‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 5 sur 45 · EXPÉDITION D'ALEXANDRE · texte numérisé non relu

EXPÉDITION D'ALEXANDRE

de trois cents vaisseaux, il parcourait ta mer ; s'emparait deChio et de Lesbos, et inspirait reffroi, Mais ce chef fut emporté par une courte maladie; sa mort lut un bonheur pour Alexandre, une calamité pour Darius, car c'était là le plus brave et le plus capable de tous ses généraux*

Darius en éprouva de l'inquiétude et se bâta d'achever ses préparatifs* Ayant levé une armée que Diodore de Sicile porte à cinq cent mille hommes et Plutarque à six cent mille, il partit de Babylone , d’autres disent deSuse, et avança au devant des Macédoniens; il avait avec lui sa mère, sa femme , son iïls et ses deux filles, car les Perses ne se mettent pas en campagne sans être suivis de toute leur maison (333 av. J.-C.).

La mort de Memuon avaiL rassuré Alexandre du côté de fa Grèce* Les deux rois marchent au devant 1 un de l'autre ; ils sont dans la Cilieie, près de se rencontrer. Mais les Perses no peuvent croire que les Macédoniens et les Grecs, étant en si petit nomb re, aient l'audace de se mesurer avec eux en rase campagne, Alexandre, lui, regarde comme une faveur des dieux l'occasion qui lui esL offerte de décider, par une seule bataille, du sort de l’empire des Perses. Par des discours appropriés à la situation, il exhorte ses soldats à une lutte décisive.

Reproduisons cette harangue qu'Àrrien nous a conservée (1) ;

(î) Je puîs-û, pour c 3 qui concerne Alexandre, principalement dans Diodore de Sicile et Plutai Ljue; ce sont là les deux auteurs dont les écrits m'inspirent, à son égard, le plus de con-

« Rappelez-vous tous vos exploits et redoublez « de confiance: vainqueurs, vous allez attaquer des « vaincus; un Dieu combat pour nous; c’est lui qui « a poussé Darius à quitter do vastes plaines pour « s’enfermer dans cet espace étroit où votre pim- « lange peut bien se développer, mais où le grand « nombre de ses troupes devient inutile; ils ne nous « sont comparables ni eu force ni en courage. Vous,

* Macédoniens endurcis, aguerris par toutes les

* fatigues des combats, vous marchez contre les « Perses et les Med es amollis depuis longtemps par « le repos et les plaisirs. Libres, vous combattez « des esclaves. Les Grecs de chaque parti n’ont

* point le même avantage. Ceux de Darius se battent « pour une solde misérable, ceux qui accompagnent « les Macédoniens, pour la Grèce et volontairement, « Si Ton considère les auxiliaires, ici les Thraees, « les Péones, les lllyrïens,les Àrgiens, les plus forts k et les plus belliqueux des peuples de l'Europe, et « là les Asiatiques énervés ët efféminés: enfin, c’est <t Alexandre contre Darius, Tels sont les avantages « dans les combats, niais que d’autres dans les suc- « cèsl Vous n'avez plus devant vous les satrapes de

fiance. Remprunterai néanmoins quelques citations à Aïuuen et à Oms te- Cuti ta, bien qu'ils soient, le dernier surtout, plutôt les poètes épiques que les historiens du héros Leurs œuvres sont cependant remarquât le s à plus d’ua titre, Àrrieh» auteur de l'expédition (FAlexandre et de plusieurs autres écrits, naquit à McomMie, en liithynic, 105 après Jésus‘Christ; OmTnre-CuHCE, Tan leur de la vie d'Àliœandre^ aurait vécu à peu près dans te meme temps. Je me sers * pour Arrien, de la traduction Gtiaussard, pour Quinte-Curce,do celle de Yaugelas,

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« Darius, la cavalerie du Granique, les vingt mille « soldais étrangers: voilà toutes les forces des Per- « ses et des Mèdes, toutes les nations qui leur obéîs- « sent en Asie, le grand roî lui-même: cette journée w vous livre tout: vous commandez h l’Asie entière « et vos nobles travaux sont à terme. »

Alexandre avait par ses paroles produit tout l'effet qu'il désirait; des deux côtés les dispositions guerrières avaient été prises, les armées se chargèrent. Dïodore dit:

<f Lorsque les deux armées furent arrivées à la portée du trait, les barbares lancèrent sur les troupes d’Alexandre une si grande quantité de flèches, que ces projectiles se heurtaient dans Pair et amortissaient leur effet. Les trompettes sonnèrent des deux côtés la charge* Les Macédoniens poussèrent d’abord un immense cri de guerre ; les barbares y répondirent de manière h faire retentir de leurs voix toutes les montagnes voisines. C'était comme l’écho d'une seule voix poussée par cinq cent mille hommes à la fois. Alexandre promena ses regards de tous côtés, cherchant à découvrir Darius; dès qu'il P aperçut, il se porta droit vers lui avec ses cavaliers d’élite, moins jaloux de battre les Perses que de remporter la victoire par ses propres efforts, »

La mêlée est rude > de^ multitudes succombent, Alexandre reçoit une blessure, mais les Macédoniens font des prodiges de valeur, et Darius, per* dam cou t enan ce , emporté par ses cheva nx effrayés, se sauve loin du champ de b a Laide. Son armée est mise en déroute; ses tentes, des monceaux tPor et

d'argent , 1 m butin immense, les femmes d’un grand nombre de guerriers Perses, restent en lu puissance des vainqueurs* Diodore et Plutarque portent la perle de Darius kcmt dix mille hommes; celle des Macédoniens se réduirait à trois cent cinquante hommes seulement* Cette lutte décisive fut appelée la bataille d'issus (333 av. J. C.).

Alexandre, après avoir poursuivi Darius, sans pouvoir Patterndre, retourna dans les rangs de son année* Il se délassa dans le bain qui avaii été préparé pour le roi fugitif ; et bientôt, il admira les richesses qu’il avait conquises et se livra à de nombreuses réflexions t Plutarque dit:

« Quand Alexandre viL les bassins, les baignoires, les urnes, les boites à parfums, le tout d*or massif et d'un travail parfait; quand il respira Porteur délicieuse des aromates et des essences dont la chambre était embaumée; quand de là il lut passé dans la tente même, et qu'il eut admiré son élévation et sa grandeur, la magnificence des lits et des tables, la somptuosité et la délicatesse du souper, il se retourna vers ses amis et leur dit : Voilà ce qu'on appelait un roi* » Laissons Plutarque continuer son récit: « Il allait se mettre à table, lorsqu'on vint lui dire qu'on avait amené parmi les captifs lanière et la femme de Darius, avec ses deux filles; qu'à h vuedcTarc et du char de Darius elles avaient poussé des cris lamentables et s'étaient déchiré le sein, ne doutant pas que ce prince ne fût mort* » Diodore de Sicile ajoute: * En apprenant ces scènes douloureuses, Alexandre envoya un de ses amis* Léon-

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nafnSj pour calmer ces infortunées et porter des paroles de consolation à Sisygambîs, en lui annonçant que Darius vivait encore; ei enfin, qu 1 Alexandre prendrait lui-même soin de la famille de Darius et viendrait lui-même le lendemain la visiter et lui témoigner par des actes sa philanthropie. Les captives accueillirent ces consolations comme un bonheur inespéré; elles regardèrent Alexandre comme un dieu et cessèrent leurs lamentations. Le lendemain, le roi accompagné d’Hépbestion, un de ses amis qu'il affectionnait le plus, se rendit chez les femmes. Comme ils étaient tous deux habillés de même et qu’HÉPHESTiox remportait pa rsa taille et sa beauté, Sisygambis prit celui-ci pour le roi, et se prosterna pour le saluer: quelques assistants Tavertirent de sa méprise et lui indiquèrent de la main Alexandre, Sisygambis, honteuse de son erreur, allait renouveler sa salutation et se prosterner devant Alexandre; mais celui-ci lui dit en la relevant: O mère, ne le tourmente pas, car lui aussi est Alexandre. En lui donnant ainsi le nom de mère, le roi fit entrevoir avec quelle prévenance U allait traiter toutes ces infortunées. Il lui donna l'assurance qu’elle serait désormais pour lui une mère, et aussîiôL il sanctionna sa promesse par des actions. »

Le fils de Darius eut également part aux bonnes grâces d'Alexandre, qui se comporta envers une famille malheureuse avec la plus grande générosité.

Darius, ayant atteint Babyloné, réunissait les débris de son armée, et se préparait à une seconde lutte.

Après avoir fait reposer ses troupes et recoinpensé ses braves, Alexandre part de laCHicië; il soumet plusieurs filles sur son passage; mais Tyr lui ferme ses portes. N faut combattre; les assauts commencent; des travaux considérables sont faits de part et d'autre, I,'attaque et la résistance sont également vives, Également tenaces, Alexandre se repent un moment d'avoir entrepris ce siège; mais le dépit lui rend son courage. Les travaux recommencent avec plus d'ardeur : ceux-lh élèvent des murs et des tours; ceux ci construisent des tranchées, des ponts; comblent un bras de mer, et d'une île font une presqu'île, Alexandre fait jouer les balïstes, les catapultes; U balaie les remparts. LesTyriens opposent les machines aux machines, la défense répond énergiquement aux fureurs de I 1 attaque. Les combats sê renouvellent toujours plus sanglants; le siège n'avance pas. Alexandre veut se retirer; mais il rougît le moment d'après d’une telle pensée. Il met en œuvre fout ce que son audace, son génie, sa furent peuvent lui inspirer de moyens de destruction ; les assauts se succèdent avec rapidité; et cette fois, plus heureux, les Macédoniens pénètrent dans la ville ; les habitants la défendent pied à pied, jusqu'à l'extrémité la plus reculée, La fortune les abandonne, Les Macédoniens sont triomphants. Sept mille Tyriens et pins ont succombé en combattant pour la pat lie. Le vainqueur irrite, maître de Tyr après un siège qui avait duré sept mois et lui avait coûté si cher, vend les femmes et les enfants à l*e?ichère , fait pendre tous les jeunes gens en état de

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