‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 25 sur 45 · LES ATHÉNIEN& — MILTIADE · texte numérisé non relu

LES ATHÉNIEN& — MILTIADE

Plutarque dit aussi : « Miltiade, condamné à une amende de cinquante talents, fut mis en prison; et n ayant pu la payer, H y mourut w

Voilà donc une amende que Miltiade ne pouvait pas payer, voilà la mort dans la prison, dont il n’est point question dans Hérodote : mais Cornélius Népos et Plutarque ont été dépassés. Rollin, s’appuyant sur une phrase d’un dialogue de Platon, dans lequel le philosophe soutient une thèse des plus exagérées, nous dit que Miltiade « fut condamné à perdre la vie, et à être jeté dans le Barathre., qui élait le lieu où Ton précipitait les coupables convaincus des plus grands crimes, » mais que « le magistrat s’opposa à P exécution d’un jugement si inique. r>

Pour tout le reste, Rollin parle comme Cornélius Népos et Plutarque. Miltiade étant mort, * Cïmon, son fils, qui était alors fort jeune, ajoute Rollin, signala en cette occasion sa piété; ü acheta la permission d T ensevelîr le corps de son père, en payant pour lui les cinquante mille écus auxquels il avait été condamné ; somme qu’il ramassa du mieux qu’il put dans la bourse de ses parents et de ses amis. *

Hérodote, qu’on a si justement appelé le père de FHistoire, dît que le peuple éloigna la peine capitale et n'imposa qu’une amende; Cornélius Népos et Plutarque parlent de la prison ; dans Rollin la mort et les Barathres apparaissent* Dans le premier cas, le peuple est bon; dans le second, il est mauvais; dans le troisième, il est détestable.

Cornélius Népos, Plutarque et Rollin disent que

Miltîade fut emprisonné pour n'avoir pu payer 1 amende à laquelle il avait été condamné, et qm Cimon paya celle amende pour son père, afin d'avoir le droit de retirer son cadavre de la prison et de le faire enterrer. Maïs si le père ne pouvait se racheter, pourquoi le fils ne lui vint-il pas en aide? car s’il lui était possible de le racheter mort, il pouvait le racheter vivant ? Mais, nous dit-on , Cimon frappa à la poife de ses amis, de ses parents, il s'endetta; et ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à se procurer cinquante talents. Mais s’il le pouvait, s’il ïe voulait ce jour-là, il devait le pouvoir et le vouloir la veille et Pavant-veille ; il devait donc racheter tm vivant au lieu d’un mort. J’ajouterai : si le m pou* vuit emprunter, le père le pouvait également, à moins de supposer que l’un avait, du crédit et que I autre n en avait pas et n’inspirait aucune confiance; ce serait là un aveu par trop injurieux pour hi mémoire du héros de Marathon,

Cimon pouvait, emprunter pour un mort, il le pouvait pour un vivant; le fils avait du crédit, 1 b père devait en avoir: et si, avec de telles ressources, il mourut dans la prison, c'est qu’il le voulut, notant détenu que pour dettes,

Cornélius Népos? Plutarque, RolIin 7 ens-appnyaût sur quelques mots de PJatpu, sont-ils les seuls'auteurs qui aient parlé de la rigueur du peuple envers Milliade? — Non, tous les auteurs modernes donnent dans leur sens; ils préfèrent ce qui accuse le peuple à ce qui l’absout ou Je justifie. Bans les anciens on trouve, outre ceux que nous avons cités,

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d'autres accusateurs ^Eschme l'orateur, l'ennemi de Détnoslhène, étant réfugié dans Hle'de Rhodes après südïsgrùce, se compare, dans une lettre, aux grands hommes frappés par les jugements d'Athènes, et dit qu f il ne doit pas s’indigner n contre une ville qui a banni Thémistocle, le libérateur de la Grèce, centre une ville où Mi Iliade est mort en prison chargé d'années, parce qu'il était redevable au trésor d'une somme légère, v

Les paroles que voila s'accordent assez avec celles reproduites plus haut; mais nous allons en citer qui en diffèrent essentiellement.

Dans la seconde harangue contre un certain Àristogiton, attribuée à Bémosthène, et que nous lisons dans ses œuvres, nous trouvons eeci : « On dit qu’Âristide, exilé par vos ancêtres, resta dansEgme jusqu'à ce que le peuple l’eût rappelé de son exil, que Miltiade et Périclès, condamnés à une amende, l’an de trente talents et l'autre de cinquante, ne Tmonlêrent à la tribune qu* après l'avoir payée. &

Nous lisons dans le Voyage historique de Pausaoias : a Miltiade, fils de Cimon, a sa sépulture à part; ce grand homme, ayant échoué au siège de &uos t fut exilé par le peuple d'Athènes et mourut

pm de temps après. *

Tous les auteurs que je viens de citer sont anciens, et cependant Us ne sont point d'accord : * üû dit que Miltiade ne put remonter à In tribune qu'a près qu’il eut payé l'amende à laquelle il avait été condamné ; l'autre dit qu'U fut exilé et qu'il rooum dans l'exil; d'autres parlent de prison et de

Barathres. Qui donc croire? quelle version adopter! — La plus ancienne* la moins suspecte de partialité, celle que nous tenons de l'historien qui nom fait assister h la bataille de Marathon, dont le récil a relevé la gloire de MlLiade, et qui, après nous Tavoir montré dans tout son éclat, nous a fait assister à ses derniers moments, sans exagération, sans déclamations, sans se faire d'un point d’histoire une arme contre le peuple, dont tant d’aulres écrivains étaient les ennemis. Eloignons donc c& Barathres et celte prison dont Hérodote ne dit pas un mot.

Cimon s’est endetté* Cimon s’est ruiné, dit-on, pour payer l'amende de son pèrei et, à ce sujet, oa fait les contes les plus excentriques, les plus contradictoires; écoutons Plutarque :

« Bans sa jeunesse, Cimon fut accusé d’un commerce criminel avec sa sœur El pi ni ce, qui n’avait pas d’ailleurs une conduite trop réglée* et qui passait pour avoir vécu avec le peintre Polygnote- Quelques auteurs disent que la liaison d’Elpüÿcê avec Cimon n’était ni criminelle ni secrète, mais qu’elle l’avait épousé publiquement, parce que & pauvreté Fera pêchait de faire un mariage digne de sa naissance. Dans la suite. Caillas* un des plus riches Athéniens, qui en ôtait devenu amoureux ayant offert de payer l'amende à laquelle son père avaiL été condamné, Elpinîce consentit à l’épouser, el Cimon la lui céda. #

Cimon aurait eu un commerce secret avec sa sœur; il l’aurait même épousée ; ensuite, pour avoir

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de l'argent, auquel i] voulait donner le plus noble emploi, H la céda au riche Callias, Tout cela n’est pas fort moral, maïs, en faveur du but, nous voulons bien ne pas nous récrier* Mais que résulte-t-il de cela? Que Cimon avait été marié avec sa sœur, el qu’il n’étail pas dans sa première jeunesse lorsqu’il reçut la somme qui pouvait le mettre à même de payer la dette de son père et de le faire enterrer. Cependant nous lisons dans la même page les paroles que voici :

« Miîllade, condamné à une amende de cinquante talents, fut mis en prison ; et, n’avant pu la payer, il | mourut, laissant son fils dans sa première jeunme, et Eipiniee, sa sœur, qui n’était pas encore nubile. »

Si, quand Miltiade mourut, Cimon était dans sa première jeunesse et sa soeur Eipiniee non encore nubile; si ce ne fut qu’après le mariage de ceux-ci. et leur séparation que Cal lias compta les cinquante talents, il y avait donc bien des années que le héros de Marathon était mort, et réduit en poussière sans doute, quand son fils put le faire enterrer. Et ensuite, que deviennent ces emprunts faits à ses parents, è ses amis, dont parle Roi lin, dont parlent tant d’autres auteurs?

Cornélius Népos, lui aussi, parle de Cimon, d’Elpinice, de Cal lias, de son argent ; il prétend même que Cîmon fut emprisonné comme caution après la mort de son père, et qu’il ne recouvra sa liberté que grâce à l'infidélité do sa sœur et femme Eipiniee et M’argenl de Caillas. Tous ces contes sont si ridi-

cules, qu’ils ne mériteraient que le mépris s'ilsnV vaient pas trouvé de si nombreux reproducteur!*

Quant à MiJtiade, blessé à la cuisse, atteint psrli> gangrène, il descendit rapidement dans la tombe, eL les Athéniens n’eurent pas le temps de se réconcilier avec leur général. Les écrivains ont trouve U une mine féconde de calomnie, et Us Tout exploit comme d’habiltide.

Le peuple n’avait point accusé Mîltiade; la petiH de mort qu’on avait voulu lui faire sanctionner,!] Pavait écartée; le peuple ne ruina point Cinion/. la preuve, c’est, que îe fils de Mîltiade passa sa jetliesse dans les plaisirs, dans la magnificence, qfi s’éleva aux plus hauts emplois de la république fl marcha toujours h la tête de la faction des ri clics*

Pour tout ce qui concerne Miltiade, renfermonsnous dans le seul Hérodote; repoussons tous h contes inventés par l'esprit de parti, et que le lie tcur se tienne sur ses gardes.

Le peuple peut être abusé, le peuple peut être trompé, mais, nous en sommes convaincus, lesefr liment de la justice ne sort jamais de sa eonsricucn, et il mérite des égards dont on s’est trop dispensé

TliéfuifttoHç.

Le peuple fut injuste, dit-on, envers Tbéniîfr tocle, et le paya de tous ses travaux par la plus noire ingratitude. Mais examinons si le peuple fit léger, injuste, ingrat, et si aucun soupçon lojodétif doit atteindre le brillant général. Ne parlons î$ nous-même ; laissons parler Thistoire ; donne#

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Jes fragments des auteurs les plus compétents et qui sont s certes, bien loin d'Élre hostiles au héros et bienveillants pour le peuple.

J i La naissance de Thêmistocle fut trop obscure pour avoir pu contribuer à sa gloire. Son père,

I Néûdès, du bourg de Phréar, de la tribu Léoni ^a r était d'une condition médiocre; du côté de sa raère, Thémistode passait pour étranger, » (Plutarque.)

«Thémistode encourut d'abord la disgrâce de

fiunille : son père le déshérita à cause île ses dérèglements et du peu de soin quhl prenait de ses affïures. Ce malheur , au heu de l'abattre, lui donna Je l’énergie. Il se livra tout entier aux affaires publiques et ne songea qu'à se faire un nom et des amis. » (Cornélius Népos.)

| * Possédé d'un vif désir de gloire, qui, dès son entrée dans la carrière, le üt aspirer au premier ^ il osa heurter de front les citoyens les plus distingues et les plus puissants, et braver leur tome; ï7 se montra surtout le rimî (FAristide , /Us I i ipimachus, qui fut constamment son pim grand

Adversaire . Personne ne parla VambUion aussi

Itinque lut » (Plutarque.)

« H sut cependant se rendre agréable à la multitode, soit par son attention à saluer chaque citoyen I pr son nom, sans avoir besoin que personne le lui Minât t soit par son impartialité dans les jugeants qu'il rendait pendant qu'il était archonte. Lorsqu'il vit sa puissance augmentée et son crédit i auprès du peuple bien établi, il forma une faction

par le moyen de laquelle il fit cojidamner Aristide i u ban de l’ostracisme. » (Plutarque.)

Thémistocle avait donné des preuves de soi génie et de sa valeur. La flotte des Grecs se trouvai! alors dans les eaux, de Salami ne, mais la plupart des chefs Spartiates voulaient fuir au lieu d’accepter la bataille- que venaient leur offrir les Perses. Thtmistoele fait tout au monde pour les retenir,et, d’autre part, il envoie àXcrxès Siccjnus, l’un de ses domestiques fidèles, porteur des paroles que voie:

« Le général des Athéniens, qui est bien intentionné pour le roi , et qui préfère le succès du tw armes à celui des Grecs , m’a dépêché vers vous 1 leur insu, avec ordre de vous dire que les tirées effrayés délibèrent s’ils ne prendront point la fo&> Il ne tient donc qu'à vous de faire la plus action du monde, à moins que par votre négjjjp* vous ne les laissiez échapper. Ils ne sont point il ■s cordi entre eux, et au lieu de résisLer, vous verre les deux partis aux prises l’un contre l'autre, et* détruire mutuellement. » (Hérodote.)

Xerxès attaqua les Grecs et se lit vaincre. T* mistoele conseilla aux Grecs réunis de poursuit les Perses dans leur désordre, mais ce lut eu vuii Et ensuite, par une contradiction qui doit avoir# motifs, il ordonna aux Athéniens, les plus entre prenants de tous les hommes, à eux qui vouloir:! poursuivre l’ennemi jusque dans l’Hellèapont, sent-iis seuls de cet avis, d’être calmes, de resen Grèce, de s’occuper de leurs familles, de W maisons, de leurs terres.

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a Ce discours trompeur, dit Hérodote * persuada les Athéniens. Les Athéniens n’eurent pas plus tôt approuvé sou avis, qu'il fit partir un esquif avec des jm de confiance et incapables de révéler ce quil ïeur avait ordonné de dire au roi , quand môme on les aurait mis à la torture. L'esclave Sicciuus fut encore rie ce nombre. Lorsqu'ils furent arrivés sur les côtes de PAttique, Sicciuus laissa les autres dans f esquif et se rendit auprès de Xerxès. « Th émis- * locle, fils de Néoclès, lui dit-il f général des Athéniens, le plus brave et le plus sage de tous les u alliés, m’a envoyé vous dire que, par zèle pour i votre service* il a retenu les Grecs qui voulaient «poursuivre votre Hotte et rompre les punis de «fHellesponh Vous pouvez donc maintenant vous «retirer tranquillement. »

Hérodote fait cette réllexion bien frappante, que nos lecteurs ne doivent pas oublier : « Thémisfocle « parlait ainsi dans la vue de se ménager f amitié du « roi et de se procurer un asile , en cas que les Alliéenteras lui suscitassent dans la suite quelque fd - « cheuse affaire. »

Les Grecs avaient triomphé des Perses; leur floue était dans le port de Pagases, où elle devait hiverner; désormais ils n'avaient plus rien à craindre de Tétranger, et ils devaient tôt ou tard devenir eux-mémes leurs propres ennemis. Les pensées de Thémistocle portaient dans 1-avenir : il conçut un projet qui devait éiever Athènes au détriment des autres villes, ses alliées.

« Il dit un jour aux Athéniens, en pleine assena l. vit 9

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bide, qu’il avait imaginé un projet dont l'exécuiioa leur serait très avantageuse et très salutaire, mm qull ne pouvait pas le faire connaître au public.On lui ordonna de le communiquer k ÀniSTinE^i»

l'autorisant à l'exécuter si Aristide l'approuvait. Thémistocle lui ayant déclaré qu'il avait eu la pensée de brûler la flotte des Grecs , Aristide rentra dans rassemblée et dit que le projet de 1 hémistoele (itM à la fois k plus utile et le plus injuste* Aussitôt iu Athéniens lui ordonnèrent d’y renoncer, » 'Plu* tarque.)

Brûler la Hotte des Grecs, k l'exception des vais* seaux athéniens, c’était donner à Athènes toute k p u î ssa a ce ni ar in me, to u L1 e connu er ce de la G n ce, toutes ses richesses ... Le peuple repoussa tout dune voix ce qui était utile» mais injuste, parce que!, sentiment moral ne l’abandonne jamais : il étiitcn parfait accord avec Aristide, qu’il avait rappelé^ son exil.

« Avide d’argent, Thémistocle ne cessait d'ea amasser. » (Hérodote.)

« Timocréun, poète de Hlè dé Rhodes» fait, dsiu une de ses chansons, un reproche bien niuidniiE Thémistocle : ii j’accuse d’avoir rappelé des banni* pour de l’argent, et de ravoir abandonné par le même intérêt, lui son hôte et son ami. » {PI* tarque.)

Après la fuite de Xerxès, les Grecs s’étaienttë* semblés pour décerner le prix de la valeur a ceifi d’entre les guerriers qui s'étalent le plus signai dans les combats. Les Lacédémoniens tirent W

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