‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernes (volume 5)Chapitre 24 sur 32 · PRÉLUDES DE LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE · texte numérisé non relu

PRÉLUDES DE LA GUERRE DU PÉLOPONÈSE

<r lion d'abandoïimr F alliance d'Athènes- Ils résolu- <r rent donc d'en venir aux mains ; et pour se con-

* certer entre eux, sans être découverts en passant « dans les rues, ils percèrent les murs mitoyens de «leurs maisons. Des charrettes dételées furent pla- « cées dans les mes pour servir de barricades. Ils « firent toutes les dispositions que chacun jugea « nécessaires dans les eireonstances, tirèrent parti k de tout ce qu’ils purent se procurer, profitèrent « du reste de la nuit, et à rapproche de l'aurore ils « sortirent sur les Thébains, »

Les Tliéfijüns firent une longue résisUmce; mais ils finirent par être mis en fuite, poursuivis dans toute la ville; le plus grand nombre périt; le reste sc rendit à discrétion.

D'autres Tliébains, dont ceux qui s’étaient introduits dans la ville n'étaient que T avant-garde, ayant su ce qui se passait, hâtèrent leur marche ; mais le temps fut mauvais et ils arrivèrent trop tard. Alors iis dressèrent des embuscades aux Platéens qui étaient dans la campagne et firent du butin* fl y eut ainsi des prisonniers de part et d'autre, Thucydide prétend que les Platéens massacrèrent les leurs ; mais Diodore parle dans un autre sens, et voici ses propres paroles : k Les Platéens envoyé-

* rent des parlementaires supplier les Thé bai ns « d’évacuer leur territoire et d'accepter en échange

* leurs prisonniers* On conclut donc un traité en « vertu duquel les prisonniers furent remis aux « Tliébains qui, de leur côté, restituèrent le butin

* et retournèrent à Thèbes. »

uiœce.

Je me borne à faire remarquer que Thucydide étant Tu il des chefs les plus ardents du parti de l'oligarchie, il lui était impossible cfêtre impartial: trop souvent il ramasse les calomnies fabriquées par son parti et nous les donne pour des vérités. Cela ne doit point étonner de la part d’un auteur qui fut général en son temps, et que les démocrates athéniens firent exiler comme traître à la patrie, Le fut dans l’exil que le général écrivit son histoire de la guerre du Péioponèse; que Fon juge s’il lui était possible de traiter avec bienveillance, ou même avec justice* les démocrates et la démocratie. Il faut donc le lire avec une certaine défiance, et bien peser ses interprétations.

Athènes, instruite de Faction des Thébains, se hâta d’envoyer des secours en tout genre h Platée (m ay, J.-C.j.

Guerru du réloponêiie.

“ Cet événement de Platée, dit Thucydide, devenait une rupture ouverte de la trêve, et les Axofinies s se préparèrent è la guerre. Les Lacédémoniens cl leurs alliés firent aussi leurs préparatifs, et Fon se disposa des deux côtés à envoyer au roi et dans d’autres pays barbares, suivant que chaque parti espérait en tirer quelques secours, ils firent entrer aussi dans leur alliance les villes qui étaient hdrsde leur domi na tl o n. 1 n c I è pe n tl amm e n t cl es va 1 sseaux que les Lacédémoniens avaient dans le Péleponèse, il fut ordonné dans Fltalie et dans la Sicile, aux villes qui étaient de leur parti, d’en fournir en

GUERRE m FEU) 1*0 N BSE.

proportion déleur grandeur j usqu’aunombre de eïn q cents- de préparer une somme d’argent déterminée, de se tenir d’ailleurs en repos, et de ne recevoir à la fois dans leurs ports qu’un seul vaisseau d’Athènes, jusqu’à ce que tous les apprêts fussent terminés* Les Aîhôliens firent le recensement des alliés sur lesquels ils devaient compter, et envoyèrent surtout des députés dans les pays qui entourent le Féloponèse, è Corcyre, àCÉPHAliixiE, ehc?, les Acahxakes, à Zacyxthe, pour savoir s’ils pouvaient se fier à leur amitié dans le dessein où ils étalent d'attaquer de toutes parts le Péloponèse.

« Les deux partis ne prenaient que des mesures vigoureuses* C’était de toutes leurs forces qu'ils se préparaient aux combats ; et cela devait être, car c’est toujours en commençant qu’on a le plus d’ardeur* Faute d'expérience, une jeunesse nombreuse dans le Péloponèse, une jeunesse nombreuse h Athènes se faisait alors mie joie de tâter de îa guerre. Au spectacle de cette fédération des villes principales, les esprits s’exaltaient dans le reste de la Grèce, Ce n’était, dans celles qui allaient combattre, et Ailleurs, que gens qui répétaient des oracles, que devins qui chantaient des prédictions. Délos, peu auparavant, avait été ébranlée par un tremblement de terre; et, aussi haut que remontât la mémoire des Grecs, elle n’en avait pas éprouvé d'autre. On disait, et l’on crut, que c’était un présage de ce qm devait se passer. On faisait une curieuse recherche de tous les événements de ce genre qui avaient pu arriver, Los esprits étaient généralement fcivo-

t.hece.

râbles aux Lacédémoniens» surtout parce qu'ils avaient annoncé qu'ils voulaient délivrer la G me. C’était une émulation, entre les particuliers et les villes, h qui embrasserait leur parti, en paroles du moins, si ce n’était par des actions; chacun croyait que les araires souffriraient quelque chose, s'il 11 e s’en mêlait pas, tant findignation contre les Athéniens était générale, les uns voulant secouer leur joug, les autres craignant d’y être soumis. Ce fut avec de telles dispositions et dans un tel esprit quon se précipita dans la guerre,

* Voici les alliés qu’eurent les deux partis en b commençant Ceux des Lacédémoniens étaient tou les peuples dû Pélotonèse qui habitent au-dch de l’isthme, excepté les Argieus et les Aehéens, qui avaient des liaisons avec Fou et Poutre parti. Les habitants de Pellène lurent d'abord les seuls de FÀchale qui portèrent les armes pour Lacédémone; tous les au tresse.déclarèrent ensuite. En deçà du Péloponêse, iis avaient les Mégariens t les hocrie \s, tes Béotiens, les Phocéens, les àwpkaciO' tes, les Leücadiens, les ànactouiens. Ceux qui fournirent des vaisseaux furent les Corinthiens, les Mégariens , les Sictoniens, les habitants de PhllÈne, d'ÉiÉE, d’ÀafpRACiE et de Leücadk; !^ Béotiens, les Phocéens, les Locriens donnèrent de la cavalerie; les autres villes, de F infanterie* Tels étaient les alliés de Lacédémone.

«Ceux d 1 Athènes étaient les peuples deCBXO, de Lesbos, de Platée, les Messeniens de NaupâcLc* b plus grande partie des àcaunakks, les Cqrcyréess-

GUERRE DU FELOFOXÈSE*

les Zacynthiens , sans compter les villes qui leur payaient tribut dans un si grand nombre de nations ; la Came, qui s'étend le long des côtes de la mer; les Doriexs, voisins de la Carie; rHEiXESPOur * lus villes de Tarage, toutes les îles situées au Levant entre le Péloponèsc et Tîle de Crète t toutes les Cyclades, excepté Mélos et Thères. Ceux deCnio, de Lesbos, de Corçybe fournissaient des navires; les autres, de T infanterie et de l’argent. Telles étaient les alliances et tel V appareil guerrier des deux partis, »

Immédiatement après ce qui venait de se passer il Platée, toutes les troupes qui devaient entrer en campagne sous les drapeaux des Lacédémoniens s sc rassemblèrent à l’isthme; Ardiidamus, roi de Lacédémone, était h leur tète et dirigeait F expédition, Tout était prêt pour l'invasion de l’Attique.

Cependant ou envoya encore uu ambassadeur à Athènes. Les Athéniens refusèrent de le recevoir dans leur assemblée, et même dans la ville* ils étaient fatigués de tant de négociations infructueuses.

Au retour de ce député, Archidamus partit de l’isthme avec son armée, et pénétra dans FAttique (431 av. J.-G.}*

De leur côté, les Athéniens n’avaient rien épargné pour se mettre en mesure*

Au moment le plus critique de la guerre contre les Perses* les Grecs avaient décidé que chaque ville paierait un tribut ou impôt annuel, pour subvenir aux frais de la défense commune. « Aristide fut

GRÈCE

a chargé, dit Cornélius Népos, de régler la somme « que chaque ville devait fournir pour la construc- * tion de la flotté et la levée des troupes* D’après « son avis, on déposa tous les ans une somme de a quatre cent soixante talents dans le temple de « Délos. Ce dépôt était regardé comme le trésor « public de la Grèce* » Plus tard , les Athéniens étant autant dire seuls chargés du soin de cotte guerre, on le transporta dans Athènes.

Athènes avait de la gloire, Athènes avait des richesses, Athènes renfermait de vaillants habitante; Mais Périclès avait conseillé a ces hommes intrépides la modération, la prudence. Toutes les mesura étaient, prises, toutes les richesses qui pouvaient être transportées, on les avait mises à l’abri dam coup de main, derrière les remparts delà ville.On ne devait d’abord répondre aux ennemis que pnr des escarmouches, que par des combats de peu «^importance,

a Les Pélôponésiens, dit Thucydide, étaient sur le territoire de l’Atlique, quand les Athéniens envoyèrent autour du Péloponèse cent vaisseau* qu’ils avaient appareillés, et que montèrent mm hoplites de leur nation et quatre cenls archers. Les commandants furent Cahciivus , fils de Cénotimv, Protèas, fdsd’Epîdès, et Socrate, fils d’Antigone, Ce fut avec ces forces qu’ils mirent‘fen mer, et remplirent leur commission. Les Péloponésiens ratèrent dans PÀttique tant qu'ils eurent des vivres, et retournèrent par la Béotie, au lieu de suivre b chemin par lequel ils s’y étaient jetés, En passait!

Bo

GUERRE DU PBLOPOXESE,

devant Orope, ils dévastèrent le pays tpTon appelle h Piraïquc, et qui appartient aux Oropiens sujets d Athènes. Arrivés ensuite dans le Péloponèse, ils se séparèrent, et chacun gagna la ville u laquelle ii appartenait,

«Après leur départ, les Athéniens établirent des gardes sur terre et sur mer, et cette disposition devait durer tout le temps de la guerre,

« Les Athéniens qui étaient partis pour tourner le Péloponèse avec les eent vaisseaux, les Corcyféens qui les accompagnaient avec cinquante on qualité d'auxiliaires, et d'autres alliés de ces contes, infestèrent dans leurs courses plusieurs campagnes, et descendirent près de Méthane, dans la Laconie. Ils attaquèrent la murai lie, qui était faible, et dépourvue de défenseurs : mais il se trouvait aux environs un Spartiate à qui était confiée la garde du P&ys; c'était Br&sidas. » Il fut invincible,

« Les Athéniens, ajoute Thucydide, remirent en Ner, Ils s'arrêtèrent aux environs de Phia, ville de iÉlide, et ravagèrent le pays pendant deux jours, Us remportèrent la victoire sur trois cents hommes d édite de la basse Élîdc et des endroits voisins, qui veuaien I dé le n d re con tre c u x 1 e ter ri toi re *

« Vers le même temps, on envoya d'Athènes telle vaisseaux pour faire le tour de la Locride, et garder PEubêe, Le commandant était Gléopompe, ^ s de Glinias : il fit des descentes, dévasta des campagnes voisines de la mer, prit Thronium , et en ted des otages. II combattit àÂJopé lcsLocriensqui venaient au secours, et les vainquit (431 av. J.-C.)*»

GHECE.

Enfin ^ pendant que les Athéniens ravageaient d'un coté , les Lacédémoniens ravageaient de Vimtre. De temps en temps les troupes ennemies ac rencontraient et des multitudes d’hommes arrosaient la terre de leur sang. C’est après celte campagne que Périclès prononça la fameuse oraison funèbre d’oü nous avons extrait le morceau oii se trouve ceci : « Nous avons une constitution qui « n’emprunte ses lois à personne* et, loin d’imiter « les autres, nous servons d’exemple. Elle s’appelle * DÉMocietriE, parce qu’elle s’applique noua u petit « nombre, mais au grand. »

L’année suivante les ravages recommencèrent L Pour la seconde fois les Péloponésiens envahirent î’Àttiquç ; mais h peine y étaient-ils arrivés qu'uüt maladie terrible vint joindre ses ravages aux leurs. Ici nous devons laisser parler Thucydide; il noitë décrira, de k manière la plus frappante, le lléau dévastateur:

« Ils n’y étaient encore que depuis peu de jours, dit-il, quand la contagion se déclara parmi te Athéniens. On dit que déjà plusieurs fois elle avait frappé Lemnos et d’autres contrées; maïs on ne^ ressouvenait pas que, nulle part, se fût fait ressefr tir une semblable peste, ni une aussi terrible mortalité, Les médecins, au commencement de la maladie, n’y purent apporter de remède, parce qoik ne la connaissaient pas; et la mort les atteigne encore plus que les autres, par leur commerce pin* fréquent avec les malades. Toute industrie humain* était sans ressource : en vain on fit des prières, $0

GUERRE DU PÉlOrpïŒSE.

les temples, on consulta les oracles, on eut recours à d'autres semblables pratiques ; tout fut imitlle; et l'on finit par y renoncer, abattu par la force du mal.

« Il commença, clil-on, par l'Éthiopie au-dessus deHEgypte, descendit dans l’Êgypte et dans la Libye, gagna la plus grande partie de îa domination (la roi, et sc jeta subitement sur la république d'Athènes, Il attaqua d'abord les habitants du Pirée, qui prétendaient que tes Péloponésiem avaient empmonné les puits ; car il n'y avait point encore de fontaines dans ce quartier, 11 gagna ensuite la ville haute; et ce fui alors qu'il exerça le plus de ravages. Je laisse à chacun, médecin ou particulier , le soin de dire ce qu'il sait de ce fléau, d'où l'on peut croire qu'il tire son origine, quelle cause lui semble capable d'opérer une telle révolution dans la santé, et quel remède il croit avoir la force de guérir celle maladie : pour moi, je dirai quel fut le mal : comme moi-même j'en ai éprouvé les atteintes, et que j'en ai vu d'autres personnes attaquées, on fourra, d’après les symptômes que je vais offrir, en prévoir les effets, et n'être pas dans l'ignorance , sll arrive qu’il reparaisse*

« On convient qu'il n'y eut point d'année où les autres maladies se fissent moins sentir; et, s'il arrivait qu'on en éprouvât quelques-unes, toutes amenaient cette funeste crise. Mais, en général, on était happé subitement, et sans aucune cause apparente, au milieu de la meilleure santé. D’abord on éprouvait de grandes chaleurs de tête, les yeux devenaient

(iRÈCE.

rouges et enflammés; la gorge, la langue étaient sanguinolentes, la respiration déréglée, l’haleine fétide. A ces symptômes succédaient l’éternumeiit, renrouement. En peu de temps le mal gagnait h poitrine, et causait de fortes toux. Quand il s'attachait au cœur, il yexcitait des soulèvements, et l’on éprouvait, avec de violentes douleurs, toutes b éruptions de bile auxquelleslcs médecins ont donne des noms. La plupart des malades faisaient entendre de sourds gémissements, que suivaient des convulsions violentes ; chez les uns, elles s’apaisaient bientôt; elles étaient chez les autres beaucouppb obstinées. La peau n’était ni fort chaude au toucher, ni pâle, mais rougeîUre, livide, et couvertcde petites pustules et d’ulcères. L’intérieur était si brûlant, que le malade ne pouvait supporter ni les manteaux les plus légers, ni les couvertures les plus fines : il restait nu, et n’avait pas de plus grand plaisir que de se plonger dans l’eau froide. On en vit même beaucoup qui, n’étant pas gardés, sc précipitèrent dans les puits, tourmentés d'une soif qui ne pouvaient s’étancher. Cependant il était égal de prendre beaucoup ou peu de boisson. U malade ne pouvait se procurer aucun repos, et était agitéd'une insomnie continue.

« Tant que la maladie était dans sa force, il ne maigrissait pas, et l’on était surpris que le corps pu* résister à tant de souffrance. La plupart, conservant encore quelque vigueur, étaient consumés ! neuvième ou le septième jour par le feu intérieur qui les dévorait, ou s'ils franchissaient ce terme,!

GUEHItE DU I^L0PO\ksE,

mal descendait dans le bas-ventre, une violente ulcération s’y déclarait, il survenait une forte diarrhée, et en général on périssait de faiblesse : car la maladie, après avoir d'abord établi son siège dans la tête; gagnait successivement tout le corps, et ceux qui échappaient aux accidents les plus graves gardaient aux extrémités des marques de ce qu'ils avaient souffert. Le mal s'attachait aux parties honteuses jiux pieds et aux mains, et souvent on n échappait qu'en perdant quelqu'une de ces parties; plusieurs per- Mmii là vue; d'autres, à leur convalescence, se trouvaient avoir tout oublié, et ne reconnaissaient ni leurs amis ni eux-mêmes,

« Cette maladie, plus affreuse qu’on ne saurait Imprimer, se montrait au-dessus des forces humaines dans tous ses effets, et dans quelque sujet qifeüe attaquât; maïs ce qui faisait connaître surtout qu’elle différait des maux ordinaires à notre espèce, c'est que les oiseaux et les quadrupèdes qui se nourrissent de cadavres humains, ou n'approcliaîent point des corps qui restaient en grand nombre sans sépulture, ou, s’ils osaient y goûter, ils périssaient On en eut la preuve en voyant disparaître les oiseaux carnassiers : on n'en voyait aucun autour des corps morts ni ailleurs. Les chiens, accoutumés à vivre en société avec les hommes, faisaient encore mieux sentir les effets de la contagion.

” Sans s’arrêter à un grand nombre d'autres accidents, qui ne se ressemblaient pas dans les différeras sujets, tels étaient en général les symptômes t. i\\ G

90 GRÈCE

de la maladie. Les uns périssaient négligés; les autres* au milieu des plus grands soins. Ii ne se trouva, pour ainsi dire, aucun remède qui fût utile h ceux qui remployaient : ce qui faisait du bien à Von nuisait à Vautre. Aucun tempérament* faible ou vigoureux, ne parut garantir du mal : ils'atta- , chait a toutes les complcxions, il résistait à tous les j régimes. Ce qu'il y avait de plus terrible, c’était le découragement des malheureux qu'il attaquait : iis perdaient aussitôt toute espérance, tombaient duns un entier abandon d'eux-mémes, et ne cherchaient point à résister ; c’était encore qu'en se soignant! les uns les autres, on s'infectait mutuellement r 1 comme les troupeaux malades* et Von périssait; fl c'est ce qui causa la plus grande destruction. Ceiu qui, par crainte, ne voulaient point approcher des [ autres, mouraient délaissés, et bien des tuatsotiï s’éteignirent faute de personnes pour les soigner; ceux qui approchaient des malades trouvaient la mort. Tel fut le sort des personnes surtout qui se piquaient de quelque vertu : elles avaient honte de s'épargner, et venaient soigner leurs amis : car 1& gens attachés à la maison, abattus par l'excès de* fatigues, finissaient par être insensibles aux plaintes des mourants. C'étaient ceux qui étaient échappa au mal qui avaient le plus de compassion pour te malades elles morts, parce qu’ils avaient connut mômes souffrances, et qu'ils se trouvaient dans b sécurité; car on n'était pas frappé deux ibis morté lement. Ils recevaient tes félicitations des autres, Cl eux-mêmes jouissaient pour le présent du retour

tu

GUEKKE BU FÉIOPOSÈSE*

de la santé, et avaient pour l’avenir une espérance confuse que, de longtemps, ils ne seraient plus atteints d'une autre maladie mortelle*

« L’affluence des gens de la campagne qui venaient se réfugier dans la ville se joignit aux maux des Athéniens pour les aggraver, et ces nouveaux venus en souffraient eux-mêmes plus queles autres* Comme il n’y avait pas de maisons pour eux, et qu’ils vivaient pressés dans des cahutes étouffées, pendant la plus grande chaleur de la saison, ils périssaient confusément, elles morts étaient entassés sur les mourants. Des malheureux demi-morts, avides de trouver de féau, se roulaient dans les rues, et près de toutes les fontaines. Les lieux sacrés ou Ton avait dressé des tentes étaient comblés de corps que la mort y avait frappés.

« Quand le mal fut parvenu à son plus haut période, personne ne sachant plus que devenir, on perdit tout respect pour les choses divines et humtètfës.Toutes les cérémonies auparavant en usage pour les funérailles furent violées. Chacun ensevelissait les morts comme il pouvait. Bien des gens, par la rareté des choses nécessaires, depuis que 1 ùü avait perdu tant de monde, recouraient à des moyens honteux de leur rendre les derniers devoirs. Les uns se hâtaient de poser leur mort et de le brûler sur un bûcher qui ne leur appartenait pas, prévenant ceux qui l’avaient dressé : d autres, pendant qu’on brûlait un mort, jetaient sur lui le corps qu’eux-mèmes apportaient, el se retiraient

aussitôt.

GRECE

« La peste introduisit dans la ville bien d’autres désordres* Au spectacle des promptes vicissitudes dont on était témoin* de riches subitement atteints de mort, de gens qui n'avaient rien succédant à leur fortune, on osa plus volontiers s’abandonner ouvertement a des plaisirs dont auparavant on se serait caché. On cherchai t des jouissances promptes, et Tou ne croyait devoir s’occuper que de voluptés, dans l’idée qu’on ne possédait que pour un jour cl ses biens et sa vie. Personne ne daignait se donner aucune peine poui des choses honnêtes* dans l’incertitude où Ton était sî Ton ne cesserait pus d’exister avant d'y avoir atteint, Le plaisir, et ions les moyen* de gagner pour se le procurer* voilà ce qui devint utile cl beau. On n'était retenu ni par la crainte des dieux* ni par les lois humaines : il semblait égal de révérer les dieux ou de les négliger* quand on voyait périr indifféremment tout le monde. Le coupable ne croyait pas avoir assez à vivre pour recevoir sa condamnation; il se figurait bien plulft voir suspendue sur sa tète une peine déjà prrr noncée, et* avant de la subir, il croyait juste # profiler do ce qui pouvait lui rester à vivre*

* Voilà de quels maux les Athéniens furent acca* blés. Dans leurs murs* ils voyaient périr les citoyens; et, au dehors* leurs campagnes ravagées.

« La maladie se déclara dès que les Pcloportesiens eurent commencé leur invasion , et ne pêne* ira pas dans le Péloponcse de manière à mériter qu'on en parle : ce fut Athènes surtout qu’elle dévasta* et ensuite les autres endroits les plus peu*

GUERRE UV PÉLOPONESE.

pics ; voilà ce qui arriva de relatif à la peste,

« Les Péloponésicns t après avoir ravagé la pluîne, s’avancèrent dans la partie de l'Atlique t[uon appelle maritime, jusqu'au mont Laurîum, où les Athéniens ont des mines d'argent- D’abord ils dévastèrent cette contrée du côté qui regarde le Pbloponèse, et ensuite dans la partie qui regarde VEubée et Ptte. d’Andros. »

De leur côté, les Athéniens portèrent la destruction dans le Péloponèse et dans d'autres lieux: et chaque année ces calamités se renouvelaient. Mais nous avons assez parlé de cette guerre: nous nous bornons à dire ceci : c'était toujours la dévastation, toujours des tortures, toujours du sang.

Péri clés mourut en l'année 429 avant Jésus- Christ- IJ méritait l’admiration, la reconnaissance, l’amour de ses concitoyens- Et, ce qui nous le fait estimer davantage, c'est que cet homme, bien qu’il fût tout puissant dans la république, bien qu’il pût tout ce qu’il voulait, n'eut jamais la pensée de confisquer la souveraineté à son profit. H eut des enfants; il n'en Ht pas des princes, des orgueilleux, des vaniteux, des prétentieux, il en ht des républicains, qui jamais ne manifestèrent la moindre ambition, le moindre désir de réclamer plus d’encens que les autres citoyens. Gloire donc au grand Péri clés ï gloire a lut, car peu de grands hommes savent faire de leurs enfants de simples et vertueux citoyens,,.

Les généraux qui prirent la part la plus considérable dans la suite de cette guerre, furent.

tiîlÈCE.

parmi les Lacédémoniens, Agis, Alt acid a» t Lrco- PHRQJÏ, Brasidas, Tibocrate, Dercylidas , As* tyochus, Lysandbe, Callicratidas , Chalcidèb, Hippocrate; parmi les Athéniens, àgnon, Pnonmiqn , Démosthène, Niuas, Cléon, Alcibiabr, Lamàchus, Turasybule, Thuasyle, Chàrmincs, Phrynicus, Conon.

En 423 avant notre ère, Ceèon, le tanneur fait général, délivre P y lu s, prend Plie de Sphactérie.é conduit prisonniers à Athènes les Spartiates qui l’avaient défendue. J'entrerai dans les détails à cet égard dans un article que je consacrerai a Cléon dans le tome suivant, afin de le venger des calomnies qu'on lui a prodiguées avec tant de profusion. En 416 les Athéniens entreprennent, h l'instigation d’Alcibiade, la guerre de Syracuse, de laquelle nous parlerons avec étendue en traitant de la Sicile, La lutte des Athéniens et des Lacédémoniens continue toujours plus ardente; mais l'ensemble des détails fatiguerait mon lecteur, ce que je doïi éviter. Je vais donc, sans m'astreindre h un ordre rigoureux t faire passer sous ses yeux quelques événements, ou quelques faits, qui l'éclaireront suffisamment sur la haine que se portaient Tansb?cratie et la démocratie dans ces temps reculé Qu’il me soit permis de remonter un peu au-deu de l'époque h laquelle nous sommes arrivés.

Trouble 1 ; de fflli} létie, — if roiiblo» de Corerjrre*

Le parti aristocratique de Mitylènb avait rompt* avec Athènes et demandé des secours à S parle.

GUERRE DU PÉLOPONÉSE. 95

« Les Mityléniens, dit Thucydide, ne voyant pas arriver les vaisseaux du Péloponèse qui se faisaient attendre, et se trouvant dans la disette, furent réduits à traiter avec Athènes. Voici ce qui amena cette révolution. Sakvthus, qui lui-mêmo ne comptait plus sur l'arrivée des vaisseaux, arma les gens du peuple pour faire une sortie contre les Athéniens . Auparavant ils étaient désarmés; mais à peine eurent-ils reçu des armes , qu'ils cessèrent d’obéir aux magistrats , firent des rassemblements, cl ordonnèrent aux riches de mettre à découvert le blé qu'ils tenaient serré , et de leur en faire à tous la distribution, s’ils ne voulaient pas les voir s’accorder avec les Athéniens et les rendre maîtres de la ville. »

On voit que dans Mitylènc les riches, qui tenaient le blé caché, étaient pour Sparte, et le peuple, que l’on tenait désarmé, tant on respectait sa liberté! pour Athènes. Mais une fois en armes, ses sentiments se manifestèrent, et quoi qu’on fît pour le tromper, il fallut revenir à l’alliance qu’on avait brisée depuis peu, et au gouvernement démocratique (428 av. J.-C.).

Des troubles graves éclatèrentàCoRCYRE(Corfou); et voici à quelle occasion: Des Corcvréens des hautes classes avaient été faits prisonniers au combat naval d’Épidamne par les Corinthiens. Pour recouvrer leur liberté, ils promirent aux Corinthiens de leur livrer, en échange du bienfait qu’ils demandaient, Corcvre môme; et leurs promesses partaient sans doute du cœur, car, une fois dans leur pays, ils

G1ŒCE.

firent tout pom i s'en acquitter à quelque prix que ce fût*

* Us s’intriquèrent en effet* dit Thucydide, et insinuèrent aux citoyens de sc soulever contre Athènes* 11 vint un vaisseau d’Athènes et urule Corinthe qui apportaient des dépites, II se tint des conférences, et leu Corcyréens décrétèrent qu'à persisteraient , suivant le traité, dam i'admet d'Athènes; niais qu’ils resteraient amis de Corinthe, comme ils l’étaient avant cette alliance. Il y avait un certain Pithias qui se chargeait volontairement de faire aux Athéniem les honneurs de son pays* et

QCl ÉTAIT A LA TÈTE DE LA FACTION DU PEUPLE* Les

gens de la faction contraire le mirent en justice, l’accusant de vouloir asservir son pays aux Athéniens, II fut absous, et, à son tour, il fît amener ea jugement cinq des plus riches citoyens, les chargeant d’avoir arraché des palissades de Peu ceinte consacrée à Jupiter et Alcinous, L’amende pour chaque pieu était d T un slater. Ils furent condamnés, et se réfugièrent dans les temples en qualité de suppliants* Comme h somme était forte, ils demandaient, pour être en état de ['acquitter, qu'elle fût partagée en plusieurs paiements déterminés, Pithias, qui se trouvait être membre du sénat, obtint qu’on agirait contre eux suivant la rigueur de k loi. Ces malheureux, se trouvant sous le joug d'un décret, et apprenant que Pithias voulait profiter du temps ou il était encore sénateur pour engager b peuple dans une alliance offensive et défensive avec Athènes* quittèrent leur asile; et } s'armant de puî*

GLEltKE Dt: UHLOPONESE*

gnards, Us se jetèrent impétueusement au milieu du sénaly eltuèrent Pituias et d'autres sénateurs ou particuliers, jusqu’au nombre de soixante* Quelques gens de la faction de Pitlnas, mais en petit nombre, se réfugièrent sur la trirème athénienne^ qui 11 ’était pas encore partie.

a Après cette exécution, ils convoquèrent les Cûrcy vécus, et se vantèrent d'avoir pris !e seul parti qui pût les garantir du joug d’Athènes, ajoutant que ce qui restait a faire, c’était de ne recevoir paisiblement, ni d'Athènes ni de Corinthe, plus d’un vaisseau à la fois; et, s’il s'en présentait davantage, de les traiter en ennemis. Ce qu’ils dirent, ils forcèrent le peuple à le ratifier, et envoyèrent même aussitôt à Athènes d^s députés pour annoncer ce qu'ils venaient de faire comme une mesure indispensable, et pour engager ceux de leurs concitoyens qui s’y étaient réfugiés à ne rien faire imprudemment , dans la crainte de causer quelque tua! heur.

« Arrivés k Athènes, les députés furent traités comme des factieux; on traita de môme ceux qu’ils avaient gagnes, et tous furent mis en dépôt à Égïne. Cependant une trirème de Corinthe étant abordée à Coreyre avec des députés de Lacédémone, ceux qui se trouvaient à la tête des affaires, attaquèrent le peuple* Il y eut un combat , et ils furent vainqueurs; mais la nuit survint, le peuple se réfugia dans la citadelle et sur les hauteurs de la ville, s'y forma en corps d’armée, et s'v fortifia. U se rendit aussi maître du port llyllaïque. Ceux de l’autre

GnàcE,

parti s'emparèrent de 3a place publique, où iaplupart avaient leurs maisons, et d'un port qui regarde le continent, et qui est voisin de cette place.

« Le lendemain, il y eut de légères escarmouches. Los deux factions envoyèrent dans la campagne appeler h elles les esclaves, sous promesse de la liberté. La plupart se joignirent au peuple. L'autre parti reçut du continent liuït cents hommes de troupes auxiliaires.

« Après un jour (l’intervalle, il y eut un secoue! combat. Le peuple avait l'avantage de la position eî cdtu du nombre : il remporta la victoire. Les femmes LE SECONDEMENT VAILLAMMENT, lancèrent <lCS

tuiles du haut des maisons, et soutinrent le bruit des armes avec un courage au-dessus de leur sexe, Sur le soir, la faction du petit nombre ayant etc re- 1 poussée, craignit que le peuple ne se jeiûl tumultuairement sur le chantier des vaisseaux, qu'il ns s’en remit t maître, et qu’eux-mémes ne fussent massacrés. Ils mirent le feu aux batiments qui for* niaient Venceinte de la placé et aux maisons contiguës, sans épargner, plus que les autres , celles ç«i \ leur appartenaient. Leur dessein était de fermer tout accès au peuple. Des richesses considérables, qui appartenaient au commerce, furent brûlées; et si se fût élevé un vent qui eût poussé la flamme du cdté de la ville, elle risquait d'être détruite tout entière , D'ailleurs le combat; avait cessé, et les deux factions passèrent la nuit sur leurs gardes»

tranquilles. Comme c'était le peuple qui était vain-

GUERRE DU PKLOPONÈSE.

queui\ le vaisseau de Corinthe partit secrètement, et la plupart des troupes se transportèrent sur le continent, sans que Ton s’aperçût de leur retraite.

a Le lendemain, Nicostuàte, fils de Diitréphès, général athénien, vint de Naupacte apporter du secours avec douze vaisseaux et cinq cents hoplites de Messène. Il entra en composition avec les habitants, et leur conseilla de se réconcilier, de mettre seulement en justice dix des plus coupables , qui prirent la fuite, de permettre aux autres de rester, et de faire entre eux ei avec les Athéniens un traité par lequel Us s’engageraient à avoir les mêmes amis et les mêmes ennemis . 11 devait partir après avoir terminé cette négociation; mais les chefs du parti populaire obtinrent qu’il leur laisserait cinq de ses vaisseaux pour que le parti contraire fût moins en état de remuer, et ils s’engagèrent à équiper le même nombre de leurs bhtimenls, qu’ils feraient partir avec lui. Il consentit il cette proposition, et la faction qui avait la supériorité choisit ses ennemis pour monter les vaisseaux. Ceux-ci craignirent d’être envoyés h Athènes, et se réfugièrent dans le temple des Dioscures. Ni costrate voulut les faire relever, et essaya de les rassurer; mais il ne put y parvenir. Ce fut pour le peuple un prétexte de s armer , comme si ces infortunés eussent eu quelque mauvais dessein , parce que la défiance les empochait de monter sur les vaisseaux. Il alla dans leurs maisons enlever leurs armes, et il en aurait même tué quelques-uns qui lui tombèrent sous la main, si Ni costrate ne l’en eût empêché. Les autres

ouècK.

voyant ce qui se passait, allèrent s'asseoir, en qua* lité de suppliants, dans l'enceinte consacrée a Junon : ilss’y trouvèrent au nombre de quatre cents; maïs le peuple, craignant qu’ils ?ï excitassent quel gué révolution, sut leur persuader de quitter cet asîle. ï! les transporta dans nie que regarde ce temple, et leur y fit passer des vivres. »

Il y avait trois ou quatre jours que ces citoyens étaient transportés dans hile, quand soixante navire* spaniates arrivèrent; ils attaquèrent vivement le parti démocratique et les quelques vaisseaux d’Àtliènesqui le protégeaient, et obtinrent l'avantage. Après cet échec, dit Thucydide, st les Corcyréens, craignant que les ennemis ne profitassent de leur victoire pour venir attaquer la ville, ou qu’iïs rien* levassent de Tîlu les citoyens qu’on y avait déposés* ou qu’enfin ils n'essayassent de susciter quelque nouveauté, ramenèrent au temple de Junon ks gens de nie, et se tinrent sur leur garde, » Mais l'ennemi s'éloigna. « Cependant, ajoute Thucydide, le peuple de Corcyre, craignant l’arrivée de la flotte, traita avec les suppliants et les autres dit même parti, pour parvenir à sauver la ville. »

Si les soixante vaisseaux de Sparte, commandés par Àleidas, s'éloignèrent à la hàto après avoir fait beaucoup de dégâls, c’est qu'ils avaient quelque crainte du côté des Athéniens, lit, en effet, ceux-ci, ayant su les troubles de Corcyre, s’étaient émus, fit une flotte approchait sous le commandement d’Eurymédon. La vue de ces forces amies donna au parti populaire de l'audace, de la fureur, de la

GUERRE DO PÉROPONÈSE. 101

rage même, noos dit-on, et voici le tableau que Thucydide nous trace :

« Quand les Corcyréens apprirent que la flotte d’Athènes approchait et que celle des ennemis était retirée, ils introduisirent dans la ville les Messénicus, qui, jusque-là, étaient restés au dehors, et envoyèrent eu croisière autour du port Hyllaïque les vaisseaux qu’ils avaient équipés, tuant, pendant cette expédition, tous ceux de leurs ennemis qui leur tombaient entre les mains , tirant des vaisseaux ceux qu’ils avaient engagés à y monter, et les égorgeant. Ils entrèrent dami’enceînte de Junon, firent mtmdre à une cinquantaine de ceux qui s’y étaient réfugiés qu’ils feraient bien de se mettre en justice, et les condamnèrent fous à mort. Les malheureux qui avaient refusé de quitter cet asile, et qui formaient le plus grand nombre, sachant ce qui s était passé* se tuèrent les uns les autres dans le Heu sacré : plusieurs se pendirent à des arbres; d autres périrent autrement, chacun saisissant le genre de mort qu’il pouvait se procurer,

« Pendant les sept jours qu 'Eurymédon s'arrêta dans le port, les Corcyréens firent mourir tous ceux qu'ils regardaient comme leurs ennemis, les accusant de vouloir détruire Je gouvernement populaire* Plusieurs purent victimes d’inimitiés privées, fit des créanciers furent sacrifiés par leurs débiteurs. Il n’est point de genre de mort dont on n eût le spectacle; il se commit toutes les horreurs qui arrivent ordinairement dans de telles circonstances : elles furent même surpassées ; car un père tua son

GRECE

fils, des suppliants forent arrachés à des asiles sacrés, d’autres égorgés au pied des autels, et quelques-uns périrent murés dans le temple de Bacchus, tant fut cruelle cette sédition ! Elle le parut encore davantage, parce qu’elle était la première (427 av. Jésus-Christ).

« Ce fut ainsi que les Corcyréens de la ville se livrèrent les premiers à leurs ressentiments les uns contre les autres. Eurymédon et les Athéniens se retirèrent avec la flotte qui les avait amenés. Dans la suite les Corcyréens fugitifs, car it y en avait jus* qu’à cinq cents qui étaient échappés aux massacres, s’emparèrent des forts élevés sur le continent, d se rendirent maîtres de la côte qui regarde leur patrie et qui en dépendait. C'était de là qu iis taientpour piller les habitants de l'Ue ; ifs leur firent : beaucoup de mal, et une grande disette se fit rcssentir dans la ville.

Plus tard ceux qui affamaient Corcyre furent pris, et peu échappèrent u la mort.

Je me plais à faire remarquer que Thucydide | décrit à merveille les fureurs des partis, et surtout 1 celles du parti populaire, qui n’étuit pas le sien: j qu'îi décrit à merveille les souffrances des values mais qu'il ne nous intéresse qu’aux revers du parh aristocratique, qui avait sa sympathie. Et cepondafltj , quelque adroit que soit son récit, on peut en feitf ressortir d’utiles vérités. *

D’apres Thucydide, ce sont tes riches qui veulent livrer la ville aux Corinthiens, qui avaient été si longtemps leurs ennemis; ce sont les riches qw

GL'EIIKE DE PELOPONESE.

veulent trahir l’alliance d’Athènes qui les avait si généreusement secourus dans les temps difficiles, en s’exposant elle-même aux plus sanglantes représailles; ce sont les riches qui commencent les procédures contre Pithias, le chef de la faction populaire; ce sont les riches qui, en sortant d’un asile sacré qui les avait reçus en qualité de suppliants, s'armèrent les premiers de poignards, se jetèrent impétueusement au milieu dc sénat, et tuèrent Pithias et d’autres sénateurs ou particuliers, au nombre de soixante ; ce sont les riches qui assassinent, qui commencent la guerre civile, qui promènent l’incendie dans le port et dans la ville, qui affament les populations, et font ainsi périr des multitudes de leurs concitoyens, hommes, femmes, enfants. Et cependant ce même Thucydide n’a pour ces grands criminels, pour ces traîtres à la patrie, pour ces dévastateurs, que des paroles de commisération...Ils les. appelle : ces malheureux, ces infortunés: il les suppose incapables de mauvais desseins. 11 s’efforce d’oublier que les hommes sur lesquels ils s apitoie exclusivement étaient déjà sortis armés de poignards du temple qui les avait reçus comme suppliants, et qu’ils avaient promené l’assassinat, le meurtre, le saccagement, l’incendie dans la cité; qu’ils n’avaient pas agi comme des hommes, mais comme des bêtes féroces, et que ce fut leur féroôité qui alluma à la ffn la fureur du peuple.

A la suite des réflexions que nous avons cru devoir présenter, donnons ce morceau remarquable

i0 V GRÈCE.

de Thucydide, sur lequel nous appelons i'atten* lion de nos lecteurs :

* La Grèce fut dans la suite presque tout entière ébranlée, et comme partout y régnait la discorde, les chefs du parti populaire appelaient tes Araémiens, et la faction du petit nombre , Jes Lacédémoniens. On n'aurait eu dans la paix ni le prétexte ni la facilité de réclamer leurs secours; mais, dans la guerre, ceux qui voulaient susciter quelques neuveauiés trouvaient aisément les moyens de s’attirer des alliés pour nuire à la faction contraire, et pour employer leur assistance à se rendre eux-mêmes plus puissants. Les miles abandonnées à la dissension éprouvèrent de tristes et nombreuses calamités, qui se renouvelleront toujours tant que la nature humaine sera la même; mais plus terribles ou plus douces, et différentes dans leurs caractères, suivant la divers!lé des événements qui les feront naître- Dans la paix et au sein du la prospérité, les Étais ul les particuliers ont un meilleur esprit, parce qtfon u’a pas à souffrir de dures nécessités; mais to guerre, qui détruit Vaisance journalière de la via, donne des leçons de violence * et rend conformes à ràpreté des temps tes mœurs de la plupart des citoyens*

« La cause de tous ces maux était la fureur de dominer, qu'inspirent l'ambition et la cupidité. Ces passions échauffaient les esprits et les excitaient à brouiller. Caries chefs des doux factions qui partageaient les villes, les uns sous le prétexte spécieux de Végalité politique du pe uple, les autres sous

GUERRE DU FÉLOPÜNÈSE.

celui d'une aristocratie modérée, affectaient de ne consulter que le bien de la patrie : mais elle-même était m effet le prix qu’ils se disputaient* Dans leur lutte réciproque pour remporter les uns surlesau- Hes par quelque moyen que ce fut, il n’était pas d’excès que ne se permît leur audace* Devenus supérieurs a leurs ennemis, ils ne mesuraient ni k la justice ni h l'intérêt de l’État les peines qu ils leur frisaient souffrir ; mais ils les rendaient plus rigoureuses que l’une ou l’autre ne f exigeait, et chacun m posait les bornes au gré de son plaisir et de ses caprices* Soit par les décrets injustes qu’ils taisaient rendre, soi 1 en se procurant le pouvoir k force ouverte, ils étaient toujours prêts h satisfaire leur haine* Jamais ni l’un ni l’autre parti ne transigeait de bonne foi; mais ceux qui parvenaient à leurs fins m cachant adroitement leur astuce avaient le plus de réputation* Les citoyens modérés étaient victimes des deux factions, soit parce qu’ils ne combattaient point avec elles, soit parce qu’on enviait leur tranquillité.

« Ainsi, par les séditions, la Grèce fut infectée de tous les crimes, La simplicité, qui est surtout l’apanage des urnes nobles, fut un objet de risée et flisparut. il fallait être toujours en défiance les uns contre les autres, toujours sur ses gardes* On ne pouvait se fier, pour en venir à une réconciliation, aî k la parole la plus sûre, ni aux serments les plus terribles,

« Ce fut à Corcyre que commencèrent la plupart de ces excès. On y osa tout ce que peuvent se per-

mettre des malheureux qu'on a longtemps gouvené avec insolence au Heu de les traiter avec modêralm , et qui veulent rendre ce qu’on leur a fait souffrir; tous ce dont sont capables des infortunés qui veulent se délivrer de leur misère accoutumée, et qui, dans la passion qui les troublé, ne songent qui s’emparer des richesses d'autrui,- même au mépris de la justice; enfin tout ce que peuvent faire d« hommes qui, sans être conduits par la cupidité, d n’attaquant leur ennemi que par des principes à justice, sont emportés par l’ignorance et la colère, et se montrent cruels et inexorables. Ainsi, ùm cette malheureuse ville, la société était renversée; le naturel de l’homme, qui aime d’ordinaire àefr freïndre les lois, même lorsqu’elles sont ea rigueur, l’emporta sur elles; il prit plaisir à semtffltrereffréné dans ses fureurs, à se mettreau-dessui de la justice, à se déclarer ennemi de tout ce qm avait quelque supériorité. Tels furent les effetsdf la guerre. »

Je répète ce que j’ai déjà dît ; la barbarie pauvres est provoquée par la barbarie des riches. Et j’aj outerai que la morale, que la vraie justice, dût* vent faire retomber sur ceux qui pouvant faire le bien ne font que le mal, toute la responsabilité des J# heurs de ce monde.

Trou Ii le h rie BEvgure.

A Mégare, dans des troubles civils, la faction^ pulaire s’était emparée de l’autorité. Les exilés Jt la faction contraire s’étaient retirés à Pagues. $

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