CLASSES DIVERSES
poussons les réflexions du philosophe, aussi fausses qu'injurieuses pour la multitude.
Outre les trois classes maîtresses du sol, Diodore en compte encore trois autres : celle des pastel:rs, celle des Aasiq^r^ps, et celle des artisaxs.
Voilà une classification recevable, à laquelle nous nous permettrons cependant d ajouter les MAR¬ CHANDS.
Les pasteurs s'occupaient spécialement de leurs troupeaux; les agriculteurs passaient leur vie à cultiver les terres qui leur étaient affermées par les rois, les prêtres, ou les guerriers; les artisans pratiquaient le métier qu'ils avaient reçu de leurs pères, et ne pouvaient faire autre chose.
« Il faut considérer, {lit Diodore, que les arts ont « pris un grand développement chez les Égyptiens
* et ont atteint un haut degré de perfection. C’est « Fc mil pays où il ne soit pas permis à un ouvrier « de remplir une fonction publique ou d'eæerccr un
* autre état que celui qui lui est assigné par les lois <i ou qu’il a de ses parents ; par cette restrie- « don, l'ouvrier n'est détourné de ses travaux ni a par la jalousie du maître, ni par les occupations fl politiques.» Suivent ces réflexions : «Chez les aufl très nations, au contraire, on voit les artisans a presque uniquement occupés de l'idée de faire « fortune; les uns se livrent à l'agriculture, les au- « 1 res au commerce, d'autres encore exercent deux fl ou trois métiers à la fois; et dans les étals dé-
* mocratiques, la plupart courent aux assemblées « populaires et répandent le désordre en vendant
EGYPTIENS
« leurs suffrages, tandis qu un artisan qui, citez les « Égyptiens, prendrait part aux affaires publiques « ou exercerait plusieurs métiers à la fois, encour- « rait une forte amende. Telles sont la division sotf ciale et la constitution politique que les anciens « Égyptiens se transmettaient intactes de père en « fils, »
Profitons des renseignements de Dïodore, mais gardons-nous d’adopter ses principes*
Les hommes qui ne possèdent point de fortune, dît-il * n’ont aucun lien qui les attache au bien commun J—Maïs n’ont-ils pas leurs entants, leurs amis, leurs parents, les tombeaux de leurs aïeux? N’ontils pas quelque chose au fond du cœur qui leur dit; aimez la patrie, lors môme qu’elle est injuste à votre égard? Et puis, ne connaît-on pas les faits du passé? ignore-t-on que tes États démocratiques oni été les plus difficiles à vaincre? Que ce sont surtout les pauvres qui ont défendu jusqu’à la mort toute ville qui croule sous les coups de l'ennemi? 11 ne faut que se rappeler.
L’ouvrier égyptien ne pouvait choisir le métier qui convenait à ses goûts; et Diodore, sur lequel Bossuet et d’autres écrivains renchérissent extrêmement, considère cette sujétion comme un principe de progrès pour l’art et pour l’industrie. Mais peuton donner gain de cause à l’Égypte sur la Grèce? aux ouvriers de l’Égypte sur les ouvriers d’Athènes et de Florence, États parfaitement libres, modèles de démocratie? C’est impossible; et ceux qui soutiennent le contraire parlent en aveugles, en co-
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pistes serviles des vieilles erreurs; ils dédaignent de consulter la vérité des faits, et c’est un tort. Le véritable génie, on peut s’en convaincre, est toujours du côté de la démocratie.
Diodore, après avoir parlé de l’Égypte, dit %ue chez les autres nations les artisans se livrent à toutes sortes de métiers ; que dans les États démocratiques particulièrement, ils courent les assemblées politiques, vendent leurs suffrages et engendrent le désordre.—Celui qui vend son vote est coupable, sans doute, et nous devons le flétrir, car il commet une mauvaise action; mais que dire du riche qui court aussi les assemblées, non pour vendre son voté, mais pour mentir, pour séduire, pour tromper, pour corrompre, et qui abuse l’ignorance et la pauvreté? Oh 1 celui-là, nous devons le flétrir soixante et dix fols, bien que Diodore et tant d’autres n’aient point compris et blâmé son crime.
Ce que nous venons de citer de Diodore fait connaître les classes diverses en Égypte; la contrainte à laquelle les ouvriers étaient soumis, bien qu’ils ne lussent point complètement esclaves, vu qu’ils notaient que les esclaves de la toi, de la lui qu'ils n'avaient point faite, il est vrai.
Nous voyons dans le vieil auteur que chez les autres nations, ou du moins chez la plupart d’entre clics, les artisans étaient libres dans le choix de leurs métiers; que dans les démocraties ils couraient les assemblées et avaient droit de vote. Ils étaient donc citoyens dans toute la rigueur du mot. Et ici je croîs devoir prier nos écrivains contempo-
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rains, eî surtout Igs plus populaires et 1ns mieux lltenlionnés, do prendre en considération les renseignements que je mets sous leurs yeux.
Le maître cultivateur était ce que nous appelons j un fermier; it vivait, il s'enrichissait par le travail, sans jamais pouvoir devenir propriétaire d'une partie quelconque du sol; le pasteur avait des troupeaux dont il était le gardien et dont il pouvait devenir le maître parfois; [artisan héritait du métier 1 de son père, ou recevait celui que la loi lui imposait; îl n'avaît qu'un seul droit : celui de vivre par le travail,
E 11 dehors de ces trois classes laborieuses, sans droits politiques, esclaves de 3a loi qu’ils n'avaient point faite , il y avait* comme chez tous les peuples anciens, des esclaves dans toute l'acception du mot; ceux-ci ne constituaient pas unedasse, c'était un troupeau, un objet, une marchandise, de laquelle on pouvait trafiquer.
Parquer les hommes par classes, renfermer chacun dans un état spécial, soit que ccl état lui plaise ou ne lui plaise pas; empêcher le guerrier de cultiver la terre ou d'exercer un métier quelconque et l'artisan de philosopher si son aptitude le porte rlc ce coté, c'était porter au progrès une grave atteinte, c'était détruire le génie dans son germe et dans son développement; c'était entraver la marche de l'humanité*
L'organisation des classes en Égypte avait des rapports directs avec l'organisation des classes on castes dans l'Inde. II est probable que l'Égypte
cultes des AimiÀtrx* 45
imita l’Inde, à moins que les prêtres législateurs do tous les pays n'aient eu, d'inspiration, la mémo antipathie pour la liberté et la considération des travailleurs* Nous parlerons en son lieu des castes de T Inde,
Nous avons parlé des dieux do l’Égypte et dit que les animaux avaient eu des autels *
Ce culte, suivant une opinion très ancienne, était fondé sur la reconnaissance* La vache, dit-on, donne naissance a des bœufs travailleurs, et laboure elle-même un sol léger; la brebis met bas deux fois par an, et procure 3e laît et la laine ; le chien sert h la chasse et a la garde des troupeaux et des maisons ; le chat peut garantir des morsures des serpents et autres reptiles; T ibis détruit les serpents , 1rs sauterelles et les chenilles ; Tépervier tue les scorpions* les cérastes et les petits animaux dont les morsures sont souvent mortelles pour l'homme. Ainsi se trouve expliqué cet étrange culte par des savants auteurs.
Mais s'il faut vénérer tout ce qui rend a l’espèce humaine des services réels, les prêtres n'auraientils pas mieux fait d’adorer, ou du moins de vénérer les paysans, les bergers, tes artisans et même les esclaves qui leur procuraient la nourriture , les logements et toutes les aises de ïa vie? On adorait une bête à cause de ses labeurs, et on méprisait un ouvrier a cause de ces mêmes labeurs, qui le rendaient vil a leurs yeux. Quelle ridicule inconséquence î*** Mais ce mépris du travail et des travailleurs ne date point des premiers temps des sociétés, il sc déve-
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loppa avec jcs vices et les préjugés des grands, nous le ferons remarquer ail le lits*
« Les Egyptiens , dît Dîodore de Sicile , & attri- « buent rinvedtion des lettres et F observation prî- « mitive des astres; ils s’attribuent aussi T invention « de la science géométrique et de la plupart des « arts; ils se vantent également d’avoir promulgué « les meilleures lois. »
D’après les principes constitutifs de la nation, les rois ne pouvaient agir selon leur bon plaisir; ils étaient soumis à des lois promulguées dans les temps anciens. Pour ministres, ils avaient ordinairement les Ois des premiers prêtres : cela tenait encore du l'Inde. Dams.la monarchie égyptienne, où le peuple ne prenait point de part h la chose publique, le roi était irresponsable, sacré, et ses fautes retombaient sur ses ministres, sur scs conseillers. C’était comme dans les monarchies constitutionnelles de l’Europe actuelle; ù une différence près : c’est qu’ici aux prêtres et aux guerriers qui entourent le roi ou la reine, il faut ajouter les commerçants et les riches île toutes conditions* Quant a la responsabilité, elle est fictive dans le temps présent, elle l’était également dans les temps anciens: aux révolutions soûles appartenait de punir les grands coupables qui trop longtemps avaient violé la loi et opprimé les citoyens*
Dans chaque nome ou province, il y avait un nomarque, ou préfet, qui l’administrait.
L'ordre judiciaire avait une grande importance : il fallait punir les coupables, protéger les offensés, j