RÉVÉLATION
« La Véda est un œil éternel pour les mânes, les dieux, Ries hommes; le livre saint ne peu* pas avoir été fait par y mortel, et ri est pus susceptible ri être mesuré par la rai m humaine . L
« Tous les livres qui ne reposent pas sur la sainte Ecrtjtiff sont sortis de la main des hommes et périront; leur postériorité prouve qu’ils sont inutiles et mensongera*.. Le puissant et glorieux Manou, par bienveillance pour les mortels, m’a révélé ces lois importantes, etc. «
C’est Bhrigou qui parle ci-dessus et qui promulgue la loi que Manou a reçue de Dieu.
Réifumé. — Réflexion#.
Que de savantes combinaisons dans la loi de Manou L,. El cependant, en dépit des châtiments k ce monde; en dépit des châtiments de 1 enfer et <ics transmigrations les plus menaçantes ; en dépit des préceptes moraux les plus élevés ; en dépit de la révélation divine et des livres sacrés, on ne put réformer les mœurs et faire du peuple indien un peuple vertueux : ii n’est point changé depuis. Le n’est point avec des lois de fer, avec des lois d in égaillé et de compression que Ton corrige les hommes. Le despotisme, le fanatisme * les superstitions, les inégalités les plus radicales, les répressions les plus sanglantes, le tout bien combiné, s’appuyant sur la science la plus profonde, n’a pu produire que les plus détestables fruits.
Le roi était armé du gêni& du châtwi&ut, et le roi vivait dans un effroi continuel; des multitudes de classes furent formées, et toutes ses classes se détestèrent entre elles et se firent peur les unes aux autres* On sanctifia la paresse, et la paresse s’ac^ 1 ' 11 *
INDIENS
nécessairement. On put, par des pratiques ahsurdes. se racheter de tous les crimes sans devenir homme de bien ; on ne tint nu! compte de la vraie vertu; i artisan et le voleur furent mis au même mveau, aussi le travail fût-il négligé et les hommes se livrèrent-ils au vol, à l'assassinat, à tous les vices, à tous les crimes. Chacun put savoir comment il était possible d’obtenir, par des purifications, le pardon des péchés dont il s’était rendu coupable, et 1 on commit le mal en sûreté de conscience. Ou parla de la transmigration des âmes; on parla de l àmc universelle qui animait tous les êtres indistinctement : l’âme des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles, des insectes, et l’âme de l’homme ne urent qu’une même âme; les animaux furent ainsi les frères de l’homme : l’homme crut dès-lors ne plus pouvoir les tuer sans crime; il n’osait plus marcher sans regarder à terre, craignant sans cesse 1 ecraser sous ses pieds un ver, une chenille ou un scarahé, qui recélail peut-être l’âme de son père ou de sa mère, ou de quelqu’un de ses aïeux. Celte superstition s’imprima dans les cerveaux, et l’Indien, soumis aux lois de Manou , vécut dans les visions et dans l’épouvante; la vie pour fui ne fut plus qu’un rêve, souvent détestable.
Cependant, il y eut des récalcitrants, des insoumis, que Manou et Bhrigou signalent et menacent en ces termes ;
« Tout homme des trois premières classes qui, embras- , 1,1 , l’Piméus des livres sceptiques, méprise ces dcui •mses lointain un taies (la révélation et la tradition), doit
RÉSUMÉ* réflexions, 133
âire exclu de la compagnie des gens de bien comme un iiricE et un contempteur des livres nacrés* »
Que le brahmane « ne réside pas dans une cité qui a pour roi un soumu, ni dans celle qui est entourée de gens pervers, ou bien fréquentée par des bandes d 1 hérétiques jwriaui les insignes de leurs sectes ,,, Il ne doit rien accepter d'un roi qui n'esl pas de race royale,,. Les hommes
L4 1 décrient les livres saints H les religieux hérétiques doivent être chassés de la ville , »
Ainsi, il y avait au temps de Manou, ut encore après Manou, des bandes d'hérétiques , portant les insignes de leurs sectes; il y avait des villes entourées de gens pervers sur lesquels tes brahmanes ne pouvaient rien ! Il y avait des rois qui n’étaient pas de races royales, des rois soudras t et sans doute ees rois n’étaient pas les moins puissants],,. Les travaux de grande construction, considérés comme chose répréhensible par Manou et sa loi, ne purent s'exécuter que sous tes rois soudras; sous les rois soudras il y eut un peuple, sous les rois soudras H veut des travailleurs considérés et des artistes habiles; les grands travaux de l’Inde s’élevèrent donc sous l’autorité de ces rois méprisés des orgueilleux brahmanes.
l’ai dit que les grands travaux de construction étaient considérés comme choses répréhensibles par Manou, prouvons-lcparune citation de la loi :
n Souiller une jeune Tille , exercer l'usure, abandonner uri parent, travailler dans les mines de toutes sortes, BmtEraEjume des grands travaux de construction, vivre du métier honteux d'une Tomme, lire des ouvrages irréligieux, voler des objets de valeur, excepté de l'or, etc,, Mnt des crimes secondaires- w
Ainsi, entreprendre fies grands travaux de com-
INDIENS
truction est un crime placé par Ja loi sur la même ligne que Je viol, le vol et l'impiété I Nous sommes donc resté dans la logique et le vrai en attribuant aux sotïDRAS excommuniés la construction des anciens temples de Tlndc.
La loi de Manou ayant pénétré peu a peu l'esprit des masses et l’ayant fanatisé; de plus, les dieui étant innombrables, il résulta de cette multiplicité une infinité de croyances opposées et de sectes rivales, qui se prétendirent toutes plus parfaites les unes que les autres. L’une d'elles adora Biliuma, l'autre Wismroü, l’autre Suiva, d’autres se prosternèrent devant d'autres divinités.
Bu croisement des quatre classes primitives étaient nées trois classes mêlées ; du croisement celles-ci et des autres naquirent d’autres classes qui en produisirent de nouvelles encore : les divisions, les subdivisions s’étendirent au-delà detoute prévision.
Cependant, comme chaque classe avait été forcée d adopter un état spécial : celui de charpentier, celui de corroyeur, ou de constructeur, ou tout autre, elles formèrent nécessairement des corporations de métiers. Ces corporations adoptèrent des insignes, des formules, un décorum, furent des compagnonnages distincts, dont les idées se rétrécirent de plus en plus, qui se méprisèrent, sc détestèrent , s'anathématisèren t et cessèrent de se mêler par des alliances et des mariages. Quand les choses en furent arrivées à ce point, les brahmanes eussent-ils retiré la loi de Manou, que les corpora-