CONCEPTION ET PLAN DI L*OUVRAGE
Aux poêles, aux historiens, aux orateurs, aux artistes, aux inventeurs* aux artisans célèbres, aux grands hommes sortis du peuple, j’ai consacré de courts articles, qui ne sont souvent que (las listes de noms; ces listes ont do T intérêt toutefois. Les articles relatifc aux artisans et aux esclaves sont très étendus, et forment des traités assez complets.
Les mœurs corrompues de Home me ramènent à cette ville; je voudrais trouver ce (ÎJui pourrait la retirer, et avec elle le monde, du bourbier ou elle s'enfonce. Mes regards se reportent sur les grands philosophes, y compris Cicéron; j’examine une dernière fois leur philosophie; n’y trouvant que contradiction, haine pour le travailleur, insulte à ce qu'elle appelle dédaigneusement la populace, je conclus a sa radicale impuissance.
Je remonte à l'enfance du monde: je me demande si les hommes eurent plusieurs berceaux ; je parle de leur dispersion sur le globe; je dis comment les grands empires ont successivement passé sur la terre; comment Home devint le plus vaste qu’on eut jamais vu : et cela me fournit l'occasion de reprendre une à une chaque nation, de faire ressortir brièvement les points les plus saillants do leur histoire* do compléter ce qui me restait à en dire, de joindre aux peuples dont j’avais parlé ceux dont je n’avais encore pu m'occuper, et de dire comment, et à quelle date, ils vinrent tous se précipiter dans l’empire romain,
Rome ayant tout absorbé; quelques Romains, cl ceux quils protègent, s’étant emparés de la fortune publique, et se vautrant dans les orgies, pendant que la multitude, dans îc monde entier, souffre, maudît et espère, nous concluons qu’un tel
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état de choses ne peut durer; qu'un changement doit se produire, qu'une morale nouvelle,' infiniment plus pure, plus fraternelle, plus efficace, plus philosophique que celle des philosophes, doit se manifester; nous annonçons le Christ, et nous fer* mons là notre travail : ainsi nous avons traité des temps anciens. Ce n’est que plus tard que nous passerons dans la région des nouvelles idées et tics temps nouveaux.
Tel est le plan du travail que j'offre au public; e est dans cet ordre que j'en ai assemblé toutes les parties,
U faut qu’on le sache, je parle moi-même le moins possible; c'est la Bible* c'est Flavius Joseph, qui nous font connaître les Israélites; c'est Hérodote* c'est Ûiodore de Sicile qui traitent des Babyloniens, des Egyptiens et des Perses ; c'est le Chou-Kioe, c'est Confucius qui expliquent la Chine; le livre des lois de Manou nous fait connaître l'Inde.
Pour la Grèce, pour la Sicile, pour la Grande- Grèce, je me sers d’Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, de Diodore de Sicile et de Plutarque; pour Carthage et pour Home, Polybe, Saîlusle, Tîte-live, Cornélius Népos* Paterculus, Florus* Suétone, Tacite, Diodore de Sicile, Justin, Plutarque, prennent eux-mêmes la parole.
Je n'ai nommé que les principaux d'entre les écrits et les écrivains dont je me sois servi pour chaque pays, .
Je le répète, cc réesi pas moi qui raconte les faits; ce sont les plus anciens, les plus célèbres auteurs qui parlent, je les cite textuellement. Mou histoire est faite en partie par eux-mêmes ; je me
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borne à les grouper, et à faire ressortir de l'exposition des faits les conséquences nécessaires.
Tout en s'instruisant sur rhistoîre, mon lecteur apprendra à connaître les historiens; il aura lu les morceaux les plus remarquables de leurs œuvres, et pourra juger de leur manière de penser et d'écrire.
De Moïse, de Confucius, de Socrate, d'Homère» d'Hésiode, de Solon, d’Eschyle* de Sophocle, d'Euripide, d'Aristophane, de Platon, d'Aristote, de DémosLhène, d'Êpicure, de Virgile, d'Horace et d'une foule d'antres écrivains, je fais de longues citations. On connaîtra parleurs paroles, par leurs œuvres, les législateurs* les poètes, les orateurs et les philosophes de l'antiquité; mais je dois en avertir, je n'entre pas dans des raisonnements littéraires à leur égard* Je ne pèse pas la forme de leurs écrits, mais le fond; de plus, ce que je fais ressortir avec leur secours, ce sont les idées, les mœurs, l'esprit, les tendances des temps* l'identifie, autant que possible, mon lecteur avec le passé, pour l'attirer ensuite vers l 1 avenir, eL lui inculquer, si je le puis, un esprit progressif et fraternel*
Je ne demande point pardon à mon lecteur de ma tentative; elle est audacieuse, téméraire, je le sais, mais elle m'a été inspirée par l’amour du bien et par le désir de me rendre utile à la classe des travailleurs» et même, le dirais-je, à toutes les classes.
Ici on m'accusera peut-être d'orgueil et de présomption, et cette exclamation pourra s'échapper de bien des cœurs ; Comment, un homme qui n'a point fréquenté les collèges, qui n'a point fait ses humanités, point appris sa langue seulement, un
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ouvrier, un simple ouvrier, avoir la prétention d'éclairer les classes éclairées! Cela se peut-il? N’a-l-il pas perdu la tête?...
Non, messieurs, non, je n’ai pas perdu la tête; mais pensez un moment que Moïse fut berger, Confucius menuisier, Jésus charpentier, Rousseau apprenti-graveur, et que cependant ils n ont pas laissé que d'étre fort éclaires et fort utiles à leurs contemporains et même à la postérité!... Je n'ai pas la prétention d’être quelque chose à côté de ces illustres personnages, mais ils me prouvent, par leur seule apparition, nue les hommes de collèges ne sont pas tout pour l’humanité ; qu’il sort des lumières du sein de la multitude, des rangs obscurs du peuple, et ils me donnent une confiance qui résiste et qui résistera à tout ce que m’ont dit et pourront me dire des amis trop officieux.
t Oui* je traite des questions déjà traitées par d’autres, et je ne les traite pas comme les autres; je raisonne sur l'histoire malgré toutes les histoires faites par nos modernes, et je ne raisonne pas comme ces modernes, ni même comme les anciens avec le secours desquels j'ai travaillé. Les faits seront les mêmes; je n'en porterai pas le même jugement, je n’en tirerai pas les mêmes conséquences.
Les Rollin, les Segur, les Barthélemi, les Ànquetil, lesAertot, les Bossuet, les Millot et autres, tous gens bien plus instruits, bien plus savants que moi, ne puéent voir qu’avec les yeux de l'antiquité^ ils flattent ceux que l'antiquité flatte, ils calomnient ceux que l’antiquité calomnie. Sous ce rapport, vous en lisez un, vous les lisez tous. Les banalités, les mensonges sans cesse reproduits
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depuis des milliers données abondent chez eux, Eli bien 1 moi, je vois avec mes yeux* je juge avec mon jugement, et je casserai bien dp arrête injustes, sanctionnés par les siècles, si je le puis. Maintenant, que je ne réussisse point au gré de mes désirs : que je ne produise qu un travail très défectueux » rien d T impossible! mais il n en est pas moins vrai que ce travail que je tente est un travail nouveau ; que j essaie de remplir une lacune, et que, pour faible que je puisse être, je dois nécessairornent, place dans la région la plus inferieure «le la société, sur un point particulier qui ne fut jamais celui des historiens, indiquer de nouvelles vues, de nouveaux honzons, et être utile, ne serait-ce que grâce à cela seul, non-seulement aux classes laborieuses, trop dépourvues de bons livres, mais encore aux autres classes auxquelles tous les enseignements sont prodiguéss .le savais combien je devais Irdfesér de preventîons, de préjugés ; je savais combien je devais m’attirer de critiques, de railleries ou de dédains ; car on peut attaquer un homme et surtout un homme du peuple, de plusieurs manières; et pourtant toutes ces considérations ne ni ont point retenu, point refroidi; j ai travaille avec courage, avec persévérance, le plus rapidement possible, ne sortant point, pensant au galop, écrivant de même, me sentant presse, poussé parle temps, par quelque chose de nouveau, d’inconnu qui s avance, et j’ai terminé mon entreprise : voilà mon ouvrage. De quelque manière qu'on le reçoîve op qu'on le juge, je Vai conçu, croyant bien faire, et je ne puis rien avoir à nie reprocher. Cependant je respère, ie le crois, s’il doit rencontrer