T, VI
ce sont les faits qui le disent, et les faits ne mentent
point.
Mais on parle de son ingratitude ; on lui reproche la mort ou T exil des hommes les plus considérables; on prétend qu’il était jaloux, et on ne prononce pas les noms de MïIliade, de Thémistocle, d’Aristide, de Cimon, de Socrate, de Phocion, sans lui jeter aussitôt de rudes apostrophes. On parle aussi de V ostracisme. $ dont il faisait, à ce qu’on prétend, le plus déplorable usage. Pour répondre b tant d’accusations, entrons dans les détails, et expliquons les erreurs ou plutôt la justice du peuple,
Vlltfude.
Quelque temps après sa victoire de Marathon , Mi Iliade entreprit une expédition dont il sortit d'une manière malheureuse, Laissons, à ce sujet, parler Hérodote, le plus ancien, lu plus lidèle des histo* riens :
a La défaite des Perses à Marathon, dit-il> augmenta la considération qu’on avait déjà à Atbte pour Miltiade/Il demanda au peuple soixante-dù vaisseaux^ des troupes et de l’argent. îl ne r dît point où il avait dessein de porter la tjuem\ mais il leur promit de les enrichir s'ils voulaient le suivre, et de les mener dans un pays d’où ils rapporteraient sans peine une quantité prodigieuse d’or. Flattés de cet espoir, les Athéniens lui accordèrent les vaisseaux qu'il demandait. »
iMiitiade fit voile vers Paras avec ses troupes; il colora sou expédition des prétextes qui pouvait
LES ATHÉNTEXS, — MiLTÏADE. 139
le plus flatter le semïimëiat national de ses soldats ; dès qu'il fut arrivé au lieu de sa destination, il commença le siège, qui! continua pendant vingt-six jours sans succès, II tomba d'une muraille et se démit h cuisse,
« Ce fùcbeux accident, dit Hérodote, le força de remettre à la voile, sans porter de l'argent aux Athéniens, et sans s’ètre rendu maître de Paros. ü avait tenu cette place assiégée pendant vingt-six jours, et avait ravagé pendant tout ce temps File entière L*.
« Millïade étant de retour de Hle de Par os, les Athéniens ne s'entretenaient que de sa malheureuse expédition, et surtoutX astippk, fils d'Ànphron (et père de Périelès, le meme qui devait se couvrir de gloire à la bataille de Mymle). Celui-ci lui intenta une affaire capitale devant le peuple, et l'accusa d’avoir trompé la nation, Mïltiude ne comparut point en personne pour se défendre, La gangrène, qui s'était mise h sa cuisse, te retenait au lit, et le mettait dans [Impossibilité de le faire; mais ses amis prirent en main su défense, et rappelant souvent la gloire dont il s'était couvert à la journée de Marathon et à la prise de Lemnos, qu’il avait livrée aux Athéniens après les avoir vengés des Pelages, ils mirent le peuple dans ses intérêts , 11 fut déchargé de la peine de mort mais condamné par sa faute à une amende de cinquante talents fi}, La gangrène ayant fait des progrès, il mourut quelque temps après, et Cîmon son fils paya les cinquante talents, »
M Un talent vaut 4,839 fr. £0 c, h Les 50 font 341,970 fr*
Suivant Hérodote, Miitiade fait l'expédition de Parcs, se blesse, retourne à Athènes; une accusation capitale lui est intenté ; retenu dans son lit, il ac peut comparaître; ses amis le défendent, mettent le peuple dans ses intérêts, qui repousse l'accusation et le condamne à une simple amende : il meurt des sui tes de sa blessure ; son fi 1s paie les ci n quan Le talents auquel s il avait été condamné. Voilà ce que noms trouvons sur la condamnation et la mort de Miitiade dans rhistorien le mieux en position d’étre exactement renseigné à cet égard ; nous ne trouvons rien de plus.
Cornélius Népos nous dit que dans le temps que Miitiade assiégeait Parus, le feu prit à un bois sacré sur un point de la terre ferme; que l T on crut voir là les signaux d'une flotte persane qui arrivait au secours de la place ; qu'aîors il leva le siège, brûla ses machines de guerre, et retourna à Athènes, au grand mécontentement de ses concitoyens. « Regardé, ajoute-t-il, comme tm traître, il fut accusé de s'être laissé corrompre par le roi de Perse..- On fit grâce de la vie à Miitiade. Mais on le condamna a une amende de cinquante talents pour couvrit les frais de I expédition , qui se montaient à celle somme. »
Cette version diffère de celle d'Hérodote en ce que les motifs de l'accusation capitule sont net' tement formulés, mais voici ce qui Ten dis lingue davantage Comme il ne pouvait la payer, ajoute Cornélius Népos, on le jeta en prison, où il mou* rut, »