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cœurs, il s’efforça de leur faire comprendre la joie qu’il en ressentait, et le désir qu’il avait de les secourir, autant qu’il lui serait possible.
Après ces premiers entretiens, qui se firent par interprète, il s’appliqua à l’étude de lia langue abénakise. Pendant ce temps, il instruisait les malades, qui venaient à lui de toutes parts (1).
Après un court séjour au milieu des sauvages, il descendit la rivière Kénébec, accompagné d’un Abéfiakis, pour aller visiter le fort Taconnock (2), établissement anglais situé sur cette rivière. Il fut bien reçu par les Anglais.
Au retour de ce petit voyage,- il reprit avec ardeur l’étude de la langue abénakise, et fit tant de progrès dans cette étude que trois mois après il entendait et parlait passablement cette langue. Les sauvages en étaient fort étonnés (3).
Il avait une extrême charité pour les malades. Il gagnait les âmes de ces malheureux par les soins qu’il ' donnait à leurs corps. Il les veillait pendant la nuit, lëur portait lui même leur nourriture et la leur servait. Dieu le récompensa de cette grande charité, en accordant la guérison à des malades, dont la mort parais-r sait certaine (4).
(1) Idem. 1647. 52.
(2) De " N’tak8n8k”, il me prend ou il me persécute. Les sauvages avaient donné ce nom à cet établissement, parceque les Anglais, quijr résidaient, ieur suscitaient sans.cesse des querelles Plus tard, 13 appelèrent ce fort « Kaesinnoak», il y en a beaucoup, parceque le nombre des Anglais y avait augmenté. De “ Kassinnoak” lea Anglais firent “Koussinok”; plus tard, ils appelèrent ce fort
Augusta” ; c’est aujourd’hui la capitaledu Maine,
(S) Relations des Jésuites. 1647. 52.
f4) Relations des Jésuites. 1647, 52;
Dans le cours de l’automne, il descendit à la mer, guidé par un sauvage, visita sept à hait habitations anglaises ; puis, il se rendit à la rivière Pentagoët, où il trouva un petit hospice de Capucins, érigé en cet endroit depuis quelques années. Le P. Ignace, supérieur de cet établissement, lui fit la meilleur accueil possible. Après un court séjour avec ce bon religieux, il retourna sur ces pas, remonta la rivière Kénébec, et alla s’arrêter à environ trois milles plus haut que le fort Taconnock. Les sauvages se réunirent en cet endroit, y érigèrent une petite chapelle, et construisirent quinze grandes loges pour leur logement (1).
Ce ne fut qu’alors que le missionnaire, possédant suffisamment la langue abénakise, commença à instruire ses sauvages d’une manière suivie,. Il s’efforça alors de leur faire comprendre l’importance de connaître Dieu, qui les avait créés et qui devait un jour les punir ou les récompenser suivant leurs œuvres.
Lorsqu’il vit que la plupart aimaient à l’entendre et qu’ils paraissaient disposés à suivre ses avis, il commença à s’élever contre les désordres qu’il remarquait parmi eux.
Les principaux désordres, qui régnaient alors parmi les Abénakis, étaient l’ivrognerie, les querelles et la jonglerie (2).
Le missionnaire leur ordonna d’abandonner l’usage
(I) Noua n'avons vu nulle part combien le P. Druillettes réunit de sauvages, en 1646, dans sa mission de l'Assomption. Nous voyons seulement qu’on y construisit quinze grandes loges” pour leur ré.» sidence. Or, comme ces loges pouvaien : quelquefois contenir jus.- ,qu'à sept ou huit familles, nous pensons qu'il y avait environ 500 sauvages, y compris les femmes et les enfants, t(2) Relation des Jésuites. 1647. 53.
DES ABENAKIS.
-des boissons enivrantes, leur faisant comprendre qu’ils ne pourraient, ni se rendre agréables à Dieu, ni attirer sur eux sa protection sans ce sacrifice. Ils y consentirent et promirent d’éviter les excès auxquels ils se livraient si souvent. Ils furent assez fidèles à cette promesse (1).
Il leur recommanda ensuite de vivre paisiblement ensemble, et de faire disparaître les jalousies et les querelles qu’on voyait souvent parmi eux.
Il y avait parmi ces sauvages des Abénakis de différents endroits du pays, ce qui occasionnait de fréquentes querelles entr’eux. On a remarqué chez tous les sauvages que ceux d’une même bourgade sympathisaient toujours ensemble, et ne se querellaient jamais, tandis que ceux de différentes bourgades avaient toujours quelques petites jalousies les uns coutre les autres (2).
Les Abénakis se décidèrent à mettre fin à ce désordre, et promirent de s’aimer les uns les autres. Plus tard, lorsque deux sauvages oubliaient cette promesse et se querellaient, ils allaient à la chapelle, pour se réconcilier et se demander pardon l’un et l’autre. Un jour, un sauvage, poussé parle repentir, à la suite d’une querelle, se rendit à la chapelle, où il se donna luimeme une forte discipline, et demanda pardon à Dieu de sa faute, en présence de tous les sauvages (3).
Le troisième désordre, la jonglerie, était plus difficile à faire disparaître.
(O Relations des Jésuites, 1647. 53.
f2) Idem. 1647. 53.
v(- Relations des Jésuites. 1647. 53.
Les Abénakis avaient leurs jongléürs, ou sorciers^ qui leur annonçaient leur bonne ou mauvaise fortune. Ils comptaient sur ce£ prédictions Comme si elles fussent venues du ciel. Chaque sauvage recevait des"’ jongleurs quelques objets, comme des petites pierres* des os ou autres choses semblables, qu’il conservait précieusement. Quelques sauvages conservaient un grand nombre de ces objets, qu’ils appelaient “ Madaôdos”. Ils prétendaient que ces Madaôdosles protégeaient contre les accidents et les malheurs, et leur obtenaient une bonne fortune à la chasse, au jeu et à la guerre (1).
Le missionnaire s’appliqua à faire disparaître ces abominables superstitions. Il déclara aux sauvages que les jongleurs' étaient des imposteurs, qui les trompaient sans cesse, qu’ils' n’étaient ni plus savants ni plus puissants qu’eux, qu’ils ne se servaient de ces supercheries que pour obtenir d’eux des récompenses. Il leur défendit d’écouter désormais ces imposteurs, et leur ordonna de jeter au feu leurs Madaôdos, qui n’avaient aucune vertu
Les sauvages furent d’abord comme foudroyés par? ce discours. Ils étaient convaincus que le Père commettait une grave injustice, en parlant de la sorte contre des gens, qui, suivant eux, méritaient tant de confiance, et que, de plus, il faisait une imprudence en/ les attaquant, parcequ’ils étaient très-puissants et qu’ils avaient des communications avec les esprits de l’autre monde. Les uns étaient très-étonnés de cette conduite du Père, d’autres, qui avaient déjà de l’affection pour
(I) Relation des Jésuite^- 1647; 53,-
DES ABENAKIS.
lui, en étaient profondément affligés;- Tous étaient Unanimes à croire qu’il succomberait aux coups dé leurs prophètes.
De leur côté, les jongleurs s’irritèrent et se soulevèrent contre le Père. Ils pré tendirent qu’il n’était luimême qu’un imposteur,, puisqu’il osait révoquer en doute leur science et leur puissance, tandis que ces choses étaient si bien connues par la nation, etprouvées depuis longtemps par un grand nombre de faits éclatants. Ils déclarèrent que, par la puissance de leurs sortilèges, ils sauraient bien le punir de cette audace, et que bientôt ilse repentirait d’une conduite si injuste et si téméraire.
Les sauvages hésitèrent pendant quelque temps, ne' sachant quel parti prendre. Mais Dieu avait jeté des yeux de miséricorde sur ce pauvre peuple ; il voulait le retirer des ténèbres de l’ignorance, et briser les chaînes,, qui le retenaient depuis si longtemps sous l’esclavage dü démon. Il permit alors plusieurs faits extraordinaires, qui ouvrirent les yeux à ces pauvres gens, et leur prouvèrent, d’une manière évidente, la véracité et la force des paroles de son ministre comme le ridicule et l’impuissance des meiiaces des jongleurs (d). Nous citerons bientôt quelques uns de ces faits.
Alors, la plupart des sauvages se séparèrent des jongleurs, et abandonnèrent leurs superstitions, protestant hautement que désormais ils n’auraient recours qu’à1 Dieu.
Cependant, quelques uns ne consentirent paa-de suite CI) Relations des Jésuites, 1647; 582 .
à abandonner leurs superstitions, et n’approuvèreiïl pas les autres. Ils pensaient qu’on introduisait parmi eux une nouveauté, qui pouvait leur devenir funeste. Bientôt, ils voulurent employer la jonglerie pour obtenir la guérison d’un malade ; mais celui-ci, étant dans de bonnes dispositions et croyant tout ce que le missionnaire avait dit à ce sujet, ne consentit pas à cette affreuse superstition. Il déclara hautement 44 que 44 s’il recouvrait la santé, ce ne serait que par le secours 44 de Celui qui seul peut conserver ou ôter la vie, selon sa volonté (1).
Le missionnaire résida à sa petite chapelle jusqu’au ■mois de Janvier, 1647, instruisant les sauvages et les faisant prier, visitant et secourant les malades. Pendant son séjour en cet endroit, il avait baptisé une trentaine de malades, qu’il avait préparés à la mort-; mais il n’avait pas jugé à propos de baptiser des adultes en santé il voulait les instruire et les éprouver plus longtemps (2).
Au commencement de Janvier, lorsque les sauvages se préparaient pour leur grande chasse, où le missionnaire devait les accompagner, les jongleurs essayèrent de les effrayer. Ils publièrent que tous ceux qui priaient seraient malheureux à la chasse, et mourraient bientôt, que le Patriarche (S) et tous ceux qui
CD Relations des Jésuites. 1647. 53.
C2) Idem, 1647. 53.
(3) C’est lu nom que les Abénakis donnèrent au P. Druillettes (Relations des Jésuites. 1647). Dupuis ce temps, ils ont toujours aii^fii appelé leurs missionnaires. Ils disaient autrefois u Patrias”, mais aujourd’hui, comme Us ut se servent plus della lettre “R”., ils .disant PiitUôs’'.
DES ABENAKIS.
le suivraient seraient faits prisonniers et massacrés par les Iroquois (1). Mais les sauvages ne se laissèrent pas intimider par ces menaces, et continuèrent à prier comme à l’ordinaire.
Le temps de la chasse étant arrivé, ils remontèrent ie Kénébec pendant dix jours, accompagnés du missionnaire, et allèrent s’arrêter au lac à l’orignal, ou ils passèrent quelques jours, puis ils* se séparèrent en plusieurs partis de chasse. Le missionnaire suivit l’un de ces partis dans toutes ses courses (2).
Après la chasse, les sauvages se réunirent de nouveau au lac, où ils s’étaient donnés rendez-vous.
Ce fut alors que les jongleurs achevèrent de perdre leur crédit auprès des sauvages ; car le missionnaire et ceux qui priaient n’étaient pas tombés entre les mains des Iroquois, et ils^ avaient fait une abondante chasse (3).
Après avoir séjourné quelque temps au lac, le Père retourna à sa chapelle, où il continua l’exercice de son ministère auprès des malades*
Lorsque le temps de son départ pour Québec fut arrivée, il annonça aux sauvages qu’il allait bientôt les quitter, mais qu’il espérait que ce ne serait*pas pour longtemps et qu’il reviendrait au milieu d’eux. . Cette nouvelle affligea profondément ces pauvres gens». u Tu affliges nos cœurs”, lui dirent-ils, “ quand tu u nous parles de ton départ et de l’incertitude de ton*
(1) Relations des jésuites, 1647. 55.
(V Bancroft. Hist, of the ü. S. Vol. IL 7$3.
Relations des Jésuites 1647. 54.. *
(?) Idem. 1647. 54.
“ retour. Nous dirons, le Père Gabriel ne nous aime “ pas, puisqu’il nous abandonne et nous expose à “ mourir sans secours 99 (1).
Il leur représenta qu’il était peiné lui-même d’être obligé de les abandonner pour quelque temps ; mais qu’il devait obéir à son supérieur, qui lui avait ordonné de retourner en son pays.
Les sauvages versèrent d’abondantes lamies à son départ. Trente d’entr’eux le reconduisirent jusqu’à Québec, où il arriva le 15 Juin 1647, entièrement satisfait de ses heureux succès dans la mission de l’Assomption de Kénébec (2).
Voici quelques faits que Dieu permit, pendant le séjour du P. Druillettes chez les Abénakis, pour confondre les jongleurs et leurs partisans.
Un jongleur était tombé dangereusement malade et se voyant abandonné de ses gens, fit venir le Père et le supplia de l’instruire, l’assurant qu’il voulait croire et prier. Le Père lui enseigna les principales vérités de la religion, ie fit renoncer à ses sortilèges, puis, pensant qu’il allait bientôt mourir, le prépara à la mort et le baptisa. Bientôt après, le malade éprouva un grtnd soulagement et fut guéri. Il fut fidèle à sa promesse, et n’eut plus recours à ses superstitions (3).
Un autre ayant été guéri subitement, pendant que le Père priait et jetait de l’eau bénite sur lui, publia partout u qu’il tenait la santé de Dieu par l’entremise
(1) Relations des Jésuites. 1647. 66.
(2) Relations des Jésuites 1647. 56. Bancroft, Hist, of the U. S. Vol. Il, 794.
(3) Relations des Jésuites. 1647, 64.
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u de l’eau qui donne la vie.” Mais ce malheureux, étant allé chez les Anglais et s’étant enivré, retomba aussitôt dangereusement malade. Il en attribua la cause à son péché. « Celui qui a tout fait,” dit— il, m avait guéri par sa bonté et sa puissance,
“ mais l’ivrognerie m’a rejeté dans mon malheur” (1).
L’un des sauvages qui avaient amené le Père du Canada étant tombe malade, les jongleurs lui annoncèrent qu’il allait mourir, et que, si toutefois il guérissait de cette maladie, il ne verrait pas le printemps, parcequ’un Iroquois le tuerait, ce qui serait un juste châtiment de la faute qu’il avait commise en amenant une robe noire dans le pays êtes Abénakis. Mais, malgré cette prediction, le malade recouvra la santé, et ne tomba point entre les mains des Iroquois (2).
Cependant, il arriva un malheur à ce bon chrétien. Il n’avait qu’un fils, qu’il aimait plus que lui-même, et il eut la douleur de le perdre. Alors, craignant que les sauvages n’attribuassent cette mort à sa croyance, il leur fit la harangue suivante :
“ Je n’avais qu’un fils, que j’aimais plus tendre- “ ment que ma vie, et il est mort. Dieu me l’a enleu vé, et il a bien fait, car je l’ai mérité. Il l’avait guéri de ses maladies, ayant peut-être écouté mes u prières, ou voulant peut-être me récompenser de mon obéissance à ses commandements. Mais, l’ayant u offensé grièvement depuis quelque temps, il m’a justement châtié par la mort de mon fils. Je ne
(U Relations des Jésuites* 1647. 64.
(2). Idem, J647. 5?.
14 suis ni triste ni affligé de la mort de cet enfant, car u il est au ciel ; mais je suis affligé d’avoir offensé “ celui qui atout fait” (1).
Ces faits et un grand nombre d’autres, non moins extraordinaires, étonnèrent les sauvages, les convainquirent que le Père leur avait dit la vérité, et que les jongleurs étaient véritablement des imposteurs. Alors, ils refusèrent de les écouter, les méprisèrent, et les forcèrent bientôt d’abandonner leur infâme metier. Voici comment ils raisonnaient.
u La vie de notre Père”, disaient-ils, u est bien dif- “ férente de celle des jongleurs, et le Dieu qu’il adore a un pouvoir bien plus grand que celui de leurs ma- “ daôdos. Il faut bien que ce Dieu- soit puissant, “ puisqu’il guérit si parfaitement les maladies les plus u graves et les plus contagieuses, ce que ne sauraient a faire les madaôdos des jongleurs. Il faut bien que “ ce Dieu soit grand et qu’il ait un grand esprit, puis- “ qu’il fait que cet homme étranger entende et parle “ notre langue en deux ou trois mois. Il faut bien “ que ce Dieu soit bon et puissant, puisqu’il ôte à cet “ homme la crainte des maladies contagieuses, et lui “ donne une force suffisante pour se moquer des mè- “ naces des jongleurs. Cet homme est bien différent u des jongleurs. Ceux-ci demandent toujours et ne u recherchent que des peaux de loutre et de castor, u celui-là ne demande rien et ne regarde pas même « ces objets du coin de l’œil ; ceux-ci ne demeurent •4 presque pas avec nos malades, celui-là y passe leg jours et les nuits. Les jongleurs font bonne chaire,
(l> lia uuoua Uttd j ibuhejj, 1647 . 55.
DES ABENAKIS.
“ tandis que notre Père jeûne souvent. Il a passé cinquante jours sans vouloir manger de viande, ne “ prenant qu’un peu de maïs. Il faut donc que son Dieu le soutienne beaucoup. Nous voyons bien “ qn’ü est d’une constitution délicate, qu’il n’est pas “ habitué à nos courses et à nos fatigues ; cependant, “ il supporte cela comme nous. Il est considérable parmi les siens, et cependant il veut bien soudrir au- “ tant et Plus que nous. Il est toujours joyeux dans “ les dangers et les fatigues d’un long voyage et d’une “ route difficile. Il es t toujours occupé de nous, de “ nos enfants et de nos malades. Les Français’ de Pentagoët l’ont caressé, et, ce qui est bien plus éton- “ nant> les Anglais, qui ne sont ni du même pays ni u de même langage que lui, l’ont respecté. Tout “ cela fait voir que son Dieu est bon et puissant” (1). (I) Relations des Jésuites. 1647, 55e 5§.