‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 33 sur 45 · LA JUSTICE DES ROIS · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DES ROIS

auges Mithridate, l’un de ses braves officiers, pour avoir osé se glorifier d’un trait de vaillance que le souverain revendiquait, et qui, dans tous les cas, n'était pas de nature à rehausser sa gloire; il S'agissait du coup qui avait donné la mort à son frère Cyrus dans la plaine de Cunaxa.

Voici, dit Plutarque, en quoi consiste ce supplice : on prend deux auges d’êgaîe grandeur qui s'emboîtent l'une dans l’autre ; on couche l’homme condamné dans V une de ces auges et l’on applique la seconde sur celle-ci ; de manière que la tête, les mains et les pieds débordent les auges, et que tout le reste du corps est entièrement couvert* On donne à manger à cet homme ainsi placé : s'il refuse la nourriture, on le force à la prendre en lui piquant les yeux avec des alênes; on lui fait boire du miel détrempé dans du lait ^ qu’on lui verse non-seulement dans la bouche, mais encore sur le visage; on lui tient les yeux toujours tournés vers le soleil, en sorte que son visage est tout couvert de mouches. Obligé de satisfaire dans cette auge à tous les besoins qui sont la suite de la nourriture et de la boisson, la corruption et la pourriture dans lesquelles il est plongé engendrent une quantité prodigieuse de vers, qui lui rongent tout le corps et pénètrent jusque dans les viscères. Quand on est bien assuré de sa mort, on ôte l’auge supérieure eL l’on trouve ses chairs mangées par ces insectes , qui sont attachés par essaims à ses entrailles et qui les rongent encore. Mithridate, consumé lentement par ce supplice ? mourut à peine au bout de dix-sept jours. »

Nous avons fait connaître comment les Spartiates avaient fait mourir Cinadon et ses amis dans les tortures, et deux mille H ilotes par l'assassinat.

Voilà la justice, la modération, la douceur des gouvernements monarchiques et oligarchiques les mieux réglés, les plus célèbres de l'antiquité ! pour lesquels les Thucydide, les Platon , les Xércophon, les Aristote, les Plutarque sont si favorables, si louangeursI C'est à la démocratie qu’üs ont gardé rancune, c’est contre elle qu'ils ont déclamé, et, aveuglés par la passion, Hs n’ont pas vu ce qui doit frapper tous les yeux : ils ue se sont pas aperçus que le mal n’était pas dans le principe d’égalité, mais dans le principe contraire. Nus historiens n’ont fait que copier les anciens; et nos penseurs n’ont pas cru devoir contredire ce que d’autres avaient pense et formulé il y a plus de deux mille ans.

Encore un mot sur le même sujet* Dans Athènes, dont on a tant raillé les juges , il y avait des garanties pour les accusés: emprisonnés, ils pouvaient recevoir des amis, des conseils; devant le tribunal, ils avaient le droit de parler, d’emprunter le secours d’un défenseur; remis en prison après le jugement, ils étaient encore libres de recevoir leurs proches, leurs amis ; ils discouraient librement ; aucun agent ne les épiait, ne les brutalisait; condamnés h la peine capitale, ils devaient se préparer h quitter la vie, mais ce dernier acte n’était point une vengeance de la société, elle ne dressait point des instruments effrayants de supplice devant le patient, elle ne le torturait pas; la ciguë, poison des moins violents,

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rendormait , le supprimait t et tout était fini. Nous avons pour preuve de ce que nous avançons tes derniers jours de Socrate et les détails qu'on nous en a conservés*

Ou a reproché à Athènes son ingratitude, sa rigueur envers quelques-uns de ses généraux; mais voici une remarque, et c’est par là que nous finîssoos ; Àlexandre-le-Grand, lui tout seul, dans un règne de onze ans et demi, a fait mourir plus de généraux, plus de gouverneurs et de philosophes que la république d’Athènes dans tout le cours de sa longue durée* Lecteurs, réfléchissez à cela,

ItétfuiEié et cifulionï «tir leu Athénien*.

Les Athéniens étaient de tous les peuples le plus digne, le plus équitable dans les jugements; ils punissaient et ne flétrissaient pas; et ils étaient heureux quand ils pouvaient réformer des sentences rigoureuses et réhabiliter ceux dont ils avaient reconnu l'innocence. Ils gémissaient, ils pleuraient sur leurs propres erreurs quand elles avaient été fatales à la bravoure et à la vertu.

« Dans quel état despotique, dit Vollaire, a-t-on jamais pleuré Tin justice de ses arrêts précipités?;)»

Les Athéniens furent le plus brave, le plus généreux de tous les peuples. Les Perses abordentils à MaraLhon ? ils sont les premiers à les combat- Ire et à les repousser. —La république de Tlièbes fléchit-elle sous les armes de Sparte / ils lui portent des secours et sauvent son indépendance, — Thèbes victorieuse sa montre-t-elle cruelle envers les

Thcspiens et les Platéens? les Athéniens interviennent et ne pensent qu'à sauver les faibles* - Sparte, si longtemps triomphante, ayant marché d'échec en échec, est-elle enfin assiégée par les Tliébaîns et près de succomber? les Athéniens accourent et la sauvent d'une ruine certaine. — Philippe de Macédoine menace-t-il l'avenir de la Grèce! les Athéniens sonnent le signal d'alarme et iont h plus nobles et les plus persévérants efforts pour eonjurer le despotisme.—Alexandre étant mort en Asie, resLe-t-il à la Grèce quelque espoir d’affranehissementales Athéniens se soulèvent, appellent les peupies aux armes ,et font un dernier effort pour la liberté-

Contre les forces étrangères, rien de plus prompt de plus intrépide; dans l'intérieur de la Grèce, ritu de plus affectueux, de plus désintéressé, de plus humain.

a Personne ne niera, dit Démosthêne, que les Lacédémoniens, les Thélunns avant eux, et dernièrement te Euhéens, n’aienl été saines d’abord, et reçus ensuiw comme alliés par noire république qui n’a jamais varie dans son système. Et ce système, quel est-il? de sauver in opprimés. »

« Les Athéniens, dit Isocrate, animés de l’amour di leur pays et jaloux de la liberté do leur nation, flirt soutenu des combats multipliés, difficiles, célèbres dont la gloire a égalé l'importance. L^s forces de leur ville fifre ol toujmir* au service de la Grèce, toujours ils furent prêts à venger les Orées opprimés ... Quoique nous connaissions mieux que d T autres les inconvénients de nolrt conduite, nous avons mieux aimé secourir les faibla contre nos inlérôts, que de nous réunir aux plus EMtt pour partager les fruits de l’injustice. »

Veut-on savoir comment le portrait des Albé

LES ATÏTÊNIEÎTS.

nïens a été tracé par l’un de leurs ennemis, député de Corinthe, parlant aux Spartiates pour les exciter à la guerre contre rÀüîque? Le voici tel que nous le trouvons dans Thucydide, qui, lui-même, ne les aimait pas :

(i Amoureux de nouveautés, ils Bout prompts à concevoir et à exécuter ce qu'ils ont conçu ; vous êtes propres a conserver ce que vous possédez» mais vous n imaginez rien de plus, et vous ne savez pas aider aux événements dans les circonstances forcées* Ils ont de l'audace au-dessus de leurs forces: Us s'exposent aux périls plus qu'ils n’en avaient formé le dessein ; et, au milieu des dangers. Us sont pleins d'espérances : mais vous, dans l'exécution, vous notes moins que vous ne pouvez; les mesures les plus efficaces ne sauraient vous donner de confiance, et vous croyez ne pouvoir jamais vous tirer des dangers* Ils sont remuants, vous êtes temporlseurs, ils aiment à se répandre au dehors, et personne ne tient plus que vous à ses foyers; en sortant de leurs murs; ils croient acquérir quelque chose, en vous éloignant, vous croyez nuire à ce que vous possédez. L'emportent-ils sur leurs ennemis, ils s avancenlie plus qu'ils peuvent; vaincus, ils sont à peine consternes. Pour le service de la république ils hasardent leur vie, comme si elle leur était étrangère ; ils semblent n avoir en propre que leur pensée, et toujours elle conçoit e nouveaux desseins pour le bien de 1 Etat- S ils ne réussissent pas dans ce qu'ils ont conçu, ils se croient déchus de ce qui leur appartenait; s'ils saisissent ï objet ue leur ambition, ils croient avoir peu fait en comparaison de ce qui leur reste àjairc* Leur arrive-Ml de manquer une entreprise, ils forment une autre espérance, et la remplissent : seuls, ce qu'ils ont conçu, ils l'ont en même temps qu'ils P espèrent : tant est prompte l'exécution teneurs desseins! Tout cela se fait au milieu des fatigues et des dangers; ils consacrent leur vieenLière â se tounuen er* Ils jouissent fort peu de ce qu'ils ont, parce qu ils sont toujours occupés d'acquérir; ils ne connaissent d autres e es que de remplir In tâche qu'ikee sont imposée, et se font plutôt un malheur d'une inaction paisible que a une activité laborieuse. On les peindrait fort bien à un seul irait,

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