CARACTERE ET MOEURS UES PERSES
Cnractère et mœurs des Perse».
Un coup d’œil maintenant sur le caractère et les mœurs des Perses.
Astyage, le dernier roi des Mèdes, fit mettre en croix les stages qui lui avaient conseillé de renvoyer rn Perse lejeuneCyrus. LesPerscs, devenus les plus forts et les maîtres, adoptent la religion des mages, qui défendait de brûler les morts, d’épouser plusieurs femmes, et qui recommandait la justice et la modération. Cependant Cyrus fit monter sur le bûcher Crésus et quatorze de ses Lydiens. Cambyse épousa ses deux sœurs ; en fit périr une sous ses coups ; il fit secrètement égorgersou frère Smerdis; et, ce qui peint à merveille sa froide férocité, férocité toute royale, il tira une flèche contre un enfant et le fit ensuite ouvrir pour montrer qu’il lui avait bien percé le cœur , s’enorgueillissant de son adresse et de sa vertu. Quand Darius, le grand roi, le prétendu protecteur de Zovoastre, eut renversé l’usurpateur, le mage Smerdis, il fil faire un massacregénéral des mages. Ayant soumisBabylone, qui s’était révoltée, il fit mettre en croix trois mille hommes des plus distingués de ta ville. Un médecin grec, l’ayant guéri d’une grave maladie, il condamna au supplice de la croix les médecins égyptiens qui l’avaient traité avec moins de bonheur, pour les punir de leur insuccès. Cependant le médecin grec intercéda pour eux, et fut assez heureux pour leur sauver la vie. Au moment où il allait se mettre en campagne contre les Scythes, Oholiazus, père de U ois
PERSES ET GRECS
enfants qui faisaient partie de réexpédition , supplia Darius de lui en laisser un pour soulager sa vieillesse: Darius voulut les lui laisser tous trois, mais après les avoir fait mettre u mort, prétendant que lorsque le roi marchait avec toute sa maison, personne ne devait rester en arrière. Dans la Perse, le roi était tout, le roi pouvait tout, et O fanes avait parfaitement raison quand il disait: « L'homme le « plus vertueux* élevé à cette haute dignité, perdrait « bientôt toutes ses bonnes qualités, » Eu Perse on connaissait la polygamie, les mariages entre frères et sœurs, des pères et mères avec leurs enfants. Les sérails étaient remplis de jeunes hiles î les avenues des palais encombrées d’eunuques. Quand un supérieur parlait, les inférieurs tremblaient et se prosternaient; l'esclavage était partout;
1 orgueil, le luxe, la mollesse corrompaient tout. Peut de temps avait suffi pour énerver ces Persis, compatriotes de Cyrus-le-Grand. Que Mégabyseet Darius aient osé avancer contre Otanes que ie gouvernement démocratique ne vaut rien; que le peuple n’a ni intelligence, ni raison, ni éducation, cela ne prouve rien en leur faveur* Et nous ferons remarquer que les Perses, malgré la toute-puissance de leurs rois, n’ont point brillé par les productions de 1 intelligence. Si le monde avait dû s’éclairer à leurs lumières, il serait encore dans les plus épaisses ténèbres*... D’où tenons-nous les plus beaux monuments de la science, de fart, du génie? Des puissances populaires* de la démocratie. Que h liberté est propice au développement des so-
CAitACTKHK Kl MO&UES PlîHSES.
miès humaines! et que nous la bénissons l.*«
]e ne prétends cependant pas ai limier que les Perses eussent tous les vices et les Grecs toutes les vertus; non; telle n'est pas ma pensée, et nous ferons, quand il en sera temps , de justes reproches àceux qui les auront mérités.
Poursuivons notre grand sujet : la 1 utte s'étend et se développe.
fikm «ipédltteki en ©ré«c.
Nous l 1 avons dit, Xcrxès était monté sur le trône* m av. J.-C, On sait quel avait été le résultat de b première expédition, comment les Perses avaient été vaincus à Marathon par les Athéniens. Suivons maintenant Xerxèsdl veut venger son père; il veut saccager la terre de la liberté, et envahir le monde. Son orgueil se manifeste par ces paroles;
« C'est à moi de venger mon père et les Perses, u et je ne me désisterai point de mon entreprise < que je ne me sois rendu maître d'Athènes, etque « je ne Taie réduite en cendres. Ses habitants, vous u le savez, ont commencé les premières hostilités « contre mon père et contre moi. Premièrement, ils « sont venus à Sardes avec Aristagoras do Milet, iinon esclave, et ils ont mis le feu aux temples et <r aux bots sacrés. Que ne vous ont-ils pas fait enjb suite à vous-mêmes quand vous êtes allés dans
* leur pays sous la conduite de Datis et d Artapher-
* ne? Personne d entre vous ne l'ignore. Voilà ce « qui m'anime à marcher contre les Athéniens. « Mats en y rélïéchissunt je trouve un grand avau-
PERSES ET GRECS
* tage à cette expédition. Si nous venons à les sub- « juguer» eux et leurs voisins, les habitants du pays « de Pêlops le Phrygien, la Perse n'aura plus d'au- « très bornes que le ciel; le soleil n’éclairera point « de pays qui ne nous touche. Je parcourrai toute « l'Europe et, ave c vo tre secours » j e ne fera i de la iv. rre « entière qu'un seul empire ; caron m'assure que les « Grecs, une fois réduits , il n'y aura plus de ville « ou de nation qui puisse nous résister. Ainsi, « coupables ou son, tous subiront également k a joug . JJ (Hérodote.)
Murdonîus approuva Xerxès et excita son ambition; il lui dit que les Grecs, loin d’oser se mesurer avec le roi de Perse, s’enfuiront à l'aspect detoutes ses troupes. L'oncle paternel du roi, Àrtabane, parla dans un autre sens ; il donna des conseils de prudence. Xerxès entre en fureur, et dit: «Si vous « n’étiez pas le frère de mon père , vous recevriez
* le salaire que méritent vos discours insensés. « Mais, comme vous êtes un lâche, un homme sans a cœur, je vous ferai l'affront de ne vous point me- « ner en Grèce, et je vous laisserai ici avcclesfem- « mes. » (Hérodote.)
Xerxès ayant levé des troupes sur les continents et dans les îles; ayanU'éuni des hommes de pied, des cavaliers, et organisé une forte marine; s’étant pourvu pendant plusieurs années d'équipages et d’abondantes provisions, l’instant du départ était arrivé.
« JDe toutes les expéditions dont nous avons connaissance, dit Hérodote, celle-ci fut sans contredit la plus considérable. #
PONTS SUR LhELÏÆSFONT. O II AGE,
Ce&t à Cri taies, en Capadoce, que tant detroupes étaient réunies* Au commandement du roi, elles s'ébranlent- Elles passent THalys, traversent la Phrygie, arrivent à Célènes, oii sont les sources du Méandre* et puis k Sardes, capitale de la Lydie, où elles se reposent (480 av, J.-C.).
Xerxès envoie des hérauts dans la Grèce, excepté à Athènes ët à Spartes, pour demander La terre et feau, et pour ordonner que, dans toutes les villes, on ait le soin de lui préparer des repas* Des travailleurs, ayant devancé Tannée , construisaient deux ponts sur THellespo^t, afin de faciliter son passage de T Asie en Europe* D’autres travailleurs s'occupaient plus loin a percer le mont àthgs et à creuser un canal afin que la Hotte s éloignât de la terre le moins possible*
Les ponts construits sur THellespont par des Egyptiens et des Phéniciens furent, à peine achevés, assaillis par une tempête* Ils étaient 1 ormes de cordages et de barques ; mais les cordages ayant été rompus, les barques furent brisées et dispersées.
& A cette nouvelle, dit Hérodote, Xerxès, indigné, (H donner, dans sa colère, trois cents coups de fouet à VBeUespont , et y fit jetérune paire de ceps. Tui ouï dire qu’il avait aussi envoyé avec les exécuteurs de cet ordre des gens pour en marquer tes eaux d'un fer ardent * Mais Î1 est certain qui! commanda qu’en les frappant à coups de fouet, on leur tînt ce discours barbare et insensé : a Eau amère et a salée, ton maître te punit ainsi, parce que tu 1 as « offensé, sans qu’il Tenait donné le sujet. Le roi
PEASES ET GRECS*
« Xentès te passera de force ou do gré- C'est avec « raison f I ue personne no V offre des sacrifices puis- « que tu es un fleuve trompeur et salé* » H fit ainsi châtier la mer, et l'on coupa par son ordre ta tête a œux qui avaient présidé à la construction des ponts, >i
Les travaux ayant été repris arec un redoublement de prudence et d'activité, de nouveaux ponts furent construits* D'autre part, le canal et lesdigues du mont Àthos étaient également terminés Informé de cela, Xerxès part de Sardes avec soh armée, traverse la Mysie, campe dans lu Timde, sur les bords du Scamandre* Là, il immole mille bœuls à Minerve de Troie, et les mages firent des libations en f honneur des dieux du pays* Arrivé h Abydos, en face des ponts nouvellement construits, en vue de l'Europe, Xerxès monta sur un trône de marbre blanc qu’on lui avait dressé au haut d'un tertre, et il contempla son armée de terre et de mer*
« En voyant, diL Hérodote, l'IIellespont couvert de vaisseaux, le rivage entier et les plaines d'Àbydos remplies de gens de guerre , il se félicita iuimémesur son bonheur; mais peu après il versa des la nues, »
D'après quelques observations que lui avait adressées Àrtabane, son oncle, avec lequel il $ 'était réconcilié, le roi dit :
« Lorsque je réfléchis sur la brièveté de la vie 1m- * mainc, et que de tant de miniers d'hommes, il « n'en restera pas un seul dans cent ans, je suis
ENTRETIEN tlE XEltXÈS ET DARTABANE* 179
€ mu de compassion* — Nous éprouvons» dit Àrœ tabane, dans le cours de noire vie, des choses n plus tristes que la mort meme* Car» malgré sa t brièveté, il n'y a point d'homme si heureux» soit « parmi cette multitude, soit dans tout l’univers, à a qui il ne vienne dans l'esprit, je ne dis pas une a fois, maissouveul,desouhailer de mourir. Les maïa heurs qui surviennent, les maladies quinoustroua blejif* font paraître la vie longue, quelque courte b qu’elle soit. Dans une existence si malheureuse, a l'homme soupire après la mort et la regarde comme « un port assuré. — Àrtabanc, reprit Xerxès, la vie n de l'homme est telle que vous la représentez, u Mais finissons un entretien si triste, lorsque nous «avons devant nous tant de choses agréables* »(Hé- * radote.)
Dans le cours de F entretien, Àrt&bane dit les meilleures choses, et finit par conseiller au roi de ne pas mener les Ioniens contre les Grecs, qui sont leurs pères* Xerxès ne fut point de son avis» Ils se séparèrent : Àrtuhune retourne k Suses ; le roi s’occupa de son expédition (480 av.
Tout étant préparé, le passage de Tannée s'effectua: on dit qu'il dura sept jours et sept nuits; que Xerxès la regardait défiler; et qu'il hâtait par des coups de fouet la marche des soldais.
Xerxès avance avec son année de terre; la ilolte, sortie de THellespout, eoloye le rivage de laThrace. Arrivé dans la plaine de Do risque, le roi voit toutes ses forces se rejoindre : il en fait le dénombrement.
PRUSES ET RRECS.
« Voici, diL Hérodote, celles qui se trouvèrent ü cette expédition : premièrement les Perses, lïs avaient des bonnets de feutre bien foulés, qu'on appelle tiares, des tuniques de diverses couleurs et garnies de manches, des cuirasses de 1er r travaillées en écailles de poissons, et de longs hauts-dechausses qui leur couvraient les jambes. Ils portaient une espèce de bouclier qu'on appelle g@rrhes l ave$ un carquois au-dessous, de courts javelots, degrands arcs, des flèches de cannes, et, outre cela, un poi* gnard suspendu h la ceinture et portant sur la cuisse droite. Ils étaient commandés par Otancs.
«LcsJVÎèdes marchaient vêtus et armés de même, Cette manière de s'habiller et de s’armer est propre aux Modes, et non aux Perses. Ils avaient à Jeurtêie Tigrane.., Tout le monde les appelait anciennement Ariens.
« Les Assyriens avaient des casques d’airain lissus et entrelacés d’une façon extraordinaire et difficile à décrire. Leurs boucliers, leurs javelots etleurs poignards ressemblaient à peu près à ceux des Egyptiens. Outre cela, ils portaient des massues de bois, hérissées de nœuds de fer, et des cuirasses de lin...
<* Les Indiens portaient des babils de coton, des arcs de canne, et des flèches aussi de canne, armées d’une p ointe de fer...
« Les habits des Arabes étaient amples et retroussés avec des ceintures- Ils portaient au côté droit de longs arcs qui se bandaient dans Tun et dans l’autre sens.
DÉNOMBREMENT DK 1. ARMÉE DE XERXKS. 181
Les Éthiopiens, vêtus de peaux de léopards et de lions, avaient des arcs do branches de palmiers, de quatre coudées de long au moins, et de longues ilèches de canne, à l’extrémité desquelles était, au lieu de fer, une pierre pointue, dont ils se servent aussi pour graver leurs cachets. »
Enfin se trouvaient dans l’armée de Xerxes : des Htrcaniens , des Bactriens , des S aces, des Tastues, des Sogdiens, des Caspiens, des Libyens, des Paphlagoniens, des Phrygiens, des Arméniens, des Lydiens, des Mysiens, desTHRACES,des Macrons, des Colchidiens, etc., etc.
Tous ces peuples avaient des costumes et des armes se rapprochant plus ou moius de ceux que
nous avons déjà décrits. ^
« L’armée de terre, dit Hérodote, se montait a un total de dix-sept cent mille hommes. »
L’armée navale sc composait de douze cenl sept vaisseaux, fournis par diverses nations.
Les Phéniciens et les Syriens de la Palestine en avaient fourni trois cents; les Égyptiens, deux cents ; les Cypriens, cent cinquante ,-les Ciliciens, cent ; les Pamph y liens, trente; les Lyciens, cinquante ; les Doriens, trente ; les C ariens,, soêrante- L ies Ioniens, cenl; les Insulaires, dix-sept; les Éoliens, soixante; ImHeixbspont«ss, cent.
« Les Perses, lesMèdes et les Suces combattaient sur tous ces vaisseaux, dont les meilleurs voiliers étaient les phéniciens, et principalement ceux de
« Toutes ces troupes, ainsi que celles de terre.
PERSES ET GRECS
avaient chacune des commandants de son navs » (Hérodote.)
Mais ces commandants avaient peu d’auLoritévu, qu’en outre, chaque peuple avait un générai perse, qui lui ôtait imposé elle dominait.
Les généraux en chef de l’infanterie étaient Mj*. noNies et Mégabtse ; ceux de la cavalerie, Habsu- MiTiiKÈs et Titiïée, tous deux fils de Datis; ceux de la flotte étaient Amaiiigniîs, Pbexaspes , Megabaze et Achéménès, frcre du roi. Le corps des dix mille, qu’on appelait les immortels, par la raison que ,dès qu il manquait un seul homme parmi eux, on le remplaçait aussitôt, était commandé par Hydabxès, Le roi était le chef et le maître de tout.
Le dénombrement achevé, l’armée demeura rangée en bataille, et Xerxès, monté sur son char, en parcourut tous les rangs. Après la revue de là cavalerie et de l’infanterie, il se plaça dans un vaisseau siDoxiE», et examina toutes ses forces navales.
La revue finie, et fier fie sa puissance , Xerxès fait appeler Démarate, le roi chassé de Sparte, et lui dit qu'il ne pense, pas que tous les Grecs et le reste des peuples de l'Occident, réunis en un seul corps, soient en état, vu leurs divisions surtout, de soutenir ses attaques. Le roi Spartiate , se sentant froissé, et éprouvant un moment de patriotisme, un retour d’affection pour ses concitoyens, répond que les Grecs combattront, leur armée ne fùt-elie que de mille hommes. Xerxès se moque alors de Démarate, lui demande s’il serait capable, lui, tout
ENTRETIEN DE XKRXÈS ET DE DEMARATE. 183
Grec qu’il est» de combattre seul contre dix Perses; puis il ajoute :
« Mais si les Grecs que vous me vantez tant vous <ressemblent, si leur taille n’est pas plus avanta-
< geuse que la vôtre ou celle des Grecs avec qui je
< me suis entretenu, j’ai bien peur qu’il n’y ait dans « ce propos beaucoup de vaine gloire et de juci tance. Faites-moi donc voir d’une manière probable comment mille hommes, ou dix mille, oucin- « quante mille, du moins tous également libres et ne » dépendant point d’un maître, pourraient résister «aune si forte armée ; car enfin, s’ils sont cinq « mille hommes, nous sommes plus de mille contre «un. S’ils avaient, selon nos usages, un maître,la « crainte leur inspirerait un courage qui n’est pas « dans leur caractère, et contraints parles coups de «fouet y ils marcheraient, quoiqu’en petit nombre, «contre des troupes plus nombreuses; mais étant « libres et ne dépendant que d f eux-mêmes, ils n'au- « ront jamais plus de courage que la nature leur en « adonné, et ils n’attaqueront point des forces plus « considérables que les leurs. Je pense même que « s’ils nous étaient égaux en nombre, il ne leurse- « rait pas aisé de combattre contre les seuls Perses. « En effet, c’est parmi nous qu’on trouve desexem-
. « pies de cette valeur, encore y sont-ils rares et en 4 petit nombre; car il y a, parmi mes gardes, des
Perses qui se battraient contre trois Grecs a la « fois, et vous ne débitez à leur sujet tant de sotti- « ses que parce que vous ne les avez jamais éprouvés. » (Hérodote.)
PERSES ET GRECS
TliermuiiytcN. L'ArUnitMam
Bémarate, choqué dans son amour propre de Grec, répondit, bien qu’émigré, en homme de cceur!
Xerxès, au lieu de se fâcher, se mit à rire, et le renvoya d T une manière honnête.
Xerxès, en partant de Dorisque, força tous les peuples où il passait h raccompagner dans son expédition. Toute cette, étendue de pays lui avait déjà été soumise par Mégabyse et Mardonius.
Le roi et Tannée traversent plusieurs nations, et tout tremble devant eux. Sur les bords du fleuve Strymon, les mages firent un sacrifice de ehevaux blancs. Les Perses, arrivés dans le canton appelé les Neuf-foies, y enterrèrent vifs neuf jeunes garçons et autant de jeunes filles des habitants du pays. Cette armée ruine les peuples par tout où elle passe. À force (le marches ei île contre-marches , les Perses arrivent aux Thermopijles^ passage étroit entre deux montagnes, qui devait les conduire de la Thessaïie dans la Béotîe, mais non sans obstacles. Xerxès avait grossi son armée dans sa marche. Les Thraces et les Macédoniens étaient à son service, et parmi les Grecs, il avait aussi des auxiliaires.
«Les peuples qui lui avaient fait leur soumission, dit Hérodote, étaient les Thess ali e ns, les Bolopes, les ÛEnianes , les Pebehæbes , les Locriens , les Magkètes, les Mbliess* les ÀcHÊENsde la Fhthidtide, les Thé bai ns, et le reste des Béotiens t excepté les Thespiens et les Pïatéens.
Les masses réunies de Xerxès étaient inealcula-
TASSAGE DES THBRMOPYLES.
blcs- Pour les forces de mer, outre les 1,207 trirèmes ou vaisseaux, il y avait encore 3,000 petits navires : tous ces bâtiments, de dimensions diverses, étaient montés par 517,010 hommes, tant rameurs que combattants. Les forces de terre, infanterie, cavalerie, chars de guerre et chameaux, venues d’Asie ou levées en Europe, s’élevaient â 2,124,000 hommes. Les forces de terre et celles de mer formaient donc un total de 2,641,610 hommes. Ajoutons h cela les valets et les esclaves occupés à la garde des convois, ainsi qu’au transport du matériel et au soin des provisions, dont le nombre égalait, dit-on, celui de Farinée entière : cela nous donnera hommes. Telle était la multitude que Xerxès entraînait à sa suite, sans compter les femmes et les enfants qui suivaient Farinée. Ou comprendra sans peine que, dans les lieux où cette masse d'hommes et de femmes passait, tout était saccagé, ruiné pour de longues années. Telles étaient, d’après Hérodote, les forces de Xerxès.
Xerxès était arrivé aux Thermopyles avec sa cavalerie et son infanterie, tandis que sa flotte abordait à Magnésie. Ses armées de terre et de mer étaient donc fort rapprochées F une de Fautre (4 hü av, J .-CL).
De leur côté, les Athéniens et les Spartiates, ayant envoyé des ambassadeurs à tous les Etats de la lirèce, et même en Sicile; ayant excité le zèle guerrier de leurs compatriotes, et formé une intrépide ligue, étaient allés au devant des Perses. Les Athéniens furent destinés h combattre sur mer : ils
PEftSES ET GRECS.
s'étaient rendus en deçà des côtes de Magnésie* à I’àhtémisiuaï, dans le détroit doEEuripe, qui sépare l’Eubée de la Grèce : montés sur leurs vaisseaux, ils attendaient la Hotte ennemie.
Les Spartiates, à la tête des troupes de terre, étaient aux Thermopylks. La longueur d’un passage étroit» resserré par deux montagnes, les séparait de Xerxès et de son armée.
Faisons connaître les forces de la Grèce. Voici pour l'armée navale :
h Les Athéniens fournirent cent vingt-sept vaisseaux, montes en partie par eux et en partie par les Platéens, dont le courage et le zèle suppléaient à leur peu d'expérience sur mer- Les Corinthiens en donnèrent quarante, et les Mkg ariens vingt. Les Chalcediexs en aimèrent vingt* que les Athéniens leur avaient prêtés* Les Eginètes en armèrent dir~ huit, les SicYOffms douze , les Lacédémoniens dix, les Épid.uïuens huit, les Erftrïens sept, les Trézéniexs cinq f les Stykéens deux , et les habitants de lTee de Céos deux, avec deux vaisseaux à cinquante rames, et les Locriens-Opuntiens envoyèrent en outre, au secours des alliés, sept vaisseaux h cinquante rames. » (Hérodote.)
11 y avait en tout deux cent quatre-vingts vais seaux. Le Spartiate Euhybiape fut nommé commandant en chef; et les Athéniens, bien qu'ils eussent fourni,a eux seuls, 147 vaisseaux, c'est-à-dire plus de la moitié de la (lotte f se soumirent à cette injuste décision, afin de ne point engendrer des discordes entre les Grecs. Et cependant il y avait parmi les Athéniens
BATAILLES DES TH EL MÛ V ÎLES ET LARlÊM ISIU M * 187
des hommes remarquables : ïhômistode était du nombre*
Voici quelles étaient les forces de terre :
« Elles consistaient, dit Hérodote, en trois cents Spartiates pesamment armés ; mille hommes» moitié Teoéates, moitié Mantinéens; six vingts hommes d'0ftCHOJWÈNES,enÀiicADiE,ei mille hommes du reste de l'Arcadie; quatre cents hommes de Corinthe, iléus: cents de Phulnte et quatre-vingts de Mïcèxes; ces troupes venaient du Péloponèse. Il y avait aussi de BéOtiesépt cents Thespiens et quatre cents Thebjuns. Outre ces troupes, on avait invité toutes celles des Lûcriens-Opuntiens et mille Phûcidienb. » Ces dernières troupes arrivèrent bientôt.
» Chaque corps de troupes, ajoute Hérodote, était commandé par un oiikier général de son pays; mais Lêomdas de Lacédémone était le plus considéré et commandait en chef toute Tannée. »
Cette armée ne comptait guère que six à sept mille hommes ; ce n’était qu’une sorte d’avant-garde, les Grecs n’ayant point pensé que Xerxès avec ses troupes, et le jour du combat, fussent si proche.
Les Perses commencent les hostilités par des escarmouches, soit sur l’eau, soit sur terre.
Ils s’emparent, près de Scyathos, de trois vaisseaux grecs placés en observation.
Dix des leurs s’étant égarés vont donner dans la îlot te grecque en station dans TEnripe, et sont pris.
Aux Tbermopyles, les Mèdes fondent avec impétuosité sur les Grecs; ils périssent en grand nombre. De nouvelles troupes chargent sans plus de succès.
PERSES ET GRECS
Les dix mille Perses, appelés les immortels , commandés par Hydamès, remplacent les Modes : fis vont à renüemi comme h une victoire assurée*
« Mais* lorsqu’ils en furent venus aux mains, dit- Hérodote, ils meurent pas plus d’avantages que 1rs Mèdes, parce que leurs piques étaient plus courtes que celles des Grecs, et que, Faction se passant dans un lieu étroit, ils ne pouvaient faire usage de leur nombre*Les Lacédémoniens combattirent d’une manière qui doit passer à la postérité, et firent voir qu’ils étaient habiles et que leurs ennemis étaient très ignorants dans Fart militaire* Toutes les fois qu ils tournaient le dos, ils tenaient leurs rangs serrés* Les barbares, les voyant fuir, les poursuivaient avec des cris et un bruit affreux. Mais dès qu'ils étaient prêts à se jeter sur eux, les Lacédémoniens, faisant volte-face, en renversaient un très grand nombre. Ceux-ci essuyèrent aussi quelque perte légère. Enfin, les Perses, voyant qu’après des attaques réitérées, tant par bataillons que de toute autre manière, ils faisaient de vains efforts pour se rendre maîtres du passage, ils se retirèrent.
« Les barbares ne réussirent pas mieux le lendemain* Ils se flattaient cependant que les Grecs ne pourraient plus résister, vu leur petit nombre et les blessures dont ils les croyaient couverts; mais les Grecs s’étant rangés en bataille, par nations et par bataillons, combattirent tour à tour, excepté les Phocidiens qu'on avait placés sur la montagne pour en garder le sentier . Les Perses, voyant qu’ils se battaient comme le jour précédent, se retirèrent* »
nAÎÀ ILLES DES THEUSIOPYLES DE L AUTÉH1SS * 1
Le roi se trouvait embarrassé et découragé lorsqu’un traître, nommé Éphialtes, dans l'espoir d’obtenir de grandes récompenses, alla lui découvrir un sentier, par lequel on pouvait se rendre, par le haut de la montagne - dans la Grèce. Cet avis fut bien reçu; les Perses en profilèrent. Ils s'élancèrent de nuit par ce sentier ; quand l'aurore parut, ils étaient au sommet du mont. Ils avancèrent toujours; les arbres les dérobaient à tous les regards. Cependant le temps était calme, et le bruit de leurs pas, le craquement des branchages qu’ils secouaient ou brisaient dans leur marche, donnèrent l'éveil aux Phockliens, qui avaient la garde de ce sentier : ceux-ci s'armèrent promptement, mais il était déjà trop tard* Les Pcfscs les accablèrent d’une nuée de ilèches : ils durent s’enfuir*
Léoyidas, instruit de l'arrivée*des Perses par le sentier, exhorta ses alliés, qui, jusque-là, avaient bien fait leur devoir, à se retirer, afin de ne pas s'exposer tous à une mort certaine, et de se réserver pour une autre occasion,,. Il crut, pour lui et ïes siens, qu’ils devaient mourir là pour donner à la patrie un exemple profitable- Les Tliébains et les Thespîens ne voulurent point se séparer des Spartiates.
Xerxès et ïes Perses descendaient la pente de la montagne; Léonidas et les Grecs s’avancèrent au devant d'eux. Le combat s’engagea dans un espace plus étendu que les jours précédents.
« Il y périt, dit Hérodote, ou grand nombre de barbares. Leurs officiers > postés derrière les rangs
ir
PERSES ET (iüECS-
le fouet à la main , frappaient tes soldats et tes animaient continuellement à marcher. Il en tombait beaucoup dans la mer, où ils trouvaient la fin de leurs jours-, il en périssait un plus grand nombre sous les pieds de leurs propres troupes , mais on n’y avait aucun égard, »
La lutte s'engage terrible; les Grecs résistent comme des gens désespérés, bien résolus à mourir* Quand leurs lances sont brisées, ils s'arment de l’épée ; ils ne cessent de combattre qu’on perdant la vie,
Léonidas fut tué après avoir fait dos prodiges de valeur. Quatre mille Grecs périrent aux Tuekmûpyles : ils avaient tué vingt mille Perses,
Xerxès et ses soldats furent plus humiliés que glorieux de leurs victoires; ils connurent à quels hommes ils avaient à faire, Les Th ébahis qui avaient survécu à cette action, passèrent, sans doute par ordre supérieur, du côté des Perses. Xerxès lit trancher la tête à Léonidas* déjà étendu sur la poussière, et ie lit mettre eu croix*
Pendant que Ton combattait aux Thermgpyles, on combattait également dans les eaux de rEuripe,à rAaTÉMisiuM. La Hotte perse, par son grand nombre de vaisseaux, inspira un moment d’effroi aux Grecs, et le général des Lacédémoniens et de l'armée entière, EnmtiÀDE, voulait ordonner la retraite. Mais Thoiistoclis* le chef des Athéniens, fît changer scs résolutions, et la bataille lut résolue.
Deux cents vaisseaux perses faisaient ïe lourde U île d'Eu bée : ils devaient rentrer dans l’Euripe pac
batailles des tiikkhopyles et l'artésimiuai. 191
fJitrémité opposée h celle où mouillaient les Grecs, afin de les cerner, de leur couper la retraite, et de ne pas laisser échapper un seul de leurs bâtiments-Mais une tempête s’éleva, et les Perses, pour la seconde lois, éprouvèrent un triste naufrage ; cette division de deux cents vaisseaux périt entièrement. En même temps, cinquante-trois vaisseaux Athéniens vinrent encore fortifier les Grecs; ces mêmes vaisseaux, ayant apporté la nouvelle du naufrage des Perses, comblèrent les Grecs de joie- Cependant Les deux flottes étaient en présence; après quelques escarmouches, le combat s’engagea,
« Pendant que les vaisseaux de Xerxès s'avançaient en ordre de bataille, dit Hérodote, les Grecs Se tenaient tranquilles a la rade d’ÀBTéifigiuM, Les barbares, rangés en forme décroissant, les enveloppaient de tous les côtés, afin de les prendre tous. Mais les Grecs allèrent à leur rencontre et en vinrent aux mains. On combattit en celle journée à iurces égales ; car la Hotte de Xerxès s'incommodait par sa propre grandeur, et par le nombre de ses vaisseaux, qui se heurtaient les uns les autres et s'embarrassaient mutuellement:elle résistait cependant et ne cédait point. Quel opprobre, en etîet, d’être mis en fuite par un petit nombre de vaisseaux 1 Les Grecs perdirent beaucoup de bâtiments cl un grand nombre d'hommes; mais la perte des barbares iut beaucoup plus considérable. Telle fut. l’issue de ce combat, après lequel chacun se retira de son côté.
« Parmi les troupes navales île Xerxès, les Égyptiens acquirent le plus de gloire— IHi côté dos
PERSES Eï GRECS,
Grecs, les Athéniens se distinguèrent le plus,*. Les deux flottes, s’étant séparées avec plaisir, se hâtèrent de regagner leurs rades respectives*
Les Grecs avaient vaillamment lutté T mais leur flotte avait souffert : la moitié des vaisseaux athéniens étaient endommagés* Âpres avoir placé, sur les lieux les plus apparents, des inscriptions par lesquelles ils excitaient les Ioniens h se séparer de Xerxès* et à ne point concourir à l'asservissement de la Grèce, leur mère-patrie, les Grecs se retirèrent sur les côtes de Sa lamine, peu éloignées d'Athènes.
Athènen, HiilituUnp*
Les combats des Thermopylks et d’ÀRTÉMisiCM, livrés en même temps, étaient d'un bon augure pour les Grecs, bien qu T ils eussent été forcés de céder du terrain.
Xerxès, après avoir fait enterrer ses morts, après avoir réchauffé, par tous les moyens possibles, l’enthousiasme de ses troupes, se mit en marche. Il Iraversa la Do ride, la Phocide, et autres pays, coupant les arbres et mettant le feu partout sans épargner ni les villes, ni les temples* Ayant partagé son armée en deux corps, le plus considérable s’achemina vers Athènes, l’autre se dirigea vers le temple de Delphes, dans le dessein de le piller : sur son passage, il ravageait tout.
Les Spartiates, et tous lesautresPéloponésiens, au lieu de songer à disputer pied à pied le terrain aux barbares travaillèrent à fortifier l'isthme de Corin-