DÉTAILS DIVERS
cette population n'était plus que de trois millions d'habitants. Elle a encore décru depuis,
Ouiirlerci employés anx trai om de* naines d‘or.
Parlons de l’exploitât ion des mines d'or. Qu’on le sache, dans tous les temps, ceux qui ont arraché des entrailles de la terre le métal le plus précieux, ont été les plus malheureux de tous les homnvs. C’est à Diodore de Sicile que nous devons les renseignements que voici :
* A l'extrémité de l’Égypte, entre les confins de l'Arabie et de l'Éthiopie, se trouve un endroit riche en mines d'or, d’ou Ton tire ce métal à force de bras, par un travail pénible et à grands frais. C’est un minerai noir, marqué de veines blanches et de taches resplandissantes* Ceux qui dirigent les travaux de ces mines emploient un très grand nombre d'ouvriers, qui tous sont ou des criminels condamnés, ou des prisonniers de guerre, et même des hommes poursuivis pour de fausses accusations et incarcérés par animosité ; les rois d’Égypte forcent tous ces malheureux, et quelquefois même leurs parents, h travailler dans les mines d’or; ils réalisent ainsi la punition des condamnés tout en retirant de grands revenus du fruit, de leurs travaux. Ces malheureux, tous enchaînés, travaillent jour et nuit sans relèche, privés de tout espoir de fuir, sous la surveillance de soldats étrangers, parlant des langues différentes de rîdiônie du pays, afin qu ils ne puissent être gagnés ni par des promesses, ni par des prières.
ÉGYPTIENS
* La roche qui renferme Por étant ties compacte, on la rend cassante à Paidc d'un grand feu , et on la travaille ensuite des mains : lorsque le minerai, devenu ainsi friable, est susceptible de céder à un effort modéré, des milliers de ces misérables le brisent avec des outils de fer, qui servent à tailler les pierres. Celui qui connaît la veine d'or, se place a la tête des ouvriers, et leur désigne l'endroit à fouiller. Les plus robustes des malheureux condamnés sont occupés à briser ie silex avec des coins de fer, en employant à ce travail, non le moyen de Part, mais 3a force de leurs bras. Les galeries qu'ils pratiquent de cette façon ne sont pas droites, mais vontdans3adirection du filon métallique; et comme dans ces sinuosités souterraines, les travailleurs se trouvent dans P obscurité, ils portent desflambeaux attachés au front. Changeant souvent la position de leur corps, suivant les qualités de la roche, ils font tomber sur le sol les fragments qu'ils détachent. Ils travaillent ainsi sans relâche sous les yeux d f un surveillant cruel qui les accable de coups.
Des enfants encore impubères pénètrent, par les galeries souterraines, jusque sous les cavités des rochers, ramassent péniblement les fragments de minerai détachés et les portent au dehors, àPenlréede la galerie. D’autres ouvriers, âgés de plus de trente ans, prennent une certaine mesure de ces fragments et les broient dans des mortiers de pierre avec des pilons de fer, de manière à les réduire de la grosseur d’une arobe (fruit semblable a une lentille). Le minerai ainsi pilé est pris par des femmes et des
TRAVAUX DES MINES d'OU. Ôl
vieillards qui le mettent dans une rangée de meules, et, se plaçant deux ou trois à chaque manivelle, ils réduisent par la mouture chaque mesure de minerai pilé en une poudre aussi fine que la farine. Tout le monde est saisi de commisération îi l’aspect de ces malheureux qui se livrent à ces travaux pénibles, sans avoir autour du corps la inouïdre étoffe qui cache leur nudité. On ne fait grâce m à l'infirme, ni à l'estropié, ni au vieillard débile , ni à la femme malade. On les force tous au travail à coups redoublés, jusqu'à ce que, épuisés de fatigue , ils expirent à la peine. C’est pourquoi ces infortunés, ployant sous les maux du présent, sans espérance de l’avenir, attendent avec joie la mort qui
leur est préférable à la vie.
« Enfin, les mineurs ramassent le minerai ainsi moulu et mettent la dernière main an travail, ils l’étendent d’abord sur des planches larges et un peu inclinées; puis ils font arriver un courant d’eau qui entraîne les matières terreuses, tandis que l or, plus pesant, reste. Ils répètent plusieurs lois celte operation, frottent la matière légèrement entre lés mains, et, en l’essuyant mollement avec des éponges fines, ils achèvent d’enlever les impuretés jusqu’à ce que la poudre d’or devienne nette et brillante. D’autres ouvriers reçoivent un poids détermine de cette poudre et la jettent dans des vases de terre; ils y ajoutent du plomb en proportion du minerai, avec quelques grains de set, un peu détain et du son d'orge. Après quoi ils recouvrent les vases d’un couvercle qu’ils lutent exactement elles expo-
ÉGYPTIENS
sent h an feu de fourneaux pendant, cinq jours et cinq nuits, sans discontinuer. Iis les retirent ensuite du feu et les laissent refroidir. En les découvrant, ils n’y trouvent autre chose que l'or devenu très pur et ayant un peu perdu de son poids; toutes les autres matières ont disparu.
« Tel est le mode d'exploitation des mines d’or situées sur les confins de l'Egypte. Ces immenses travaux nous font comprendre que l'or s’obtient difficilement, que sa conservation exige de grands soins et que son usage est mêlé de plaisirs et de peines. Au reste, ta découverte de ce minerai est très ancienne et nous vient des premiers rois, a
Les paroles de Biodore nous font connaître que 1 exploitation des mines d’or avait alors fait des progrès; que des ouvriers d’un pays dont on célèbre h sagesse subissaient les plus horribles traitements; que l 1 arbitraire classait parmi les coupables des enfants, des vieillards, de nombreux innocents, et nous voyons avec plaisir que le vieil auteur sicilien n'est pas sans compassion pour tant de misères et de douleurs.
Je n'ai pas parlé de tous les rois qui ont régné sur l’Egypte; je n'ai pas donné la longue liste de leurs noms, liste confuse, arbitraire, différera te dans chaque historien, et brisée par d'immenses lacunes de règnes; je n’ai pas parlé des médailles, des hiéroglyphes, des voyages, des recherches des Champollion et autres savants; je n’aî rien dit des sources du Nîl, de sa marche, de ses inondations périodiques, des bienfaits qu’il répand sur l'Egypte; je
TRAVAUX DES MISES d'OR.
ii ui point parlé des plantes, des animaux, des productions diverses qui sont propres à ce pays. Non, je n’ai pas dit tout ce qui se rattache à l'Egypte. El le pouvais-je sans faire un amas considérable de volumes? Pour TEgypte comme pour les autres peuples, je me suis proposé un plan, un but; je dois suivre ma marche, je dois ne point dévier; etj’en suis certain, le lecteur de bonne foi, 1 homme du peuple, que j’ai en vue de servir plus particulièrement, s’en trouveront bien.
Quittons PÉgypte; d’autres parties de son histoire et de tout cc qui lui est propre reviendront sous notre plume quand il en sera temps.