CHEÜ1H51N ET VOU-VA>G
il s'irrita, et ces hommes courageux eurent à subir îes uns la mort, les attires l'exil. Mais Fa, ou Vouv<mg, le fils du vassal révolté, minait, ainsi que son père, la puissance de Cheou; il parlait aux grands, il parlait aux populations, il parlait a son armée, et voici comment :
« Le ciel et la terre sont le père et la mère de tous les êtres. L’homme, entre tous les êtres, est le seul qui ait rinlelligence en partage; mais un roi doit remporter par sa droiture et par son discernement; étant supérieur par sa droiture et son discernement, il devient le père et la mère du peuple*
« Aujourd’hui Cheou, roi de la dynastie deChang, n’a connu aucun respect pour le ciel suprême, accable de calamités le pauvre peuple. Ce roi est livré au vin et h la débauche; il se plaît à exercer des cruautés inouïes; lorsqu’il punit, la punition s’étend sur toute la famille; s’il donne des dignités, il les rend héréditaires. li fait des dépenses excessives en maisons de plaisance, en tours, en pavillons, en chaussées et en lacs; il épuise les peuples par ses exactions; il fait mettre en broche et rôtir les gens de bien, et ouvrir le ventre des femmes enceintes.**
* Le ciel chérit les peuples, et un roi doit se conformer au cieL Kie, roi de la dynastie de Hia, n’avait pas obéi au ciel; il avait inondé le royaume du venin de sa méchanceté ; c’est pourquoi le ciel a secouru Tching-tang, et Fa chargé de détruire Kie avec ta dynastie Hia*..
« Les crimes de Kie n’étaient pas cependant aussi
CHINOIS
grands que ceux de Cheou, Celui-ci a chassé sot frère aîné qui était doué d’une grande sagesse; ih fait souffrir une mort cruelle à ceux de ses ministre qui lui faisaient des représentations; il a osédir, qu’il avait le mandat du ciel; qu’il n’était pas nécessaire d être ni grave, ni réservé; que les sacrifices et les cérémonies n’étaient d’aucune utilité; I a dit que scs rigueurs et ses cruautés ne pouvaient lui faire aucun
« U a fait couper les jambes à ceux qui le matin avaient passé la rivière à gué. Il a lait ouvrir It cœur de ceux que la vertu rendait respectables; pai ses cruautés * ses tortures et ses meurtres j]u empoisonné et dépeuplé ie pays compris entre I* quatre mers. Iï a donné son estime et sa confiais aux hommes les plus pervers... Il a foulé aux pieds les lois de l’État...
« Lest pourquoi, moi. Fa, homme de peu de moyens, et vous qui commandez aux royaumes voisins, examinons le gouvernementdesChang. Le roi Cheou ne pense pas à réformer sa conduite...
« Le ciel, pour aider et assister les peuples, leur a ilonné des princes, leur a donné des instituteurs habiles. Les uns et les autres sont les ministres.du souverain Soigneur(Chang-ti) pourgouverner l'empire paisiblement et avec douceur; pour punir les coupables et récompenser les bons. Comment oserais-je agir d une manière contraire il ses intentions?
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« Les crimes du roi Chang sont à leur comble, ciel ordonne qu’il soit châtié, et si je ne mecon-
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forme pas aux ordres du ciel, je serai complice de Cheou.
Tous les joui^s je tremblé et je m’observe. J’ai succédé aux droits de mon illustre père : je fais, à l’honneur du souverain Seigneur (Chang-li), la cérémonie Joui; àrhonneur de la terre, la cérémonie y, et je me mets h votre tête pour appliquer les châtiments décrétés par le ciel*
« Le ciel a de la prédilection pour les peuples : ce que le peuple désire, il s'empresse de le lui accorder . Vous tous, aidez-moi à affermir pour toujours la tranquillité des contrées situées entre les quatre mers (Tempire); quand r occasion s’en présente, il ne faut pas la perdre. » (Le Chou-kimj .)
Fa, surnommé Vou-vang, flétrit énergiquement les crimes de Cheou, crimes horribles, et que des despotes seuls peuvent commettre; car la puissance absolue les aveugle, les pervertit, et en fait à la longue des bêtes féroces. Ouï, les tyrans seuls sont capables de commettre de tels erimes, mais tôt ou tard ils en sont punis.
On a remarqué que Chun ne punissait pas les enfants des fautes des pères, et que Cheou punit le coupable dans sa personne et dans sa famille; les lois étaient donc foulées aux pieds?...
Vou-vang marche à la tête de ses troupes, et dit à ses officiers :
« Soyez attentifs; ne soyez pas sans vigilance ; il vaut mieux se défendre que de mépriser ses ennemis. Les peuples sont aussi effrayés que si Ton allait briser leur tête. Holà I n’ayez qu’un esprit et qu’un
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CHINOIS
cœur; achevons ce que nous avons commencé, cl que notre ouvrage subsiste éternellement* » Lt Chou-king.)
Cheou se mit également à la lé le de son armée, aussi nombreuse que tes arbres cTune forets dit le Chou-king; mais quand il fallut combattre, cette armée se divisa; les soldats tournèrent leurs arméfe les uns contre les autres, et la cause de You-vang triompha sans peine*
UyiiàNtle Tchéou.
Le nouveau chef de l'empire, Fa, dit You-vang, répara les torts du roi déchu (1122 av. J,-C*J; il St sortir de prison ou rappela d’exii ceux auxquels leur fermeté avait porté malheur; il congédia son armée; et celui qui avait mérité par sa bravoure le nom de Yourvang, ou roi guerrier, se plut a vivre dans la paix. Il s’occupa du peuple et des travailleurs; il introduisit des réformes utiles dans l’Eta!; des ambassadeurs vinrent de toutes parts lui faire visité, même d’Egypte, dit-on, et il reçut les présents les plus variés* Toutefois, la féodalité détendit sous son règne, qu'une douloureuse maladie termina trop tôt,
Tchîng-yang,soh fils,lui $uccéda(lü5 av,
11 eut à lutter contre quelques membres de Lan* tienne dynastie, qui voulaient reprendre l'autorité. 11 eut aussi h se défendre contre les entreprises de ses proches* Mais fortifié dé l’appui de Tchéou-kong. son oncle maternel et son ministre, il triompha de toutes les difficultés, et régna dans la paix. Ils s'oc-
TCHIMS-YAMi.
cupèrenl.le roi et le ministre, (les lois et des mœurs, et publièrent le Code chinois le plus complet jusque-là.
Le législateur fut en réalité ce savant et bon ministre Tehéou-kong, mais il crut devoir parler au nom de Vou-vang, le roi défunt, pour donner plus d'autorité à ses propres institutions, d où nous tirons les hautes pensées que voici :
« C’est pour le peuple qu’il y a un roi, des eue . et des princes vassaux; ceux-ci ne doivent pas le « maltraiter ni lui faire du tort; ils doivent avoir « des égards pour les pauvres, soutenir les orphe- « lins, les veuves et les jeunes filles qui n’ont pas « d’appui. 11 faut que dans un royaume tout se con- „ forme aux règles de la raison, et que tous aient ce , qui est nécessaire à leur état. Un roi n’établit des « princes vassaux et des mandarins qne pour pro- « curer le repos aux peuples et défendre leurs « vies. »
Tehéou-kong dit encore :
« Le mur du peuple se tourne vers ceux qui lut « font du bien,., si la faix et l’exiox se ixegsest
t< PAS PARMI LE PEUPLE * f/EST Là FAUTE T>L CEI \
« qu le GoüVEKNKn-.,,, Prince, ce n'est pas l eau « qui doit mus servir de miroir , c'est te peuple. »
Ainsi parlait le premier ministre de la Chine, et le roi T ch in-va ng était de son avis. Son règne lui heureux*
Kàiïg-vasg, fils de Tchiug-vang, succéda a son père et suivît ses traces; comme lui il 8ma la simplicité; et une sentence des anciens, qu il aimait u
CHINOIS
répéter ei que nous transcrivons ici* en fait loi d'ailleurs :
« La vertu règne rarement parmi les gem riches « et püt uii ceux gui sont d anciennes uuiiso?is ; l or- « gueil leur inspire de la haine et. du mépris pour « les gens vertueux, et ils les maltraitent : c’est déif traire la loi du ciel que ne pas s'embarrasser de * garder les règles de la modération, et de ne pence ser à vivre que dans le luxe et dans la mollesse*»
Après des rois fort simples et tout occupés du peuple, vinrent d autres rois qui ne pensèrent qu’a leurs plaisirs : Tun était passionné pour la chasse, et avec ses meutes il détruisait les campagnes et la fortune des laboureurs; l'autre, passionné pour les voyages et les aventures, abandonnait à ses ministres toutes les affaires de l'Etat; d’autres ne se distinguèrent que par leur indolence, leur avarice, leur bizarrerie, leurs prodigalités, leurs goûts crapuleux ou leurs cruautés, et le peuple souffrait et murmurait* Parfois aussi, armé de sa philosophie pratique, il décochait aux grands, aux vampires qui le dévoraient, des bons mots, des apostrophes vigoureuses, et tles chansons dont voici un échantillon :
« Le ciel fait tomber sur nous toutes sortes de calamités, il prépare la ruine du royaume; bientôt il précipitera de sou trône le roi que nous y avons élevé ; il donne déjà nos champs en proie aux insectes dévorants; nos moissons se dessèchent partout. 0 malheureux royaume du milieu (la Chine)! tous les peuples déploreront ta misère et ta ruine* J'aurais voulu implorer le secours du ciel (fappel aux armes), mais les forces me manquent, et mon courage défaille.
CNE CHANSON POPULAIRE.
«t Ceux qui sont éclairés et cTtiue vertu éminente, ou ne les recherche pas, on les repousse ; on ne consulte point leurs écrits ; mais des hommes pervers et cruels sont recherchés, encouragés; et le peuple, abandonnant le frein du ses passions, se porte à toutes sortes d'excès ; il n’est rien qu'il n'ose et ne commette dans ses emportements.
« La misère du peuple est poussée à l’extrème. 77-5 proclament leur bonne foi et leur sincérité, lorsqu'ils sont pleins de dois et de fourberies, et qu'ils ne cessent de lui tendre des pièges. Ils pensent à inventer d'autres moyens de nuire, de crainte qu'on ne vienne à découvrir leurs ruses et leurs fourberies. Le peuple se livre à toutes sortes d'excès, et sou élut empire chaque jour,
« Le peuple ne peut goûter aucun repos, aucune tranquillité, parce que le royaume est infesté de voleurs, d’hommes
PERVERS QU J LUI EXTORQUENT LE FRUIT I>E SES SUEURS, lorsqu’ils
feignent d'ètre hommes ce rien et qu’ils disent ne pas approuver les actes coupables qu'ils commettent (au nom de la royauté), Çe. sont des menteurs et des fourbesï Cependant on b lime mes paroles accusatrices, et tu voudrais les étouffar ; mais d'autres fout déjà chanté et maudit, w
C'était au roi Li-yang, vers l'année 873 av. J.-C. t que l'énergique chanson s'adressait surtout; mais œ roi en fit mépris et brava la haine de ses sujets. Le peuple se souleva enfin, le tyran fut mis en fuite; loute la famille royale, au nombre de trois cents personnes, fut entièrement exterminée, à l'exception tTun jeune enfant qui dut la conservation de ^ vie au dévouement d'un ministre. Cet. orphelin a seî 'vi de sujet de tragédie aux auteurs chinois, et Voltaire Ta introduit sur notre scène sous le nom de î Orphelin du la Chine,
Le roi détrôné mourut dans la quatorzième année de son exil.
A ce moment, ceux qui avaient administré lVm-
pire jusque-là* présentèrent le jeune ürpheloj peuple, qui avait oublié sa eoière el ses ressenti ments : il le reconnut roi sous le nom de Smi\ vanGj ou roi proclamé (827 av. J.-CJ
Le règne de Siouen-vang n’eut rien d’ëclate Son fils, roi à son tour, introduisit à la cour les cw. mûmes et les eunuques. Tout s'affaiblit, se co nm pit s se pervertit insensiblement. Les grands r± ; saux, les rois divers qui étaient à la tête des Etl nombreux qui entouraient l'empire du milieu etqe composaient une vaste féodalité, se mirent en b vol te : Il fallait donc combattre tantôtd'un côté, tant! de rautre ; il n’y avait point de trêve; les guerres les troubles étaient continuels* La misère s’étendaï les lumières s'obscurcissaient, les superstitions^ répandaient, et le peuple perdait de plus en pic de son calme et de sou respect envers l'autorité,
À l’enterrement de Mox-mum, prince de Tiisic vassal de l’empire, cent soixante et dix-sept pt r sonnas se donnèrent fa mort; d'autres furent eût traintes de se tuer , el de suivre, ainsi que tes pn mîère$,ce chef dans la tombe . Cette barbare co aluns venait, dit-on, des Tàrtares, qui commençaienti se mêler aux Chinois,
La Chine était dans l'anarchie, dans la coofusk depuis deux siècles. Tout semblait devoir se dism dre , En haut de la société trônaient l’orgueil > l> bassesse, la cupidité, la brutalité;en bas s’agifaiflti la colère, la souffrance et l’espérance d’un vatf changement. Le peuple fermentait, et d’ardent philosophes devaient sortir de son sein.