‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 16 sur 45 · APPRÉCIATION SVR ALEXANDRE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION SVR ALEXANDRE

pies, si e’est par la contrainte ; que Ton fasse de toutes les nations une seule nation, si elle doit se courber sous un joug de fer; que Ton soumette tous les hommes à la même loi, si c’est une loi de servitude; que pouvaient donc gagner les peuples libres aux victoires d’Àlcxandre? rien. Qu'avaientilsà perdre? tout.

Lorsqu’un prince doué d’un grand génie s’empare de vastes possessions* au sein desquelles il porte le siège de son gouvernement, qu’en revient-il au peuple valeureux qui lui a prêté le bras avec lequel il a triomphé? rien. Il en sera même bientôt puni ; il tombera peut-être dans la dépendance de ceux qu’il a vaincus, N’a-t-on pas connu un Gui!- ]aume-le-Bàtard, duc de Normandie, conquérant de l'Angleterre? Quel prix retira donc de sa conquête le peuple de France? — Une lourde oppression, des misères sans nombre.

Si Alexandre eût pu jouir d’une longue vie, il devait absorber la Grèce dans ses Etats et compromettre le développement de la puissance romaine; Î1 eût affermi le sceptre, l’autorité dans sa famille, et les généraux, et les satrapes, et les gouverneurs de provinces, s’habituant à la soumission, à l'obéissance, au respect de la grande royauté, l'empire perse devait se relever, s'agrandir, se retremper, et parcourir une nouvelle phase pour le triomphe du despotisme et la ruine de la liberté* 11 n’en fut pas ainsi grâce à une mort prématurée, et le monde y gagna beaucoup, nous le croyons*

Autrefois Farménion avait conseillé au fils de Phi-

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lippe de se marier et se rendre père avant d’entreprendre son expédition d'Asie, afin, disait-il, d’avoir un jour un successeur au trône* Alexandre répondit qu'il serait honteux de s'arrêter pour célébrer des noces et attendre des naissances d'enfants, Pen* dmit le cours de sa rapide existence, îl ajouta les conquêtes aux conquêtes, mais, de ses généraux, doses satrapes, il ne songea nullement à faire des j Aires moraux : il ne leur dît jamais qu'il fallait aimer le peuple, s'occuper de son bien-être; il ne leur inspira point des sentiments d'humanité, et les satrapes d’Alexandre n'eurent pas d'autres principes de gouvernement que les satrapes de Darius, auxquels ils avaient succédé.

Alexandre n'était point un civilisateur, c'était \'xm de ces fléaux dont Dieu se sert k des temps donnés pour secouer les populations engourdies et les empêcher de se corrompre dans le repos du vice et de l'iniquité , Alexandre était un agitateur sans principes, sans but déterminé. Cependant ou ne peut lui refuser le titre de grand; nous le lui accordons ; mais qu'il nous soit permis de faire à sofl sujet quelques comparaisons, vulgaires, Lrîvialeft communes si l’on veut, mais vraies.

II est des artistes supérieurs aux autres, qu'aucun autre artiste ne peut égaler, qui excellent dans t l'art qui leur est propre, soit de là peinture, soit de. lu sculpture, soit de la musique, soit de la poésie; ces artistes sont des hommes de génie dans leur | art; mais iis pourraient en même temps manquer de raison, ne point savoir se conduire avec sagesse, !

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et n’être, en définitive, que des espèces de fous: ces artistes seraient donc alors tout à fa fois des hommes de génie et des insensés* Dans tous les métiers/ dans toutes les conditions, les hommes les plus savants, les plus habiles» tes plus forts, ne sont pas toujours les hommes les plus dignes, tes plus moraux, les plus sympathiques, les plus fermes dans l'accomplissement du devoir» les plus capables de marcher à la tête des autres hommes et de les conduire à bien. Dans le même homme se trouvent parfois rassemblées las qualités les plus disparates; on remarque dans celui-là génie et lâcheté , dans eeltïî-ci génie et dépravation; dans un autre, génie et folie. Un homme complet, possédant la tête, le cœur, le bras» c’est-à-dire, ïa raison, le sentiment, fa force, c’est cequ'il y a déplus rare dans le monde. Si des qualités contraires peuvent se rencontrer chez ["artisan, chez l'artiste, chez l’homme de science, pourquoi pas ehe* le magistrat, chez l'homme d’Etat, chez le héros, et enfin chez Alexandre?

Alexandre était doué du génie de la guerre* Il savait concevoir, exécuter, prévoir les obstacles ou les vaincre. A un sîége de ville, ou sur un champ de bataille, il mettait ses forces en œuvre dunemanière admirable; ses ennemis commettaient-ils une faute, il en profitait; se trouvait-il, lui» dans une position critique, il usait de nouvelles ressources, de nouveaux moyens, et quand on le croyait près de succomber, il se relevait comme la foudre et obtenait des succès plus éclatants. Sa conception,

sa hardiesse, sa persévérance causaient l’effroi et radiniratîon. Oui, iî possédait le génie de la guerre; mais, ainsi que beaucoup d’autres hommes, il réunissait des qualités contraires, et ces qualités étaient, chez lui, génie et folie- Aussi était-il plein d’orgueil, de superstition; aussi négligeait-il de mettre de Tordre dans ses affaires, et quand, au dernier terme de sa vie, ses généraux lui demandèrent : à qui laissez-vous T empire, il rëpoudît: AU plis fort, et leur recommanda de se livrer un grand combat sur sa tombe. Conseil barbare, anti-humain, et qui ne manqua pas d’être suivi.

C’est dans Dîodore de Sicile que fai trouvé ces paroles : au plu* fort Àrrien et Quinte-Curce lui font dire: au plus digne . Mais il faut remarquer que ces auteurs ont plutôt écrit un poème qu’une histoire, et qu’ils armaient à flatter leur héros; j’ai préféré m’en rapporter h îa version de Dîodore; die est plus conforme h l'esprit d’Alexandre et aux événements qui suivirent l'heure de sa mort,

Le* NucccMMeura dMlttiuuiIre.

En partant pour T Asie le fils de Philippe avait laissé à Oltmpiàs sa mère, et à son général Asti- ?ater, le gouvernement de la Macédoine et la direction des affaires de l’Europe : cette femme vindicative et ce chef ambitieux furent dans de constantes rivalités, Olympias se retira dans TEpire;Àntipaler resta au siège du gouvernement et attendit les éventualités.

Quand Alexandre eut cessé de vivre, il y eut des

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troubles. Cependant Aridée , son frère naturel, reçut le titre de roi clans Babylone. Alexandre avait laissé Roxa ne grosse; l’enfant qu’elle mit au jour fut également proclamé roi. Il y eut deux rois, l’un était atteint d’une maladie mentale, l'autre sortait du sein de sa mère. Perdicçàs, celui des chefs auquel Alexandre avait en mourant laissé son anneau royal, fut nommé lieutenant-général du royaume et chargé de la tutelle du prince, le fils de Roxane. Les généraux se partagèrent les satrapies, les gouvernements, et prêtèrent aux deux rois et h Perdîccas le serment d'obéissance. Voici quelle fut la part de chacun.

Ptûlémée eut P Egypte; Laomedon - , la Syrie; Python, laMédie; Eumène, la Paphlagonie et la Cappadoce; Antigone, laPamphylïe, laLycîe et la grande Phrygie ; Cas s ANDRE, la Carie; Mêlé àgre, la Lydie; Léonnatüs, laPhrygie de l'Helîespont ; en Europe, Lysimaque eut la T h race; àntipater garda la Macédoine, Enfin la Gédrosie, P Ane, laBaetriane, laSogdiane* îaParthîe, FHyrcanie, laBabyîônie, la Perse* ïa Médie, et beaucoup d’autres provinces, échurent à d’autres chefs, Porus et Taxile conservèrent leurs royaumes de l'Inde. Chaque général d'Alexandre prenait ou cherchait à prendre la plus grande part possible dans ce vaste démembrement (324 av* J, C,).

Les plus célèbres d’entre tous ces chefs étaient Perdiccas, Ànlipaler, Ptolémée, Antigone, Cassandre, Eumène, Cratère, Lysimaque, Séleucus. Plusieurs fois il se fît des changements, des remanie-

ment de satrapies ; ies intérêts, les intrigues se croisaient; la convoitise ne laissait aucun repos à tous ces vieux soldais. Pendant que tant d'agitation se faisait parmi les successeurs d'Alexandre, qui voulaient posséder chacun un royaume ou tout ao moins des positions indépendantes, des révoltes éclatèrent. « Des colonies grecques établies par Alexandre dans les satrapies supérieures, dit Diodore, regret taién t les mœurs et la manière de vivre de leur patrie, et se voyaient avec peine reléguées aux confuis de l’Empire ; elles se soulevèrent. j> PerdiCcas envoya des troupes contre elles. Les Grecs furent vaincus, passés aux fil de l'épée, et les Macédoniens victorieux se partagèrent leurs biens (323 &v. J. G.),

Les Rhouiexs chassèrent la garnison macédonienne et proclamèrent l'indépendance de leur ville (323 av I. C.).

Les Athéniens, jugeant le moment favorable pour relever la Grèce de sou abaissement, résolu* rent d'entreprendre contre Antîpater la guerre ap* pelée Guerre lainîaque ■ Voîci le décreiqui fut vosêè cette occasion, en 323 avant J. C., dans 1 assemblée du peuple d’Athènes.

« Le peuple appellera t ous les Grecs à combatte « pour la lire rté commcive ; les villes seront délt' « vrées des garnisons étrangères; on construira « une flotte de quarante trirèmes et de deux cents « tétrarèmes ; tous (es Athéniens feront partie ifa « service militaire actif jusqu à l'âge de qaaranti « ans ; trois tribus seront chargées delà garde dt

LES SUCCESSEURS d’alexajïdre,

■ l’Àttique et les sept autres se tiendront prêtes « pourles expéditions hors du territoire; on enverra « des députés dans tou! es les villes grecques, pour a déclarer que si le peuple athénien t estimant la <t Grèce la patrie commune des Grecs, a jadis corn- * bat!u sur mer tes barbares venus pour leur appora ter l’esclavage, il saura bien maintenant pour le « saîtif commun des Grecs, risquer son existence,

« ses richesses et ses navires. » (Diodore de Sicile*)

Les Etoïiens, les Àrgiens, les Sicyoniens, tes Eliens, les Messéniens, les Dorions* les Loeriens, les Phocidiens, une partie des Thessaliens, des Phlhîotes de l’Achaïe, d’autres peuples encore se déclarèrent prêts à suivre les Athéniens. Mais d’autres Grecs gardèrent la neutralité: les fiers Spartiates furent du nombre ; ïl en fut qui allèrent plus loin; ils soutinrent les Macédoniens. Le parti des riches, dans toute la Grèce et à Athènes même, était, contraire à ce mouvement émancipateur et tout populaire.

Les Grecs amis de l’indépendance se réunissent sous le commandement de Lég&tiiene, d’Athènes, brave général. Démosthèpœ vivait encore; son âme était toujours ardente pour la liberté.

Àntï pater laisse à Si pas le commandement de la Macédoine, ei marche contre la ligue des Grecs. Des combats se livrent ; les Grecs triomphent; Antîpater recule avec son armée ; ils se réfugient dans la ville de Lamia : les Grecs en forment le siège, le pressent vivement; les Macédoniens sont aux abois, quand Léosthèue reçoit un coup de pierre à

la tête. Trois jours après ce chef était mort* Les Athéniens rendirent des honneurs funèbres à ce brave* âhtipbile le remplaça dans le commandement de l'armé* (355 avant L-C.).

Léonnalus vient au secours d'Anlipater; les Grecs en sont instruits, lèvent le siège de Lamia, brûlent leur camp et vont au-devant de ce général et de ses troupes, afin de les combattre avant qu'ils aient fait leur jonction avec les autres Macédoniens. Les armées se rencontrent, Léonnatus est tué* ses troupes sont vaincues* Ànüpater arrive* mais trop tard* Il observe ses ennemis* puis il se retire sans avoir osa combattre. Cratère vient au secours dWntipater* leurs forces s'unissent. Elles s'élèvent à quarante mille fantassins, trois mille archers* et cinq müte cavaliers* Les Grecs n'ont que vingt-cinq imite fantassins et trois mille cinq cents cavaliers; mais fis ne fuient pas. Les deux armées approchent Tune de Tau ire* combattent* Les Thessaltens* qui forment la cavalerie des Grecs* font face avec avantage ; les Grecs ne peuvent soutenir le choc de la phalange macédonienne : ils reculent en bon ordre, en rendant à P ennemi les coups qu'ils en reçoivent. Ils gagnent les hauteurs : le combat se ranime* se prolonge et cesse. La lutte n'avait point été décisive: cependant* les Macédoniens avait eu l'avantage (352 avant J.-C }.

Les armées se séparent. Àntïpater et Cratère portent la guerre dans la Thessalîe* prennent d’assaut plusieurs villes, les autres s'effraient, et îa Thessalie se détache de la ligue des Grecs. D'un autre côté,

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