VÎ
« Ce 27 Septembre, il y a près de trois semaines “ qu’il nous a fallu changer quasy tout l’ordre du jour “ de nostre mission pour nous occuper à instruire et « soulager les malades qui sont de retour de la guerre “ (1). Iln’y en a qu’un ou deux de tous ceux qui ont “ accompagnez Monsieur le Général qui n’ait pas “ esté attaqué d’une fièvre venimeuse qui tient icy
“ tous les autres dangereusement malades (2) •
“ Monsieur le Général et tous les principaux Fran- « çois aussy bien que nos P ères qui avoient aecompat‘ gné l’armée ont tesmoigné qu’ils avoient esté suru prjg de la manière chrestienne dont s’estoient com- “ portez tous nos Abnaquis, et de la ferveur admirable “ qu’ils faisoient paroistre tous les jours à faire plusieurs m fois leurs prières. On attendoit beaucoup d’eux à “ ce que tout le monde me dit, et un de nos Pères m'a “ ajousté que dans le traité de paix qu’on a fait, les “ Iroquois avoient tesmoigné l’estime qu’ils faisoient “ du courage des Abnaquis. A leur retour j’entendois « dire de tous costez dans Kébec qu’il falloit les sou- <• lager dans leurs maladies, et qu’au pouvoit beaucoup “ attendre d’eux” (3).
Ainsi, l’on voit, par ces extraits d’un document de la plus grande authenticité, que les Abenalas des environs de Québec et des Trois-Rivières prirent part à l’expédition de 1684 contre les Onnontagués. On voit aussi que, de tous les alliés, ces sauvages étaient
(1) Le P. J. Bigot émit alors aidé dans cette mission par le P- Gassot.
(2) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 47.
|3) Relation du P. Jacques Bigot. 1684. 6.4, £5.
DES ABENAKÏS.
non seulement les plus dociles à la voix de Dieu, niais encore les plus fidèles aux Français, et les plus courageux dans les combats. Ils étaient aussi inébranlables dans lenr attachement pour leurs alliés qu’indopiptables sur le champ de bataille. Aussi, le gouverneur du Canada, dans toutes ses expéditions, soit contre les Iroquois, soit contre les Anglais de la Nouvelle» Angleterre ou de la Nouvelle-York, ne manqua jamais d’avoir sa troupe de guerriers abénakis, pour encourager les autres par leur exemple. Partout, dans la marche comme dans les combats, ces sauvages étaient toujours à la tête des autres. Ils faisaient toujours partie de l’avant-garde de l’armée, et combattaient aux premiers rangs.
La nouvelle du disgracieux traité avec les Qnnom tagués parvint bientôt en France. Alors le rappel de M. déjà Barre fut décidé ; et l’année suivante, 1685, le Marquis de Denonville fut envoyé pour le remplacer.
On avait spécialement recommandé au nouveau gouverneur de protéger les alliés, que M. de la Barre avait négligés, d’abattre l’orgueil des Iroquois, et de les soumettre ; mais ces sauvages, ne mettant plus de bornes à leur insolence, méprisèrent ces recommandations, et se moquèrent des Français.
Denonville, voyant qu’il n’avait pas assez de forces pour réduire ces fiers ennemis, demanda des secours à la France, et proposa en même temps de bâtir un fort à Niagara^représentant au Ministre que ce nouveau fort
celui de Frontenac rendraient le Canada maître des
lacs, en temps de guerre comme en temps de paix (!)■■
La demar.de et les suggestions du gouverneur furent approuvées en France, et au printemps de 1687, on lui envoya 800 hommes de troupes, avec des secoure pour bâtir un nouveau fort à Niagara. Alors, il organisa de suite son armée pour marcher eonire les Iroquois. Il envoya des députés chez les Abénakis, pour les inviter à prendre part à cet expédition. La population de ces sauvages avait augmenté depuis trois ans ; car un grand nombre de familles abénakises avaient quitté l’Acadie, pour venir s’établir à la mission de la rivière Chaudière et embrasser le christianisme. Tous ces sauvages “ témoignaient une passion furieuse “ de donner sur l’Iroquois” ; aussi reçurent-ils l’invitation du gouverneur avec une grande joie. Comme leur population avait augmenté, unplusgrand nombre qu’en 1684 purent aller en guerre. Environ 250 guerriers, y compris ceux des environs des Trois Rivières, prirent immédiatement les armes, et se rendirent à Montréal, ponr y rejoindre l’armée de l’expédition.
Denonville commença ses démarches contre les Iroquois par un acte d’injustice, qui déshonora le nom français aux yeux de ces sauvages. Ceux-ci, à la demande de leur missionnaire, le P. Lamberville, avaient envoyé quelques uns de leurs Chefs à Cataracoui ; le gouverneur fit ces Chefs prisonniers et les envoya en France chargés de chaînes (2). Cette injus-
(1) heure du Maquis de Oeiiourdle au Miuietre, en date du 8 Mai l«8C.
(2) Le P, de Charlevoix. Mat. Gén. delà N. Fronce. Vol. II. 843, 344.