DANSEE COEUR DES POPULATIONS
Ainsi, un remède puissant aux maux de fa soeiétê se trouve, selon Mon ci us, dans l’amour, dans
IWENCIl S.
la déférence, dans la profonde sympathie du prince pour le peuple qu'il dirige- L' accord du gouvernement et des gouvernés fuit des merveilles ; on n ! en saurait douter.
Nous ne savons pas au juste dans quelle condition naquit Mencius, et sur de tels hommes, il y a danger à se trop fier aux biographies qu'on leur a consacrées* Mais quelle que soit sa naissance, on peut affirmer que ses sympathies sont pour tes pauvres. Il est le saint Mathieu de Confucius; comme l'apôtre de Jésus, il est emporté, mais il est bon ; c'est un ardent ami du peuple.
Et pourtant, nous trouvons dans son livre des paroles que nous n'approuvons pas; celles-ci sont du nombre :
« Si lorsqu'on se trouve dans une condition inférieure m parle de choses bien plus élevées que soi, on est coupable de sortir de sou état. »
Mais de telles paroles sont-elles bien de Mencius? Mencius les a-t-il écrites telles que nous les voyons? A-t-on bien rendu sa pensée en le copiant ou en le traduisant? Était-il hostile aux pauvres, aux travailleurs, ce vigoureux écrivain? Se serait-il oublié à ce point, et pourrait-il avoir donné dans la contradiction? Nous ne le croyons pas. On l'aura mal compris, on aura mal rendu sa pensée, car il avait une trop grande foi dans les travailleurs et dans la puissance du travail pour avoir jamais pu les dénigrer. Et qu'on lise, qu'on médite les paroles que voici ; rien de plus beau, rien de plus populaire, de plus démocratique ;
CHIK01S' -
« Ghuîs sii produisit avec éclat dans l'empire, du milèii des champs ; t Fou-vuè fut élevé an rang de ministre . à mofon qu il était; Kuo-nÉ fut élevé au rang de coriseiïïnr de Van-yang, du milieu des poüsom et du set qu*il vendait, Kotian-i-ou fut élevé au rang de ministre, de celui itgti lier cks prisons; SiK- cho-ng ao futélevéà une haute dignité, du rivage de la mer où ü vivait ignoré ; Pë-l^ui fuléhw au rang dé conseiller ffEUt, du sein d'une 'échoppe.
(i G'esl ainsi que lorsque le ciel veut conférer une graiiA magistrature m une grande mission à ces hommes d'élité, il commencé toujours par éprouver leur âme el\m intelligence dans 1 amertume de jours difficiles ; il Me gue leurs nerfs et leurs os par des travaux pénibles; if torture dans les tourments de la faim leur chair et leurpeao; il réduit leur personne à toutes les privations de la itl 1mtc et du besoin; ijj ordonne que les résultats de trucs actions soient contraires à ceux qu'ils se proposaient d'ob* leuir. C'est ainsi qu'il stimule leur Ame , qu’il endurait leur nature, qu il accroît cl augmente leur force d'uni énergie sans laquelle ils eussent été incapables d'accomplir leur haute destinée. »
Les grands personnages dont pari e Men ci us furent d abord assujétïs à des ouvrages pénibles; et cependant on îes découvrit, on alla les requérir dans leur obscurité. En eût-il été de même s'ils ne se fusseni préoccupés que des travaux qui leur étaient propres? s ils n’eussent jamais parlé de choses au-dessus de leur condition? si leur cœur ne se fût jamais énui au récit desdouleurs de la patrie? Impossible. Sïè eussent gardé le silence sur les affaires de l'État, tm eût ignoré leur aptitude, leur grande vocation, h mort les eût frappes dans leur solitude, et la nation eût été privée fie leurs nobles et signalés services-
Me n ci us nous dit que tous les sages ont soufforl: que Confucius passa par les épreuves de la misère: puis il ajoute :
MEiNCIUS,
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« L'homme qui possédé la sagacité de la vertu et la prudence de Part, h doit toujours aux mauïeuhs et aux afmenons qüTl a éprouvés- b
MencîtiB aimait les artisans ; il avait de la prédilection pour ceux que la misère éprouvait : à ses yeux rien {le plus grand, de plus sacré que le peuple. Voici comment il en parle :
ti Le peuple est ce qiïil y a de pfits dans le monde ; les esprits de la terre et les fruits de fa terre ne viennent i]ti après i le prince est de la moindre importance. »
On a dit dans ccs derniers temps que F homme est naturellement bon, et cela a paru quelque chose de nouveau et de paradoxal. Menrius, en Chine, parlait dans le même sens, et il y a longtemps de cela. ïl nous dit que les hommes sont naturellement bons et miséricordieux, et voici comment il le prouve :
fl L'eau, assurément, ne distinguo pas entre l’orient et Tm:cukïîH; ne dislingné-trçUe pas non plus entre le haut et le bas? La nature de l'homme est naturelle men t bonne, comme l'eau coulé natureilèmeut en bas. Il n'est aucun homme qui ne soit naturelleruent bon , comme il n'est aucun® eau qui ne coule naturellement en bas
u Ma 11 ï te n a n l, s\ en en ni primant Fc ►au av ce I a m a î u vous la faîtes jaillir, vous pouvez la faire dépasser la hauteur de votre front. Si en lui opposant un obstacle y pus b faites refluer vers sa source, vous pourrez alors lui faire dépasser une mon lagijé. Appellerez-vous cela la nature de l'eau ? C’est de la contrainte*
« Les hommes peuvent être conduits à faire le mal ; leur nature le permet aussi
« Si l'on suit les penchants de sa nature, alors ou peut êlre bon. C’est pourquoi je dis que la nature de l'homme
bonne. Si l’on commet des actes vicieux, ce n est pas la taule de la faculté que l'homme possède de faire le bien.
« Tous les hommes ont le sentiment de la miséricorde ■'t de la pitié ; tous lus hommes oui le sentiment de la
CHINOIS
honte et île la haine du vice; tous les hommes ont le sentiment de la déférence et du respect; tous les hommes ont le sentiment de L'approbation et du LIA me.
<( Le sentiment de la miséricorde et de la pitié, c'est è l'humanité; le sentiment de la honte et delà hained e vice, c estde J'équité; Je sentiment de la déférence et du respect, c'est de rurbanitë ; le sentiment ded'approbation et L blâme, c'est de la sagesse. L'humanité, l’équité, l’urbanitë, la sagesse, ne sont pas fomentées en nous par des objets extérieurs ; nous possédons ces sentiments û'm manière fondamentale et originelle; seulement nous nv pensons pas. v
Voilà une manière de raisonner que beaucoup de gens croyaient toute récente. Combien de systèmes, combien de théories se produisent de nos jours comme choses nouvelles, dont on trouveIt germe et le développement dans la plus haute antiquité?
Maintenant, voudrait-on contrarier Meneius. e! prétendre qu'il est faux que l'homme soit naturel* lenient bon? Je veux, en ce cas, ajouter deux mots pour fortifier les raisons du philosophe :
Qu T une personne tombe dans une rivière et soit en danger de se noyer; on voit souvent un inconnu sejeter à Peau avant de s’être donné le temps de la réflexion , et s’exposer soi-même à perdre lu vie pour sauver une vie qui lui est étrangère Qu un homme frappe dans la rue une femme ou un enfant, vous verrez les passants s'arrêter , cha* cun s'indigner, et des individus, même d'un caractère violent, prendre spontanément le parti du faible qu'on outrage* Et pourquoi cela? Parce que chacun porte en soi le sentiment du juste; parce que la nature de l’homme estnaturellement bonne;