‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 10 sur 32 · I.CH trilglljd^M · texte numérisé non relu

I.CH trilglljd^M

Après Titiîspis, que Ton regarde comme le créateur de la tragédie, et peu après le triomphe des Grecs sur les Perses, parurent trois auteurs tragiques de la plus grande force; ce furent Eschyle. Sophocle et Euripide. C'est dans la tragédie qu'on met en jeu les passions humaines et les intérêts cachés de la politique; c'est avec la tragédie que Ion offre des exemples vivants aux peuples étaux rois; et que Ton fait leur éducation, s'ils veulent s’éclairer et se perfectionner. La tragédie devait naître dans Athènes, dans une ville où le peuple était roi.

Mais h l’égard de la tragédie * pas plus que sur tout autre genre de composition, je n\ù à présenter ni détails d'analyse, ni considérations littéraires, h ne sortirai point de ma spécialité* Faire comprendre par des citations* par des exemples, F esprit des temps que je parcours, la est mon but ; je l'attein* drai si je le puis* Arrivons a Eschyle*

IfiCErïftE»

ËneltylCf

Ce tragique naquit à Eleusis, eu 32a avant Jésus- Christ. Lors île l'invasion des Perses, il était dans la force de la jeunesse. Il combattît à Marathon; on remarquera que le soldat et le citoyen se retrouvent dans le poète. Une grande véhémence se fait remarquer dans ses compositions, et c'est aux chœurs qu'il remet le plus souventïe soin d'exprimer ses propres sentiments. Transcrivons ;

« Les dieux ne daignent pas s'occuper des hommes qui foulent aux pieds la gloire des plus saintes lois, -— Paner ainsi* c'est être impie. Ils l’ont vu plus d'une fois, les neveux de ceux qui respiraient fin justice et îa guerre, enivrés de l'excès d'une funeste opulence. Ne possédons que des biens sans péril, le nécessaire et la sagesse. La richesse est un faible rempart pour l'homme qui a renversé d'un pied insolent l'autel de la justice; il disparaît bientôt,,, »

« La justice conserve son éclat, même dam les chaumières enfumées’, elle récompense une vie passée dans la vertu, Mais Por et la fortune, quand les mains suntsouillëes, n'arrêtent point scs yeux : elle fuît, elle cherche une demeure sainte; sou encens ne se prostitue point devant l'opulence puissante, mais marquée du sceau de fin lamie; eu toute chose ce qu'elle regarde, c'est la fui... w

« Jupiter! Jupiter! C'est toi qui fais surgir des enfers la vengeance fente à punir, la vengeance qui frappe le mortel audacieux et pervers : même sur les parents tu sais l'accomplir ! Ah ! puisse -je un jour chauler l'hymne fatal sur un homme frappe par le glaive, sur une femme expirante. (C'est Ores Le qui parle, et il s'agit d'Egiste et de Clyiemuestre, meurtriers d'Agamemnou.) Et pourquoi cacher en moi le souffle divin qui remplit mon âme ? Malgré moi il s'échappe, et sur mon visage respire la colère de mon cœur, la haine qui fermente en moi. Quand Jupiter tendra-t-il sa main vengeresse? Grand dieu! frappe ces tètes superbes ! que dés signes certains fassent ici reconnaître ta puissance. Il me faut justice de mortels injustes.,, »

gjœce*

Il y a du Jéhova dans ce Jupiter, et du biblique dans les invocations. Eschyle se soutient a cette hauteur, et fait, dans les Suppliantes > ainsi parler le chœur a propos de femmes que poursuivent des ravisseurs :

« Roi des rois, heureux entre tous les heureux, puissance souveraine entre toutes les puissances, fortuné Jupiter, exauce-moi, fais que mes vœux s’accomplissent! Montre a ces hommes une juste haine; détourne de nous leur insolence; précipite dans la mer aux ilôts empourprés leur fatal navire ci ses noirs rameurs, n

Encore sur Dieu :

<l Nulle puissance ne l’emporte sur la puissance de Jupiter; nul tronc n’est plus élevé que îe sien et n'u droit à ses respects. 1! parle, et reflet suit; ce que décide sa volonté s'accomplit aussitôt..,

« Un gardien, so 11 ges-y, veille d'en hautsur Ies i nfortu* nés mortels qui trouvent leurs proches sourds à de justes prières. Les gémissements de l'opprimé armeront contre ^oppresseur l'impitoyable courroux de Jupiter, v

Pour Eschyle, Jupiter cal le dieu qoî voit tout; Jupiter est le juge divin, le dieu vigilant, dont rien u’aiTÔie les coups : Jupiter règle les destinées.— Cependant, il le rabaisse quelque peu dans son Prométhéc, satire foudroyante du despotisme,

Eschyle, né à Eleusis, près d’Athènes, était vraiment athénien; il aimait sa patrie d’un cœur defcu r et voici les vœux d’un vrai citoyen :

« Que jamais la Discorde, insatiable de crimes, ne fasse entendre dans la ville ses frémissements; que jamais le sang des citoyens n'abreuve, ne rougisse la poussière, ci que jamais, pour venger le meurtre, un meurtrier ne se dresse en courroux dans Athènesî que l’intérêt de l'Etal remporte dans les cœurs ; que les citoyens, l’un pour fautre r soient pleins d’un mutuel amour, pourrcüucmid’une

SOÏ*HüCL£.

haine unanime : Tumon est le remède chez les martels. »

de tous les maui

Les tragédie® d'Eschyle sont dénuées d'action, mais elles sont remplies de déclamations éloquentes et profondes et de chants des plus poétiques et des plus élevés : leur lecture intéresse vivement. Les citations que nous venons do faire, et que nous n'étendrons pas plus loin, doivent donner une idée suffisante de la vigueur de son esprit et de la noblesse de son âme.

Sophocle.

Sophocle, moins lyrique que son devancier, Ka mieux le dialogue, donna plus de mouvement, plus de rapidité et d'intérêt à Faction tragique, et les Athéniens émurent à la représentation de ses compositions : ils applaudirent leur auteur avec transport.

Sophpcfe naquît au ftourg de Coîone , près d'Àlliènes. Des auteurs le disent fils d'un forgeron ; d'autres le font naître dans une illustre famille. Quoiqu'il en soit de ce côté, son mérite resté le même, et nous allons lui faire quelques emprunts. Voici de profondes et sages pensées :

« Je vais que tous, sur celte terre, nous ne sommes que deslantomesou une ombre vaine.— Pénétré de-celte vérité, garde-toi donc d'outrager les dieu*, et de t'enorgueillir de ta force ou de tes richesses : un seul jour abaisse ou relève les gran d e u rs h u m ai n es; l a modestie p lai t au x tl ie u x, V i m piété les irrite. »

«Jupiter, qui règne au haut descieiLV voit et gouverne tout. H

34 GRECE

« Los plus sages paroles peuvent sorLir de la bouche h plus humble. »

« Une ville, une année* suit toujours I* exemple de ses chefs; leur perversité seule corrompt les autres* »

« Le plus bel usage que nous puissions faire de notru art ou de notre pouvoir, c'est de servir nos semblables.»

Voici en quel terme Phîloctète, le héros de la tragédie qui [>orle son nom, fait ses adieux à une île déserte où il avait longtemps vécu malheureux. La beauté de ce morceau se trouve surtout dans la profondeur du sentiment et dans Y expression :

« Adieu* cher anlre t mon asile! adieu, nymphes deccs prés humides! Adieu, bruit retentissant de là mer brisé contre les rochers* et dont T écume, poussée par le notes, mouilla souvent ma tète; et vous, douces fontaines, qu« j'avais cru ne quitter jamais, je vais aussi vous quitter! Adieu terre de Lemnosî Qu’un vent favorable me porte là où m'appelle les destins, le vœu de mes amis» et le dieu invincible qui a voulu mon départ. »

Le morceau suivant n’est pas moins beau. Sophocle chante Colone, le lieu de sa naissance, et la inuserînspire; rien de plus poétique I

« étranger, te voici dans le séjour le plus délicieux de rAttiquc, à Colon g* riche en coursiers : la, de nômbreui rossignols à la voix mélodieuse gazouillent dans de fraîches vallées, cachés sous le lierre touffu, et sous te feuillage de mille arbres chargés de fruits, dont le soleil ne perce jamais g l'ombre épaisse, et que n'insulte jamais le souille des vents glacés; làhacchus, toujours livré à ses joyeux transporte, marche escorté de ses divines nourrices.

« Là fleurit chaque jour sous la rosée céleste le narcisse au calice gracieux, antique couronne des grandes déesses, et îe safran doré; les eauxdiiCéphise,qut ues'ar rèlent jamais, serpentent à travers la plaine, et, dans leur cours intarissable, fécondent de leurs eaux limpides le sein delà terre: les chœurs des Muscs ella belle Venus chéris* sent aussi celte contrée...*. »

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