SOCRATE
ordinairement, cinq cents membres, revêtus à la fois des attributions de jurés et de celles de juges (1). Il est à croire qu’en y comprenant l'adjonction d'un certain nombre de magistrats, le chiffre cinq cents pouvait être dépassé. Si donc il se trouvait parmi ces juges des maçons, des cordonniers, des charpentiers, il y avait aussi des commerçants, des artistes, des magistrats, des hommes attachés au culte, des riches de toute qualité. U se pourrait encore que le sort ou l'intrigue, lors du procès de Socrate, eût plus favorisé ceux-ci que ceux-là. Et cependant, malgré la fierté de sa défense, si deux cent quatrevingt-une voix se prononcèrent contre ce philosophe, deux cml soixante-quinze se déclarèrent en sa faveur ; et U est presque certain que ces dernières notaient pas celles des moins pauvres citoyens. Tant de voix pour absoudre étonnèrent l'accusé; il ne croyait pas avoir tant d'amis dans le tribunal, où
[1) Les jurés, ou juges, recevaient, quand ils étaient appelés dans les tribunaux, une légère rétribution qui les indemnisait de leur temps perdu et leur permettait de vivre ; car il faut remarquer qu'à Athènes les pauvres connue les riches étaient appelés à juger leurs concitoyens. Maintenant U en est de même en France; pauvres et riches font de droit partie du jury ; mais comme il n'y e point d'indemnité pour l'exercice de cette fonction, les simples travailleurs, artisans et paysans, se trouvent dans Pi ni possibilité de la remplir, et sa font dispenser quand le sort les appelle. Ainsi, iis ont un droit dont ils ne peuvent user. Athènes était plus avancée en démocratie, elle était plus prévoyante et ne Faisait pas les choses à demi, et voilà cependant ce qui a servi de thème aux calomnies d'Aristophane et de l'aristocratie ! ils ont couvert de ridicule la chose la plus juste et la plus respectable.
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le déplacement de trois voix seulement pouvait 1& faire triompher* Que prouve une eondaïrmatiottf laborieusement obtenue? Que le peuple, qu’on avait impressionné, abusé, trompé par toutes sortes dû mensonges et de calomnies, rfétait réellement point hostile au philosophe.
Résumons-nous, Que! avait été la premier a»
sateur de Socrate ? — Aristophane ; et Ion comprend, que plus ses calomnies venaient de loin, plus êm avaient eu ïe temps de pénétrer dans les esprits, cîr plus, par conséquent ? elles devaient êtreprè]udi«*l blés à F accusé. — Quels furent ceux qui lui iiuerdtl rent la parole devant le public? — Grillas et Lystclés, deux usurpateurs, deux oppresseurs, chefsilf la faction aristocratique, et c était au nom des LteflU tyrans, leurs collègues, quils le forcèrent au silencr ! ~ Quels furent ceux qui portèrent la cause de™ le tribunal d’Athènes? — Àüytus, MéJUus, L.ycoü,
parlant au nom des politiques , des poètes, liesàri listes, des prêtres, des magistrats, et non la p&FF lace , qui n'avait aucun grïef, aucune injure a vetff ger. Eh pourquoi donc toujours accuser, toujoun salir le peuple, quand on sait que s’il ne fut pasI sez intelligent pour mettre à néant les calomnies O rigées contre le sage, assez ferme pour empÆ# son martyre, il sut du moins détester ses ennemi mettre en fuite ses accusateurs et ses calomniâtes A quel propos l'abbé Bàrthélemi vient-il M* dire, dans son Voyage du jeune Armcharsis : rt ^ «juges de Socrate étaient la plupart des gens « peuple, sans lumière et sans principes, »
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Quoi! les gens du peuple sans lumière et sans principes, et il s'agit du peuple d'Athènes I.** Mais il va sans dire que si les pauvres n'avaient ni lumières ni principes, les Aristophane , les Grillas, les Anytus, les Mélitus, les magistrats* les riches enfin, étaient doués de tous les mérites, de toutes les vertus; et cependant ils accusèrent Socrate avec frénésie, ils le firent condamner, îîs le firent mourir,...* Que répondrait a notre remarque l'abbé Barthéfemi ?
Mais, dira-t-on , Platon , Xènophon , n'étaient-ils pas riches et dévoués à Socrate? — Maïs, dironsnous, Éàchîne, Simon, n'étaient-ils pas pauvres et
las disciples les plus chéris du sage?.Pourquoi
donc toujours accuser la multitude? Pourquoi lui imputer des crimes dont elle ne fut point coupable, et exagérer les torts qu'elle peut avoir ? — C'est parce qu'elle est pauvre; c'est parce qu'elle n'est pas chargée du soin de distribuer les faveurs sociales, et que les courtisans, écrivains et autres, ne flattent que ceux qui peuvent les récompenser, soit pécuniairement, soit par des fonctions, soit par des honneurs. Voilà pourquoi Je peuple est si maltraité et ia vérité si souvent foulée aux pieds.
Cléon.
On se plaît à accuser le peuple; on n'aime pas moins à maltraiter les hommes sortis de son sein , quand, surtout, ils sesonL permis de prendre sa défense. Pour eu donner une preuve éclatante, parlons deCîéon, sur lequel nous avons passé rapidement en
traitant de la guerre du'Péloponèse , et parlons-en avec tomeFétendue nécessaire. Cléon est un homme déconsidéré, flétri, Thucydide, Aristophane, Diodore de Sicile, Plutarque, et dans ces derniers temps Molli il, Barthélemi, Millot, Mably, Ségur, enfin toni les écrivains, tous les littérateurs, tous les savants, Pont appelé fanfaron, déclamateur, lâche, scélérat; ils lui ont fait subir toutes les insultes; pasunevoii ne s'est élevée en faveur de cet homme, dont la mémoire est restée souillée aux yeux du monde entier* Mais ce Cléon, fut-il un hYche, un scélérat,^ monstruosité ? C'est ce qu'il faut examiner, Dansant question si singulière, je prie mon lecteur de me suivre avec la plus scrupuleuse attention.
Sparte avait un gouvernement oligarchique; là,* le citoyen vivait, et devait vivre dans l’oisiveté ; te artisans, les esclaves étaient soumis aux plus cvuefa traitements. Dans Athènes, au contraire, le g om nement était démocratique. Sol ou avait jadis donri au peuple le droit d’élection et de jugement, sans lui permettre cependant de s'élever aux emplois publics; mais Aristide et Clisthène rendirent justice aux réclamations de la multitude; aussi pouvoir nous lire dans Thucydide les paroles que voici, noncées par Périciës au nom des Athéniens :
« Nous avons le goût du beau, mais avec éeoiHH * mie : nous nous livrons, à la philosophie, a sans nous amollir. Si nous possédons des riches « ses, c’est pour les employer daasl'occasion etnfl k pour nous vanter d’en avoir. Il n’est honte# et personne d'avouer qu'il est pauvre ; mais ne f
CXÉOflf.
* chasser la pauvreté par le travail, voilà ce qui est « honteux. Les mêmes hommes se livrent à leurs « a fiai res particulières et à celles rltt gouvernement, « et ceux qui foiit profession d'un travail manuel ne k sont point étrangers à la politiques
En effet, le simple artisan, grâce à une modifiesi don apportée dans la ïoï de Solon, modification que Solon eût approuvée sans doute, parvint à exercer une fonction dans l’Etat. Cela déplut aux riches; ils ne voyaient qu’avec répugnance un travailleur se placer à leur côté; et de là leurs calomnies, leur colère contre les élus du peuple qui défendaient le peuple, si, surtout, ils avaient eux-mêmes exercé précédemment un état manuel.
Cléon, tanneur de profession, l’un de ces élus de la multitude, défendit les intérêts des travailleurs, des pauvres, de tous, dans les assemblées de la république. Cet homme avait le talent de la parole, Entre Cïéon et la classe des riches, il y avait antagonisme, animosité marquée : ceux-ci l’appelaient le démagogue, le braillard, le brouillon. Cependant, en dépit de leurs attaques, il était une puislance; Thucydide nous l’assure par ces mots :
« Cïéon, fils de Cïéænète, le plus violent des citoyens dans toutes les circonstances, était l'homme ■ avait alors le plus d’ascendant sur le peuvK etc, *
Une armée athénienne, commandée par le général Démosthène (!}, se jette sur Pylos, ville mari-
(I) Ge Démosthène n'a rien de commun avec l'orateur du ^ême nom.
time éloignée de quinze lieues de Sparte, s*en empare et s'y fortifie (V25 ans avant J.-C.j. Les Spartiates envoient des troupes qui les cernent parterre, et s'emparent de T île de Spûacterxe, à rentrée du port*
« Ainsi, dit Thucydide, File devenait pour m Athéniens un lieu ennemi, et le continent était inabordable. »
Les Athéniens étaient donc bloqués dans la vü dont ils s T étaient emparés* Leurs ennemis, coin* mandés par Brasidas, célèbre général, les attaqué par terre et par mer, leur font éprouver de cruelle souffrances, sans pouvoir les vaincre toutefois. 1$ assauts recommencent sans plus de succès. Cep^ 1 dant les Athéniens éprouvent la disette* Arrive wsf Hotte d’Athènes composée de quarante vaïsseaüiî elle force les entrées du porL de Pylos et camt Me de Sphacterie, Les Athéniens île la ville sont secourus; les Spartiates de Me souffrent à lefl leur* Sparte demande la paix à Athènes; mais si; envoyés veulent traiter secrètement, à l’insu M peuple. Les Athéniens, choqués de ces formes mj* térieuses, éprouvent de lu défiance, et, d’autre ppff conseillés par Ciéon, se refusent à de telles tfégft* cïations* Les hostilités recommencent. Lu flotte iFM thènes cerne File de Sph aciérie et livre de fréç(ueB&l combats; les troupes de Sparte bloquent la vïDûiiê Pylos et renouvellent sans cesse leurs assauts. L flotte souffre des avaries et la garnison de Flle reç^ des subsistances du continent. La garnison de FJ* los, serrée de plus près, manque de vivres; l’bilW