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tîce irrita les sauvages, et ne servit qu’à augmenter leur fierté et leur insolence. On craignit beaucoup pour les jours du P. Lamberville, mais il fut sauvé par la générosité de quelques Chefs, qui, convaincus qu’il n’avait pris aucune part à cette insulte, le firent conduire en lieu de sûreté, par des routes détournées, 44 On ne saurait disconvenir”, dirent-fls alors au Père, 44 que toutes sortes de raisons ne nous autorisent à te 44 traiter en ennemi, mais nous ne pouvons nous y 44 résoudre. Nous te connaissons trop pour n’être pas 44 persuadés que ton coeur n’a pas eu de part à la tra- 44 hison que tu nous as faite ; et nous ne sommes pas 44 assez injustes pour te punir d’un crime, dont nous te 44 croyons innocent, que tu détestes sans doute autant 44 que nous, et dont nous sommes convaincus que tu 44 es au désespoir d’avoir été l’instrument. Il n’est 44 pourtant pas apropos que tu restes ici, tout le monde 44 ne t’y rendrait peut-être pas la justice que nous te 44 rendons, et quand une fois notre jeunesse aura chan- 44té la guerre, elle ne verra plus en toi qu’un perfide, 44 qui a livré nos Chefs à un rude et indigne esclavage, 44 et elle n’écoutera plus que sa fureur, à laquelle nous 44 ne serions plus les maîtres de te soustraire” (1).
Ce fut un Iroquois du nom de Garankonthié qui fut le principal auteur d’un procédé si noble. Ce sauvage était fort attaché au P. Lamberville, qui, de son côté, le regarda depuis comme son libérateur.
Bancroft. Hist. of the U. S. Vol. II. 662.
(1) Le P, de Charlevoix. Hist. Gén. de la > . France. Vol.
Bancroft. Hist, of the U. S. Vol. II. 663,
Cependant, Denonville se mit en marche pour son expédition, le 11 Juin 1637. Son armée, montée sur 200 berges et 200 canots, était composée de 832 soldats, environ 1030 Canadiens et 403 sauvages. Il alla établir son campemeut au lac Ontario, où il fut bientôt rejoint par un renfort de 603 hommes, venant du Détroit. Après quelque temps de repos?, il se remit en marche, à la recherche des ennemis. Son armée souffrit beaucoup d ■ la chaleur et des grandes fatigues d’une pénible marche, à travers le pays marécageux des environs du lac Ontario. Les Abenakis, accoutumés à de pareilles fatigues, montrèrent plus de vigueur que les autres. Ils étaient d’ailleurs encouragés par l’esBoir de se rencontrer bien vite avec leurs plus grands ennemis, et de pouvoir enfin satisfaire les désirs de vengeance qu’ils nourrissaient contr’eux depuis tant d’années. Ils form lient l’avant-garde de l’armée, avec quelques Canadiens et sauvages alliés, et devançaient les autres de beaucoup. Cependant,
. comme ce pays, entrecoupé de montagnes, de marais , et de ruisseaux, était très-favorable aux embuscades, ils s’avançaient avec prudence et précaution, afin de n’être pas surpris par l’ennemi. Malgré ces précautions, ils furent attaqués à l’improvist e.
Un prisennier iroquois, ayant pu s’échapper des mains des Français, était allé annoncer à ses frères la nouvelle de l’approche de l’ennemi. Alors, les Tsonnonthouans, après avoir incendié leur village, partirent, au nombre de 830, et allèrent se placer en embuscade sur la route de l’armée française. oOO se ca- -chèrent dans un marais rempli d’heibes fort hautes»
DES ABENAKIS.
et 300 se placèrent dans un ruisseau. Ces derniers devaient laisser passer les ennemis, puis les attaquer subitement par derrière, afin de les jeter dans la seconde embuscade.
Les Abénakis arrivèrent à la première embuscade bien avant le corps de l’armée. Les Iroquois, prenant l’avant-garde des Français pour leur armée entière, poussèrent le cri deguerre, et se jetèrent sur elle avec fureur. A cette attaque inattendue, la plupart des* allié s se découragèrent et prirent la fuite. Mais 4s Abénakis tinrent ferme (1). Aidés des Canadiens, > ils combattirent vigoureusement, ne cédèrent pas un pouce de terrain, et résistèrent à cette impétueuse attaque jusqu’à l’arrivée d’un secours. Au plus fort de la mêlée, un détachement de Canadiens arriva au pas de course. Alors les Iroquois épouvantés, s’enfuirent vers ceux qui étaient cachés dans le marais ; ceux-ci, saisis à leur tour d’une terreur panique, prirent aussi la fuite. Quarante-cinq Iroquois furent tués en cette rencontre et environ soixante furent blés. sés. La perte des Français fut peu considérable (2).
Ainsi, il est bien évident que l’avant-garde de l’armée française fut sauvée en cette rencontre par le
(1) Gurueau. Hist, da Canada. Vol. I. 263.
(2) Parmi les Iroquois chrétiens du Saut Saint-Louis qui étaient dans cette expédition, était un Chef, connu sous le nom de “Ceudre- Chaude''. Ce brave Chef fui taé dans ce.te rencontre, après s'être défendu avec courage. U avait été l'uu des bourreaux du P. de jBrébœnf, et il attribuait sa conversion aux prières du Saint Martyr.
Ce nouveau converti répara bien son erirne, en travaillant avec une activité incroyable à la conversion des infidèles dans sa nation.
{‘ Peu de missionnaires, ” dit le P. de Charlevoix, “ont gagné à “Dieu autant d’infidèles que lui." (Hisc Gén. delà N. Fraaoe* Vol II. 354.)
courage et la vigueur des Abênakis. Par leur héroïque intrépidité en faisant face aux Iroquois dans ce moment de si grande surprise, ils épargnèrent aux Français une perte considérable, et assurèrent le succès. de l’expédition.
Denonville, craignant de tomber dans de nouvelles embuscades, établit son campement de nuit sur le champ de bataille.
Les sauvages passèrent la plus grande partie de cette nuit dans les réjouissances. Ils se saisirent des corps des Iroquois, tombés dans le combat, les mirent en pièces, et en firent un horrible festin (1) ; puis, ils dansèrent et chantèrent jusqu’à une heure fort avancée de la nuit (2). Mais les Abênakis ne prirent aucune part à cet horrible festin, car, comme l’observent la plupart des auteurs français, entr’autres le P de Charlevoix, ils n’ont jamais été anthropophages, ainsi que les Micmacs (3).
Le lendemain, Denonville se rendit au village incendié des Tsonnonthouans. Il n’y trouva pas un seul de ces sauvages, car ils avaient pris la faits, Ce village était avantageusement placé sur une montagne, dont le sommet était couronne de nombreuses tours, remplies de maïs, que les sauvages n’avaient pas eu le temps de détruire. Les Français demeurèrent dix jouts en cet endroit, et les Abênakis purent jouir pendant ce
(1) Gariietiü. llUl. du ütninda- Vol. I 264.
(2) Le Marquis de Denonville, éciivan» à Vi. de Seignelny, ditqn» lessauvses Ot.laousU, qui avaient réjoint son armée an lac Ontario, firent en cette occasion beaucoup mieux la , guerre aux morts qu’ils ne Pavaient f.ite aux virants.
(3) Le P. de Obarîevoix. Hist. Gén. de la N. France Vob I, 193-
lemps du plaisir de ravager les terres de leurs ennemis. Tout fut détruit : le mais fut brûlé (l),'et les animaux furent tués.
Les Abénakis demandèrent alors avec instances à marcher contre les autres cantons iroquois, représentant que l’occasion était favorable pour exterminer tous les Iroquois, puisqu’ils étaient tous sous l’empire delà terreur. Mais, Denonville refusa obstinément de se rendre aux suggestions de ces sauvages (2). Il renvoya alors ses alliés et la plupart des troupes, et alla bâtir un fort à Niagara (3), où il laissa le Chevalier de la Troye et une garnison de cent hommes. Bientôt après, une terrible maladie s’étant déclarée dans le fort, M. de la Troye et sa garnison toute entière y périrent. Peu de temps après, le fort de Niagara fol abandonné et ruiné (4).
Denonville s’arrêta trop vite dans cette expédition chez les Iroquois, et laissa son entreprise inachevée. Il n’aimait pas les sauvages ; il en avait une telle horreur qu’il avait peine à en soutenir la vue (5). Il croyait qu’il était impossible à un sauvage de donner un avis sage et sensé. C’est probablement pour cette raison qu’il ne fit aucun cas de celui des Abénakis en cette occasion. Ce fut un malheur, car cette expédition
(1) Suivant le P. île Charlevoix, i fut brûle eu cette occashttt
•hrz les Tàonuontho'ian* 400,0o0 minois de muïs — (Hist. Gécu àt U N. France. Vol. II. 855.) #
(2) Garnea». Iliat. du Canada. Yoi. î. 2G4.
(3) Bancroft. Hist, of the TT. S. Vol. II. 663.
C4) Le P. de Charlevoix, Hist. Gén. de la H, France* Vol IL 336, 364,
(5) Ibent, Vol II. S64,
inachevée fut plus nuisible qu’utile à la colonie. La retraite du gouverneur fut le signal des représailles, et les Iroquois menacèrent aussitôtde la guerre, en disant:
“ Ononthio a volé nos Chefs èt a basse nos traités de “ paix” (1). Alors des bandes d’Iroquois vinrent commettre des insolences aux forts de Frontenac et de Chambly ; mais elles furent repoüssées ; quelques unes pénétrèrent jusque dans l’île de Montréal, où elles jetèrent l’épouvante et firent quelques ravages (2).
Les Abénakis, toujours prêts à venger les insultes faites aux Français, se réunirent et pênétrèrént dans le canton des Agniers, y firent des ravages et levèrent quelques chevelures. Comme ils savaient que les' Anglais excitaient les Iroquois contre les Français, ils se rendirent dans la Nouvelle-York, pillèrent plusieurs habitations, et massacrèrent quelques personnes (S).
En 1688, des négociations de paix furent ouvertes entre les Français et les Iroquois. Dungan y intervint ; mais les conditions qu’il proposa ne furent pas acceptées. Les Iroquois envoyèrent alors en Canada des députés, accompagnés de 1,200 guerriers qui épouvantèrent les habitants de Pile de Montréal. Le harangueur de. cette embassade, Haaskouaun, commença à exprimer, en termes extrêmement emphatiques, la situation avantageuse où se trouvait sa nation, et parla ensuite avec mépris de la faiblesse des Français. “Pourmoî”, ajouta-t-il, “je les ai tou-
(I). Paucioft. Hist, of lhe 0. S. Vol. Il- 6o3.
(ï) Garneau. Hist, da Canada. Vol. t. 261.
(3) LeP. de Charlevoht. Hist. Gén. de la N. France. Vot. It. «3 GavneaS. Hist, du Canada. Vol. I. 2t>9.
DES ABENAKIS.
jours aimés, et je viens d’en donner une preuve qui u n’est point équivoque ; car, ayant appris le dessein u que nos guerriers avaient formé de venir brûler vos “ forts, vos maisons, vos granges et vos grains, afin t4 qu’après vous avoir affamés, ils pussent avoir bon “ marché de vous, j’ai si bien sollicité en votre faveur, . u que j’ai obtenu la permission d’avertir Ononthio “ qu’il pouvait éviter ce malheur, en acceptant la paix u aux conditions proposées par Corlaer. Au reste, je 44 ne puis vous donner que quatre jours pour vous y u décider ; et si vous différez davantage à prendre ' u votre parti, je ne vous réponds de rien ” (1).
Denonville répondit qu’il consentirait volontiers à la paix aux conditions suivantes : que tous ses alliés y seraient compris, que les cantons d’Agnier et de Tsonnonthouan lui enverraient aussi des députés, que toute hostilité cesserait de part et d’autre, et qu’il aurait la liberté de réparer le fort de Frontenac (2).
Ces conditions furent acceptées, et l’échange des prisonniers fut réglé sans difficulté. Le gouverneur écrivit aussitôt en France pour demander les prisonniers iroquois, alors détenus à Marseille (3). Mais ce traité de paix ne fut pas de longue durée.
L’année suivante, 1689, le Chevalier Andros, gouverneur de la Nouvelle-York, essaya d’attirer à lui les Abénakis, et de les engager à abandonner la cause des Français (4). Il fit plusieurs tentatives dans ce
(1) LeP. ieCharlevoix.Hist.delaN.France.Vol.il. 37l.
(2) Le P. de Charleroix. Hist, Gén. de la N. France. Vol II.
,(3) Idem. Vol. 11 373.
(4) Garneau. Hist, du Canada. Vol. I.
bat, mais elles furent inutiles. Ges sauvages lui déclarèrent qu’il ne s’uniraient jamais aux Anglais, qu’ils préféraient s’exposer aux plus grands dangers que d’abandonner les Français, de qui ils tenaient le bonheur de connaître Dieu, et qu’ils aimaient mieux mourir que de consentir à une union, où ils feraient cause commune avec les Iroquois. Andros fut donc obligé de renoncer à son projet. Le P . de Charlevoix dit “ qu’il aurait réussi saps l’attachement invincible que les Abénakis avaient pour leur religion et leurs missionnaires” (1).
. Bientôt, les Iroquois prouvèrent d’une manière éclatante qu’ils n’avaient pas été sincères dans leur traité de paix de l’année précédente. Le 25 d’Aout, tandis que tout le monde vivait dans la plus grande tranquillité, et que rien n’annonçait quelque soulèvement du côté des cantons, 1 ,500 Iroquois viennent au milieu de la nuit débarquer au village de la Chine, près de Montréal, poussent leur cri de guerre, lorsque les habitants sont plongés dans le sommeil, pénètrent dans les maisons, y égorgent tous ceux qui leur tombent'sous la main, hommes, femmes et enfants, puis livrent le village aux flammes. Deux cents personnes ' périrent dans cet horrible massacre ; beaucoup furent faites prisonnières et emmeneés dans les cantons, pour y souffrir les plus affreux supplices.
Après le massacre de la Chine, les Iroquois se divisèrent en plusieurs bandes, et se répandirent dans les campagnes, où ils détruisirent et ravagèrent tout
(l)LeP. de Charlevois. Hist. Gén. de U N, France. Vol. II. 391-
«ce qu’ils rencontrèrent. Ils semèrent la mort et l’épouvante depuis les Trois-Rivières jusqu’à Michillimackinac (1).
Ce fut dans ce temps de deuil et de désolation que le Comte de Frontenac revint en Canada. L’expédition contre les Tsonnonthouans avait causé une mauvaise impression en France et amené le rappel de Denonville. Le Comte de Frontenac, envoyé pour le remplacer, arriva à Québec le 22 Novembre.
Cependant, les Abénakis, profondément affligés des maux que les colons avaient soufferts dans le cours de l’été, et sachant que le gouverneur de la Nouvelle- York était le principal instigateur du soulèvement des Iroquois, résolurent de venger le malheur des Français sur les colonies Anglaises. Alors, un parti de guerriers Abénakis du Canada se rendit en Acadie, pour rejoindre ceux de Pentagoët. Bientôt ces sauvages, commandés par le Baron de Saint-Castin, se mirent en marche contre Pemaquid. Ils surprirent les habitants des environs du fort, et (tuèrent ceux qui voulurent se mettre en défense. La garnison de Pemaquid fit une vigoureuse résistance, pendant deux jours, mais à la fin elle fut forcée de se retirer et de livrer la place aux sauvages, qui rasèrent le fort, firent brûler les maisons des environs, puis retournèrent à Pentagoët avec un riche butin <ct plusieurs prisonniers (2). Mais ils n’en restèrent pas là. Ils se jetèrent aussitôt avec
(1) Garreau. Hist, du Canada. Vol. I. 272— Bancroft- fîist. o the ü. S. Vol. 11. 825.
(2) Le P. de Charlevoix. Hist. Gén. de la N. Franee. Vol. 11, 416— Garneau. Hiet. du Canada. Vol: 1. 3<05— Bancroft. Hist, of the ü. S. Vol. Il, 827.
fureur sur les frontières de la Nouvelle-Angleterre, ydétruisirent douze ou treize établissements, et massacrèrent plus de 200 colons. Cette sanglante expédition répandit l’épouvante dans la Nouvelle-Angleterre (1).
C’ëst ainsi que les Abénakis vengèrent le massacre de la Chine.
Les Anglais, perdant alors tout espoir d’engager ces
sauvages à embrasser leur cause, résolurent de les exterminer, comme en 1679.,Mais ce n’étaitpas facile, car les choses étaient bien changées depuis dix ans. Les Abénakis, désormais protégés et- secourus par les Français, et ayant un refuge sûr en Canada, pouvaient se moquer des menaces de leurs ennemis. D’ailleurs les colons anglais étaient si épouvantés qu’ils n’osaient prendre les armes contre ces terribles ennemis. Dans cet embarras, les Anglais .s’adressèrent aux Iroquois et les invitèrent à s’unir à eux pour faire une invasion chez les Abénakis. Des commissaires furent envoyés à Albany, pour y rencontrer-les Iroquois et traiter de cette affaire. Ceux-cirépondirent : “ Nous avons brûlé « Montréal, nous sommes les allies des Anglais , nous “ ne voulons pas rompre le .lien qui nous unit a eux, “ mais nous ne pouvons aller faire la guerre aux Abé. “ nakis” (2), La Nouvelle-Angleterre fut donc force, de renoncer à son projet de guerre d’extermination contre les Abénakis.
-(1) Le P. de Charlevoix. BUt. Gén. de la N. Franc,. Vol. U. 418,419. — Garneau. Hist, du Canada. Vo
(2) Bancroft.. Hist of thç ü. 3» YqU J1* 827“