‹ Histoire démocratique des peuples anciens et modernesChapitre 38 sur 45 · LYCURGUE · texte numérisé non relu

LYCURGUE

1 er des lois absurdes sur la diffamation; et en effet, ou ne doit punir que le mensonge.

Plutarque nous dit que Lycurgue voulut qu’on a employât que la cognée pour faire les planchers des maisons et la scie pour faire les portes » afin que dans des maisons si simples on ne pût mettre ai fit à pieds d’argent, ni tapis de pourpre, ni vaisselle d’or. 11 y a ici de l’exagération et un peu de confusion. On voit bien que Plutarque n’était pas menuisier*

Lycurgue défendit de faire souvent la guerre au même peuple, de crainte de Faguerrir.

Le législateur s’occupa des femmes* Elles devaient se livrer aux rudes exercices ainsi que les hommes. « 11 voulut, dît Plutarque, que les filles « se fortifiassent en s’exerçant à la course, k la lutte,

* à lancer le disque et le javelot * » De ces jeunes personnes devaient naître v suivant te législateur, des enfants vigoureux* « Il les accoutuma, ajoute le « môme auteur, à paraître nues en public, comme « les jeunes gens, h danser, à chanter à certaines 0 solennités en présence de ceux-ci. » Plutarque dit que « cette nudité n’avait rien de contraire aux « mœurs, parce que la vertu leur servait de voile:* et qu’au reste ces danses, ces exercices auxquels les jeunes filles se livraient toutes nues, étaient une amorce pour les jeunes garçons, et que des mariages en résultaient pour le bien du pays.

Le célibat était fort mai noté à Sparte.

L’éducation des jeunes filles était extraordinaire, et les mariages ne Fêlaient pas moins; ils devaient

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se faire par enlèvements; et Plutarque en glorifie), législateur en ces termes : « Après avoir mis dam « les mariages tant d’ordre et de réserve, il

pas moins d’attention à en bannir cette raine jalousie qui convient tout au plus à des femmes. If lem fit regarder comme une chose honnête, non seule- , ment d’exclure du mariage la violence et le désor- ' dre, mais encore de permettre à ceux qu'on en jugerait dignes d’avoir des enfants en commun....

« Il était permis à un vieillard, mari d’une jeune femme, d’introduire auprès d’elle un jeune hommt honnête, pour qui il avait de l’estime et de Pamjtir, et de reconnaître, comme s’il était à lui, Tenlant qui naissait d’un sang généreux. De même, un homme bien né, qui voyait à un autre une femme

belle, sage et mère de beaux enfants, pouvait la demander à son mari pour avoir d’elle des enfants bien conformés...

rt Lycurgue prétendait que les enfants n'étaient jms en particulier à leurs pères, mais qu'ils apparie* liaient ù fKtaL,. Il taxait de sottise et de vanité les règlements des autres législateurs sur Je mariage; « Ils cherchent, disait-il* pour leurs chiennes et pour leurs juments, tes meilleurs chiens et les mcil- " ^ curs étalons : ils les obtiennent de ceux qui les rt ont k force de prière et à prix d’argent ; et ]mn « femmes, ils les renferment dans leurs maisons » « ils les gardent avec soin, afin qu'elles n'aient deort fants que de leurs maris, quoique souvent ceux* « ci soient imbétilîes, infirmes ou décrépits.,. » Plutarque ajoute que Lycurgue « était guidé en

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cela par des raisons prises de lu nature et de la politique, » et que <i loin que ces usages rendissent les femmes aussi faciles qu’elles Font été dans la suite, l’adultère n’étaît pas même connu è Lacédémone. w

Il faut convenir que Plutarque est un peu Béotien en ceci. « L'adultère, dit-ïl T n'était pas meme connu à Lacédémone. » Pourquoi n’était- il pas connu? C'est parce qu’on lui donnait un autre mm, ei qu'on avait fait d’un vice une vertu. On connaissait donc la vertu, puisque vertu il y a, et non le vice,

* Un père, dit Plutarque, n’était pas maître d’é- « lever son enfant. Dès qu’il était né, il le portait ■ dans un lieu nommé tesché, où s’assemblaient les « plus auciensdechaque tribu. lis le visitaient... SU fl était contrefait ou d’une faible complexion, ils « Venvoyaient jeter bans un gouffre voisin du a Tayqète, et qu'on appelait les Àpolhêtes, » Si, au contraire, l’enfant était vigoureux, ils ordonnaient de le nourrir, et on lui assignait une part de terre.

Soustraire les enfants a des parents qui les élèvent comme des pourceaux, et faire des hommes et non des bêtes de ces jeunes créatures, c’est fort bien; mais les détruire, même les plus faibles, c’était insulter à Dieu.

Les enfants ne devaient jamais être emmaillotés; ils devaient toujours conserver la liberté de leurs mouvements, et nous approuvons cela.

Tous les enfants au-dessus de sept ans étaient distribués par classes et organisés militairement.

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Iis devaient se livrer à de nombreux exercices de corps et d'esprit. Souvent ils jouaient ensemble tout nus. D'autres fois ils se livraient à la composition , au raisonnement ou chantaient en chœur des hymnes guerriers*

Plutarque nous dit qu'il leur était ordonné d’aller voler du bois, des légumes dans les jardins ou dans les salles des repas publics; que s'ils étaient surpris on les fouettait pour avoir été maladroits, et qu'enfîn on voulait faire des soldats, des maraudeurs, des hommes rusés et hardis, profitables à Sparte quand il en serait temps.

Ces lois étaient faîtes en vue de la force, delà puissance exclusive de la ville, mais non en vue de la justice et de l’humanité.

Tous ceux qu'on avait proclamés citoyens jouissaient de la liberté et de l'égalité ; mais les descendants de l'ancienne population d'Hélos qui, répan* dus dans tout le territoire de la république, cultivaient, sous le nom d'Hiïoles, les propriétés des Spartiates et des Lacédémoniens, étaient réduits à la plus dure servitude. On se faisait un divertissement, un bonheur de les dégrader, de les maltraiter

« Les Spartiates, dit Plutarque, les traitaient en « tout temps avec la plus grande dureté; ils les for* « çaient de boire avec excès, et les menaient eu cet « état dans les salles oii Pon mangeait, pour mon- « trer aux jeunes gens combien l'ivresse était lion* <* teuse. Là ils les obligeaient de chanter des cban- « sons obscènes, de danser d'une manière indécente « et ridicule, et leur défendaient tout ce que les

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* amusements avaient île décent et d’honnête. » Ainsi, on cherchait par tous les moyens à énerver, à corrompre les esclaves, afin qu'ils ne pussent jamais invoquer la force et la justice, et conquérir leur liberté. Cela était infâme. Voici maintenant de la froide cruauté :

« Les gouverneurs des jeunes gens, dit Plutarque, n envoyaient de temps en temps eourir dans la camw pagne ceux à qui ils connaissaient le plus dV u dresse et de prudence, et ne leur donnaient que « des poignards avec les vivres nécessaires* Ces « jeunes gens, se dispersant chacun de son côté, se « tenaient pendant le jour cachés tranquillement n dans des endroits couverts, et n'en sortaient que v la nuit pour se répandre dans les grands che- « mi ns, et égorge r tous les hïlotbs quils reneonh traienC Sotromi même, en plein jour, ils tuaient a dans les champs les plus forts et (es plus robustes « de ces esclaves. »

Voilà comment on traitait à Sparte, dans des chasses appelées embuscades ou cryptie, des hommes que Dieu avait fait naître pour la liberté*

Les citoyens de Sparte né devaient point s occuper de culture et d'industrie.

« Tant qu T üs Savaient point de guerre, dit Plu- « t&rque* cen'êtait dans la villeque fêtes, que danses, « que banquets, que parties de chasse, qu exercices a ou entretiens communs* »

Pour les Spartiates, ne rien faire, c’était vivre en hommes libres; travailler, c'était vivre en esclaves. Les HIEOTES labouraient les terrés pour eux; les

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artisans leur apportaient le fruit de leur labeur, cl le mépris et 1 outrage étaient la récompense du ] bienfait. «

tr Une des plus belles eldesplus heureuses instî- « tutions de Lycurgue, dit Plutarque, c’était d’avoir 1

ménagé aux citoyens le plus grand loisir, en leur « défendant de s occuper d’aucune espèce d’ouvragt a mercenaire.,.* Ils regardaient comme une occu- 1

fl patiotl EASSE ET SERVILE (CeXCKCCf d€S a ri 5 Vlêcür « niques» r> I '

Comme nous sommes loin des temps primitifs:

et comme les idées et les sentiments que nous venons d’exposer diffèrent de ceux d’Homère et d'Hésîode !.. Si cependant on avait supprimé les Hilotes 1 et les artisans, que seraient devenus ces fiers Spartiates?..* i

Ce qu’on appelle le langage laconique ou bref, vient des habitants de la Lacoxie ou des Spartiates- 1 Citons quelques-unes de leurs réponses si con- 1 cises*

Un homme, très absolu dans sa famille,conseillait à Lycurgue d’établir la démocratie a Lacédémone* Le législateur lui répondit : a Commence par 1 établir dans ta maison. » On demandait a Lycurgue s il entourerait Lacédémone de murailles. Il répondit : « Une ville n’est jamais sans murailles « quand elle a dans son enceinte de vaillants ci- !

fl lovons. » On lui demandait une autre fois coni- 1

ment les Spartiates repousseraient les invasions des ennemis. Il répondit : « Ce sera en demeurant tou- 0 J 0Urs pauvres, et ne voulant pas avoir plus de

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biens l’un que l'autre,» Cette réponse est bonne, Riais elle eût été excellente s'il n’y avait en que des citoyens et point d’esclaves dans sa patrie,

! Un étranger disait que dans son pays on l'appelait l’ami des Lacédémoniens, « Il vaudrait mieux,

* lui répondit un Spartiate , qu’on vous appelât U Pami de vos concitoyens. » C'était là répondre à merveille.

les Spartiates dans leurs réparties étaient sou- 1 vent énergiques et vrais; parfois blessants, parfois absurdes, et d'autres fois , en dépit de la louange Uifon s’est plu h leur prodiguer, au lieu d’atteindre Uusublime, ils ^atteignaient qu’au paroxysme de l’orgueil. Je n’en citerai qu’une seule preuve.

Les Lacëdémonïennes jouissaient d’une grande autorité dans l’intérieur de la maison. Un jour on disait à Tune d’elles : vous êtes les seules femmes, vous Lacédëmonïennes, qui commandiez aux hommes. Cette femme répondit : « C’est que nous som-

I mes tes seules qui mettions au monde des hom-

* mes. »

Voilà ce qu’on prend généralement pour du sublime- voilà ce que je prends, moi, pour le délire (te l'orgueil, Cependant, je le reconnais, cet orgueil excitait Faudace et l’énergie guerrière des Spartiaîes ; ils lui durent une partie de la haute influence rtonl ils jouirent pendant si longtemps aux yeux des Grecs et des étrangers.

On dit que Lycurgue, « charmé de la beauté et

* de la majesté de ses lois, ravi de les voir , pour

II ainsi dire, marcher seules et remplir leur desti-

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* nation, voulut* autant que le pouvait ta prudent humaine, les rendre immuables et immortellesj (Plutarque.) Il assembla tous les citoyens. Il leur dit qu’il y avait un point très important sans doute à ajouter aux. lois qu’il avait données* mais qui ne le leur communiquerait qu’a près avoir consulté Apollon. Tl leur fît jurer de les maintenir telles quelle jusqu'à son retour, et il partit. Il alla consulter IV racle d’Apollon, qui lui répondit que ses lois étaieDt parfaites* « Lycurgue, dit Plutarque , mit cet oracle par écrit et l’envoya a Lacédémone. jj Sa mir sîon était remplie, et comme ses concitoyens devalent se soumettre à ses institutions jusqu'à c* qu’il fût de retour à Sparte, il résolut* pour ne point les délier de leur serment, de n’y retourner jamais; et pour ne pas manquer à sa propre résolution* il sc laissa mourir de faim.

Les lois de Lycurgue n’avaient point été écrite par son auteur; il prétendait que les lois non écrites se gravent plus profondément dans 3a mémoire* Lycurgue était né* nous dit-on, en Tannée 9$ avant Jésus-Christ; il donna ses lois en Tannée 88. et mourut en 87â, à Tige de 54 ans, à Cyrrhl disent îes uns, en Crète disent les autres*

Lycurgue était un grand homme* Après sa mort, il fut vénéré ; on lui consacra des temples, on Tin* voqua comme un dieu. Plutarque dit : « Lycurgue,

« dont nous n’avons ni discours* ni écrits, a réelle- « ment établi une république inimitable* Couvain- « quant d’erreur ceux qui prétendent que le sage, il t£ ‘l qu'il est défini par les philosophes, ne peul

LYCUlGL'E*

i exister, il leur a fait voir une ville entière soumise aux règles de laphilosophie ;et par là il a surpassé ■ ajuste titre la gloire de tous ceux qui ont établi « des règles parmi les Grecs. »

Oui, mais cette philosophie ne comprenait dans fimmanité que la moindre partie des hommes; elle était sans entrailles pour les laboureurs, pour les artisans, pour les étrangers, pour les esclaves; et elle n est point de notre goût- Cependant, nous le reconnaissons, les citoyensde Sparte recevaient une éducation forte; ils semblaient mépriser les richesses; ils jouissaient de l’égalité jusqu'à un certain point; ils aimaient, ils chérissaient, ils idolâtraient la patrie; la patrie était tout pour eux» Sparte était le ciel et la terre des Spartiates; aussi Les trouvait-on toujours prêts à la servir, h combattre et à mourir pour elle. De là leur puissance dans la Grèce ; et la confiance que la Grèce eut en eux.

Pas de guerriers plus vaillants, pas de guerriers plus tenaces que les enfants de Sparte L..L4 se home la louange que nous pouvons leur donner; et ce îi est pas ici que nous voulons placer notre critique à leur égard.

Guerre ilu fiâpwsésiie.

Ce qu’il y eût de plus grave, de plus terrible, de plus éclatant dans la Grèce entière pendant lescent années qui suivirent la mort de Lycurgue, ce fut la guerre de Messénie. Nous devons dire quelques mots de son origine et de ses principaux faits.

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« Ce fut du temps dePhinlas t ditPausama$ T qu’arriva la première brouillerie entre les Messénîens et les Lacédémoniens pour un lait qui n'a jamais été bien éclairci, et que je vais rapporter comme \\ se dit de part et d'autre : sur les confins de la Messenie il y avait un temple de Diane Lîmnatis, où les Lacédémoniens et les Messénîens étaient les seuls des Dori eus qui eussent droit de faire des sacrifices; les Lacédémoniens prétendent que de jeunes filles de teurpays étant venues, selon la coutume, pour assister a la fête de Diane, elles furent violées par les Messénîens; que Téléclus, roi do Sparte, liù d’Archelaüs, petit-fils d'Agésilas, et qui descendait d’Àgis en droite ligne, voulant empêcher ce désordre , fut tué dans la mêlée, et que ces vierges aimèrent mieux mourir que de survivre à leur honte. Voilà ce que disent les Lacédémoniens.

« Mais les Messénîens assurent que les plus considérables d’entre eux s’étant rendus au temple, Téléclus avait voulu les surprendre, afin de s'emparer ensuite de la Messénie qui, pour la bonté de son territoire, était depuis longtemps enviée dtë Lacédémoniens; que pour cet effet ils avaient déguisé de jeunes garçons en filles, et leur avaient fait cacher des poignards sous leurs habits; que cette troupe avait attaqué les Messénîens lorsqu'ils s'en défiaient le moins; que ceux-ci secourus de leurs compatriotes avaient repoussé la force parla force et fait main-basse sur [es agresseurs et surît 1 roi môme; fis ajoutent qm cette entreprise de Téléclus avait été concertée a Sparte, et que 1rs Lsr -

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