U! EH RE DU PÉLOPÜNÈSE
Pisandre et quelques autres de leurs amis, « pour « y ménager, dit Thucydide, le retour « ici destruction de la démocratie, et pour rendre « Tissapherne ami des Athéniens* »
? h r y ni eus faisait de Top position, et il se permit même (remployer la ruse avec les rusés, La ruse ! disons k fraude, et peut-être le crime... Car U faisait des communications secrètes h Âstyochus, le chef des Lacédémoniens. Cet homme avait encore plus de haine contre Alcibiade que d amour pout l'oligarchie. Ses démarches réussirent mal. Celui qu il voulait compromettre fut averti de tout par le Lacédémonien.
d Aussi têt Alcibiade, dit Thucydide, écrivit ùSamos aux gens en place contre Phrynieus, leur apprenant ce que venait de faire ce général, et les priant de lui donner la mort, »
Phmiicus,qui commandait l'armée deSamos, se tînt sur ses gardes . Les ennemis de k démocratie poursuivaient leur plan de leur côté.
« Les députés envoyés de Samos avec Pisandre, arrivèrent it Athènes. Ils parlèrent dans 1 assemblée du peuple, et se contentèrent de traiter bien des articles en substance ; mais ils appuyèrent fortement sur ce qu'il était au pouvoir des Athéniens, en rappelant Alcibiade et renonçant au gouverne ment populaire f d’obtenir F alliance du roi et de remporter sur les peuples du Péloponèse. Bien des uoix sV/mVeni en faveur de la démocratie. Les ennemis d’Alcibiade s’écriaient qu'il serait odieux de voir rentrer dans Athènes un infracteur des lois; les
GRÈCE
Eumolpides et les Cériees attestaient les mystères profanés, cause de son exil, et imploraient la religion pour s'opposer à son retour* Pi sandre, saosae laisser intimider ni parles contradictions ni parles complaintes, s'avance au milieu du peuple, fait approcher tous ceux qui le contredisent, et demande séparément à chacun d’eux sur quelle espérance ils comptent sauver la république, quand les Pélo ponésiens n'ont pas moins qu'eux de vaisseaux en mer, quand ils ont un plus grand nombre de villes alliées, quand ils reçoivent de l'argent du roi et de Tîssapheme, tandis qu'eux-mêmes n'en ont plus, à moins qu'on ne parvienne à faire passer le roi dte leur parti. Comme ceux qu'il interrogeait étaient forcés de répondre qu'ils n’avaient pas d'espérance : a Et nous if en pourrons avoir, reprit-il hautement, qu'en mettant dans notre politique plus de modestie, qu'e?& donnant l'autorité à un petit nombre de citoyens,pour inspirer au roi de la confiant et en nous occupant moins , dans les circonstances actuelles , de la forme de notre gouvernement (jw de notre salut , IL nous sera permis de changer dans la suite, si quelque chose nous déplaît; mais rappelons toujours Alcibiade, qui seul maintenant peut rétablir nos affaires. »
« Le peuple ne put entendre d'abord sam humeur parler de l'oligarchie ; mais comme Pi sandre montrait clairement qu’îl n’était pas d'autre moyen de se sauver, il sentit de la crainte, conçut en même temps l'espérance que les choses pourraient changer, eï céda, n
GITEKHB DI' pÈLOPOESE*
Ainsi les généraux trahissaient, les grands trahissaient, on affaiblissait volontairement le pays, on épouvantait le peuple, et il finil par céder (413 av* J.-C,)*
Sur les plaintes de Pi sandre, Phrynicus et son collègue Scyronide, furent destitués et remplacés par Diomédon et Léon* Ce même Pisandre <t fit dm « miles à tous les corps assermentés qui étaient
* chargés delà justice et de iadministration t leur cpn -
* Mîiïa de se concerter pour l'abolition de la dêmo-
* eralic, ei, ayant tout disposé de manière à ce qu'on « n'éprouvât plus de longueurs dans les affaires, il
* mit en mer avec ses dix collègues pour aller trouai ver Tissapherne* »(TIiucydide*)
Les députés ne purent s'entendre avec ce gêne- * ntl perse ; il exigeait tout ce qu’Alcibiade lui avait promis. Ils retournèrent à Samos sans avoir rien conclu.
Tissapherne fit un second traité avec les Lacédé- , moniens, qui cimentait et fortifiait encore leur première alliance. Ils devaient tous ensemble faire la üuerre aux Athéniens; et Darius s'engageait à continuer de fournir une solde aux Lacédémoniens et aux dites. Les ennemis d’Athènes se redressaient de toutes parts. Tissapherne fit venir une nombreuse Hotte de Phénicie; Pbarnabaze, un autre chef perse, donnait aussi fortement la main ïi La coalition ; les Notions prirent Orope, oii les Athéniens avaient garnison; TEubcc, Rhodes, s’agitèrent; Abydos, l^nipsaque, se révoltèrent; les généraux Spartiates, Bercyüdas, Strombichido, Astyoehus obtinrent des
VMSMi
118 GUECE,
avantages : les généraux athéniens étaient d’une faiblesse extrême; quelques-uns trahissaient secrèlemenL L’étoile d'Athènes pâlissait.
« C’est vers cetleépoque, dit Thucydide, et mêm « auparavant, que la démocratie fut abolie à AtM*
« m$*n Oui , la démocratie était abolie, et auparavant même quelle le fût, les négociations, les inLrîgues des oligarques avaient perverti l’esprit, paralysé l&s forces, détruit l’énergie de la république; Athènes n’était plus la ville de la franchise et des élans ub- i pétueux ; la perte de ses institutions, minées depuis plusieurs années, ^affaiblissement de sa foi démocratique, et cette modération prétenduequï avait envahi les conseils, les assemblées et les magistrature lui avaient faîtbaisser le front dans la poussière.
Pisandre continuait son œuvre occulte. De retour à Samos, il s’éiait assuré de l’armée autant que JH($* 1 sible;des Samiens, qui autrefois avaient renverse l'oligarchie, faisaient maintenant l’abandon dés principes qu’ils avaient proclamés, et trahissaient la à* mocratie. Les oligarques promettaient tant de bonheur au peuple, qu’îl finit par leur faire des concisions,
Alcibiade jf arrivait pas à Samos pour se Joindre 1 à la faction aristocratique ; ce roué comment sans doute à soupçonner l'impuissance de cotte faction . N’importe, les aristocrates passèrent oitto dansïa pensée qu’ils pouvaient très bien se de ce général qui, au reste, serait bien capable p leur causer des embarras plus tard.
« Après s’ètre ainsi mutuellement excités -, *
GUERRE du PÉLOrûNÈSE. 119
Thucydide, ils envoyèrent droit à Athènes Fisandre et la moitié des députés pour y conduire les affaires avec ordre (V c t g!) lir VoltÿCLVchie dans toutes les villes sujettes où ils aborderaient ; ils firent passer 1 autre moitié dans d’autres villes de leur domination, marquant divers endroits à chacun d eux. Ils envoyèrent à sa destination Üiotréphès qui se trouvait aux environs deChio, et qui était nommé pour commander en Thrace, Arrivé à lliasos, il y abolît j état populaire . Mais après son départ, et dès le mois suivant, les habitants n’eurent rien de plus pressé que de fortifier leur ville^omme ne se souciant plus de raristoeratie avec les Athéniens, et attendant chaque jour, des Lacédémoniens, la liberté. »
Voilà comment raristoeratie savait conserver les forces amies d’Athènes et venir en aide à cette république ! Pour obtenir P alliance d’un roi quisc moquait d’elle, elle brisait PalBancedes peuples, au risque de perdre la patrie. Mais elle voulait arriver au pouvoir à quelque prix que ce fût»
Révolution d’Atfaène* rt do
Laissons Thucydide continuer son récit :
« Pisandre et ses collègues naviguaient en suivant les côtes, et, comme ils en avaient reçu l’ordre, ils abolis noient dans les villes l état populaire, Ils prirent aussi avec eux, de plusieurs endroits , des hoplites alliés , et arrivèrent a Athènes» Ils trouvèrent que /cars amis avaient déjà bien avancé tes affaires. En effet, quelques jeunes cens avaient formé une conspiration, et tué $e-
c&àcE.
crètemmt un certain Andrgclès, le principal cte/ de la faction populaire, et qui n avait pas peu contribué à faire bannir Alcibiade* Deux motifs les avaient surtout engages à ce meurtre : celui de se défaire d T un meneur du peuple, et celui d'obliger Alcibiade, dont ils attendaient le retour, et qui de* vaît leur procurer l'amitié de Tissapherne, Ils avaient de même fait périr en secret plusieurs autres personnes opposées à leur parti. Ils déclarèrent ouvertement, dans un discours préparé de loin, qttï ne fallait salarier que les gens de guerre etn’achncltre au maniement des affaires que cinq mille citoyens, gens capables surtout de servir TÉtat de leur fortune .et de leur personne,
« La plupart goûtaient cet arrangement, qui donnait Turf minis trat ion des affaires h ceux qui devaient opérer la révolution. Le peuple ne laissait pas de s’assembler encore, ainsi que le sénat de la fève; mais ils ne statuaient que ce que voulaient les conjurés, Les orateurs étaient de ce corps, et ce qu'ils devaient prononcer était examiné d'avance. On voyait la faction si nombreuse, que tout le monde était dans la crainte, et que personne n'osaiL élever la voix contre elle. Si quelqu'un avait celte audact,
ON AVAIT BIENTÔT QUELQUE MOYEN TOUT PttÈT TË
s*en défaire* Il ne se faisait pas de recherches contre les meurtriers; si même Us étaient soupçonnés* on ne tes méfiait pas en justice*. Le peuple n osait rcmuer : il était dans un tel effroi, que, même en se taisant, il se trouvait heureux d’échapper à la violence, On croyait les conjurés bien plus nombreux
GUERRE DE PÉLOPOWÈSE,
eacorc qu ils m l’étui ont, et les courages étaient subjugués, La grandeur de la ville, le défaut de se connaître les uns les autres, ne permettaient pas d’en savoir le nombre. Aussi, malgré toute l'indignation dont on était pénétré , ne pouvait-on faire entendre ses plaintes à personne pour concerter quelque dessein de vengeance : il aurait fallu s'ouvrir à un inconnu, ou h quelqu'un de connu, mais dont on n’était pas sur ; car tous les membres de la-faction du peuple se soupçonnaient entre eux, et se regardaient réciproquement comme des fauteurs de la conjuration* II y était entré des gens qu’on n'aurait jamais crus capables de se tourner vers l'oligarchie : ils contnbuèrmi beaucoup à répandre I tw*e défiance générale, et ce fut eux qui inspirèrent ta plus de sécurité aux auteurs de la révolution, en montrant au peuple qu'il ne pouvait trouver de sûreté qu’au se méfiant de lui-même*
« Ce fut dans ces circonstances qu'arrivèrent Pisandre et ses collègues* Ils s’occupèrent aussitôt de ce qui restait à faire* D'abord ils assemblèrent le peuple, et ouvrirent l’avis d’élire dix citoyens qui «liraientplein pouvoir défaire des lois. Ces décentrir$, h un jour indiqué, présenteraient au peuple la constitution qu'ils auraient dressée, et qui Jour semblerait la meilleure. Ce jour arrivé, ils proclamèrent Iassemblée è Colon e : c'est un endroit consacré à Neptune; il est situé hors de la ville* et n'en est rioigné que d'environ dix stades. Tout ce que les décemvirs proposèrent, ce fut qu'il seraft permis à tout Athénien démettre l'opinion qu'il lui plairait.
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et ils portèrent de grandes peines contre quiconque accuserait l'opinant d'enfreindre les lois, ou qui l’offenserait de quelque manière que ce pùt être. Alors il fut ouvertement prononcé qu'aucune magistrature nés exercerait plus suivant la tome accoutumée, et qu’on ne tetexrait plus de salaire: niais qu'il seru 1 1élu cinqprésidents , qui eu x-îïï cinîes éliraient cent citoyens, dont chacun s’en adjoindrait trois autres; que ces quatre cents , entrant au conseil, gouverneraient avec plein pouvoir, comme ib Je jugeraient convenable, et qu’ils assembleraient les Cinq-Mille y quand ils le croiraient nécessaire.
« Celui qui prononça cette opinion fut Pisaadre, et. il montra ouvertement, dans tout le reste, le zélc le plus ardent à dissoudre la démocratie. Maiscetoi qui avait dirigé toute cette grande affaire, qui JM avait donné la forme, et qui depuis longtemps a’ett était occupé, était Antiphon. »
Thucydide fait ici l'éloge le plus pompeux de b vertu et du génie de cet ântivhon ; à T en croire œ c'était un homme qui pensait merveilleusement h bien, et qui exprimait de même ce qu'il pensait. 1 Mais qu'il en eût parlé différemment, st cet homme eût été r&-me d'une conspiration démocratique I Thucydide poursuit ainsi : « Théràmènk, fils d% non, tenait le premier rang entre ceux qui délruisirent l’étât populaire, homme habile à parler,* 1 non moins h former des desseins. Ainsi * toute grande qu’était celte entreprise, conduite par mumultitude d'hommes à talents, on ne doit pas s'étonner qu’elle ait réussi.
GUERRE DU PELOPOXÈSE-
«Après que ces arrangements mirent été confirmés sans aucune contradiction t rassemblée se sépara, elles qüatrb-cents furent introduits dans le canseil de la manière que je vais rapporter» Tous les Athéniens, duras la crainte des ennemis qui étaient à Jtfaêtie, restaient toujours en armes, les tins sur le rempart f les autres aux corps de réserve. On laissa partir ce jour-là, comme à l'ordinaire, ceux quin'é* laient pas de la conjuration ; mats on avait averti m secret les conjurés de ne pas se rendre aux postes, et de s’en tenir tranquillement éloignés. S 1 il survenait quelque insurrection contre ce qui se passait, ils prendraient les armes pour la réprimer. C’étaient des gens d’Àndros et de Ténos, trois cents Carystiens, et de ces hommes qu’Athènes avait envoyés peupler Égine, et y former une colonie, ils étaient venus armés à ce dessein, suivant Y ordre quaïs avaient reçu. Eux ainsi disposés, les quatre-cents partirent, chacun armé d'un poignard qu’il tenait caché . Ils étaient accompagnés de cent-vingt jeunes Urées, dont ils se servaient quand ils avaient besoin à un coup de main . Ils surprirent au conseil Jet sénateurs de la fève, et leur ordonnèrent de sortir, en recevant leur salaire J Is avaient apporté avec eux la somme qui leur restait due, et lu leur distribuèrent, à mesure que ceux-ci quittaient le tribunal,
« Les sénateurs se retirèrent sans rien répliquer, les autres citoyens ne firent aucun mouvement, et Unit resta tranquille. Les quatre-cents entrèrent dans le conseil : ils tirèrent entre eux des prytanes au sort, et firent rimiuguralion de leur magislra-
GRECE
turc avec les prières et les cérémonies (Tusage pour ceux qui entrent en charge. Ayant fait ensuite de grands changements au régime populaire, mais sans rappeler les exilés t à cause d* Alcibiade* ils gouvernèrent la république de leur pleine autorité. Ils firent mourir quelques personnes , mais en petit nombre > et seulement celles dont ils choyaient
ÀVGIE BESOIN DE SE DÉFÀÏBE; ffs CH mirM d'dUtm
aux fers ; its en envoyèrent en exil ; ils firent aussi déclarer par un héraut h Agis, roi de Lacédémone, qui était à Dêeélie, qu’ils ne demandaient qu'a em venir à une réconciliation, et qu’on avait lieu d’attendre qu’i! ne refuserait pas d’enlrer eû accord avec eux, sam les confondre avec une populace qui nemêritail aucune confiance (412 av. J.-C.). »
Ce prince ne répondit rien de favorable, et chercha, au heu de manifester des sentiments de paix, à grossir toujours plus son armée. <t 11 ne croyait « pas, dit Thucydide, que la ville restât dans le * calme, ni que te peuple pût trahir sitôt soumit demie liberté . » Il pensait donc pouvoir profiler des troubles intérieurs, et que, grâce à eux, il lui rait facile ou de prendre Athènes, ou de lui imposer des conditions à son gré. Il avança, dans celle pensée, avec toutes ses forces.
«Mais quand il vint aux approches, dit Thucydide, les Athéniens ne firent pas dans la place b moindre mouvement : ils se contentèrent de faire sortir la cavalerie, un peu d’hoplites, des troupe légères et des gens de traits ; renversèrent ceux des ennemis qui s’étaient trop avancés, et restèrent
GUERRE DU PKLOPONESE,
maîtres des corps et des armes de quelques-uns des morts. Agis, ne voyant pas rëvénement répondre à m espérances, retira ses troupes. II demeura tranquille avec son monde à Décélie, et, peu après, ü renvoya le renfort (qu’il avait reçu peu de jours avant). Les quntrc-cents ne laissèrent pas ensuite de négocier avec lui; il fit alors u ceux qu’on lui députait un meilleur accueil, et ce fut d’après ses conseils qu’ils expédièrent pour Lacédémone des députés, dans l'intention d’en venir à un traité de paix. »
Sait-on maintenant pourquoi le peuple se laissait enlever sa liberté sans recourir aux armes? C’est parce que les Lacédémoniens étaient aux portes d'Athènes, et qu'il voulait, avant tout, conserver son indépendance. Aussi, pendant que les séides, que les assassins gagés, que la jeunesse dorée exécutaient Tordre qu’ils avaient reçu de ne pas se rendre aux postes, et de s en tenir éloignés, les braves démocrates, trompant l'espoir d’Àgis, combattaient et sauvaient 3a patrie de Tinvasion étrangère.
Enfin, les quatre-cents continuaient les négociations,
<lsenvoyèrent aussi, dit Thucydide, dix hommes a Samos (1), pour tranquilliser l’armée, et lui faire
W tl est souvent ici question de Plie de Sémos. C'est que mtc ü®», qui offrait une excellente position militaire, d'oG Ton pouvait protéger les lies de Hernie, les villes de T Asie-Mineurs, dlî iaThrars, le littoral de rVUique, ■ t tenir en échec toute la f| ûtte du PéloponÔse, était étroitement liée à Athènes, eî q\w
Athéniens y tenaient toujours iàsscïKblée. comme dans im * T- IV.
GRECE
entendre que cen*était pas dans des intentions nnhibles à la république ni aux citoyens qu'ils venaient d'établir r oligarchie, mais pour tout sauver ; déclarant que c-étaient cinq mille citoyens, et non pas seulement quatre cents, qui étaient à la tête de Tadnimistialion, Les députés lurent chargés de dire tout ce qui , d’ailleurs, convenait à la circonstance. Les conjurés tes expédièrent aussitôt après la révolution, dans la crainte, comme il arriva, que la multitude de troupes de mer ne voulût pas se tenir sous ^oligarchie, cl que, le mal commençant de là, euxmêmes ne fussent renversés.
« Déjà, en effet, s’annonçait à Samos une révolution au sujet de ['oligarchie, et c’était précisâmes: à l’époque où les Quntre-Genls établissaient leur SU: torité. Ceux des Samicns qui constituaient tim populaire, et qui s'étaient soulevés contre les riches, avaient ensuite changé de sentiment;et> snhàh par IHsandre lorsqu'il vint à Samos et par les Àthfr
port national, ta phis grande partie de leurs forces maritime. C’est de là que partaient les principales expéditions, c’est tt qu'on se relirait après les victoires comme après les revers< c'est de là aussi que les amis de la démocratie sLirvaÜlfrretii attentivement les intrigues de Poligu relue athénienne, «tqued* 1 * vait partir l'armée qu’ils commandaient pour rendre à la juilri" son indépendance et sa liberté* Aussi Athènes et Samos éprouvent à Ja Ibis ou alternative ruent* les révolutions et les contre*' révolutions t ce sont deux scènes sur lesquelles Éclatent des incidents dlfiérents, mais liés entre eux; sur lesquelles s’agitent les mêmes passions, les mêmes intérêts, la même action pdi* ci pale, les mêmes personnages, et qtte mon lecteur ne pas perdre de vue.
GUERBK DU PÉMPQÏïÉSE.
niéns conjurés qui s'y trouvaient , ils avaient euxmêmes formé, jusqu’au nombre de trois cents , une conspiration, résolus d’attaquer les autres comme s’ils eussent composé la faction du peuple. Ils tuèrent un certain Athénien nomme ïïtpebbolus, méchant homme , chassé de sa patrie par le ban de Postracïsme ; non qu’il pût exciter aucune crainte par son crédit ou sa dignité, mais à cause de sa basse méchanceté , et parce qu'il faisait honte à la république . lis agissaient en cela de concert aveeCuARmjnus, F un des généraux, et avec quelques Athéniens qui se trouvaient chez eux et qui avaient reçu leur parole. Ce fui aussi d’après leurs conseils qu’ils se conduisirent dans tout le reste* Ils allaient assaillir la faction populaire ; mais ceux qui la formaient. instruits de ce dessein, en donnèrent connaissance k Léon et à DiomÉbon , qui étaient du nombre des généraux, et qui, respectés du peuple, ne supportaient pas volontiers l’oligarchie. Ils s’ouvrirent aussi à Thrasybule et àThrasylle, F un commandant de trirème, l'autre d’un corps d’hoplites, et a quelques autres, qui toujours avaient parus’opposer le plus aux conjurés. Us les prièrent de ne les pas voir avec indifférence livrés h la mort, ni la république de Samos aliénée de celle d’Athènes, tandis que , par elle seule T les Athéniens jusqu’alors avaient toujours conservé dans le même état leur empire. Ces commandants les écoutèrent, et, prenant chaque soldat en particulier, ils les exhortèrent h ne pas souffrir cette révolution. Ils s’adressèrent particulièrement h ceux qui montaient le P a-
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ralus : c’étaient tous des Athéniens et des hommes libres, qui, de tous les temps, avaient été contraires à l’oligarchie, même avant qui] fut question de rétablir* Aussi Léon et Diomédon ne faisaient-ils pas de voyages en mer sans confier quelques vaisseaux k leur garde* Quand donc les trois-cexts voulurent attaquer la faction populaire de Samos, appuyée de ces secours et surtout des gens du Paralus, elle en fut victorieuse* Elle mit à mort une trentaine de conjurés, prononça la peine de Texil contre trois des plus coupables, mit en oubli ta fautes du reste , et continua de se gouverner de boa accord, suivant les principes de la démocratie (412. av* J.-C*)* »
On avait prétendu que Tannée de Samos étaftga* gnéeà l'oligarchie ; c’est qu'on avait pris les chefs et les conspirateurs pour l’armée tout entière : ce sont là des erreurs qui se renouvellent souvent Nous voyons une faction qui avait autrefois manifesté des idées démocratiques, qui avait, avec le concours du peuple, renversé la faction aristocratique et s’étaîtemparée du pouvoir: mats cette faction avait ensuite entendu Pisandra et d’autres conjurés, et ses sentiments, soumis aux combinaisons de Timérèt personne], s’étaient modifiés ; ces faroucbes républicains s’étaient aristoci atïsés, et, unisà la faction rétrograde d’Athènes et de concert avec elle, ils commencèrent par assassilier Hyperbolvs* C’est ainsi que procède partout la faction qui agi! pour l’oligarchie; elle a toujours des poignards cachés sous ses habits : à Comjre t elle assassine Pi-
GUERRE DU PÉLOFONÈSKi
tjii as ; h A th eues, À x d ro c lù s ; à Samo s # Hypbrbo- Ltîsfi), fit Fhistoire, faite par des hommes de talent, mais corrompus par F esprit cîe parti» ne proteste pas; elle trouve même cela fort juste, fort légitime, [lu moment qu'on ne fait main basse que sur des démocrates, «Ils tuèrent un certain Athénien nommé Hyperbolus, dit Thucydide. Puis il ajoute pour toute réflexion : « Mêclmnt homme, chassé de sa patrie par le ban de Fostracisme, non qu'il pût exciter aucune crainte par son crédit ou sa dignité » Wlis à cause de sa méchanceté et parce qu'il faisait honte à la république , » Voilà une singulière manière de procéder î On exile les gens dans un moment d 1 usurpation ; on les assassine; on lescalom-
(1) EphîaUe, orateur populaire, ami de Périciès, avait, de concert avec celui-ci, proposé des réformes démocratiques te Athènes, il expia ce crime par la mort Plutarque dit ceci : « Ephiaus, qui s'était rendu redoutable aux partisans de Po- « ligarchic par son inflexibilité à poursuivre ceux qui commet- « huent la moindre injustice contre le peuple, fui» à ce que « dît Aristote , assassiné par Àrislodicuâ de T&nagre , qm ses « ennemis avaient suborné, u Diodore de Sicile, en cotte occasion plus anti-populaire que Plutarque, s’exprime ainsi au même sujet : « Ephulte, fils de Sîmumdc, excitait des trou- « blés à Athènes par tes discours démagogiques. U conseilla
nu peupti de diminuer Vautorité de Varéopage, les lois andü ques et les plus célèbres de FÉiat. Cet homme sacrilège ne « testa pas longtemps impuni ; il fut tué pendant la mit et « eut une fin obscure. » Voilà comment parle ['histoire quand on tue des démocrates qui se bornent cependant à donner des conseils démocratiques au peuple. Elle serait plus sévère sî Ton assassinait des aristocrates pour avoir donné des conseils aristocratiques. — Éphialte fut assassiné en 460 av, J.-CL
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nie ensuite, et tout est dit. C'est ainsi qu'on a toujours truité les amis du peuple dans l'antiquité, eipar là on les a rendus méconnaissablés aux yeüi de ceux même qui devraient les vénérer; rhîsloire est ainsi faite*
Le meurtre commis sur Hyperboïus, et d’autres faits dont on ne nous instruit pas, donnèrent 1‘éveil. Les honnêtes gens , qui se disent aussi les modéré^ allaient assaillir la faction populaire, quand Léos et Diomédox furent avertis. Ceux-ci s'entendirent avec Ihkasybüle et Thilasylle, qui occupaient des grades peu élevés dans l'armée, mais dont le patriotisme était connu, et avec d'autres hommes sûrs: tous ces chefs donnèren t des avis secrets aux soldais, et se tinrent sur leurs gardes. Les Troi s-C enf s et leurs aliî dés les attaquèrent cependant, mais ils les vainque rent. L annee et la population dé Sam os se prononçaient de plus en plus en faveur de la démocratie.
La révolution de Sarnos et celle d'Athènes, préparées de longue matra par Pisendre et l'oligarchie, éclatèrent en même temps, A Athènes, l'oligarchie Remporta; à Samos, elle fut vaincue, et la démocratie consolida son autorité (412 m, J.-C.L
Les Samiens et l'année envoyèrent Chéreas pour annoncer à Athènes ce rjui venait de se passer, Mais cet envoyé, qui ignorait que le gouvernement était entre les mains des qlatre-œnts , fut arrêté avec plusieurs de ceux qui raccompagnaient, lt parvint pourtant à sc sauver; U retourna à Sarnos, où il fit le récit des événements d'Athènes et des maux qui pesaient sur la population.
GUE1UIE BU l»ÉLOPf>ffÈSE.
* Les soldats h ce récit, dit Thucydide, allaient d’abord se jeter sur ceux qui avaient contribué le plus li rétablissement de l'oligarchie, et sur leurs complices; mais retenus par les gens modérés, et sur la représentation que la flotte ennemie était en présence? etquils allaient tout perdre, ils s'apaisèrent* Ensuite Tuûasyiîule, fils de Lyeus, et T hràsylle, qui étaient les principaux auteurs du changement qui venait d'arriver, voulant rappeler solennellement Samos au gouvernement populaire/firent prêter à tous les soldats, et sur tout à ceux qui étaient du parti de l 1 oligarchie, les plus terribles serments de rester attachés a ta constitution démocratique, de vivre dans la concorde, de pousser vivement la guerre contre les Péloponésien$»d être ennemis des ei' atre-ceints, et de 7 i* entretenir avec eux aucune mnmumeatiem par h ministère des hérauts* Tout ce qu’il y avait de Samiens en âge de porter les armes prêta le même serment : Fermée s’unit avec eux dïntérêt et de dangers, croyant que pour les uns et les autres il n’était aucun espoir de salut, et qtilis périraient tous également, si les qcatiïecests et les ennemis, qui étaient h Millet, pouvaient remporter,
« Ce fut alors une grande division feutre la ville *âFAihenes) et Fai inée^celle-ci voulant contraindre la ville à conserver Fétat populaire, et celle-là voulant obliger le camp à reconnaître ^oligarchie. Les soldais formèrent mie assemblée, dam laquelle Us dé posèrent les généraux et ceux des Hiérarques qui leur étaient suspects,et m créèrent de nouveaux . Thuasybule et
GRECE
Iiikasylle furent de cette nouvelle création, Les guerriers se donnèrent les uns aux autres,, dans celle assemblée, de grands motifs d'encouragement: qu il ne fallait pas s’effrayer si la ville rompait avec eux ; que c'était le plus petit nombre qui se détachait du plus grand , et de celui qui avait , à tous égards, les plus puissantes ressourcés ;que, maîtres de toute la Hotte, ils pouvaient forcer les autres villes de leur domination à fournir de l’argOEt, tout aussi bien que s ils sortaient d’Athènes pour en exiger; qu ilsavaientSamos, ville puissante, et qui, dutemps quelle était en guerre avec les Athéniens, avait été sur le point de leur enlever Fempire de la mer; que ce serait, comme auparavant, de cette place qu iis repousseraient les efforts des ennemis ; qu’au moyen des vaisseaux ils se procureraient, plus aisèment que les citoyens de la ville, tout ce qui leur serait nécessaire; quec* étaient eux qui, se tenant h Sam os, avaient rendu aux Athéniens le service th leur conserver rentrée du Fixée; et qu’il leur était bien plus aisé, si ceux de la ville ne voulaient pas les ré* lablir dans leurs droits politiques, de leur ôter IV sage de la mer, quV ceux-ci de les en priver; qp les ressources qu’ils pou iraient tirer d’Athènes pour se mettre au-dessus des ennemis ôtaient bien peu de chose, cl ne méritaient aucune attention; quils ne perdaient rien, puisqu’elle n’avait plus d’argent a leur envoyer, et que c’était l’armée qui lui en procurait; qu’Atfaènes n’avatf pas seulement à leur faire passer des conseils utiles, la seule chose qui donne aux villes fempire sur les armée&; qu'elle en
GUERRE DU PELGPONÈSE*
était venue jusqu’à se rendre coupable de la plus criante faute, celle de dissoudre les lois de la patrie, et que c'étaient, eux qui les conservaient, et qui tâchaient de la forcer à les reprendre; qu’onne pouvait être regardé comme inférieur, quand on était capable de donner de sages conseils; qu’Àlcibiade, s'il obtenait d’eux son retour et la sécurité, se ferait un plaisir de leur procurer l'alliance du roi ; mais que, surtout avec une Hotte si puissante, ils sauraient toujours bien, quand tout le reste viendrait à leur manquer, se procurer une retraite, et qtfils y trouveraient des villes et un territoire,
« Tels furent les sujets d T encouragement que, dans cette assemblée, ils se donnèrent les uns aux autres, sans se ralentir sur leurs apprêts guerriers. Les dix députés envoyés à Samos par les Qualre- Ccnts apprirent ces détails lorsqu'ils étaient à Delos, et ils se tinrent en repos,»
Cependant les troupes qui montaient la Hotte du Péloponèse, sachant qu’une révolution venait d’éclater ü Samos, et pensant que la division était dans l'armée navale athénienne, crurent qu’il étaittchips de chercher les combats.
Les bâtiments sillonnèrent la mer; tout se préparait pour en venir à une grande action, Tiirasyrule était resté à la tête des affaires a Samos; maïs cet homme, trop modeste, n avait pas assez; de confiance en lui-même; il crut qu’il était nécessaire d’appeler Alcibiade, et fit partager son opinion à son armée. Elle décréta donc son retour.
134 GRECÜ,
Alcibiade se rendit à l’appel qui lui était adressé; maïs il fit valoir son crédit auprès de Tissapîicrnc, paria avec exagération, avec jactance, et séduisit r armée.
« Sur ces belles paroles, dit Thucydide, et beaucoup dautres encore qu T ïl ajouta, on l'élut aussitôt général avec ceux qui avaient déjà le commandement, et un lui donna fa conduite de toutes les affaires . On se croyai t si bien sauvé , on était si sur de se venger des qoâtre-cents, que personne n’aurait voulu donuerpour tout au monde ses espérances. »
Alcibiade m fut pas d’avis de remplir le vœu des soldats et de conduire ] année contre ^oligarchie d'Athènes. Mais il se rendit auprès de Tissa* pherne»
<* f] voulait, dît Thucydide , paraître tout communiquer h ce satrape, se donner auprès de lui plus d'importance, lui montrer qu’il était revêtu du généralat * ot qu'il était en état de le servir et de lui nuire. Il réussit par cette conduite à faire peur aux Athéniens de Tissapheme, et à Tissapherne des Athéniens. » 11 répandait la défiance, 3c désaccord partout* Les soldats faeédêmonieus murmuraient, s'agitaient, s’insurgeaient contre leurs chefs, et surtout contre Astyoehus, de ce que Tissapheme, sut* vaut tes avis d'Alcibiade et les inspirationsH la poli tique perse , ne feur payait pas régulièrement leur solde. Ce chef se réjouissait des maux do 3a Grèce: il m cherchait qu'a affaiblir, l'un par l'autre, deux peuples puissants, et à exploiter, au bénéfice de su nation, toutes les éventualités*
GUEKKE BV PELOPOffÈSE.
La ville {FAlhènes était sous la puissance de l'oligarchie, qui cherchait à se consolider par des négociations de plusieurs natures*
« Les députés, dît Thucydide, que les Quatre- Cents avaient expédiés pour apaiser Famée de Samos, ei lui donner des éclaircissements sur leur conduite, arrivèrent lorsque Alcibiade y était déjà* Une assemblée fut convoquée : ils voulaient y prendre la parole, «aïs les soldats refusèrent d’abord de les entendre, criant qu'il fallait donner la mort uux destructeurs de la démocratie , Enfin cependant ils se tranquillisèrent, quoique avec peine, et les écoutèrent. Les députés exposèrent que la révolution n’avait pas eu pour objet de perdre la république, nuis de la sauver* » Enfin, ils firent tout pour justifier leur conduite, et gagner l’esprit des soldats ; œ fut en vain : Farinée voulait porter immédiatement scs armes contre les ennemis de la démocrate* Alcibiade usa de tout son génie, de toute sa souplesse, et la retint.
Les dix députés, de retour à Athènes, firent part îiüx Quatre-Cents de la conduite d’Alcibiade, de ses tendances vers la modération, vers la conciliation, ri ces renseignements produisirent un effet puis* saut sur des hommes prévoyants, qui n’étaient, eu réalité, ni Républicains, ni royalistes, et qui le regardèrent dès-lors comme le chef d’un tiers-parti ; de ce nombre étaient Tetékamèxe, àri stock aie, et bien d’autres; qui avaient la première part aux aifoires. Ces hommes d'un parti mixte, qui avaient bavai lié de toutes leurs forces à la destruction de
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l état populaire, parlèrent de liberté, d’égaïite, de droit commun ; enfin, ils se rapprochaient delà démocratie, qu’ils avaient assassinée. Mais Thucydide nous apprenti qu’ils cachaient, sous ce vain semblant de popularité f leurs véritables .sentiments, et que la plupart d’entre eux n’étaient conduits que par des vues d’ambition personnelle. Il ajouter Il n’en était pas de même de ceux des qüatbecents qui étaient les plus contrainte à cette forme de gouvernement, et qui se trouvaient les chefs de l’oligarchie : Phrynicus qui, lors de son commandement à Samos, avait eu des différends avec Alcibiade; àbist arque, de tout temps plus opposé que personne à Tétât démocratique; P i sandre, ÀN'rr phon et d’autres, du nombre des hommes les plus puissants. Ils n’avaient pas plus tôt établi le nouveau ! régime, et vu se changer en démocratie la constitution qu’ils avaient Formée à Samos, qu’ils avaient I envoyé à Lacédémone des députés choisis dans leur sein ; donné tons leurs soins au maintien de l'oligarchie, et commencé à construire un port dans ce qu’on appelle TÉétionée. Mais ils lurent encore bien plus ardents à soutenir leur ouvrage, quand, au retour de la députation qu’ils avaient envoyée à I Samos, ils virent changer le plus grand nombre, et ceux même d’entre eux dont ils s’étaient crus bien assurés. Dans les craintes quils éprouvaient, et d& lu part rie l’intérieur et du côté de Samos, ils fironl partir en diligence Àntipbon ^ Phrynicus, et plusieurs autres, au nombre de dix, et leur recommandèrent de ménager une réconciliation avecMs Ïâ-
GUERRE DU PÉIOPONESE* # 137
mémonum, à quelque prix que ce fût , pour peu que les conditions fussent supportables, ils continuèrent avec encore plus de vivacité les ouvrages d’Eétionée. L’objet de ces travaux, comme le disaient Théramene et ceux de son parti, notait pas de fermer rentrée du Krée à l'armée de Sarnos, si elle venait Vattaquer de vive force ; mots d'y recevoir, quand on voudrait , les ennemis par terre et par mer. Car Éé&m£e forme Tune des parties avancées du Pirée, et c’est de ce côté qu’on entre directement dans ce port.
« Voilà ce qui, depuis longtemps, excitait les cris de Théramène; et quand les députés furent de retour, sans être parvenus à un accommodement généra] avec Lacédémone, il dit qu'on était en grand danger de voir ce mur détruire la ville. Il se trouvait. dans ces circonstances, qu’à l’invitation des peuples de l’Eubée, quarante-deux vaisseaux sortis du Péloponèse étaient déjà dans les parages de la Laconie, et se préparaient à cingler vers cette île. Il y avait dans celte Hotte des vaisseaux d’Italie et de Sicile, fournis par les Tarentins et les Loeriens : c’était Hégësandrîdas de Sparte, fils d Hégésander, qui la commandait. Théramène disait que la destination de cette Hotte était moins pour l’Eubée que pour ceux qui construisaient le nouveau fort; et que si Ton ne se tenait pas sur ses gardes, on serait égorgé au moment qu'on s'y attendrait le moins* Ces propos n étaient pas tout à fait calomnieux, et il s’y trouvait bien quelque chose que méritaient ceux qui en étaient l’objet. Ils avaient surtout en
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vue, en établissant l'oligarchie , de gouverner k Athéniens et les alliés, ou, s’ils n’y pouvaient par* venir, de rester maîtres des murs et de h flotte, et de vivre dans l'indépendance. Enfin, s’ils manquaient encore cet objet, iis voulaient n’être pas les premiers égorgés par le peuple quand il recouvrerait I autorité, mais donner Ventrée au ,t ennemis, s accorder avec eux*, et, en leur livrant la flütts ET les murailles , rester t de façon ou d'autre, dans Vêlât de cüojfem , sms avoir à craindre pour leur inc.
<i Aussi se pressaienMls d’élever le mur : ils y ménageaient de petites portes, des sentiers dérobés* des retraites quon pourrait offrir aux ennemis. Ib voulaient le terminer avant que leurs adversaires pussent y mettre obstacle. »
Ces propos, dit Thucydide, sé tenaient d'abord en secret; mais ü en fut autrement quand Phrynicus, a son retour de Sparte, ou il avait été vainement envoyé pour traiter de ht paix, eut été tué on plein jour dans Athènes, sans que le peuple sembla! s en émouvoir, sans qu’il fût possible de trouver des complices ù l’asjsassin, et qu’on apprit d autre part que la flotte du Pëloponèse avançait con tre d’Athènes. « Alors, ajoute Thucydide, Théramène, Aristocrate, et tous ceux qui pensaient de même, soit qu ils fussent ou non du corps ries Quatrc-Cciifs, poussèrent les choses avec plus tic résolution. Enfin, après bien des discours capable de mettre en défiance et tfexeiter un soulèvement, on en vint aux effets, »
GUERRE DU PELOPOXESE.
I! y eut de l’agitat ion, du îumulte, des violences. Le peuple démolit les fortifications que les tyrans faisaient élever pour s’abriter ou pour recevoir F ennemi en cas de revers, La révolution se poursuivait, les tyrans commentaient à biaiser, h. entrer en pourparlers, quand on apprit qu’HÉGÉSÀSDiUDAâ approchait d’Athènes ayec une flotte de quarantedeux vaisseaux. Le peuple elles hoplites se réjouirent alors île s’être hâtés de détruire les murailles et le fort, destinés à recevoir l’ennemi, afin de lui donner une position sûre contre la république,
« A cette nouvelle, dit Thucydide, ïes Athéniens en masse coururent auFîrêe, se croyant menacés, de lu part des ennemis, d'une guerre plus redoutable que leurs querelles intestines, et dont le théâtre n'était pas éloigné, mais devant leur port* Les uns montaient les vaisseaux qui se trouvaient appareillés, les autres liraient des bâtiments à la mer, d'autres s’apprêtaient à défendre les murs et rentrée du port.
!t Cependant la flotte du Pêloponèse suivit la cole de Sunium, m 11 â 1 1 ancre entro Tlioria et Prasîes, et finît par gagner Orope. Les Athéniens, au milieu de la dissension qui régnait dans leur ville, et pressés de se défendre contre le plus grand danger, furent obligés de se servir a la hâte des premiers matelots qu’ils purent se procurer, et firent partir peur Erétrie uneiloüe commandée par Thymucliuris. L’Àttiquê investie comme elle Pétait, I Lubée devenait tout pour eux. Leur flotte arrivée a sa destination, et renforcée îles vaisseaux qui se trouvaient
HO
GRÈCE
d'avance dans cette Ile, était de trente-six voiles. Elle fut aussitôt dans la nécessité de combattre, » Je me borne à dire qu'elle fut vaincue. Les Athéniens en lurent désolés; ils crurent tout perdu, et tombèrent dans le découragement.
« Comment, dit Thucydide, ne seraient-ils pas tombés dans le découragement? Ce qui les troublait le plus, et le plus prochain danger, c'était si l'ennemi victorieux cinglait subitement au Pirée, où ils n'avaient pas de vaisseaux ; à chaque instant il leur semblait le voir arriver, et il n'aurait tenu qu’à lui de le faire , s’il avait eu plus d’audace. Il n’avait qu’à tonner le siège d’Athènes pour y augmenter encore la dissension, et il aurait obligé ta flotte d’Ionie, tout ennemie de l'oligarchie qu’elle était, de venir au secours de leurs parents et de toute la république.Dès-lors il avait tout, l’Hellespont, llûnie, les îles, tout jusqu’à FBnbée, &t, pour ainsi dire, la domination entière d’Athènes. Mais cen’est pas seulement en cette occasion, c’est en beaucoup d’autres que les Lacédémoniens firent la guerre, plus que personne, à l’avantage des Athéniens: fort différents de caractère, lents contre des esprits vifs, craintifs contre des hommes entreprenants.
s Les Athéniens, malgré la consternation où les jetait le malheur qui leur était annoncé , ne laissèrent pas d’équiper vingt navires, et ils formèrent une assemblée, la première qui lut alors convoquée dans Ie Pnyce, où l’on avait coutume de s’assembler auparavant. Là, üs déposèrent les Quatre-Ccnts, et décrétèrent que le gouvernement serait confié aux
GUERRE DU PÉLOPONÈSE. i4f
Cînq-Mïlle ; que tous ceux qui portaient les armes seraient de ce nombre : que personne fie recevrait salaire pour aucune fonction, et que ceux qui m recevraient seraient notés d'infamie (1). II y eut dans la suite d’autres assemblées, elles furent môme fréquentes ; on y établit des nomolhètes (2), on y fit divers règlements touchant l’administration de TÊtat. Ces premiers temps sont Tépoque où, de mes jours, les Athéniens me semblent s'être le mieux conduits en politique : ils surent tenir un juste tempérament entre la puissance des riches et celle du 'peuple : et c’est ce qui d’abord remit la république de Tétai fâcheux où elle était tombée. On décréta aussi le rappel d’Alcibiade et de ceux qui étalent avec lui (3). On l’envoya prier, ainsi que Tannée dû Sarnos, de prendre part aux affaires* a Bans celte révolution, Pisandre , ÂUxieU$ t et Us principaux partisans de Yautorité des riches se sauvèrmlpromptmnentàDécêlie, Seul d’entre eux, àristarque, qui était en même temps général, prenant k la hâte quelques archers des plus barbares, gagna le château d’Œnoé, qui appartenait aux Athéniens ,
0) Cinq mille citoyens devaient composer le pays légal ; le iûiatrtf lêtaït supprimé pour les fonctions, afin d T en éloigner les pauvres* Cette révolution n'avait rien de radical : c'étaieut les bourgeois qui voulaient chasser les nobles, et le peuple les secondait pour- se dèb&rraaser du mal le plus actuel,
(!) Juges ou examinateurs des lois. Ils étaient au nombre dô mille.
(3) Alcibiade, qui n'était pas plus pour la démocratie que (>uur l'aristocratie. devenait Thommede la situation.
GRÈCE
.sur les confins de la Béotie, Les Corinthiens en faisaient le siège, avec des Béotiens volontaires qulls avaient appelés : c T étail pour se venger de la perte de leurs gens, défaits par ceux d’Œnoé à leur retour de Décélîc. Ârist&rque eut avec eux des conférences; il trompa les défenseurs d’OÈnoé, en disant que les Athéniens de la ville avaient truiLé avec La* cédémone, et que, suivant un des articles, il Mail remettre la place aux Béotiens; que c’était à eetlc condition que l’accord avait été conclu, 11$ lem * rtmt en sa qualité de général , et parce qu’étant assiégés, ils ne pouvaient rien savoir- Ils sortirent è la place sous la foi publique* Ce fut ainsi que tes Béotiens prirent possession d’ÜEnoé qui leur était abandonnée, que cessa F oligarchie d'Athènes, et ipu te sédition fut calmée (411 av. J.-C.J. »
Ce gouvernement avai t duré quatre mois.
Les principaux chefs de l’aristocratie, mis en fuite parle peuple, passèrent à Déeélie, où les attendaient leurs bons amis les ennemis; un des leurs, Àristarque, courroucé de n’avoir pu livrer Athènes, livra au moins le fort d T OBüoé. 1 Voilà du patrioli* ù la mode de ces gcns-Ià.
Athènes, bien qu’elle eût mis en fuite son aristocratie, a laquelle se substitua une espèce de gou* ver dément bourgeois, qui, comme son devancier, supprimait le salaire pour éloigner les pauvres fe fonctions publiques, était dans de continuelle alarmes; car les ennemis l'entouraient de toute* parts. Maïs ThbàStbüiæ, maïs Thûasyllk, mais b flotte de Samos, mais les braves républicains drffîO-
GUERRE DU FÉLÛP0HÈSE.
craies qui la montaient t veillaient sur ses destinées!... le ne décrirai pas toutes leurs courses sur mer, tous leurs travaux sur terre, tous leurs faits d'armes, et j’arrive d’emblée à une bataille décisive, la bataille deCYxossèniE, que Thucydide décrit longuement, et de laquelle je ne donnerai quel es principaux détails^ les voici :
« Les Athéniens partirent à la file, côtoyant le rivage, et s’avancèrent vers Sestos.Les Péloponésiens apprirentà’Abydds qu’ils approchaient, et se mirent eux-mêmes en mer à leur rencontre. Quanti les deux Hottes reconnurent que le combat était inévitable, elles s’étendirent y celle d’Athènes , du côté de la Cherosnëse, en sorte que ses quatre-vingts vaisseaux occupaient depuis Idacus jusqu’à Arrhiancs; et celle du Péloponèse , forte de quatre-vingt-huit bâtiments , depuis Àbydos jusqu’à Dardanus. La droite des Péloponésiens était formée par les Stjramsaim} Mindàre lui-même occupait la gauche, avec les vaisseaux qui manoeuvraient le mieux. Thrasylle commandait la gauche des Athéniens, et Thhasybule, la droite : les autres généraux conservaient les rangs qui leur avaient cLé marqués. Ce furent les Péloponésiens qui les premiers s’empressèrent de donner, »
La mêlée fut rude ; les avantages étaient balancés; les Péloponésiens semblaient à la longue devoir remporter : « Ni Tlirasybule , occupé h combattre le grand nombre de vaisseaux qui l’attaquaient, ne pouvait, do la droite, porter du secours au centre, ni Thrasylle de la gauche, La pointe de
GRECE
Cynossème ne lui permettait pas de voir ce qui se passait ailleurs, et il était contenu par les Syracusains et pur d'autres vaisseaux, en aussi grand nombre que ceux qui agissaient contre IJirasybule.Mais enfin les Pélopoiiésiens ne craignant plus rien , parce quils étaient victorieux, se mirent séparément à la chasse des vaisseaux , et commencèrent à dégarnir quelques parties de leurs rangs* De son côté, Thrasybule, se voyant arrêté par les bâtiments qui lui sont opposés, ne s'occupe plus d'étendre davantage F ai le qu’il commande; il charge les navires qui lui font obstacle, les repousse, les met m fuite, 0 court à fendrait où la (lotte du Péloporaèse est victorieuse, trouve les vaisseaux épars, les attaque, et, sans combat, il en frappe le plus grand nombre de terreur. Déjà les Syracu sains avaient cédé aux efforts de Thrasylle ; ils pressent encore plus leur fuite, en voyant le malheur du reste delà flotte.
« La défaite des ennemis était décidée. La plupart des Péloponéstens prirent d'abord la fuite vers le 11 cuve Pydîus, et ensuite vers Àbydos. Cette victoire ne pouvait venir plus à propos aux Athéniens. Les malheurs qu'ils venaient d’éprouver en peu de temps, et leur désastre de Sicile, leur avaient jusqu'alors fait paraître redoutable la marine duPélüponèse : mais ils cessèrent d'avoir mauvaise opinion d'eux-mômés T ct do trop estimer les forces maritimes de leurs ennemis.Les vaisseaux dont ils se rendirent maîtres fuient huit de Chio,cinq de Corinthe, deux d’Ampracie, deux de Béotio, un de Lacédémone,
GUERRE BV PÉLOPOrtÈSE.
un de Syracuse, et un de Pellène* Eux-mèmes en perdirent quinze. Ils élevèrent un trophée h la pointe où est Cynossème, recueillirent les débris des vaisseaux, accordèrent aux ennemis la permission d’enlever leurs morts, et envoyèrent une trirème porter à Athènes la nouvelle de leur victoire. Les Athéniens, en apprenant à l'arrivée de ces vaisseaux leur bonheur inespéré, se rassurèrent sur leur infortune en Eubéc, et sur les maux que leur avaient causés leurs divisions; ils crurent que leurs affaires n’étaient point encore en trop mauvais état, et qu’il ne fallait que de l'ardeur pour reprendre la supériorité* » (Thucydide*)
Pendant que Thrasybule et Thrasyîle, ces simples officiers faits généraux par les soldats, combattaient si vaillamment pour la patrie,« Alcibiade, avec treize vaisseaux, dit Thucydide, passa de Caune et de Phasélie a Samos : il annonça qu'il amit détourné la (lotie de Phénicie de venir se joindre aux Péloponêskm, et qu’il avait rendu Tïssaphcrne plus qu’auparavanl ami d'Athènes* » Alcibiade faisait tôujouis valoir ses services, quelque minces qu ils fussent, et il réussissait par la à se donner une grande importance. Mais, quoi qu'il en soit, les sauveurs d'Athènes, c’étaient Thrasybule et Thrasyile* cotaient les soldats républicains, et non le courtisan vantard, qui ne s’est acquis un nom célèbre qu a force de roueries, d'intrigues et cle réclames toit bien calculées.
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(uDitiEiuiitioti de ta
Pendant plusieurs années les batailles sur terre et sur mer continuent, les victoires et les défaites sont communes aux deux peuples. C’est toujours Fiikasybuliî, toujours I hrasylle qui conduisent les principales forces d’Athènes. Les autres généraux de eetLe république sont Alcibiade, Thejiamèke, Conok. Los généraux de Sparte sont : Agis, Lysa s dre, Muvdare, Étéoxice , Hég ésa x d ni das’ f, ratési rpiDAs, Caliicratidas. Ils ont l'appui d'HERMocRATE le Sicilien, et de plusieurs oflieim supérieurs perses. Cependant, malgré tant d’ennemis, la puissance d’Athènes se relève; les troupes de cette république tiennent tête sur mer, avancent sur Bizance, reprennent tout ce qui leur avait appartenu dans la Thraee (410, 409 et 408 av. J.-C.;,
Alcibiade retourne à Athènes après un long exil; le peuple 1 accueille avec joie, sa réception fut splendide: il parle en présence de la multitude, qu’il sait éiriouvoir, et tout son passé lui est pardonné,
w Bîent6t a dit Xcnophon fl), il est proclamé généralissime avec pouvoir absolu, comme seul capable dé rétablir la république dans son ancienne splendeur. »
Quoi qu’en disent les historiens, je crois que la réception laite a Alcibiade fut plus officielle qyespon-
(I) Xénophcm, comme Thucydide, a vu lm guerres ci les révoinlions qu’il décrit. Je l ui consacrerai une notice assez étendue dans te tome suivant
r. i:Kn k l du l’éuwortÈsE. !47
Caaée ; que la bourgeoisie, alors au pouvoir, tenait 1 grandir son héros au détriment île Thrasybule, et qu'elle seule le créa généralissime , car elle seule avait des droits et remplissait tes fonctions de l'ÉtaL Après cette observation continuons :
Alcibiade partit d’Athènes avec une Hotte nombreuse, qu’il ne tarda pas à laisser au soin de son Éie-amiml Àntiochus, en lut recommandant * ditou, de ne point attaquer Lysandre, le successeur j de Cratésippidas à la tête de la Hotte lacédémouionne* Il se rendit auprès de Thrasybule, qui fortifiait la ville de Phoeée, Én son absence, ses vaisseaux et ceux de Ly sandre en vinrent à se charger : Les Lacédémoniens furent vainqueurs.
Les Athéniens qui purent échapper s’enfuirent a Sûmes; leurs adversaires se retirèrent h Éphèsea Alcibiade se rend aussi à Samos, dïtXênophon, fait voile avec toute sa flotte vers le port A Éphèsê, et la range devant l'embouchure du port, prêt, si fou voulait, à livrer bataille, mais voyant que Lysandre ne sortait pas, se sentant le plus taïble. Il retourne è Samés. Peu après les Lacédémoniens s'emparent de Delphion et d’Éioue.
« Bientôt la nouvelle du combat naval est portée • dans Athènes ; ou s’indigne ©outre Alcibiade, on impute ta perte des vaisseaux h sa négligence et a ses débauches * on élit dix autres généraux, Lotion* Komédon, Léon, PérïclüS, Êrasinide* Aristocrate, Arche$tate,Protomachus, Thrasylle, Âristogène. Alcibiade, voyant aussi que l'armé a inurïuurüit contre toi, se retira avec une seule galère dans la Cherso-
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nèse, ou il possédait un château (407 av. L-G,). t Conon se rendit à Samos f et prit le commande' ment de la Hotte, qu'il trouva découragée; maisItis et les autres généraux cherchèrent à la ranimer* Ils se mirent en campagne, sous de mauvais auspices; iis ne furent pas heureux : Callieratidas„qui venait de remplacer Lysandre à la tête de la flotta lacédémoniërine, les battit complètement Beaucoup de vaisseaux furent pris, d'autres mis en fuite, d’autres bloqués dans le port de Mitylène, d’autres détruits dans diverses rencontres* a Cependant les Athéniens* dît Xénopiton, informés de ce nouvel échec, joint au siège de la flotte, i décrétèrent un nouveau secours de cent-dix vais- ! seaux; tous ceux qui étaient en âge de porter les armes , itères ou esclaves, s’y embarquèrent avec une partie de la cavalerie; dans l'espace d'un mois, la lîotte est équipée, » Ils se mettent en mer; «le nouvelles forces viennent se joindre aux leurs* Lfl > nombre des vaisseaux était de plus de cent-dir quante. Callicratidas vînt les attaquer*
« On se battit longtemps, dit Xénoplion, d'abord serrés et ligne contre ligne, ensuite dispersés* Callîcratidas, du premier choc de son vaisseau, tomba dans la mer, qui l'engloutit : bientôt son aile gauche 1 est enfoncée par l'aile droite de Protomachus * lî|| partie des Péloponésiens fuit à Chio; ie plus grand nombre se retira dans la Phoeide* a Les Athéniens avaient perdu vingt-cinq galères, les Péloponésiens au moins soixante-dix. Cette bataille fut appelée b bataille des Argi mises, vu qu'elle avait été livrée près
GUERRE DU PÉLOPOKÈSE, 149
des îles de ce nom- Peu apres on fil îe procès aux généraux pour n'en avoir pas poursuivi toutes les conséquences : on leur reprochait aussi de n'avoir pas enlevé les corps des naufragés, qui avaient tant contribué au succès de la journée. Leur plus ardent , accusateur était surtout Thékaotèse, le chef du parti bourgeois, qui détestait avec la même cordialité les nobles et les démocrates ; Socrate se fit ,leur défenseur, maïs en vain ; huit de ces généraux vainqueurs furent condamnés k mort et exécutés; le brave Thrasylle, l’ami de Thrasybule, fut du nombre. Ce | fat là un crime très préjudiciable à ta république (406 av. J.-C.).
Ce crime fut suivi d’un grand malheur pour les Athéniens : leur tloLte se laissa surprendre par Lysandre àÆgos-Polamos, malgré, dit-on t les aver- | Ifesemcnts d'Alcibiade : elle fut entièrement dé- I truite, h l'exception de neuf vaisseaux, avec lesquels Couon put se dérober h fennemi. Les Lacédémoniens firent, périr tous les prisonniers athéniens, excepté Àdimante; ils prétendaient agir par représailles. Mais il faut dire que Xénophon , ainsi que Thucydide, accueillent avec un grand plaisir tout ce qui peut être favorable auxLacédémonieus, prê- , jniliciable aux Athéniens, leurs compatriotes ( 405
ar.J,-c4
fsiégre et prl»c dAibètieK. — Fin do lu guerre,
«Cependant, dit Xénophon, le Paraltin (Pundos ! neuf vaisseaux qui avaient pu s’échapper) arrive de huit ; la nouvelle désastreuse se publie; des gémis-
150 Grèce,
semants la partent du Pires et de ses longs murs jusqu’à la ville ;elle passe de bouclie en bouche. Cette nuit, personne ne dormit, ils pleuraient les morts. Le lendemain, assemblée générale : on y arrête qtfen bouchera tous les ports, un seul excepté*, qu*oa réparera les brèches, qu'on fera partout bonne garde, qu’en tin on sc disposera à soutenir un siège,
« Tandis qu’ils s'occupaient des préparatifs necessaires, Lysandre arri va de FHelïcspont à Le&bos, avec deux cents voiles , donna une constitution dé?, cemviraie aux villes de File, entre autres a Mitylèae et dépêcha Étéomce avec dix vaisseaux versceiks fie T h race, qui toutes embrassèrent le parti de Lacédémone : le reste de la Grèce, aussitôt après le combat naval, avait abandonné Athènes; les S*miens seuls s étaient maintenus dans la dêmovnitti en égorgeant les nobles ,
« il îulbrnm ensuite sa république, et Agis qui était à Déeélie, qu'il approchait avec une Hotte ik deux cents voiles. Aussitôt les Lacédémonie^ed les Pélop onusiens, les Argieus exceptés, se levèrent en masse à F ordre de Pansa nias, F un des rois (k Sparte. Dès qu'ilsfurent tous assemblés, Pausanïas se mit à leur tête, et vint camper près d’Athènes, dans le Gymnase qu'on appelle ^cadèmie.
« Lysandre, arrivé à Hgïue, en remit en posées* si on ses anciens habitants, dont il enrôla le plus possible. Les Mêlions et antres bannis jouirent tk îa même faveur, 11 saccagea ensuite Saturnine, d aborda avec cent-eiuquantc voiles au Tirée, où dd lors aucun navire ne put entrer.
tiUEftUE DU EéïOPDNÈSE*
n Les Athéniens, assiégés par terre et par nier, ne savaient quel parti prendre : dénués de vaisseaux, d’alliés, de vivre s, ils croyaient tout perdu, s’attendaient aux mauvais traitements qu’ils avaient exer¬
cés, non pour se venger des injures reçues mais par emportement, contre des petites bourgades , dont le seul crime était d’amir marché sous les étendards lacêdémonicns. Ils rendirent donc aux citoyens ilétris tous leurs droits, et soutinrent le siège sans palier de capituler, quoique la l'amine luîit beaucoup
de monde dans la ville.
« Cependant, quand le blé vint a manquer entièrement, on dépêcha vers Agis; on voulait l’alliance des Lacédémoniens, en conservant les murs du Cirée : à ces conditions la paix serait conclue, U dit aux députés d’aller à Sparte, comme n’ayant pas ir pouvoir de traiter. Les députés portent cette nouvelle aux Athéniens, qui les envoient à Sparte. Arrivés à Sclksie, ville frontière, les éphores , entendant les mêmes propositions que celles déjà faites à Agis, leur ordonnent de se retirer, et de revenir après une plus mûre délibération. Le découragement s’empare dos esprits ; la servitude semblait a tons inévitable ; et d’ailleurs , jusqu’au retour de nouveaux députés, combien de citoyens périraient par la famine ! Personne n’osait proposer la démolition des murs, depuis qu’on avait emprisonne Archestate, pour avoir dit en plein sénat que « meilleur parti était d’accepter la paix aux conditions proposées par les Lacédémoniens. Or il proposait d’abattre dix stades de l’un et de l’autre côte
des longues murailles,et un décret interdisait toute délibération à ce sujet*
« Telle était la position des affaires, lorsque Thé- RAMENE dit clans I assemblée que si on le députait vers Lysandre, il serait en état de déclarer à son retour si Lacédémone veut démanteler Athènes pour Passera f, ou par mesure de sûreté* On l'envoya ; mais son séjour près de Lysandre dura pim de trois mois. Jl attendait que (es Athéniens, entièrement dépourvus de subsistances , fussent disposh à un accommodement Quelconque. De retour au quatrième mois, il assura ses concitoyens que Lysandre rayait retenu jusqu’alors, et qu’à la fin il l’envoyait à Lacédémone, la ratification du traité ne dépendant point de lui, niais des éphores. Sur cela, Tliéramènc lut nommé, lui dixième, pour aller à Lacédémone, avec plein pouvoir (404 av* J.-CA »
Est-il besoin de dire que Théramëne et les autres députés accédèrent a tout ce que voulurent les Lacédémomens !,*.
La paix fut donc conclue, dit Xénophon, aux conditions qu’on démolirait les fortifications dg
PinÉE ET LES LONGS MURS QUI JOIGNAIENT LE PORT A LA VILLE; QUE LES ATHENIENS LIVRER AIENT TOUTES LEURS GALÈRES, A La RÉSERVE DE DOUZE; Qü'lLS RAPPELLERAIENT LEURS EXILÉS, ET FERAIENT LIGUE OFFENSIVE ET DEFENSIVE AVEC LES LACÉDÉMONIENS*