justice ?
Un des disciples du philosophe lui dit un jour:
« S'il y avait un homme qui manifestât nue eiirèrac bienveillance envers le peuple, et ne s'occupât que du WÊ heur de la multitude, cpi'en faudrait-il penser? Pourrait on J appeler homme doué de l'esprit de l'humanité? Le philosophe dit ; Pourquoi se servir du mol huhamtk ? fr serait-il^ pas plutôt un saint ? Ÿm et Chun sembler m il même bien au-dessous de lui , w
On le voit, le peuple est tout pour le philosophe: rien ne peut être égalé à celui qui aime le peuple et ne travaille que pour la multitude.
Voici des maximes du philosophe que l’on croirait puisées à une source plus moderne, dans Y& vangiJe :
« J'ai toujours entendu dire que l'homme supérieure sisLail les nécessiteux, et n augmentait pas les richesses i* biche. »
a En dirigeant Je peuple, comportez-vous avec le nient* respect que si vous offriez un sacrifice. Ce que vous ntêisirez pas qui vous soit fait à vous-méme, ne te faites |hu miæ mires hommes , >1
conflxh s.
« Ce que vous réprouvez dans ceux qui sont au-dessus devons, ne le pratiquez pas envers ceux qui surit au-dessous; ce que vous réprouvez dans vos intérieurs * ne le pratiquez pas envers vos supérieurs; ce que vous réprouvez dfins ceux qui vous précèdent, ne le faites pas a ceux qui vous suivent.*.. Voilà ce qui est appelé la raison et la règle de toutes les actions, »
« La duel ri ne de notre maître , disent tes disciples du philosophe, consiste uniquement à avoir la droiture du C(rur, et A AIMER SOS PROCHAIN COM HR SOI-hAME. &
Confucius était vraiment un précurseur de Jésus et de sa doctrine; jusqu'à lui nous n’avons rien vu d’aussi doux et d’aussi fraternel, et en meme temps de plus pressant en faveur des intérêts populaires. 11 dit aux rois et aux grands d’éternelles vérités, et s’ils ne s’empressèrent pas de l’élever aux emplois publics, nous ne devons pas nous en étonner.
n Je ne fus pas employé jeune dans les affaires publiques r dit le philosophe, v
a Pourquoi gémissez-vous de ce que votre maître a perdu sa charge dam | gouvernement? V cm pire est sans lois, sans direction depuis longtemps; le ciel va prendre ce grand hum me pour en faire uu hérau t rassemblant les populations sur suu passage, et pour opérer une grande réformalîon. »
Ainsi parlait aux disciples de Confucius le résident de Y.
On voit, par le rapprochement de cesdeux citations tirées des entretiens philosophiques, que Confucius resta peu aux emplois; et il se pourrait bien que son ministère de la justice et les actes rigoureux qu’on lui attribue, entre autres la décapitation de deux comédiens, ne soient que des inventions des biographes \ Quand Confucius fait trancher des télés, il n’est plus dans son rOlc.
CHINOIS
Cependant Je philosophe se crut toujours fonctionnaire public; parce qu'il considérait commet tout homme qui remplit tous ses devoirs, répand un bon enseignement sur le peuple, et se dévoue pour la multitude.
Les disciples de Confucius disaient de leur maître :
■ Lorsqu'il résidait encore dans son village, îlélatustrèmement sincère et droit ; mais il avait tant de moiter lie, qu'il paraissait dépourvu de la faculté de parler, j
Sa modestie, sa pauvreté, purent le tenir éloigne de la grande école et des hauts emplois, elle forcer à rester longtemps dans la foule; mais cela Jui porta bonheur l il s’inspira du ciel et du peuple, et sc conserva pur et fort. Il fut timide, il fut simple; mais rien de plus audacieux que ces natures-là 1 Nous f prouverons plus tard par de nombreux exemples*
Confucius recommande aux personnes qui sont point douées des facultés lumineuses de l’intelligenee, ou de l’instinct inné delà vertu, de faire de constants efforts sur elles-mêmes, leur assurai?! qu’alors elles avanceront indubitablement vers h lumière et vers le bien. Il dit ;
« Ce que d’autres feraient en une fois, elles le feront ea dix; ce que d’autres feraient eji cent, elles le feront eu mille. Celui qui suivra véritablement celte règle de persévërance, quelque ignorant qu’il soit „ il deviendra iu> cessaîrement éclairé ; quelque faible qu’il soit, ü devUie dra nécessairement fort. *
Confucius n'avait point de doctrine cachée, II dit-
a Vous, mes disciples, tous tant que vous ètesc#^ vous nue j’aie pour vous des doctrines cachées? Je n'fli point de doctrines cachées pour vous. Je n’ai rien fait qui
CONFUCIUS
je né vous Taie communiqué, 6 mes disciplesî c'ost la manière d'agir de Ktoü (de Confucius) n
Confucius voulait que tous les hommes fussent instruits. Il dît :
u Ayez des enseignements pour tout le monde sans distinction de classe et de rang . w
Confucius ir aimait pas réloquence ampoulée et piteuse. Il dit :
« Si les expressions dont on se sert sont nettes et intelligibles, cela suffît. »
Confucius n'aimait pas les oisifs. Il dit :
g Ceux qui ne font que boire et que manger pendant toute la journée, sans employer leur intelligence a quelque chose digne d'elle, font pitié. iVty a-t-il pas le met ter de bateleur ? qu'ils le pratiquent ; ils seront des sages en comparaison ! »
Veut-on maintenant connaître à tond IVime du philosophe? Voici des paroles qui ne laissent rien à désirer :
«Je voudrais procurer aux Vieillards un doux repos: aux amis et à ceux avec lesquels on a des rein lions, conserver une fidélité constante; aux eiiTants et aux faibles, donner des soins tout maternels, »
Voici encore mieux :
« La vertu n'est pas cultivée ; Velude n'est pas recherchée avec soin , si l'on entend professer des principes ne justice et d'équité, on ne veut pas tes suivre ; tes méchants d les pervers ne veulent pas se corriger : voila ck qiu fait ma douleur ! »
Que ce dernier cri sorti du fond de la conscience est sublime 1
Lao-tseu avait dit quil fallait traiter les méchants comme les bons, aimer les méchants comme les lions. Un disciple de Confucius, faisant allusion aux
CHINOIS
paroles do Lao-tseu, adressait à son maître la question que voici :
« Qth‘ doit-on penser de celui qui rend bienfaits pour injures? »
Le philosophe répondit ;
« Si Pou agit ainsi, avec quoi paiera-t-on les bienfait! mêmes? Il faut payer par l'équité la haine et les injures et les bienfaits par les bienfaits* »
Le philosophe dit quelque part :
« On peut forcer le peuple à suivre les principes de la justice et de la raison ; on ne peut pus le forcer à les comprendre. i)
Non, on ne peut pas le forcer à les comprendre, mais on peut néanmoins tendre vers ce but, et ûei î aurait atteint depuis longtemps si ceux qui son! payés pour gouverner le peuple, l'instruire et le moraliser, pensaient sans cesse à son bonheur, ae lieu de le ruiner, de l'opprimer, de le réduire 3 I état de bête de somme, et de faire leurs propres affaires au détriment des siennes.
Lao-tseu possédait une haute métaphysique; il unissait sans cesse l'homme à Dieu, et tous les hommes entre eux par son dogme absolu : tous devaient s'aimer, tous devaient porter leur affection sur toutes les créatures, quelles qu'elles fussent.
Confucius s'occupait particulièrement des faits de l'histoire, de la marche des gouvernements, et sa morale, si pratique et si belle , était plus terrestre, plus positive. Il ne demandait que le possible, que le très possible, que ce qu'il croyait facile à réaliser,
Ces deux grands hommes, également populaires, se connurent; Confucius rendit visite au vieux Lao-
CONFUCIUS
Gi
iscu, dont la réputation était sans égaie ; et quand ses disciples lui demandèrent ce qu’il en pensait, il répondit :
a Je ne suis pas étonné de voir les oiseaui voler, les poissons nager, les quadrupèdes courir* Je sais qu'on prend les poissons dans des nasÉéé, les quadrupèdes dans des litets, et qu’on perce les oiseau s à coups de flèche. Quant :ui dragon, j’ignore comment il peut être porté par les vents et les nuages, et s’élever jusqu’au ciel. J’ai vu auj'ûtmf/im Laq-tseïi, il tmembtv an dragon* »
Lao-Lseu avait sans doute plané dans les espaces infinis; et l'élévation de ses pensées et de son unie durent étonner Confucius. Mais ces deux hommes, également amis du peuple, mais différents d’àge et de goûts, ne pouvaient vivre ensemble. L’un se plaisait dans la solitude, dans l'obscurité; il croyait que le sage ne devait point accepter des emplois pu-, blics : l’autre vivait dans le monde, souvent dans les cours; il crut pouvoir accepter une fonction de l'État, et sembla compter sur la justice des grands et sur leur conversion û sa doctrine, si pleine d’humanité: c’était une erreur.
Quand les vicesonienvahi les trônes, lesadministrations publiques et les demeures des riches, qui dominent les travailleurs, peut-on penser que la raison, que les supplications pourront quelque chose sur eux ? Leurs coeurs ne sont-ils pas desséchés, leurs yeux et leurs oreilles ne sont-ils pas ternies ? Comment pourraient-ils donc alors sentir, voir, entendre, se modifier? Les prédicateurs de la vertu, de la justice, sortent d’en bas, c’est en bas, nous le croyons, qu'ils doivent s'appuyer, agir ; et ils ne
CHINOIS
doivent espérer que pour t'avenir tout le bien qu'ils ont voulu faire.
Lao-tseu vécut solitaire et mourut inaperçu ; Confucius, après une vie laborieuse, et des voyages, et des prédications naïves et profondes, mais dégoûté des cours et des grands, meurt entre les bras de quelques-uns de ses disciples et de son petit-fils Tseu-sse (&78 av. J.-C.). Il avait vécu soixüntB-treizt ans-
Ses disciples accoururent de toutes parts; elles funérailles se firent avec pompe : les rois, les princes, les grands, qui avaient fait peu de cas de la doctrine du philosophe, vinrent s'incliner devant sa tombe, et le reconnurent pour leur maître. Autour de ce sépulcre, des maisons s’élevèrent, un village se forma, et il reçut le nom du grand philosophe que la Chine devait à jamais vénérer,
FuitH ^uérattï.
Oïi se pare du nom d'un grand homme; on retient les mots dé sa doctrine , mais qu'on est loin d'en pratiquer le fond !.. Le philosophe l'avait dit avant de mourir : « Les méchants et les Mryers
tfE VEULENT PAS SE CORRIGEE, VOILA CE QUI FAIT MA
douleue ! » Non, on ne se corrigea pas : les grands conservèrent leur égoïsme ; le peuple continua de croupir dans sa misère.
Le roi de Vempive du milieu fut sans vertu et sans véritable grandeur; les princes, les dues, les chefs divers des petits États qui devaient rester dans la subordinu lion de rem pire central ; qui devaient ren-
FAITS GÉSËUAtTX, 63
dre hommage au souverain, voulaient être indépendants et ne relever que d’eux seuls : cette division, cet éparpillement de la puissance; cette mallîplîcité de royautés féodales engendrât en t l'anarchie, des querelles, des guerres* et l’empire chinois nétait plus qu'un vaste désordre.
Je ne dirai pas les noms de tous les successeurs de [Illustre You-vang : il su dit que l’on sache que la dynastie des xcMou, qu’il avait fondes, s était corrompue ; que le Tao devait lui retirer son mandat, et qu'elle devait un jour disparaître ainsi que les dynasties des Hid et des Chaut }* auxquelles elle avait succédé.
Un peu plus fie cent ans après la mort de Confucius, un philosophe, qui se déclara son disciple et son continuateur, parut; ce fut Mencius.
AlciiciiiB, <111 lttetig-tf»cii-
Nous tf entrerons pas dans le détail de la vie privée du philosophe , dont la mission sc place vers 'année 3G8 avant Jésus-Christ, Disons seulement qu'il adopta les principes politiques et moraux de Confucius, et qu’il déploya une mâle vigueur.^ oici comment il peint son époque; et que l’on remarque que c’est u un roi qu’il s’adresse :
a Vos chiens et vos pourceaux dévorent la nourriture du peuple, et vous ne savez pas y remédier. Le peuple meurt de faim sur les roules et tes grands chemins, et vous ne savez pas ouvrir tes greniers publics.Quand vous voyez des butâmes morts de faim, vous dites : Ce n esjfas nia faute^ c'est celle de la stérilité delà terre. Cela amère* t-il d’un homme qui ayant percé un autre homme ne son îîlaive, dirait : Ce n'est pas moi, c’est mou êpre !. Ne
CHINOIS
fïi
rejetez pas la faute sur les intempertes des saisons; et b populations do l'empire viendront à vous pour recelé des soulagements à leurs misères. »
Le roi lui répond qu'il désire suivre ses leçons, Meng-tseu dit alors :
a Tuer un homme avec un bâton on une épée, trouva vous à cela quelque différence? »
Non, dit le roi* Meng-tseu ajoute :
« Le tuer avec une épée ou un mauvais gouvernement, y trouvez-vous de la différence? n
Aucune, répond le roi, Meng-lseu reprend avec un redoublement d'énergie :
« Vos cuisines regorgent de viandes, et vos écuries sont pleines de chevaux engraissés* Mats le visage décharné dn votre peuple montre la pâleur de la faim, et les campagnes sont couvertes des cadavres de personnes mortes de misère. Agir ainsi, c'est exciter les bêtes féroces à dévorer les nommés. Les bêtes féroces se dévorent entra elles et sont eu horreur aux hommes. Vonsdmec gouverner et vous conduire dans t' administration de i M £tat cüm étant le père et la mûre du peuple. »
Meng-tseu montre le mal, et donne ensuite au roi les plus sages conseils :
«Si un prince, dit-il, se réjouit de la joie du peuple, le peuple se réjouît aussi de sa juie ; si un prince s'attriste des tristesses du peuple, le peuple s 1 attriste misai à ses tristesses. Qu un prince sc réjouisse avec tout le monde, qu il s'aUriste avec tout le monde; en agissant ainsi, l est impossible qu'il trouve de la difficulté à régner, a
Et ensuite ;
" Celui (pu a pu parvenir a gouverner selon les principe de t httm&mtè et de la justice , trouvera un immense Arru