‹ Histoire des AbenakisChapitre 26 sur 69 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

SUITE DU PRÉCÉDENT

Le Comte de Frontenac apprenant le succès des Àbénakis et Pépouvante qu’ils avaient jetée dans la Nouvelle-Angleterre, se hâta de préparer trois expéditions, pour frapper à la fois sur trois points des colonies anglaises, conformement aux ordres qu’il avait reçus en Franee.

La première expédition fut organisée à Montréal et mise sous le commandement de MM. d’Ailleboust, de Mantet et Lemoine de Sainte-Hélène, auxquels se joignit d’Iberville, le héros de la Baie d’Hudson. Les troupes de cette expédition se composaient d’environ 200 Canadiens et sauvages, Abénakis de Saint-François et Iroquois du Saut Saint-Louis.

'Cette troupe partit de Montréal, le 18 Janvier 1690, et, après une marche dans les neiges de vingt-deux jours, à travers les forêts et les marais, arriva à Chenectady, le 8 Février. Les chefs de l’expédition vou laient aller de suite attaquer Albany ; mais les sau-

vages s’y opposèrent, prétendant que cette entreprise' serait trop hasardeuse.

Les habitants de Chenectady n’étaient pas préparés» à la défense. On les avait pourtant prévenus de se tenir sur leurs gardes, mais ils avaient négligé de le faire, croyant qu’il était guère possible aux Canadiens de venir, d’une si grande distance, les attaquer en plein hiver.

Les Canadiens arrivèrent à Chenectady .pendant la : soirée. Vers IL heures, tandis- que les habitants» étaient plongés dans le jsommeil, ils entrèrent dans le fort, attaquèrent à la fois toutes les maisons, au nombre de quatre-vingts, tuèrent la plupart des Anglais qu’ils rencontrèrent, firent vingt-sept prisonniers, puis incendièrent le fort; Ce fut de nouvelles représailles du massacre de la Chine . Soixante personnes seulement, vieillards, femmes et enfants, furent épargnées et arrachées à la fureur des sauvages. Le reste de la population prit la fuite vers Albany, et vingt-cinq de ces fugitifs eurent les membres gelés dans cette fuite. Les Canadiens tuèrent les animaux, et ne réservèrent que trente chevaux pour transporter leur butin (1).

Én revenant de cette expédition, les Abénakis suivirent les Canadiens, mais les Iroquois du Saut se séparèrent d’eux et suivirent une route détournée, ce qui leur fut funeste, et eausa un regrettable incident. Il* rencontrèrent bientôt un petit parti d’ Abénakis et d’Al-

(1) Garneau. Hist, du Canada. Vol. I. 305— Mit V. S. Vol. Il* 82T— H» Thrnmbuil, Hist, of tho

Baucroft. Hist, of Indian Wars, frf»

DES ABENAKIS. m

gfenquins,

Angleterre. Les Abénakis, prenant ces sauvages pour des ennemis, les attaquèrent aussitôt. Le Chef iroquois, le Grand Agnier, et six de ses gens furent tués, deux Français et deux prisonniers anglais furent blessés, et Pon fit des prisonniers de part et d’autre. Ce ne fut qu ’alors qu’on se reconnut. Le regret fut extrême des

deux côtés. Mais les Iroquois, ne pouvant se consoler de la mort de leur Chef, refusèrent de rendre leurs: prisonniers abénakis. Ce refus piqua vivement les Abénakis ; on s’aigrit des deux côtés, et les deux partis se séparèrent fort mécontents.

On avait beaucoup à craindre de ce ressentiment mutuel, qui était un commencement de grandes difficultés entre les alliés. Cependant, le Comte de Frontenac, après beaucoup de négociations, conduites avec prudence et habileté, parvint à faire disparaître cette difficulté.

Les Abénakis envoyèrent au Saut Saint-Louis des ’ députés avec un collier de wampum, pour protester qu’il n’y avait eu que de la méprise dans tout ce qui s’était passé, et demander que les prisonniers des ? deux côtés fussent échangés. Le harangueur abénaki* dit alors des choses fort sensées et même touchant tes. u Donnons des larmes aux morts,” dit-il en concluant, “ mais n’altérons pas une amitié qui est fondée w sur la teligion” (1).

La seconde expédition fut organisée aux Trois- Cl) Le P. de Charlevoix. Bist, Gén. de la N. France, Vol, Il X

wj;

Rivières et confiée à François Hertel (1). Sa petite troupe se composait de cinquante deux Abénakis e . Canadiens, y compris trois de ses fils et deux de ses neveux (2). Il partit des Trois-Rivières à la fin de Janvier, remonta la rivière Saint-François jusqu’au lao Memphrémagog, se renditàla rivière Connecticut, puis, vBe dirigeant vers l’Est, arriva le 27 Marsà Salmon-! ails (3), sur la rivière Piscataqua (4). C’était la place qu’il voulait attaquer. Le lendemain avant l’aurore, il tomba avec impétuosité sur ce village. Les habitants firent une vigoureuse résistance, mais les Abénakis se battirent avec tant de courage et de vigueur qu’ils les forcèrent de prendre la fuite. Quarante-trois Anglais furent tués et cinquante-quatre faits prisonniers. Vingt-sept maisons furent réduites en cendres,

(,) ï\ ançois Hertel, des Trois-Rivières,

SgSœlSïÉrf;

iliggiiilil

1661. o4, oO). h * » Prpuipr seigneur de Saint-Fraa-

Marguerite, fut mariée au sieur Abém kU de Saint-Frau-

François Herte^, Josy^h, s établit, vers ^ le rom de

' * • f! O ..Inls a ri n met ftlli

(4) De “ Peskata,” c’est ténébreux.

DES ABENAKIS.

et 2,000 pièces de bétail périrent dans les étables, où Pon avait mis le feu (1).

Hertel retraita alors environ dix-huit milles, et alla s’arrêter près d’un autre village, appelé Peskadouët (2), aussi situé sur la rivière Piscataqua. Les Anglais s’étant ralliés, se présentèrent vers le soir de l’autre côté de la rivière, au nombre d’environ 200. Tandis qu’ils étaient engagés sur le pont, jeté sur la rivière en cet endroit, les Abénakis et les Canadiens se precipi- ^ ièrent sur eux avec fureur, en tuèrent une vingtaine et forcèrent les autres de prendre la fuite. Dans cette rencontre, le fils aîné de Hertel fut blessé et son neveu Crevier fut tué (3).

Les Abénakis revinrent en Canada avec un riche butin.

La troisième expédition fut organisée à Québec et mise sous les ordres de M. de Portneuf, troisième fils du Baron de Bécancourt.

.Portneuf, à la, tête d’un détachement d’Abénakis et de Canadiens, remonta la rivière Chaudière, et alla rejoindre à Kénébec le Baron de Saint-Castin, qui l’y attendait avec une troupe de guerriers abénakis. Il arriva, le 25 Mai, à douze milles de Casco, village situé sur le bord de la mer, près de l’embouchure de lta rivière Kénébec.

Le fort de Casco était bâti solidement, bien pourvu de munitions et de vivres, et défendu par une batterie de huit canons.

(1) Le P. de Carlevoix. HiBt. du la >T. Fiancé. Vol. III. 73,74 v(2) De PeskataSit,” lieu.qui est .obscur, ténnèbieux.

(3) Le P. de, Charlevoix. Hist. Gén. de la N. Frasce. Vol, III. 74*

Pendant la nuit du 25 au 26, quatre saiivages er deux Canadiens allèrent se mettre en embuscade près du fort. Le 26, au point du jour, un Anglais tomba dhns cette embuscade et fut' tué. Le cri de guerre des sauvages dorina l’alarme au fort. Vers midi, cinquante hommes de la garnison s’avancèrent en bon ordre jusqu’à environ dix pas de cet endroit ; alors les sauvages firent feu sur ces soldats, et, sans leur donner Jfe temps de se reconnaître, se précipitèrent sur eux la hache à la main. De ces cinquante Anglais, quarante six furent tués et les quatre autres sè rendirent au fort couverts de blessures.

Il y avait près de Casco quatre petits forts, que les Anglais abandonnèrent bientôt pèur se retirer dans le principal fort.

Portneuf fit commencer les travaux du siege, dan3 la nuit du 26 ou 27. Ces travaux avancèrent si rapidement que dès le soirdu 21, les Anglais demandèrent a parlementer. Portneuf leur déclara qu’il voulait avoir leur fort et tout ce qu’il y avait de vivres et de munitions. Les assiégés demandèrent six jours pour délibérer, mais on ne leur aceorda que la nuit, et le lendemain, ils furent forcés de livrer le fort et de se constituer prisonniers, au nombre de soixante-et-dix, sans compter les femmes et les enfants. Le fort fut rasé et le vi .age incendié, ainsi que toutes les maisons, à six ou sept mille à la ronde (1).

Ces expéditions, si bien dirigées, jetèrent la terreur

(1) T,e de Charlevoix. Hist. Gén. de la N. France. Vol. HU W- 79 -Bancroft. Hist, of the ü. 8. Vol. II. 828-Garneau. iHst du

DES ABENAKIS

Page 1