‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 22 sur 45 · CI/ÉON · texte numérisé non relu

CI/ÉON

approche, l'effroi la gagne* Les Spartiates ont davantage* De mauvaises nouvelles sont apportées à Athènes; le peuple se réunit en assemblée-, les oligarques sèment F alarme ; à les entendre, tout est perdu* Clcon cherche à relever le courage de ses concitoyens. Il dit que s’ils regardent les nouvelles alarmantes qu ils ont reçues comme vraies, il faut l’embarquer sans plus attendre et aller combattre les ennemis*

* Puis, dit Thucydide, attaquant indirectement Nicîàs, fils de Nieéralus, qui était alors général, et qu’il n’aimait pas, il dit qu’avec la Hotte qui était appareillée il serait facile aux généraux, s'ils étaient des gens de cœur, d’aller prendre les hommes qui étaient dans Hle, et que lui-même il le ferait, s’il avait du commandement*»

Laissons encore parler Thucydide, T ennemi personnel de Ciéon* Il fait de tout ceci une charge grotesque; il peint le démagogue en caricature* Néanmoins, il nous sera facile de tout rétablir dans son vrai jour et en peu de mots,

« Le peuple ht entendre quelques murmures contre Cléon, dit Thucydide, et demandait pourquoi il ne partait pas à T instant, puisque la chose lui semblait si facile* Alors Nieias, qui se voyait attaqué, dit qu’il n’avait qu a prendre ce quai voulait de troupes, et se charger de l’entreprise. Cléon crut d'abord qu’on ne lui parlait pas sérieusement, et répondit qu’il était! oui prêt. Mais quand il vit que Mcius voulait tout de bon lui céder le commandement, il tergiversa, et dit que ce n’était pas lui, mais

Si

Nicias qui était général, H commençait h éprouver quelque crainte, mais il ne croyait pas que Nicias osât lui remettre le généralat. Celui-ci le pressa de l'accepter, donna sa démission de Vaffaire de Pijlm , et en prit le peuple à témoin. Plus Cléon refusait de partir et se désistait de ce qu’il avait avancé, | plus la multitude, car tel est son caractère, pressait Nieras de lui abandonner le commandement, et criait ! a Cléon de s'embarquer* Ne pouvant plus retirer ce qu’il avait dît, il accepte, et s’avançant h la tète de l’assemblée, il dit qui! n’a pas peur des Lacédémoniens, et qu’il n’amènera personne de la ville, mats seulement des troupes de Lemnos et d'Imhros, qui se trouvaient prêtes* des P chastes venus d’Enos eu qualité d’auxiliaires, et quatre cents archers de différents endroits. Avec ces seules forces, il promet d’amener vifs, dans une vingtaine de jours, les ht cédémoniens qui étaient à Pylos, ou rie les laisser morts sur la place* On rit de la forfanterie, et kt gens de bien se réjouissaient de voir que de deus biens il y eit avait un immanquable : ou àfêtn dé livrés de Cléon, et c'est à quoi ils s’attendaient li PLuâf ; ou, s'ils étaient frustrés de cette espéranci ! d’avoir en leur puissance les Lacédémoniens,)» Bans l'exposition ci-dessus, on remarque Pintention de Pau leur de rendre Cléon ridicule ; on voit ‘ la haine des gens de bien, ou plutôt des riches, contre Cléon, dont ils préfèrent la mort à PhonneurJ , la gloire, aux intérêts de leur patrie* On voit qW l’entreprise paraissailbien difficile, impossible même, puisque Nicias, le général le plus illustre, refuse à

diéOK*

s’en charger, puisqu’il se démet de son commandement en présence de toute rassemblée, qu’il prend à témoin, acte de couardise, de l'acheté, que Thucydide n’eût pas manqué de flétrir s’il eût eu un peu de patriotisme dans le fond du cœur. Cléon hésite un moment, et cela ne nous paraît point étrange dans une si grave situation; mais, tout aussitôt, il se relève, il se réchauffe, et cherche à faire passer dans l’àme de ses concitoyens son courage et ses espérances. On rit de la forfanterie, dit notre auteur* Assurément on put rire; mais ce ne fut point du côté de la multitude, des démocrates; ils sont trop réfléchis, trop graves, trop soucieux des intérêts du pays, pour plaisanter en de tels moments : non, non, ce ne fut pas pour s’en divertir, pour s’en jouer, ou pour le perdre qu’lis élurent un général, notre conscience se révolte h. une telle pensée* mais ils le choisirent parce quiîs avaient confiance en sa bravoure, et qu’ils espéraient bien de ses services. Le peuple ne donne pas un commandement pour tire, pour s’amuser, ou pour se venger; il le donne sérieusement, en vue des dangers du pays, et plus les circonstances sont difficiles, périlleuses, plus il *st circonspect, religieux, et fait des efforts pour conjurer les orages et sauver la patrie. Laissons encore parler Thucydide :

« Cléon prit dans l’assemblée tous les arrangements nécessaires, reçut les suffrages du peuple pour cette expédition et pressa son départ. // ne se choisit, pour collègue que Démosthône entre les généraux qui étaient à Pylos**

86 orece.

Cléon était arrivé sur le terrain des opérations militaires. Suivant Thucydide, il avait entendu dire que Démoslhène devait faire une descente dans Hic de Sphacterie ; il savait que les soldats de ce général, qui tenaient garnison dans Pylos, n'aspi* | raient qu'à voler aux dangers. En parlant des dis- | positions vraies ou supposées de Défl&ostlièae et dft ses soldats, L'historien espère rabaisser le mérite des résolutions de Cléon* Il ajoute qu'un incendie survenu dans Sp bactérie en avait consumé les bois» rendu les abords faciles* En fin, Thucydide amoindrît d'avance toutes les difficultés de l'entreprise II décrit ensuite les opérations du siège de Pile ; il parle beaucoup de Dèmosthène, peu de Cléon, qu'l voudrait faire oublier : à Peu croire, c’est à Demosthèse que tout est dû*

On pourrait en eecj faire à Thucydide de graves I 1 objections* Avant que le commandement de l'expédition eût été donné à Cléon, il nous a parlé en ces termes de la garnison de Pylos :

« Quand on apprit à Athènes que Tamiée souffraiL et qu'il passait dans l'île des subsistances, on ro sut quel parti prendre; on craignait que la garnie ne fût surprise pur ïhiver. *

Les Spartiates pouvaient alimenter leurs troupes, de Spliacterie; les Athéniens ne pouvaient ni ravitailler leur garnison de Pylos, ni la recevoir sur des | vaisseaux pour la transporter ailleurs. Cette garni* son éprouvait ainsi la disette et craignait l'approcha de rhiver. Démosthène et son armée étaient donc ) cernés; ils avaient donc besoin de secours JW

CLKÛN. 87

prompts pour ne pas succomber?..* Concluons de là {j ira vaut d'assiéger Hlf, Gléon fut dans la nécessite de combattre seul avec ses soldats pour dégager la place et délivrer la garnison. Voilà ce que rhistorien a omis de dire, et certes avec intention ; voilà ce que nous sommes obligés de deviner presque, et ce qui est vrai, Enfin les Lacédémoniens furent vaincus, et, dit Thucydide bien à regret sans doute, nia promesse de Gléon eut son effet, quoiqu'elle tint de la démence; car dans T espace de vingt jours il amena. les Lacédémoniens cohue il s'y était engagé (42o av. J.-C-)* *

On toit avec quelle mauvaise grâce Thucydide parle de l'accomplissement des promesses du démagogue. La faction des riches d'Athènes, qui désirait sa mort, fut irritée de son succès, et lui en contesta le mérite. Aristophane, qui avait joué Socrate et Euripide sur la scène, joua de même Clêon, et* faisant allusion à la prise de Sphaeterie, dit ceci ;

« C'est dans un moment d'ivresse que le Paphîa- * gonien (Gléon) affronta ce périt . Étourdis enfants « de Gécrops, que voyez-vous de si grand dans cette « action? »

Si 1rs riches continuèrent à décrier Gléon, le peuple continua de l'aimer, et son influence ne fit que s’accroître.

Brasidaa avait passé de Pylos dans la Thraee, et là t il se rendit d’abord maître des villes dWcanthe et de Stagire, puis il campa près dVAniphï polis, On eu donna avis au général Thucydide, railleur de 1 Histoire de la guerre du i-éloponèse de laquelle nous

un

83 OHECE.

tirons tous nos renseignements. Ce général était dans nie de Tliasos , éloignée tout au plus trime demi-journée de navigation d’Ampldpolis, Il se met en marche, arrive à Éîon; et là, ayant appris qttè les Spartiates étaient maîtres d’Àmphipolis, il s’arrête et se fortifie. Brusïdas s’empare bien têt après i de Myrcine, de Galepsus, d’OEsimé, de Toroné, de rÉcythe, qu'il saccage, et de plusieurs autres villes. Tout cela se passait sous les yeux de Thucydide t et ce général, si bon historien, ne nous dit pas un mot de ees faits d'armés*

Bans ces entrefaites, les Athéniens et les Lacédémoniens conclurent une trêve d’une année; pendant ce laps de temps, tout agrandissement, tant <fe part que d'autre, était rigoureusement interdit. Cependant Brasidas intrigue , excite les villes à trahir l l’alliance d'Athènes, à se donner à lui. Le traité » était signé depuis plusieurs jours; les Seïoniens iui ouvrent leurs portes. Par les mêmes moyens, c’està-dire par des négociations, par des ruses, il se rend aussi maître de Mende. * Il ne croyait pas commettre un e injus t ke , dit T h u cy d i d e, quoi qv ' e ll b St donnât ouvertement à lui pendant la trêve. »

C'est un général athénien, c’est un profond poli* ( tique qui parle ainsi I... Mais ce général ne sut jamais combattre pour son pays; il laissa Brasite s’emparer sous ses yeux de toute une contrée; il marquait ouvertement sa prédilection pour Yen* nemi. Il fut rappelé et frappé d’exil,

Cléon, chargé de réparer tant de désastres, paît pour la Thraee ; il prend terre à Scione ; se dirige I

CLÉGN. 89

vers Toroné, Passiége, s’en empare (422 av* J.-C.)* Il livre sans succès des assauts à Stagîre. ÏI se jette sur Galepsvs et s’en rend maître. Il marclie sur ÀHFHirous. Brasidas vient au-devant de lui* Les deux aimées campent à une certaine distance Tune de l’autre. Laissons encore parler Thucydide, et faisons ressortir à fond sa mauvaise foi 4 l’égard de son adversaire politique* Cléon attendait un renfort* et, dans cette situation, il ne se pressait pas d’engager une rdfaire qui devait être capitale.

« Jusque-là , GJéon se tenait en repos, dit Thucydide ; mais il fut enfin obligé de faire ce qu attendait Brasidas; car ses soldats, ennuyés de leur inaction , se répandaient en propos sur son commandement ; ils considéraient à combien d'expérience et de courage serait opposé tant d* ignorance et de lâcheté , et se rappelaient avec quelle répugnance ils l’avaient suivi* Cléon eut connaissance de ces murmures, et, m voulant pas lasser la patience de ses troupes en les retenant trop longtemps à la même place, il prit le parti de décamper* »

Ï1 gagna les hauteurs, et alla établir son camp sur une colline, en attendant les secours et le matériel dont il avait besoin pour assiéger Amphipoîis* Brasidas, tout habile général qu’il était, craignait de se présenter en face de son ennemi.

« Une voulut, dit Thucydide, ni faire de sortie ni se montrer en ordre de bataille devant les Athéniens, se défiant de ses forces , et les croyant trop inférieures, non par le riombre, elles étaient égales , mais parla réputation* **Mai$ü se préparait à les attaquer parla ruse,»

im

Brasidas fit cacher ses troupes. Cléon, harcelé par des importuns» des impatients, de grands criminels peut-être» leva son camp ; il défilait pour se rendra à la ville d’Éiom en attendant des auxiliaires. Bmi« das, qui guettait tous ses mouvements, profita iïm instant favorable; et, tombant à rimprovisteavec toutes ses forces sur les Athéniens, il les rompit, te mit en fuite. S'il faut en croire Thucydide, sixeem Athéniens périrent dans cette affaire; les SpartiatesI ne perdirent que sept hommes. Les deux générai avaient perdu la vie : Cléon en fuyant, Brasidas M l chargeant vaillamment. Il ne manque rien au ta- 1 bleau* Jusqu’au bout Cléon est abreuvé d’outra^ I Brasidas glorifié outre mesure*-** Thucydide Nil cruel* Après avoir décrit avec pompe les fuuérailis : du général ennemi, l'historien nous dit que Bradas et Cléon étaient les deux hommes qui, des dettï côtés, s’étaient le plus opposés ù la paix; et voïd quels étaient leurs motifs, ù ce qu’il prétend : « IM dit-il, parce que la guerre était la source de sa prospérité et de sa gloire; l’autre parce qu'il sentai I qu’en temps de paix on verrait qu77 n était ijfU^ scélérat , et que ses calomnies obtiendraient moi* de confiance* »

Pourquoi ces insultes, ces accusations? De qui- Cléon s'était-il rendu coupable? Thucydide ne le dit j pas; il ne montre, malgré son animosité, aucun*1 1 tache flétrissante sur la vie de ceL homme,

Cléon avait combattu les oligarques dans les assemblées de la république; ce n’était pas là u& crime* Cléon avait marché sur Sphacterie, lait tevtf

aioïf.

le siège de Pylos, délivré Démosthène f et, comme ill'avait promis, amené les Lacédémoniens prisonniers dans Athènes ; cela ne mérite pas davantage îe blâme et la raillerie* Cléon, après avoir signalé Tincurie ou la trahison de Thucydide, se rendit dans bTluaeepour obéir au peuple; en peu de temps il put s'emparer de Toroné et de Galepsus. Jusque-là il m’avait rendu que des services a son pays. Mais ms soldats murmurèrent, lut forcèrent ia main, et U dut tomber dans une embuscade,, près d’Àmphipolis; ses troupes furent défaites, et il périt avec le général Spartiate, le plus célèbre de tous les guerriers d'alors,

Cléon avait peu exercé le commandement mîîihire, et cependant nous le voyons vaincre à Sphacbrie, vaincre a Toroné, vaincre à Galepsus : trois batailles livrées avaient été pour lui trois batailles gagnées. Faut-il sur ces faits-là le traiter de lâche et figaorant? En suivant un tel homme, les soldats Avaient point à murmurer, n’avaient point à rougir, puisque cet élu du peuple les avait conduits de victoire en victoire. Si donc il y eut des murmures, des accusations, si on violenta la volonté du généra lsi on le força d'agîr contre son gré, s'il y eut des cabales, des rébellions dans son armée, ce ne sont pas les soldats qu'il faut accuser, mais les officiers, mais les chefs, mais les amis de son accusaleur * Thucydide appelle cet homme lâche, scélérat; Nais nous voyons les faits ; nous savons que Cléon * montré du courage, et que rien ne peut justifier Iss outrages de son ennemi.

En admettant comme vrai de tout point le m de Thucydide f Cléon ne pourrait cesser d'avoir M à notre estime, bien qu'il eût trouvé la mort I tombant dans un guet-apens; maïs d’après Dtodon de Sicile, qui s’écarte ici de la version de Th m dide; la fin de Cléon est plus héroïque qu’on a vcrnh le dire ; voici comment il s'exprime:

k Après avoir laissé dans lu ville une forte garnison, il se remit en marche avec son armée, et vit! camper à trente stades environ d’AmpïÛpoIis, p de la ville d’Éîon , et assiégea cette petite ville.

« Instruit que Brasîdas se trouvait avec son arrr dans les environs d’Àmphipolis, le général atlièüid se mit en route pour Fat laquer, A la nouvelle il rapproche des ennemis, Brasidas rangea son arfflf en bataille et $e porta h la rencontre des Athéné Use livra un grand combat. Les deux armées * tirent d'une manière brillante ; f affaire fut d'flte indécise ; les chefs opposés rivalisant d’abj®] pou a décider la victoire, une multitude dé m vus tombèrent, entraînés par leurs généraüï, l® patients de vaincre* Brasidas, ayant fait des pfr ges de valeur et tué un grand nombre d’euntni mourut en héros. Cléon - tomba aussi dtinsceeoJïïto Les deux armées, privées de leurs chefs, s’ébrasH rent; enfin, les Lacédémoniens remporterez 4 victoire et érigèrent un trophée. a

Thucydide, cet écrivain sî puissant, si majesté lorsqu'il décrit les combats des Athéniens été Syracusains, les fuites et les désastres des armées 31 ! terre et de mer, n’offre plus que de TobscurUé,^

contradictions, des petitesses dès qu’il s’agît de Cléon et de ses travaux; et cela, parce que sa haine Tégare et le pousse au mensonge. D'après Diodore, qui n’a pas du s’écarter de Thucydide sans puiser à de bonnes sources, les Athéniens furent loin cie se sauver, comme un timide troupeau, devant Brasidas; et Cléon termina une belle vie par une belle mort (422 av. Mais, je le répète, la version

embrouillée de Thucydide serait-elle vraie dans tousses détails, que Cléon serait bien loin de mériter les épithètes dont il le couvre, et dont personne n’a pris soin de vérifier le peu de fondement.

Cléon eu! un autre accusateur, non moins ardent que Thucydide, ce fut Aristophane, Vennemi de la démocratie et de tout ce qui sortait du peuple. Ce même homme, il dénigra Socrate , qu’il accusa d'athéisme et de vol; il dénigra Euripide, le fils de la marchande d'herbes, lo grand poète tragique, auquel il fit un crime de l'obscurité de sa naissance. Voici des paroles que nous trouvons dans ses comédies :

* Euripide, ce fit s d*a ne vile marchandé d'herbes.** La g^ssièreié avec laquelle il nous traite tient à l'éducation qah a reçue parmi ks légumes de sa mère, — Que les dieux te soient propices comme ils le furent à ta mère, ■'Je voudrais quelques feuilles de légumes dans mou papier. — Doniiü-ujoi un peu de ce scandtx que vendait La ïtjére, — C'est à toi qu'est du ce goût de bavard h ge et d'arguties, qui a fait déserter les Palestres, corrompu tes jeunes gens avides de pérorer, et inspiré aua; marins un «prît dïfwüùûrdiiïalion. — Cet homme, avec ses truge-

dies, pefisuade à tout le monde qu'il n'y A point de — De quel chime n est-il pas l'aeteueL.. etc. »

DIKÜJ,

Oa voit qu’Aristophane n’élait pas meilleur pour Euripide que pour Socrate ; qui! intentait à l'un comme a l'autre la môme accusation, accusMioi] capitale. Pour Cléon, qui était un homme politique, un homme d’action, il devai t aller encore plus loin. Laissous-le parler :

t Lorsqu r vms élûtes général k corrwjeur papblagH nieu , ennemi des dieux, H ous fronçâmes le sourcil eu i' : uiO'gtiage fie notre indignation... Cependant vous l'arm é u. Aussi dit-on que k folie préside a vos consei s, niflJi' que les dieux font tourner à bien toutes les foutes que m commettez . Voultz-vuus savoir 1 k moyen de rendre cdN i profitable? noos vous rapprendrons: prune/ Cléon, ceue mouette vorace, et quand vous l'aurez couvüîdcu défipiue et de corruption, srrrez-lui le cou dainutie travée:• I votre faute sera rëtjarée; et ks IdTaire* de l r ÈUL ri'en^l ront que plus prospères, — Frappez, frappez ce vau ri un f l cet ennemi des chevaliers , ce rmUiôber, ce gouffre de ni-1 pine, car il ne fait que jouer de mauvais tours. Chdfstl I Je drôle ; maudissez-le comme nous »

Ailleurs Aristophane apostrophe ainsi Cléon :

« Infime, scélérat, braillard, tout retentit de ton audace ; le pays entier t l'assemblée, ka bureaux de finances, les greH^s* les tribunaux ; tu remplie in ville entier* dt trouble et de confusion, tu assourdis Athènes de les cria; de ton poste tu guettes les revenus publics comme k pi* cheur guette les lbons. — Fi donc! Va-Ceu au diableî ht mHnfecles avec ton odeur de cuir . »

Sî Cléon s'applaudit d’avoir mis un terme à dû genre de débauche des plus dégoûtants et de mode ' alors, Aristophane lui fait dire ceci :

<k FTeslûl pas étrange que in inapeM.es tes,., et que ifl j mettes un terme a la débauche? Au surplus , tu tiefa cÈWVt* | mais que par envie, de peur qu’elle ne formât des orateurs-' i

CliON,

I Cléon est accusé d'être Fennemi des dieux ; on lui dit qu’il sent le cuir ; on rappelle mouette vorace; s’il a réprimé la débauche, on lui dit que c’est par envie; enfin, il est accusé et insulté grossièrement à propos même de ce qu’il a fait de plus moral et de plus méritoire. Mais l’accusateur de Cléon est en même temps l'accusateur de Socrate, l’accusateur d’Euripide , l'accusateur de Lamaehus fil do bien d’autres hommes sortis du peuple ; nous ne pouvons doue ajouter foi à ses paroles, toujours inspirées par la haine personnelle et politique- Au reste, ses accusations ne s’appuient sur aucune preuve, et quand il reproche à Cléon d'avoir rtçuplm de quarante mines dans t'affaire de Mity - ^ /me, de s’êlre laissé corrompre pour appuyer la révocal ion d'un décret rigoureux contre cette ville, il ment, et la preuve du mensonge , nous la trouvons dans les écrits de Thucydide, l’autre ennemi de cet homme populaire : Aristophane et Thucydide ont été implacables, atroces envers Cléon ; et cependant, malgré Fétude bien laborieuse que nous avons faite dans leurs oeuvres, son honneur est resté à nos yeux dans tout son éclat, dans toute sa pu- N fêté. On sait comment Aristophane a traité Socrate | ^Euripide, l’un philosophe et l’autre poète; il ne I devait pas traiter avec moins de rigueur Cléon le \ Tanneur, homme politique, le plus ardent défendu 1, de la démocratie,

Thucydide était, comme Aristophane, du parti de l'oligarchie et de la paix à tout prix; de plus, ee Thucydide, ce fils d’Olorus, qui possédait dans la

96 GRÈCE é

Thrace. près d'Amphipolis,des fabriques pour l'exploitation de l'or, « ce qui le rendait, à son proptt dire, l'un des hommes les plus riches du continent I s'était montré, en dépit, et peut-être par l'effet dr tant de richesses, un général sans vertu. Ï1 avait laissé Brasidas enlever Amphipolis, Toroné et d'autres villes en grand nombre , sans montrer I. moindre énergie, sans livrer un seul combat, sas^i donner une seule preuve de bonne volonté en fa* veur de sa patrie. Sa conduite étant plus que Sm pecte, Cléon l'accusa de trahison, etIefitcond:imnEr| à l’exil. Thucydide se retira dans ses riches propriétés de la Thrace, eL occupa ses loisirs à écrire s célèbre Histoire des guerres du Pêloponèse» Pouvai: il, dans une telle situation, se montrer juste enve4 Cléon, qui Tarait tait punir, envers Cléon, qui ww été chargé du soin de combattre Brasidac et Jf reprendre les villes qu'il n’avait su conserverlLM partialité ne lui était pas possible; il ne pouvait tp calomnier son rival politique, son successeur^ commandement de l'armée, le vengeur de ses é faites sans combats; et, il faut le dire , il s’acquit à merveille de cette singulière tâche. Il prése^ Cléon sous un jour détestable; il l'appela ignorait lâche, scélérat ; il dénatura son caractère et ses 31 ' lions; il en fit une ignoble caricature; cela de^ être, cela fut.

Quoi qu'îl en soit, les faits subsistent; et Clé® doit rester, pour un observateur attentif eL fa partial, non ce que ses ennemis l'ont fait, maisr qu’il était en réalité, un homme loyal et dévot

«ion.

Thucydide fut un traître : son histoire fournit mille preuves de sa trahison, de sa haine contre sa patrie; ou peut voir que s’il est ingénieux à excuser les Spartiates, il ne Test pas moins h accuser les Athéniens; nous allons citer un exemple : Après Y armistice de Pylos, les Lacédémoniens <t redemandèrent, dit-il* leurs vaisseaux, suivant la convention, et les Athéniens ne les rendirent pas. Ils leur reprochaient d’avoir, en dépit de la trêve, fait une tentatiw contre la place, et se plaignirent de quelques \ outres griefs de peu d'importance. Ils s’appuyèrent sur ce qu’il avait été dit que, s’il se faisait au traité quelque infraction que ce fui, il était nul* w Thucydide fait tomber le blhmesur les Athéniens*

| Mais Brastdas avait-il réellement fait une tentative ; contre ht place? Était-il capable de se comporter de la sorte pendant une trêve? \ oyons ce qu ü fit dans une autre occasion; c’est encore Thucydide qui parle :

« Ainsi fut conclue la trêve; et tant qu’elle dura il y eut des négociations pour parvenir à une paix définitive* Dans ces mêmes journées ou les parties belligérantes traitaient entre elles, Scione, ville de Mène, se détacha des Athéniens pour se donner à Brasidas. Bbasidas, pour favoriser leur défection ?

| cingla pendant la nuit vers Scione.**, Il leur laissa pour le moment quelques troupes de garnison? et partit; mais bientôt après il leur fit passer des forces bien plus considérables, dans le dessein de faire avec eux des tentatives sur Mende et sur Potidée.*, U vérité sur la défection de Scione était conforme à

rfy

ce qu'ils pensaient (les Athéniens) : Cette défmtii p n'avait eu lieu que deux jours après la trêve & même temps la ville de Mandé, dans l'IsLhmedr Pallène, suivit l'exemple deScione, Rit asidàs ftïj sita point à la recevoir, H ne croyait pas commette une injustice f quoiqu’elle se donnât volontaiii-

MENT A LUI PENDANT LA TREVE ! CÜV il avait de SOL

côté certaines infractions à reprocher aux Àllit mens. »

Ces infractions n'étaient qu’une invention, e prétexte rte Brasidas, pour justifier ses entreprit Ainsi, celui qui intriguait* qui corrompait, qui arradiait des villes aux Athéniens pendant k tree d’un an, ne dut pas se montrer plus réservé, pli délicat à Pylos pendant l'armistice, Brasitlas étaitm guerroyeur infatigable, un général tout pétri é ruses et d’expédients; et cependant, quoiqu'il^ faire, Thucydide, le faux Athénien, chantait touje® sa gloire et ses vertus. C'est Brasidas qui manqua la foi des traités, qui viole les trêves, qui s’opposti la paix, et ce sont les Athéniens, et surtout Clé» que Thistoire accuse et flétrit; il faut donc la lift cette histoire écrite avec tant de mauvaise foi, afc la plus grande circonspection.

On le comprendra, ce sont Thucydide et Art# phane qui ont fait la mauvaise réputation de Cléoi À leur exemple, chaque écrivain devait le malin ter. Cléon pouvait être emporté, audacieux, fa maïs il était moral ; il aimait sa patrie d'un eœuH feu, et il mourut bravement en combattant p# elle. Ceux qui sont si sévères pour cet homme né

sont pas autant pour les débauchés, pour les corrupteurs et tes traîtres* Alcibiade trouva des apologistes ; Cléon n’a trouvé que des accusateurs,

ïlf

Nous avons dit qu’à l’exemple de ses deux premiers calomniateurs, chaque écrivain devait jeter la pierre à Cléon ; et nous voulons en donner ta preuve par dés citations tirées d'un assez grand nombre d’auteurs, commençons par Plutarque.

Plctàr qi e reproche à Cléon de manquer de décence dans les assemblées, de crier de toutes ses forces, de rejeter sa robe en arrière, dé se frapper sur la cuisse, et dit ensuite :

fl Çëitï qui mettaient le plus d'obstacle à la pacification tW là Grèce étaient Cléon * t Brasidas: le premier, parce que la guerre couvrait ses vices : le second , parce qu'elle relevait sa vertu Ciéun y trouvait des occasions de faire de grandes injustices ; B ras id as celtes de s'illustrer par de grands exploits* »

Le même auteur, dans ses Préceptes (Vadministration publique ) dit encore :

« Quand Cléon se destina à l'administration, Î1 assembla tous ses amis, ci leur déclara qu'il renonçait à leur ft niitié, parce que, disait-il, l'amitié amollissait souvent les hommes chargés du gouvernement, et tes détournait des sentiers de la justice; mais il aurait mieux fait de bannir de son âme l'avarice, l'ambition t l'envie, la méchanceté. Car il faut aux villes pour adiïiwirraïeura, non des hommes sans amis, mais des hommes vertueux cl prudents. Ctéon. après avoir éloigié tous amis, Clan entouré de mille fiai leurs, qui, *uivani le langage ™ poètes comique-!, le léchaient continuellement. IL h aiiait avec dur Hé les gms de bien , et se rendait fesotaoe derniers citoyens, dont il voulait gagner la faveur; il

agissait en tout à leur gré, les avait toujours à ses gages, et se liguait contre Tes honnêtes gens avec la jiopufia la pkt$ uiïe et ta plus corrompue. »

Plutarque, qui sait par cœur Thucydide et Aris* tophane , accuse Cïéon , parce que Cléon se liguait avec 3a canaille contre les honnêtes gens, c'est-à-dire avec les pauvres contre les riches qui les maltraitaient; il l’accuse d’être avare. Mais cet écrivain, qui nous a parlé des grandes richesses de Nici&M* Grassus, de Lu cul lus et de bien d’autres, ne mmi rien dit de celles de Cléon : c’est que les richesse de ce général étaient milles ou bien modestes;Çléoa était pauvre, et il ne chercha jamais à s’enririiir.ü sont les rapiniers qui Font accusé de rapine; cesool les indécents qui l’ont accusé d’indécence. ce sont des aristocrates et des ennemis politiques qui ool accusé ses talents et ses principes politiques, elcé mérité qu’on y réfléchisse sérieusement*

Excités par Thucydide, par Aristophane Gif Plutarque, qui les avait copiés et amplifiés, tous N historiens se sont jetés sur Cléon pour le mordre. Prou von s-îe par des citations , et commençons p Kollin, iils d’un coutelier, écrivain de talent et jt cœur, aimant le peuple, mais qui, trop appliqué m formes littéraires, connut trop peu ce qu’il y a* faux et dTgnoble dans de certaines appréciation inspirées par l’esprit de parti.

« Cléon, dit Rûllïn, était fils de corroyeur etcorroyeiirlumême, il s'était élevé par ta brigue, et «ppa&emmentjitf une sorte di i mérite tel qu’il le fallait dans une république H avait une vuix furie et puissante, avec un art merveille de gagner Je peuple et de le mettre dans ses intérêts*.* Sel

CL iox.

caraciëre propre était une estime démesurée de lui-mème, tige Toile confiance dans son mérite et une hardiesse dans ses discours poussée jusqu'à l'impudence et l'effronterie, élqui n'épargnait personne*»

Hollin décrit l'assemblée dans laquelle îl fut question de Pylos, et Thucydide est son guide* II dit que quand Nieias se démit de son commandement :

» Cléon fut surpris et embarrassé, car il ne s'attendait pas qu'ou dut le prendre au mot, étant plus habile discoureur que brave guerrier, et se servant mieux de la langue que de l'êpêe. »

RoLlin dit encore :

« Deux hommes de part et d'autre s'opposaient à la paix de La Grèce, et y mettaient un obstacle insuruionta* oie : c'étaient Cléon et Rrassdas. Le premier, parce que la guerre couvrait ses vices et. sa méchanceté; le second, parce qu’elle donnait tu» noumin Justre d sa vertu. En effet, elle fournissait à Lun l'occasion de commettre de grandes injustices , et à l'autre, celle défaire de grandes et belles acftoiitë* u

Voilà comment Rollin, entraîné à la remorque de Thucydide, d'Aristophane et de Plutarque, traite de üéon et de Rrasidas. IL voit clans l'un un homme cf iniquité, dans l’autre un homme de vertu , bien que ce guerrier ne se soit manifesté que par son courage, son activité, sa ruse et sa fourberie,

L abbé Millcjt appelle Cléon «homme vil, ha- « langueur indécent» II dit qu’il « gouvernait les « Athéniens et n'excitait que des résolutions viot lentes, »

Bans une histoire de la Grèce faite plus récemment par une société d'auteurs, on appelle notre général « le farouche Cléon, le sanguinaire Cléon.»

L’abbé AIably, dans ses Observations sur i’ftist* vi. 6

foire (le la Grèce y dit que « Cléon était prêt h perdre « la république...)) Il ajoute : « Avec sou insolence « bruyante, Cléon écrasait la modestie de Nidas; « on pardonne a l'iin ses rapines, on ne s'aperçoit « pas ri u désintéressement de l'autre,»

L'abbé Barthélemi, dans son Voyage du jeum Anachams, parle de Cléon dans les termes suivants :

« (Tétait un homme sans naissance, sans véritable talent, maïs vain, audacieux, cm porté, et par là inétM agréable à la multitude, ï\ se Pétait attachée par m lm~ g$sses; il la reLenait eu loi inspirant une grande idée iif la puissance d Athènes, un souverain mépris pour Les Lacé* déni* miens.,. b luile plus avide et le plus injuste des lio# mes. »

Il poursuit ainsi son raisonnement :

« Les citoyens honnêtes lui opposèrent Nicias, un il» premiers et des plus riches citoyens d'Athènes, qui avsil commandé les armées et remporté plusieurs avantages. Il intéressa la multitude par des fêtes et des libéralités ; ûtik comme il se défiait de lui - même et des événements, d que ses succès n'avaient servi qu’a le rendre plus timide, il obtint de la considération, et jamais la supériorité à crédit. La raison parlait froidement par sa bouche, tandii que le peuple avait besoin de fortes émotions, et qii* Clér>n les excitait par ses déclamations, par ses cris é ses gestes forcenés.

a H réussit par hasard dans une entreprise que ife avait refusé ifeœéôuten dès ce moment, les Athéniens, ç» fêtaient moqués de leur choix, se livrèrent a ses cornet avec plus de confiance. Ils rejetèrent les propositions dt paix que faisaient les ennemis, et Je mirent a la (été da troupes au 1 ih envoyèrent en Th race pour arrêter IcsftQ' grès de Brasidas, le plus habile des généraux de Lamt moue. Il s’y attira le mépris a es deux aimées, et , s’etuit approché de l'ennemi s.ms piécauLion, il se laissa surprendre, fat le premier à prendre U fuite, et perdit la vie.i

Voila un jugement des plus singuliers. Cléon était mns naissance, sans véritable taient, mais vain, emporté^ et par là même plus agréable à la multitude. Cependant, bien quil fût du goût de la multitude, il faisait encore des largesses pour se rattacher, dépense folle, superflue, sans objet» puisqu’il lui plaisait sans cela, et que ses opinions n’étaiünt que les opinions du peuple, avec lequel Î1 vivait en si bonne intelligence. De son côté, le riche et froid Nicias, bien qu’il fût le serviteur des citoyens honnêtes, s’occupait aussi de la multitude et cherchait à \ intéresser par des fêtes el des libéralités. L’abbé Barthélemi, qui blâme les largesses de Cléon, va-t-il blâmer les libéralités de Ni ci as? Nullement; il Ten loue au contraire. Ainsi, on accuse les serviteurs du peuple de faire ce qu’il ne font pas et n’ont nul besoin de faire; pour les aristocrates, quoi qu’ils fassent, ils plaisent toujours aux historiens, tout leur est permis. Ils peuvent user de leurs richesses, de leurs moyens de corruption, ils en seront glorifiés. Ce qui est crime pour ceux-là est vertu pour ceux-ci. Telle est la justice de rhistoire, même lorsque de sages abbés la rédigent. Je n’ai pas besoin de parler des autres accusations de l’abbé Earthélcrni contre Cléon, elles sont du domaine des banalités.

M. le comte de Ségue» qui a fait une Histoire antienne qui a obtenu les faveurs de njnîvereitê, parle s in si de Cléon :

“ Cléon fut un homme vain, téméraire et agréable au Peuple, parce qtTil parlait à ses passions et les partageait-

1E exaltait toujours la puissance d'Athènes et méprisait celle de Lacédémone. La liberté, ta justice, étaient toujours sur ses lèvres, l'injustice et la cupidité dans son cœur, etc., etc. »

On voit que M* le comte de Ségur ne fait pas i% novation ; qu’il se contente, en écolier bien docile et ne pensant point, des appréciations de ses prédffi cesseurs.

M. de Pouqueville a fait un voyage en Grèce; il a aussi publié une histoire île ce pays, qui fait partie de Y Univers pittoresque, fort belle collection, Voici quelques-unes de ses paroles sur Cléon ;

* L'armée de Cléon, qui s'était arrêtée à Élan, se composait de là plus brillante jeunesse d'Athènes, Æédatgmmt le recours d'un roi barbare , elle se plaignait des temporUtfr tiens d'uîi chef indigne de commander des hommes de ccntr* Le caractère du démagogue fougueux n'était pa* propre! endurer de semblables plaintes, il se porta aussitôt contre Amphipolîs. a

11 tomba dans le piège que lui avait tendu Braaj das. M, PouquevtUe ajouté :

« Les Athéniens prirent la fuite. Six cents arclim furent les victimes de l'extravagance de Çléon r qui lombi sous les coups d'un soldat de Myreine, a

O illustres historiens! que vous m'inspirez de pitié malgré votre riche phraséologie î Voyons, réfléchissons à ce qui vient d T étre dit, et raisonnons:

Cléon attendait les secours qu'un roi de Macé> doine lui avait promis; ses soldats, excités par 3a perfidie des oligarques, dédaignent ces secours, fl* veulent point de temporisation, insultent à leur chef, le poussent en avant, et vont tomber avec lui dans le piège que leur avait tendu Brasidas: ils pé*

CLtON*

rissent en grand nombre. Et maintenant, M. de .Pouqueville va-t-il blâmer rindiseiptine du soldat? Nullement, il se borne à couvrir d’outrages le brave Cléon, et prétend que les vaincus sont les victimes de son extravagance* Voilà donc la profondeur, l'impartialité, la justice de nos historiens 1 Et Ton veut que l’imloire soit une école de morale et de mœurs ! Est-ce possible ?

M. Philippe Lebas est tm écrivain laborieux; il ii publié de fort bons ouvrages historiques, et j’ai remarqué, entre autres, son Dictionnaire encyclopédique de fhistoire de France . >L Ph. Lebas, lils d’un ancien conventionnel, n’a point foulé aux pieds les principes démocratiques de son père, ses productions en font foi, et cependant, cet écrivain que j’estime, n'a pas mieux traité de Cléon que les historiens qui l’ont précédé. Voici un court extrait de son Précis d'histoire ancienne :

a Cléon et ses semblables s'abaissaient devant la multitude, dont ils exagéraient le pouvoir, l'entretenant sans cesse dans de funestes espéra lices... Deux hommes se portèrent pour héritiers de Déridés; Nicîas, qu’ÀrisLote nous dépeint comme un bon citoyen, qui servait sa pairie pour la servir ; et Cléon, démagogue fougueux, sorti des rangs do peuple,.. Cléon parlait heaucmip, faisait peu; soldai fanfaron,,. Il était le jouet de la populace; elle riait quand il se présentait à la tribune, car elle connaissait 1 homme, etc., etc. »

Je prie M, Lebas d’éiudier les intérêts, les passions qitf animaient Thucydide et Aristophane, et dirigeaient leur plume; je suis assuré qu’il se fera une tout autre idée de Cléon et du rôle qu’il remplit en son temps,

On accise souvent Cléon de férocité, de barbam envers les vaincus; nous ne prétendons pas le justifier complètement à cet égard; nous savons que la guerre rend cruel, et que ie métier de général n’est trop souvent qu’un métier de boucher : cependant, il fit prisonniers les Spartiates de Sphacterie et ne les tua pas. Mais AIcxandrede-Gnind, comment traitai 1 les Thébains, les Tyriens et tant d’autres peuples vaincus? EtNïcias, le (loin, ie modéré Nicias, l'idole de l'oligarchie, fut-il üb modèle d’humanité? Si on le croit, U ne faut qm lire tous les accusateurs de Cléon pour s’en désabuser. Nous prenons dans le premier volume qui nous tombe sous la main un seul de ses faits dur* mes :

* Les Athéniens, sous le commandement do Nieus, prirent deux villes, Cythère et Nisée, puis il bloquèrent Mélos et passèrent au fil de Tepée touK la population en état de porter les armes ; les w fants elles femmes furent vendus comme esclaves.» (Diodore de Sicile.)

La cruauté peut-elle aller plus loin? Et.cependant Nîcîas ne fut jamais accusé de férocité.

Je ne ferai pas d’autres citations. ÎI me suffit à dire que dans tous les traités, que dans tous manuels du baccalauréat portant les noms qU voici : Cays, Poirsoa, Burette, Dumon, Durusoii f Barberet, Dehmgne, Lefranc, nous trouvons à redresse de Cléon les mêmes épithètes; que les liisto-

CLÉOK.

tM

riens, les philosophes, les poètes, les orateurs, les biographes anciens, modernes, français, étrangers, sans exception, n'ont prononcé le nom decel homme qu'avec son cortège obligé d’insultes; que tous ils n'ont donné que ta copie, le résumé passionné, aveugle, d’un acte d'accusation dressé sans preuves, sms contrôle, par d'implacables ennemis* Ils auraient cependant pu , d’un coup d'œîL découvrir la source de tant d'erreurs, de tant de faux jugements* Résumons en peu de mois la vie et les actes de Ciéon*

Clcon, iîls de tanneur, tanneur lui-même, ayant été élu représentant du peuple, n'oublie pas quelle est la mission dont il a été chargé; il défend les în* lérèts de la multitude dans les assemblées de la république, Il dît aux Athéniens qu'ils sont supérieurs [ au* Lacédémoniens, et la raison qui l'inspire, c'est que lorsqu'un peuple est en guerre» il faut lui donner une bonne opinion de lui-mème pour lui ouvrir la carrière de l'honneur et de la gloire. 11 gourmande les généraux sur leur inactivité, sur leur peu de patriotisme, et croît praticable ce que d'autres regardent comme i m possible* Ayant accepté un commandement que Ridas refuse obstinément, il part, délivre Pylos, prend Sphaclcrie; les Spartiates vaincus, il les amène prisonniers dans Athènes, au grand étonnement et à la confusion de l'oli garnie* Il continue de défendre dans les assemblées de la nation le peuple contre la faction des riches; son influence s'accroît- Les généraux athéniens, parmi lesquels se trouvait Thucydide l'historien.

ayant laissé Brasidas s’emparer d'un grand nombre de villes de laThraceet de la Macédoine sans lui opposer une sérieuse résistance, (Iléon est envoyé pour les remplacer. Il doit réparer les maux quils ont laissé faire. Avecdes forces minimes, il reprend Toroné, Gatepsus, et peut-être bien d’autres places dont son malveillant historien ne parie pas. Enfin, il livre bataille à Brasidas et il succombe avec Sût ennemi. Les Spartiates avaient cependant obtenu Tavantage.

Cléon était un orateur populaire et non un flatteur du peuple, et Thucydide, qui a osé f accuser de 11 allé rie, nous prouve lui-même qu’il ne llaUJiit nullement. Un seul discours de Cléou a été cou* serve, et conservé par qui? Par Thucydide luimême, par son ennemi; c’est là que nous prenons les fragments que voici :

« Un Elut se soutient mieux avec des lois vicien-

* ses, mais inébranlables, qu’avec de bonnes \à « qui n’ont pas de stabilité* L’ignorance modes» 1 «vaut mieux que Thabileté présomptueuse, et te « hommes les plus ordinaires gouvernent général t meut mieux les Etats que les plus habiles. Ceus-ù « veulent se montrer plus sages que les IgM k remporter dans toutes les délibérations politiques- « ils pensent ne pouvoir trouver jamais une plus <* belle occasion de faire valoir leur esprit ; et, p n cet orgueil, ils mettent souvent l’Etat en danfÊfj « mais ceux qui se défient de leur intelligent

* croient en savoir moins que les lois, et ne se U*

«f lent pas d’avoir le talent de reprendre les dis-

« cours de ceux qui parlent bien* Comme ils ont «plutôt de la justesse dans leur façon de voir que «la faculté d’entrer dans une joute d’esprit, ils

* réussissent le plus souvent C’est ce que nous de- «vous faire; et non pas, fiers de pouvoir lutter « contre les autres en esprit et en talents, donner à « la multitude des avis contraires k nos propres « opinions.

« Pour moi, je m’en tiens à mon premier avis, et « j’admire qu’on propose de discuter encore Faf- « faire des Mytiléniens, et de nous faire perdre fl du temps, ce qui tourne a l’avantage des coupafl blés; car la colère de l’offensé contre l’offenseur «finît par s’émousser : mais quand la vengeance « suit l’injure de près, elle en est une représaille, « et lai inflige une punition plus rigoureuse. J’adfl mire aussi quiconque osera me contredire, et enfl Reprendre de montrer que les attentats des Mi- “ tyléniens tournent à notre avantage, et nos revers *au détriment de nos alliés. Vain de son élo-

* quence, F orateur luttera sans doute pour mon-

* frer que ce qui a été résolu ne l’est pas; ou, bien « payé de sa peine, on le verra, pour tâcher de vous 11 égarer, travailler un discours spécieux- C’est fl l’Etat qui paie les piux de ces sortes de comfl bats, et lui-même n’en eempohte que des dan-

* sers, La faute en est à vous qui proposez ces fu- *ne$ks jeux,et qui avez coutume d'être spectateurs 11 des discours et auditeurs des actions ; vous qui fl conjecturez Vavenir d'après ce que disent de beaux 5 parleurs, comme si les événements devaient suivre

110 tiSÈCE-

tf leurs discours ; vous qui considérez les faits rfV « près les belles phrases de ceux qui se plaisent i « les critiquer , et qui donnez moins de confiance h tt

* que vous voyez quà ce qiion cous fait entmdn < excellents à vous laisser tromper parceqmk « discours ont d'extraordinaire, et à ne iW«i « pas suivre ce qui a été arrêté ; toujours esclamà « f extraordinaire, et dédaigneux des choses üc» « fumées ; cherchant , pour ainsi dire , autre càwi « que ce qui convient au monde où nom vivons, t « ne pensant comme il faut sur rien de ce qui m

* environne ; menés en un mot par te plaisir fa « oreilles, et ressemblant plutôt à des spectateurs r « sis pour entendre disputer des sophistes, qu’à fa

citoyens qui délibèrent sur les intérêts de l'FM ,

« Pour vous garantir, s'il est possible, de mi'

« ce$, je vais vous montrer que, de toutes les villft « il n'en est aucune qui vous ait aussi grièïfr <t ment offensés que celle de Milylène. J'aurais ik « l'indulgence pour des peuples qui, ne poam « supporter votre domination, ou forcés par I» a ennemis, se seraient détachés de votre alliant

* mais que des gens qui occupent une île, qui^ te bien Tortillés, qui ne peuvent craindre d'hostie « que du côté de la mer, qui ne manquent p « d’une bonne flotte pour les repousser, qui ne w*

« soumis'qu à leurs propres lois, et que vous aie « plus considérés que tous les autres, aient prise « parti, qu'est-ce autre chose, je ne dirai pasqua a voir déserté votre alliance, c'es* ce qui condw « drait à m peuple opprimé, mais qu’avoir c#

CLÉOlf.

tploté contre vous, que s’èlre rendus coupables « de soulèvement, qu’avoir cherché à vous détruire* a en s’unissant à vos plus cruels ennemis? Leur œ crime est plus atroce que s’ils avaient eu assez de « forces, et qu'ils sVn fussent servis pour vous faire da guerre. Devenus audacieux, contre l'avenir, se g repaissant d’espérances au-dessus de leurs forces, «r mais au-dessous de leurs désirs, ils ont entrepris fia guerre, et préféré la violence û la justice; et, a dès qu’ils ont cru pouvoir l’emporter, ils nous « ont attaqués sans avoir reçu d’injures. Les États b se portent volontiers h la présomption . quanti ils “jouissent depuis peu d'une force inespérée ; eld’or- » dinaïre les hommes se soutiennent mieux avec un “bonheur qui n’a rien d’étonnant, que lorsqu'il « s’élève au-dessus de ce qu’on devait attendre* On "peut dire qu’il est plus aisé de repousser l’infor- « tune que de se maintenir dans la prospérité. Il au-

* railfallu que, dès longtemps, les Mltyléniens n’eussent pas obtenu, près de vous> plus de considé- « ration que les autres ; ils n en seraient pas venus «fr ce degré d’insolence; car il est naturel à «Hionmiede mépriser ceux qui le caressent, et « de respecter ceux qui ne lui cèdent pas. Qu’ils «soient punis maintenant comme le mérite leur tf crime, et que la faute ne soit pas imputée au petit «nombre puur absoudre le peuple. Tous nous ont «également attaqués; ils pouvaient recourir à nous,

* CL ils seraient, à présent, de retour dans leurs «foyers* Ils ont tous été complices de la défection, 5 parce qu’ils ont regardé comme plus sûr de cou-

« vit une môme fortune avec leurs chefs* Il estime « chose à bien considérer* Si vous infligez la meme « peine à cens: de vos alliés qui vous abandonnent, ce forcés par les ennemis, et à ceux qui, d’eux*ïïiÔa mes, se soulèvent contre vous, qui ne [saisira pu cr le plus faible prétexte de les imiter, quand fa « liberté sera la récompense du succès, et quüD a pourra succomber sans rien avoir de bien fichera a à craindre? Nous aurons à risquer vie et forlun& a contre chaque vil le .Victorieux, nous recouvrerons «t une ville détruite, et nous serons privés pourto « suite des revenus qui font notre force : malheu- « reux, nous aurons des ennemis nouveaux, outre a nos anciens ennemis; et dans le temps qull 6* , « drait employer à nous défendre contre les nations «rivales, nous aurons à combattre nos propres « alliés.

« Je ne dis plus qu’un mot pour me résumer* Si a vous m’en croyez, vous ferez justice des Mityle- « mens, et ce sera consulter vos intérêts; auira- « ment vous n'obtiendrez pas leur reconnaissant « et ce sera vous-mêmes qui serez punis* Car sïleui tt défection est juste, c’est a tort que vous posséda «l’empire; et si, même contre la justice, vous « croyez devoir le conserver* il faut aussi, contre h « justice, mais pour votre intérêt. Les punir; sinoû « renoncez à la domination, et livrez-vous, lictf* ' « des dangers qu’elle entraîne, a d'humbles venus*»

Les paroles que voilà sont rudes, hères, dan* l’esprit du temps, mais nullement eourtisunesques envers le peuple d’Athènes, qu’elles morigènent ^

CLÉOtt.

us

vivement au contraire. C’est là le seul discours que Thucydide nous ait conservé de Gléon, et* certes, celui qui voulait, en toute chose, le rendre ridicule, odieux, n’aura pas choisi ce que l'orateur avait dit de meilleur, de mieux inspiré dansle cours de sa vie; lise sera bien gardé aussi de le parer, de fem bellir en quelque point que ce soit; et cependant* tel qu’il est, ce discours ne nous choque point : cous y trouvons de la gravité, de la noblesse, de l’élévation, du patriotisme, et aucun des défauts dont on accuse l’orateur. Au jugement de Cicéron, qui n’était pas trop porté à flatter les démocrates, Clétm était un citoyen éloquent.

Défendre le peuple par La parole dans les assemblées de la nation ; avoir en face de soi les Lacédémoniens commandés par Brasidas, général des plus habiles; s’emparer de Spbacterie, de Toroné, de Galepsus, et, après trois succès, mourir près d’Àmptiïpolis dans une dernière bataille en entraînant dans sa chute un vaillant adversaire, ce sont là, incontestablement, des actions héroïques, dignes d’un vrai citoyen. Trêve donc aux déclamations, et convenons de ceci : Cléon avait des talents, de la bravoure, do la vertu, un dévoûment sans bornes pour son pays ; c’étaît un homme d’un grand mérite; mais des écrivains de génie le sacrifièrent à leurs rancunes ; {'histoire recueillit leurs diatribes, qui se sont transmises do siècle en siècle, et, jusqu’à nos jours, justice no lui a pas encore été rendue : Nous appelons ignorant un homme de talent, lâche Un homme de courage, scélérat un homme de bien 5 T* Vh 7

noos avons été aveugles , injustes, absurdes, ne \t soyons plus*

Une réfléjtion : Qu’eût donc été DcmosiMne m yeux de la postérité-si. nous n’avions eu pou Moite histoire à son égard que les accusations d’Eschine, de Bémade et de Binatque? Un lâche, un pervel un infâme, un brouillon, un traître, enfin J\Hre k plus vil, le plüs inconstant de la terre, Heimw ment pour sa renommée, ses discours noiis,soat parvenus* nous les lisons, einous chérissons llioàf me dont ses ennemis faisaient un monstre. Clÿi», moins heureux, n’existe que par la .biographie ifw ses ennemis nous ont laissée; eLnous ne âqpfcliai’ drions pas sur nos gardes Jet nous leeoadamumm' lorsqu’à travers la trame deTacte d'accusationtiwe voyons tant de faits à sa louange l Dieunoii^t présent.,.

L'on dit que Cléon était un brandon de discorde, qu’il entretenait la guerre, que seul il s’opposaiti la paix, cl cependant on n’ignore pas que la g* avait commencé sous Périeîès, qù’e%se çonthmil avec persévérance lorsqu'il parvint à exercer lè même une influence marquée sur les;destinées^ son pays; Ton sait également que si lorsqu'il èûi.sQfr combe avec Brasidas une paix de cinquante ans conclue, elle ne dura que cinq mois, et que la guérît se ralluma avec plus de fureur que jamais* Lesafr cusalions portées h eet égard contre Cléon soûl donc dépourvues de fondement- On dit aussi çh l'administration de Cléon avait été déplorable. la République s’était amoindrie sous son autorité]

et c’est tout le contraire qui avait eu lieu. Tant qu’il vécut, Athènes fut prépondérante. Peu d'années après sa mort, elle leva une année formidable, capable d'illustrer la patrie, si on ne lai eût pas donné une folle destination; celte armée, sous le commandement des généraux Démosthène, Vicias, Alcibiade, Lamachus, entreprit l'expédition de Sicile, expédition malheureuse, où elle pérît tout ente avec ses chefs, à ('exception d’ÀIeibiade, qui mit passé à l'ennemi. C’est de là que date l'affaiblissement d’Athènes, la prépondérance de Sparte, dnon de l'administration de Cléon, qui avait été si mile à son pays. Pourquoi donc taire a ce général un crime des malheurs d’Athènes, dont il ne fut ni l’auteur, ni le témoin, et qu’il eût sans doute conjurés si sa vie eût pu se prolonger seulement de quelques années'?

Ma tâche est remplie; je me suis arrêté longue- I ment sur cet homme, parce que voilà deux mille Ms cmts ans qu’on jette de la boue à sa mémoire, j Ci que nous lui devons une juste réparation; je me | sais arrêté sur cet homme pour montrer combien il faut lire l'histoire avec précaution, combien nous tens nous défier des opinions, des jugements de nos devanciers, si, surtout, les passions politiques i fl Qt été leur unique mobile, et s ils n’ont produit p unc œuvre de vengeance au lieu d’une œuvre

de justice.Puissent nos lecteurs profiter de nos

Miisidéralions, et ne plus maudire Cléon le Tanneur*

lie

GBÈCB.

(tarés.

Je poursuivrai encore un instant le même sujeli je veux dire quelques mots d'un autre général, ^ Ch ares. Charès est traité avec la plus grande dureté par les écrivains; c’est un fanfaron, un brouilla un homme sans talent, sans mœurs, sans vertu, sais patriotisme, etc., etc.; il est généralement bafoué; et pourquoi? Il était démocrate, crime que notoire pardonne rarement. Nous avons étudié avec soinls vie de Charès, nous avons interrogé les faits plis que les appréciations des écrivains, et cet honm» s’est montré à nous dans son auréole patriotique. D après Diodore de Sicile, que nous avons suivi it point en point, dès l'année 368 avant J.-C., Charè délivre les Phïdisions et met en fuite les Àrgieu dans deux combats ; en 361, il est aux prises m Alexandre, roi de Phères, et Fhistoîre ne dit ps qu’il ait été vaincu, preuve certaine qu il fut vaio* queur ; en 338, dans la guerre sociale, Charès pïW sa part de périls en compagnie de Chabrias, qui voit tomber près de lui, atteint d'une blessure ïïfr telle ; en 356, Charès se bat sur mer malgré la tai u pète, assiège Samos, et ensuite il accuse IpliW et Timothée de lui avoir fait manquer, par Icar*faut de hardiesse, un succès complet. Dans le coût* de la même armée (356), Charès* manquantd’arf^t ne sachant comment alimenter son armée, aoP composée de mercenaires et que la République.^ glïgeait, va, momentanément, se mettre au service d'uu satrape de F Asie révolté contre FauLorilèto

CHÀRÈS.

JH

I grand roi; O put, par cet expédient, conquérir la solde de ses soldats, et les maintint au service d’Athènes, qulïs avaient menacé de quitter; en 353, dans une situation identique, il eut recours à des expédients semblables, et obtint ïe même succès; immédiatement après, il conquit, au profit d’Athènes, Sestos et toutes les villes de la Chersonèse, à l’exception de Cardia; en 341, il marcha au secours de Byzance, d’Oïynthe et des autres villes de la Thrace amies d’Athènes; il contribua, pour sa bonne part, à là retraite du roi de Macédoine; eo 338, Î1 combattit à Chéron ée contre Philippe et Alexandre, son fils : il fut vaincu, et Athènes et la Grèce tombèrent avec lui. Malgré sa défaite, ses concitoyens lui conservèrent leur attachement, preuve certaine qu'il avait fait son devoir, et qu’ils

I n'avaient rien à lui reprocher,

Charès commanda longtemps des troupes merce- 1 ûaires, mal soldées, mal disciplinées, et il en tirait tout le parti qu’on pouvait eu attendre. Assurément ces troupes ne valaient pas celles de Marathon et de Myeale, et il n’était pas en la puissance d*un mortel dfi les transformer. Pourquoi Cbarès est-il le dernier des généraux d’Athènes dont on cite fréquentoient le nom? Parce qu’il n’y eut plus de grands généraux après lui. Et pourquoi cela? Parce que h mauvaise répartition des richesses, parce que la coiruption répandue dans la République, rendirent . impossibles les bonnes armées, et que quand il n’y a ! plus d’armées fortement trempées, ïlnepeut plus surgir de généraux illustres. Il ne faut donc pas

GBÈCE.

faire h Charès un crime d’une situation exceptionnelïe; il fit, avec les éléments dont il disposait^ travers mille entraves, tout ce qui était huinahüinent possible; il fil enfin beaucoup.

L’histoire n’a certainement pas relaté tous les faits d'armes de ce général, quî aima toujours sa patrie, qui combattit toujours pour elle* et que, pendant quarante ans, nous voyons sans relâche au milieu (fe tous les périls de la guerre. Et pourquoi rhistoira le traite-t-elle si mal? Nous l’avons dît, il était démocraie, et fut Fun des derniers serviteurs delà démocratie; en fallait-il davantage pour qu’elle t injuste à son égard?

DétUDt»fli£iie.

Deux mots sur Démosthène dont nous avûfls traité ailleurs avec beaucoup de détails. Qui & enLendu parler de sa légèreté; de son inconstante de sa cupidité, de sa lâcheté? Devant Philippe, il est muet; devant Harpallus, il est sans vertu; a Chérofiëë, jette son bouclier et se sauve, W Fhistoire qui dit cela, — Démosthène muet devant Philippe!,., Il ne le fut point devant le monilt entier, et je n’examine pas s’il manqua d’à-proptf ou de subtilité devant un homme. Au reste, I n’était pas fait pour se trouver dans la cour d’uo^ — Démosthène inconstant !... Mais, depuis le p 1 ^ mier jour de sa vie jusqu’au dernier, il n’a iitf que la patrie et la liberté, il a vécu, U est mort J# elles; est-ce là de l’inconstance? estrce là de fl* gèreté? — Démosthène a reçu For d'Harpallus; ®

BÉMO STHÈN*E.

s’est laissé corrompre; il a été frappé d’exil par le peuple lui-même pour ce fait!,., Je le nie, il n'a jamais été corrompu celui qui, tonie sa vie, n’a &u qu'un principe, qu'un but : servir la patrie, la liberté, l'humanité. — Frappé de jugement par le peupleî... Non, mais bien par i'oügarehîe qui régnait alors et tenait le peuple sous le joug; elle faisait preuve, en le sacrifiant, non de justice, mais de logique et d'habileté, car elle brisait celui dont elle avait tout ïà craindre |1), — Démos thcne a jeté

( 1 ) JfarpnUus 'était un général qu 1 Alexandre avait fait son trésorier et gouverneur de Babylone Au retour de son expédition de l'Inde-» ce roi avait fait mourir, sans forme de procès, beaucoup de gouverneurs de provinces accusés de coQf:ü&i0n. Itarpallys craignit pour ïui les effets des rigueurs ^Alexandre ; ü prit la fui tir, emportant de fortes sommes d'or d'argent, et se réfugia en Grèce où Ton prétend qu'il sou- %ya Düinosthénê peur h corrompre. Afais en quoi pouvail-il ücÉj&ftqfre ? Démostlvène n’aimaU pas Alexandre; il détes- ^if îa domination macédonienne; il soupirait pour la liberté de son pays : Uarpallus ne pouvait pas le changer, ne pouvait tomu pas en avoir l'intention. Que Démosthène, en cas de ■enlèvementdelà Grèce en lay.cur de la liberté, eùtpu ne pas refuser de sc servir de Tor d'HarpaUus dans l'intérêt commun, den xrimpossüjle; maïs ce n'est pas lAs'étre laissé corrompre, w n'çst pas avoir, trahi sa patrie, pest, pourtant sur ce fait pe l'oligarchie, qm gouvernait alors Athènes, le caloÿuiîâ, l'accusa,- et le jeta dans l’exil- Et J histoire, qui n'est trop souvent que l'écho dés calomnies de l'avislocratie, 1U peser sur sa mémoire la flétrissure dont on avait voulu la somlioel Cependam Pausàuîas s'inscrit en faux contre l'imputation. Voici ce W nous lisons dans son voyage historique : ’

* Quant à Bémosthène, le sort le persécuta sur la fin de son à le! point qu’après lui avoir fait endurer l’exil, il le mit encore dans la nécessité d'abréger scs jours. Son innocence a

son bouclier; il a fui lâchement lors de la défaite à Cliéronée !.,« Accusation puérile, ridicule, sans cesse reproduite malgré sa stupidité, lia jeté son bouclier ! H s’est sauvé ! lii que faire quand ramée I est en déroute, quand tout est perdu? Se laisser prendre, se livrer à Y ennemi ?.,* Et pourquoi? Se valaït-il pas mieux se conserver pour le pays, attendre des jours meilleurs, le servir encore plus tard avec l’assistance de Dieu!,** Il ne fut point lâche k Chéronée, cet orateur célébré; et s’il M été, le peuple, qui déteste la lâcheté, qui inaudit te lâches- aussi bien que les traîtres, ne l'eût point

été suffisamment prouvée par lui-même et par le témoigna des autres. On sait qu'il ne se laissa point corrompre par ÎW l'argent qu'fiarpallus avait apporté de l'Asie*., Harpalhis* tant sauvé d'Athènes, passa dans nie de Crète, où, peu iktemps après son arrivée, il fut tué par ses propres domestiques; Vautres disent que Pausanias, Macédonien de jatiofl, i lui dressa des embûches où ü périt* Ce qui est certain, que Philoxène, autre Macédonien qui avait voulu obliger &

'Athéniens & lui livrer Harpallus, prit du moins son tetendio! | comme il s'enfuyait â Rhodes, Quand il Tout en sa puissance il le fît appliquer â la question pour savoir de lui tous $111 qui avaient pris de l'argent d'Harpallus, après quoi il èeritf aux Athéniens une lettre, qui contenait les noms de tous $ traîtres, cl la somme que Chacun dteux avait touchée, ^ cette lettre il n'était fait aucune mention de Dëmosthène, P* qu'À^àndrî te haït mortellement , et que Philoxène fùi >" ennemi particulier. C’est donc avec justice que dons pllisiez autres endroits de la Grèce, et surtout k Calaurie, on û reflâ de grands honneurs à cet illustre malheureux. » « La Pt^ dance a dbnc permis, dît le savant Niebuhr, que cette üsfêPcalomnie fût aussi évidente pour nous que si nous étfo* contemporains* »

BÉJH03THÊNE.

choisi pour faire I f oraison funèbrp des braves qui avaient succombé ri ans cette bataille. Le choix du peuple, en cette occasion, annulle, détruit toutes les calomnies, et vaut un brevet de courage décerné à l'orateur,

Démosthène lutta constamment contre Philippe, contre les ennemis de la liberté et de la démocratie. Lors de la guerre towiiaque, espérant encore pouvoir servir son pays, il se remit h. l'œuvre; mais les Athéniens, après un court sueeès, ayant élé assujétis une dernière fois, les démocrates ayant été terrassés par Tétranger et l'aristocratie grecque, l’orateur s'enfuit dans bile de Calaurie . Tous les hommes tes plus marquants de la démocratie, et l’orateur Hy péri de était du nombre, se hâtèrent également de quitter Athènes. Ici, arrêtons-nous tm moment, et laissons parler Plutarque :

«Les Grecs, dit-il, furent entièrement écrasés; iis perdirent la bataille de Cranon; les Athéniens reçurent une garnison macédonienne dans le fort de Mimychie. Lorsque Démosthène et ceux de son prff apprirent qu'Antipater et Cratère s’avançaient vers Athènes, ils se hâtèrent de sortir de la ville, et [mnt condamnés àmort par le peuple (Usez l'aristocratie athénienne et l'étranger), sur un décret que Nomade avait dressé.

« Ds.se dispersèrent chacun de son côté, et Anhpater envoya, pour les prendre, des soldats conduits par un certain Arehîas, ancien acteur tragique... Cet Archîâs ayant trouvé U Egine l’orateur HvrERiiiE, Abistoniccs de Marathon, et Hïhérée,

122 GnècE.

frère de Déraétrius de Phalère, qui s’étaient réfugiés dans le temple d’Ajax, il les en arracha et les envoya à Cléones, où était alors Antipater, qui |« fit mourir mr-le-champ; on ajoute qu’il fit couptr la langue à Bypéride.

k Archias, informé que Démosthèke s’était réfugié à Calaurie, dans le temple de Neptune, passa dans cette île sur de petits bateaux, et, étant débarqué avec des soldats thraces, il voulut persuader à Démosthène de sortir de son asile et de venir avec lui trouver Antipater, de qui il n’avait rien à craindre... Archias eut beau lui parler d’un ton de douceur et d'humanité, il n’ajouta pas foi! ses paroles. »

Démosthène voyait bien que l’ancien tragédien jouait un rôle préparé d’avance. « Tu ne réussira! pas par les promesses, » lui dit-il.

a Archias s’étant emporté et lui ayant fait de grandes menaces : « Maintenant, reprit Démosthène, « tu parles comme si tu étais sur le trépied ma® « donien ; tu n’avais parlé encore qu’en acteur dî « comédie : mais attends un peu que j’aie écrit cher « moi pour donner mes derniers ordres. » En disant ces mots, il entra dans l'intérieur du temple; et, prenant ses tablettes comme pour écrire, il perla le poinçon à sa bouche et le mordit ; ce qu’il faisait ordinairement quand il méditait ou qu'il composai quelques discours. Après l’y avoir tenu quelqtii temps, il se couvrit de sa robe et pencha la tête Les soldats qui se tenaient à la porte du temple se moquaient de lui de craindre ainsi k mort, et !s

traitaient de lâche et de mou* Àrchias, s*étant rapproché de TuL rengageait h se lever; et, lui répétant, les mômes propos, H lui promettait de le réconcilier avec Ànlîpater. Démosthène, qui sentait que la poison avait produit tout son effet, se découvrit, et fixant ses regards sur Àrchias : w Tu peux main- « tenant, lui dît-il, jouer 3e rôle de Créon dans la «tragédie et faire" jeter ce corps où tu voudras, « sans lui accorder les honneurs de h sépulture* < 0! Neptune, ajouta-t-il, je sors encore vivant de « ton temple] mais Antipsrter et les Macédoniens ne « l'auront pas moins souillé par ma mort. » Il finissait à peine ces mqts, qui! se sentît trembler et chanceler; il demanda qu'on le soutînt pour marcher. et, comme il passait devant 3 T autel du Dieu, ü tomba et mourut en poussant un profond soupir.» (Plutarque*)

Pour échapper aux brutalités, aux tortures, aux insultes, aux humiliations que ses ennemis lui réservaient, Démosthène s'était empoisonné. Il avait vécu pour la liberté; il mourut pour la liberté; il fut inébranlable dans ses principes ; ses paroles et scs actions furent toujours d'accord. Et voilà l’homme que ses ennemis ont osé accuser d T in constance et do lâcheté 1..*

Le Peuple.

Il est bien d'autres hommes, à part ceux dont nous avons parlé, que la haine aristocratique n'épargna et n'épargne pas davantage ; de ce nombre sont Hyperbolus, Gléophon, Clysthènes, Ephialte:

leur crime était d’aîmer le peuple et de le servir avec trop de zèle : plusieurs d'entre eux avaient m le tort d’être nés dans les classes travailleuses; c’était là une tache ineffaçable. Pourquoi les plaisanteries, les grossièretés, les outrages d’Arisfopbaiu contre Socrate, Euripide, Cléon ? Pourquoi ? parce que Yun était le fils d'une sage-femme, Eaulre d’une marchande d’herbes, l’autre d’un tanneur, et était tanneur lui-même : aucun baptême ne pouvait laver dans son entier cette sorte de péché originel, cette tache de la naissance; le préjugé triomphait de toutes les raisons.

En traitant de la Sicile, nous parlerons de la bravoure de Lama chus, général issu dans [a pauvreté; mars hâtons-nous, à propos du préjugé, de reproduire ici ce peu de paroles de Plutarque :

« Lamachus, quoique vaillant et très propre k la perre, n’avait, a cause de sa pauvreté, ni dignité^ ni considéra tion, »

Et Eumèhe, ce vaillant général d’Alexandre, qui, après la mort de ce roi, se signala encore sur Ml de champs de bataille 1 Eumène était né, lui aussi, dans les classes travailleuses. Il était fils d’un cht( de roulage . Il s'éleva par son seul mérite, et il connut toutes les vicissitudes de la fortune. Dans ses temps les plus heureux, il protégeait, de concert j avec Polyspherchon, les jeunes rois de Macédoine. Mais en dépit de sa haute position, son avenir ne lui parut jamais assuré.

« Eu mène, dit Diodore de Sicile, comprit qu’il deviendrait sous peu un objet de mépris et de haine, et qu‘ejh

Gïi sa vie serait menacée. Car il n'îgnoraît pas que l'homme n’obéit qn T à contre-cœur à celui qu'il croit son inférieur, et qu'il ne veut pàs se laisser dominer par cause qui sont plutôt faits pour la servitude que pour fa commandement .. »

Si ceux qui sont nés dans le peuple sont si mal traités, bien qu’élevés en position, croirai t-on qu'on ait quelque respect pour le peuple lui-même, d’oil tout émane cependant? Ge serait se tromper de la manière la plus étrange. Aux y mx d'un grand nombre d’hommes des plus considérables de l'antiquité» Ids que Thucydide, Xénophon, Platon, Aristote, Plutarque, Aristophane, rien d'ignorant, d’inconstant, de cruel comme le peuple et le gouvernement populaire. Pour prouver que nous n'avançdhs rien ü la légère, tirons d'abord de la comédie des Chevaliers, que nous devons h l'ennemi de Socrate, d'Euripide et de.Cléon t au célèbre Aristophane enfin, la scène que voici, scène qui reflète si bien l'esprit de la faction des riches d'Athènes; écoutons:

a Démostiièhe (1), — Bienheureux marchand de boudins! approche, homme chéri, toi qui nous apparais comme le sau veur de la République*

«Le CHÂBCtrriEft. — Qu’esl-ce? Que me voulez-vous?

« tfÉMOSTEÈKE. — Viens apprendre de nous ton bonheur et ta haute fortune*

• Ntcus. — Dé barrasse-'le de son établi, et mets-le au courant de l’oracle et de ce qu'il annonce : pendant ce temps, j’irai surveiller te Paphlagonien (Cléon).

(1) Dehostiièsœ et Nicias étaient deux généraux d’Athènes ehéfa de la faction aristocratique. On prétend que le charcutier ne serait autre que le démagogue HypetbQlus t qui fui plu 8 tard exilé, et assassiné dans nie de Samos par ses ennemis poétiques.

a Démosttièse. — Altonr, dénose d'abord tout cet attirail : miMiit*, adore la terre et les djens.

<* Le cfunccnEiu — Eh !»fpn 1 soit! De quoi s'agit-il! n DEMOSTnÉNE* — Homme ibrltiné T H un me riche î à foi i qui aujourd'hui nV rien, et qui demain seras an faîte de la grandeur ! O rfocf fie la bienheureuse Athènes !

« Le ch au crm en. — Que ne me laisses-tu laver mes tripes et vendre mes saucisses? Pourquoi te moques-tu de m r 'ï ? * i

a Démosteiéne. — Insensé, il est bien question de trî[jei! Regarde : vois-tu ce peuple nombreux?

« Le cuaecütier. — Je le vois.

« Hlmosthese. — Tu en seras le mal Ire souverain, aidS que du marché, des ports et de r&tàemb'ée : tu foulam aux pieds le sénat; tu destitueras les généraux Ui ter chargeras de chines, tu les emprisonneras ; Lu feras du Prytanée un lieu de débaurhe.

« Le çuARCtTiER* — Moi ?

« DemostRé^e, — Oui, toi ; et lu ne vois pas’encore tout. Monie sur cet établi, et regarde l ou les les Ues d'à Y entour.

<c Le cuaecutieh, — Je les vois. Çh bien ?

« Dénostrese. — Les marchés, les vaisseaux.

a Le cîwaeuTtEa- — Oui.

a DôiüsxhCne. — N'es-tu pas heureux? Tourne maintenant Pœiï droit du côté de îa Carie , et l'autre du çW de la Chulcédmne.

« Le cfïaecütier. — Je serai dojic heureux si je louche!

« DÉMostîiÊHB. — Non ; mais c’est toi qui vendras tout cela; car lu deviendras, comme cet oracle l'annonce, un très grau d person n âge.

« Le charcutier. — Et dis moi. comment deviendrais^ un personnage, moi, simple charcutier?

a Démostuéne, — C'est pour cela même que lu deviendras grand, c'est-à-dire parce que lu es un vaurien, éto lie du peuple, H effronté.

a Le ciUKcuTiÉh* — Je ne me crois pas digne de ce haut l rang.

n Démqstïiène. — Quoi donc! D'où vient que tu ne t'eu «ois pas digne? Qn dirait que tu as quelque bon sentiment. Serais-tu donc issu d'une honnête famille?

i Le ciïaucutieïu — J'en atteste les dieux, fapparHenst la canaille .

JOTif^ï

(f Démosthêke. — Mortel fnrtùiié ! les tournai» çîiaKWs gue tu as reçues pour tes affaires publiques!

* Lkcharcptiéh* — Mai?, mon cher, \e n’ai pas reçu la i$in$re éducation , si ce ii'eslque je sais tire, et encore asif m aL

« Dkmostuèke. — Ceci pourrait te faire tort de savoir (jri même assez mal. Le gouvernement swuuihe n'appartient pas aucc hommes influents ou de mœurs irreprochais, MATS A Ml LGNÜftAlSTS ET AU* INFAMES, ClC,

Voilà comment le peuple et le gouvernement populaire étaient traités par le calomniateur de Socraie, d’Euripide et de Cléon. Et son opinion était conforme à celle des historiens, des philosophes et de la plupart des savants du plus beau siècle de la Grèce .

C’est Xénophon qui nous dit :

h Dans tout pays, les premiers citoyen s sont ennemis de la démocratie, ils ne sont pour Tordipaire ni emperlés ni injustes; ils se piquent de goûts honnêtes : le peuple, au mtraire , est ignorant , turbulent, méchant , paice que la pauvreté l'expose k bien plus d'ucles de bassesse.*, Cest parmi la plus vile populace que le peuple a ses partisans, parce que chacun aime son semblable. »

C’est Plütàbqce qui nous dit :

« Presque toujours il est arrivé, je ne sais comment, du révolutions funestes dans tes républiques, lorsque les §éfs.du peuple se sont emparés du gouvernement. »

C’est Platon qui envoie àDenys, roî de Syracuse, les œuvres d'Aristophane comme h tableau le plus du gouvernement et des mœurs d r Athènes t sans daigner réfléchir que ce poète avait été, par ses calomnies, la cause première de la mort de son maître, le sage Socrate; et qu'il n’avait fait que la caricature des Athéniens, au Heu d'un tableau

fidèle ; et de plus, c’était à un roi étranger que k philosophe offrait cette hideuse peinture de î T étal démocratique de sa patrie*

Je le répète, la plupart des grands écrivains de l’antiquité étaient hostiles à l’état populaire; etc^ pendant, c’était dans cet état qu’ils fixaient \m domicile et qu'ils acquéraient la gloire et les ri* ehesses.

Nos historiens modernes, pleins de la lecture ès anciens, ou se copiant les uns les autres, ont a eux aussi, des paroles offensantes pour le peuple. L’abbé Bàrtoélejki nous dit :

n: Les Athéniens, pénétrés du sentiment de leurs fm& de ce sentiment qui, dans les rangs élevés , produit \i hauteur et l'orgueil, dans la multitude , \* insolence et li férocité, etc*, etc. »

M, le comte de Ségor poursuit ainsi le mta thème :

« On y voyait à la fois ( à Athènes) de sages politique), des orateurs turbulents, des guerriers vaillants etgéfè retiï, une populace insolente et timide.,. Le peuple d'Athènes, à la tais léger, superstitieux et cruel, etc.*, Pi* cics avait gouverné pendant quarante ans l e plus inconstant des peuples.,- Les Athéniens, abandonnés (de lenn alliés), passèrent, selon leur coutume y de ïarrogance à h battement , etc. »

M. de Pouqle ville nous dit h. son tour :

« Celui qui savait le mieux flatter là multitude obtenu la meilleure part dans son estime; ainsi, PciralenTTjp ressemblait le plus à ses auditeurs prévalait dans TAssciüblée du peuple ; et des talents spécieux, ou funestes, obtenaient la récompense due au mérite et à la probité- Démade, né dans la condition la plus basse , conservait & vices de son origine ; il avait cet esprit sordide et ceï testons qui dicèknt k manque d'une première édviï 1

Mon. »

D'après de telles appréciations, croirait-on le peuple capable de quelque chose de grand?... 11 ne portait son choix et son amour que sur les hommes qui le flattaient!.,. Mais est-ce bien là la vértLé?... Et comment fit-il pour être le constant, l'inébranlable appui de Bémosthène * le grand orateur, qui le morigénait sans cesse et lui traçait avec vigueur la ligne du devoir ? Comment fit-il pour aimer Ciéon, qui, au lieu de l'aduler, le tançait vertement, comme on a pu s'en convaincre par Tes paroles que nous avons reproduites d'après Thucydide? Le peuple n'est pas ce que le font des écrivains qui le connaissent trop peu; il veut naturellement le bien; c’est pour le bien qu'il se passionne, et quand il fait le mal, c'est qu'on Ta trompé, abusé, égaré par d’odieux: mensonges, ou opprimé, ou affamé trop longtemps par toutes sortes d'exécrabïes moyens. Non, le peuple ir est point inconstant, le peuple n'est point lâche, le peuple n'est point,cruel, le peuple n’est point ingrat; le peuple aime la patrie, la liberté, les lumières, îa gloire, la justice; le peuple est plus sympathique, plus*généreux que les riches qui l'outragent et le foulent aux pieds, et la preuve de nos assertions, nous la trouvons dans les écrivains mêmes qui, mesurant trop peu leurs paroles, le traînent à la fols dans la boue avec intention et l'élèvent au ciel sans y songer. Mettons de côté leurs réflexions historiques, morales, politiques, philosophiques, trop souvent en contradiction avec les faits qu'elles suivent ou précèdent, et dont elles sont un faux et ridicule commentaire, et

que les faits patient seuls, et que seuls ils aient toute autorité.

Les Athéniens, ces démocrates par excellence, lurent-ils légers, inconstant s, injustes, cruels, barbares? voila co qu’il fau L ©xarn i n er, et pour cela je tons un rapide coup d’œil sur toute l’existence de ce peuple.

A thé n 1 c 11 »,

Les Athéniens, dès leur origine, parlent d'égalité ; le sol do leur patrie les a fait naître, et ils soûl tous frères. Quand Ckcïlops arriva dans rÀLüqüe, i! trouva des hommes unis, et mît ses talents et son courage h leur service. Thésée rapprocha les bourgades , concentra les populations, et les Athéniens eurent dès-lors une organisation puissante. Sous sou administration, les.înoites, les laboureurs, tes àrltooas/formèrent trois classes de citoyens possédant les mêmes droits politiques. Mkesthkè conduisit au;siège de T tôle les Athéniens * et c’était 6 un peuple ot non un troupeau. Des rois couüimêrent à les gouverner jusqu’à Codrus. Après lu mort de ce souverain, les Athéniens supprimèrent lu royauté parce que les .rois'» dans plusieurs Étals à la Grèce, avaient abusé de leur puissance et dégrada leur titre. Cependant le dis de Codrus, Médün , régna presque sous le nom d "archonte* Après les archontes à vie, vinrent les archontes décennaux (élus pour dix ans), puis les archontes amtwk Maïs soit que les Athéniens reconnussent un monarque ou n’en reconnussent pas, l'élément populaire dominait toujours dans leur ville.

La richesse parvint cependant à y opprimer la pauvreté : la multitude murmura, un soulèvement ail lit éclater; Solok parut; il donna sa législation. Les lois de ce sage n'étaient pas les meilleures dans te sens absolu du mot, mais, suivant les propres paroles de leur auteur, elles étaient les meilleures possibles dans Tétât où se trouvait la société. Il avait à conjurer le plus redoutable conflit entre les diverses classes de citoyens ; sa médiation eut un plein succès fl)- À quelques années de là deS’&ymptèmes fâcheux se manifestent : les travailleurs se plaignent; les riches les dédaignent; les troubles s’accroissent ; Pisistrate paraît, prend te par U des affamés r le peuple s'attache à sa personne ; ils unissent leurs efforts, et. de concert, ils font reculer les oppresseurs. L'usurpateur Pisistrate fut un salubre tyran : il donna à sa patrie de la force, de l’écïaL, d'utiles institutions. Parurent ensulLe ses fils, Hier arque et Hippiàs : ils avaient hérité de la loute-puissauce de leur père et non de ses hautes qualités. Des révolutions éclatèrent; l’un fut tué * l'autre fut chassé, et il se réfugia chez Je roi de Perse, auquel il demanda des secours pour reconquérir un trône sur les mines de la Grèce, Hi pelas avait pour collègue, dans cette cour, Démarate, roi détrôné de Lacédémone, qui demandait, lui aussi, au grand roi, de le ramener dans sa pâti) «Solon, dit Aristote, réprima Faligarcliie devenu trop puiEsaiïtè, délivra îe peuple de reseïavàge, rétablit Fancienne démocratie, et amaSgarna habilement les diverses espèces de gouverne méats dans rétablissement û& sa République. »

132 cnfecE.

trie à la tête de ses armées. Le sang devait couler,

Sous Darius, sous Xerxès. les Asiatiques envahissent la Grèce. On connaît Marathon , les Thermo- PYLES , PArTÉMISIUM , S AI. AM [NE, PLATÉE, MvCALE,

Des braves avaient surgi de toutes parts ; mais quel peuple fut aussi vaillant, aussi dévoué , aussi génêreux que le peuple d'Athènes? Aucun. Les Athéniens ne pensaient pas à eux-mêmes, ils pensaient à tous, et quand ils stipoiaient, c’était toujours pour t’avantage commun des Grecs.

Et cependant, quand Athènes eut tout sacrifié au salut de tous, Sparte lui refusait le droit de releva ses murailles, de réparer ses désastres et de s entourer de sécurité. La ville qui ue savait que combattre , Sparte , était jalouse d’ Athènes, de la brillante Athènes !

La guerre éclate entre ces deux villes : l’une veut le triomphe de Yoligarchie, l’autre celui de la dtwr cralie: la lutte est longue, passionnée, et cependant Athènes tient tête à sa puissante ennemie, et, a même temps, elle cultive les sciences, les arts :cs îl là le temps de Périclès,dc Phidias, de Polyclète,(i( Parrhasius, de Polygnote, d’Apollodore, de Zçuuf. d’Anaxagore, d’Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, de Socrate, de Méton. Des temples s’élèvent, d« statues se dressent, des monuments littéraires, artistiques, scientifiques en tous genres, sont produit-*, lancés dans le monde; la postérité les recueillerai.

Après l'administration de Tériclès vint celle i< Cran s, puis celle de Clèon , énergique et put* quoi qu’on en ait dit, puisque, pendant toutst®

LES ATHÉX1EXS.

cours, Athènes se soutint avec avantage. Après la mort de Cléoîï et de Brasidas, que l'on accusait ÿêire les seuls auteurs de la guerre, tes généraux KiCias, DémosthÊNE, Alcibiade, sont prépondérants ; et le feu de la guerre, après s’être assoupi quelques jours, se rallume plus violent, s étend , gagne la Sicile et dévore les belles armées athéniennes : Nieias, Démosthène, Lamachus, des multitudes de soldats périssent. Alcibiade trahit : il passe au service de Sparte, puis à celui des Perses, cl combat contre ses concitoyens. Les riches conspirent, Sparte triomphe et aide ies oligarques d’Athènes qui lui sont vendus et l’ont si bien servie. Deux lois ]'oligarchie s’empare du gouvernement de la république et fait couler des Ilots de sang; deux fois le peuple , guidé par Tiiilasybcle, la renverse et se montre clément-.-.

Pourquoi la noble Athènes ploya-t-elle un instant sous Sparte ? Parce que les riches l’avaient trahie; parce que Xénophon, parce que Plalon, parce qu* Aristophane et une toulc d autres hommes remarquables, vantaient sens cesse 1 ennemi, scs mœurs, ses institutions, l’oligarchie enfin, et déversaient sur leur pays, sur les lois qui le régissaient, l’ironie, la déconsidération, le mépris... Ah! si les pauvres n'eussent pas aimé au-delà de toute expiession les lois de la patrie, s'ils eussent réglé leui in clination sur celles de la plupart de leurs philosophes, Athènes était perdue; mais grâce à leur tidehté, à leur constance, à leur dévoùmcnt, elleseiedicssa et reprit son ascendant.

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