‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 12 sur 45 · GRÈGE · texte numérisé non relu

GRÈGE

dont les uns étaient couverts de tapis de pourpre ou d’étoffes de diverses couleurs ; les autres étaient ombragés de rameaux verts qu'on renouvelait à : tous moments. Ces charriots servaient à porter ses autres amis et ses capitaines qui, couronnés de fleurs, passaient leur temps à boire . Ou n’aurait vu, dans tout ce cortège* ni bouclier, ni casque, ni lance; les chemins étaient couverts de soldats qui. armés de flacons, de Lasses et de coupes, puisaient sans cesse du vin dans des cratères et dans des urnes, et se portaient des santés les uns aux autres, soit en continuant leur route, soit assis a des tables qu'on avait dressées le long du chemin. Tout retenti ssaît au loin du son des flûtes et des cbalu* ineaux, du bruit des clairons et des danses de femmes qui ressemblaient à des bacchantes. Due marche si déréglée et si dissolue était accompagnée de jeux où éclatait toute ta licence des bacchanales ; on eùL dit que Bacehus présidait en personne ü cette orgie. Quand il fuL arrivé au palais du roi de Gédrosie, il fit encore reposer son armée, en continuant toujours les memes jeux et les memes Festins.

« Là, Néarque vint le rejoindre; et ce qu’il lui raconta de sa navigation lui fit tant de plaisir, qu’il résolut de s'embarquer sur l'Euphrate avec une flotte nombreuse, de côtoyer l'Arabie et VA et d'entrer ensuite par les colonnes d'Hercule dansU mer Méditerranée . Il fit construire sans différer, dans la vüle de Thapsaque, des vaisseaux de toulu espèce, et rassembla de toutes parts un grand noffi' bre de pilotes et de matelots, »

EXPÉDITION b’aLEXANDHE.

La marche bachique d'Alexandre et des siens est vraiment surprenante»; quant à son projet d’embarquement, ü prouve que ce guerrier n’étaii pas ignorant en géographie et aimait les découvertes; mais ü ne put être accompli; voici pourquoi ; pendant son expédition dans les Hautes-Indes, des révoltes avaient éclaté en Thrace, en Macédoine, en Grèce; beaucoup de gouverneurs ou satrapes, qu’il avait placés dans les pays conquis, avaient fait défection; il fallait employer Tannée de terre et de mer à rép ri me r et à pu nh\ le cot i q uéran t courut donc au plus pressé.

Alexandre avait épousé Itoxane ; en arrivant à Suse il épouse la fille aînée de Darius, Statira, et donne sa jeune sœur à Héphestïon. Il provoque, il excite entre les Macédoniens et les Perses le plus grand nombre d’unions possible (326 av> LC).

Alexandre s’attache les Perses par des faveurs et de hauts emplois; il forme des troupes asiatiques qu'il veut rendre capables de se mesurer, au besoin, avec la phalange macédonienne. Les Macédoniens s’étaient refusés à passer le Gange; iis avaient souvent élevé des clameurs d’indiscipline; ils avaient persifllé la diviniLé du conquérant et sa prétendue descendance de Jupiter Ammon ; Alexandre leur en gardait rancune. Bientôt ce fut parmi les Perses qu’il choisit ses officiers-généraux et ses satellites. Les Perses étaient plus soumis ou plus serviles que les Européens, cela plaisait au fils de Philippe, au prétendu vengeur de la Grèce...

Le roi part de Suse avec son armée; parcourt

grège.

plusieurs provinces; traverse la Bagistane, et arrive k Ecbatanes (laos la Médie. ‘Il y célébré des fêtes.

« Ce fut là, dit Diodure de Sicile, quTïéphestîon, par suite d'une orgie, tomba malade et mourut, s Nous lisons dans Plutarque : <r Alexandre ne supporta point cette perte avec modération; il lit dabord, en signe de deuil, couper les crins à tous les chevaux, à tous les mule!s de l'année, et abattre les créneaux des viHes des environs. Le malheureux médecin fut mis en croix*;..*. Enfin, cherchant daus la guerre une distraction à sa douleur, il partit comme pour une chasse d'hommes, et, ayant subjugue la nation des Cûsskens* il les fil tous passer au fü de 1 épée, sans distinction d'age ni de sexe; il appela cette horrible boucherie le sacrifice pour ki funérailles d’Béphestion (326 av. J.-C,). »

Alexandre se dirige ensuite vers Babylone : les chaïdéens, prêtres de la superstition, diseurs de bonnes et mauvaises aventures, le détournent, fit pour cause, d'entrer dans cette ville, Alexandre craint les augures, fléchit; mais des philosophes grecs Je fortifient, et il avance avec ses troupes nu sein de la capitale de la vieille Assyrie : la population le reçoit avec bienveillance, et des fêtes lui sont prodiguées (325 av. J.-G.J.

Des envoyés de presque toute la terre viennent lui rendre ..hommage; Alexandre est le plus grand roi de l'univers! Toutes ses volontés deviennent des lois qu’on na peut en feindre- Auprès de cei homme tous les autres hommes ne sont que des esclaves, des roseaux flexibles, des objets nié-

EXPÉDITION D 1 ALEX ANDRE, SA MORT* ffl

prisés et trop souvent méprisables (314 av> J.-C*),

Alexandre s'occupe à Babyloue des obsèques û’Hëphestion : le corps de ce favêri du roi venait d'être transporté dans cette ville. Ou évalue à plus de soixante millions de francs les dépenses qui furent faites à cette occasion* Alexandre ordonna à tous de sacrifier à Héphestion comme à un dieu de premier ordre*

Ces pompes funèbres terminées, Alexandre passe tout sion temps dans les fêtes et les plaisirs; ses débauches lui affaiblissent le cerveau; il s’abandonne uns terreurs de la superstition.

En assistant à un banquet que lui avait offert Fun de ses favoris, il 3iut du vin avec excès; il vida même à la fin du festin d'un seul trait la grande coupe d'Hercuîe, « Tout-à-coup, ditBIodore, comme frappé d’un coup violent; il poussa un grand soupir, et fut emporté sur les bras de ses amis, » C'était là, probablement, une attaque d'apoplexie foudroyante, et non l’effet d'un poison lent, comme on riminua un peu plus tard* Diodore reprend : * ^ es domestiques le placèrent aussitôt sur son lit et veillèrent sur lui assidûment. Comme le mal faisait des progrès, les médecins furent appelés, mais aucun ne put le guérir. Enfin, eu proie à d’horribïes souffrances, et désespérant de sa vie, le roi ôta son anneau du doigt et le remit a Perdiceas, Lorsque ses amis lui demandèrent à qui il léguait la royauté, H répondit : Au plus fort. Dans les dernières paroles qu'il prononça, U recommandait à m primipaux amis (Vhonorer sa tombe d'un grand

combat funéraire* Telle fut la fin d'Alexandre; il avait régné douze ans et sept mois (521 av. J.-C.). » Peu après 3e corps de ce prince fut transporté de Babylone à Alexandrie en Égypte, et la plus grande pompe présida il cette cérémonie funèbre.

Àpprédntinn itur llcinndre.

Quel jugement porterons-nous sur Alexandre?

Fut-il, comme les uns le disent, un génie civilisateur? Fut-il, comme d’autres l’avancent, un fou qui n’avaït pour but que la dévastation? Examinonsde à ces deux points de vue*

Alexandre fut passionné, ardent pour Petube, mais I on sait quelles furent ses plaintes à Aristote; et qu'il désirait que la lumière fût laissée sous le boisseau ; il voulait s’éclairer, il ne voulait pas que jës autres s'éclairassent : c'était de l'égoïsme.

Après avoir pris Thèses, il la saccagea, et vendit trente mille de ses habitants comme du bétail ; mais les Athéniens, bien qu'ils lui eussent refusé les dix orateurs dont il avait à se plaindre, ne furent point inquiétés; il leur permit même, sur leur demande, d’accueillir dans leur ville les Thébainâ fugitifs, de leur donner l'hospitalité; et c'était là se montrer bon, grand, généreux...

Alexandre remit sur son trône le roi roms, qu'il avait vaincu, non sans peine; il traita avec bonté la mère, la femme, te (ils et les filles de Darius, qui! avait mis en fuite; quand, près d’Eebatancs, des Grecs vinrent à sa rencontre et lui exposèrent leurs misères, il s’attendrit, il pleura sur leur sort et les

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