‹ Histoire des AbenakisChapitre 27 sur 69 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

dans les colonies anglaises; apprirent aux Anglais ' qu’un chef habile et énergique conduisait les opérations des Français, et firent cesser les négociations qui avaient lieu entre les alliés de l’Ouest et les Iro quois, pour former une ligue contre le Canada.

Cependant, bientôt les colonies anglaises, revenues Un peu de leur terreur, s’étonnèrent qu’un si petit peuple que celui du Canada pût ainsi troubler leur repos* Considérant leur population et leurs ressources, elles crurent qu’elles devaient aviser aux moyens de s’emparer du Canada. Des députés furent nommés pour délibérer sur ce sujet. Ces députés se réunirent en Congrès à New-York, dans le mois de Mai, et déci-^ dèrent qu’il fallait attaquer le Canada à la fois par térre et par mer ; qu’une armée, appuyée des Iroquois, l’envahirait par le lac Champlain, et qu’une flotte remonterait le Saint-Laurent, pour aller s’emparer de Québec. Tel fut le projet du Congrès.

Dans le cours du mois d’Août, un sauvage causa une grande alarme à Montréal. Ayant appris le projet des Anglais d’attaquer le Canada et croyant qu’ils étaient déjà en marche, il vint y annoncer qu’une grande armée d’Anglais et d’Iroquois était occupée à faire des canots au lac Saint- Sacrement. A cette nouvelle, le Comte de Frontenac réunit aussitôt à Montréal un grand nombre d’Abénakis et autres alliés, et leur fit un grand festin* où tous lui témoigné rent de leur fidélité aux Français et de leur grand désir d’aller combattre l’ennemi; Le gouverneur leur répondit qu’il était bien aise de les voir dans la disposition de ne faire ni paix ni trêve avec les ennemis*

qu’il s’agissait d’aller au devant d’eux jusqu’au lac Saint-Sacrement, et de les y attendre de pied ferme » alors, s’armant lui-même de la hache, il entonna le chant de guerre, pour leur montrer qu’il voulait combattre à leur tête.

Bancroft dit “ que le Comte de Frontenac, malgré ■ “ son grand âge, conduisit lui-meme les sau\ ages au lac Champlain, où il arriva le 29 Août ” (1). Ceci ne nous paraît pas exact. Voici ce que dit le P. de Charlevoix à ce sujet. “ Le 29 d’Août le Chevalier « de Clermont, qui avait eu ordre de remonter la rr “ vière de Sorel pour observer les ennemis, arriva à « Montréal et rapporta qu’il en avait vu un très grand “ nombre sur le lac Champlain, et qu’il en avai “ même été poursuivi jusqu’à Chambly ; sur quoi des^ “ signaux sfurent donnés pour assembler les troupes e •u ies milices. Le 31ème le Comte de Frontenac “ passa de grand matin à la Prairie della Magdelaine, “ où il avait assigné le rendez-vous général, et les “ sauvages, qu’il y avait invités, s’y rendirent le soir, “ sans laisser même un seul homme dans leur quarte tier, pour y garder leurs marchandises.

“ Le jour suivant, les découvreurs revinrent et assu' » Vèrent qu’ils n’avaient rien vu, ni remarqué aucunes “ pistes, sur quoi l’armee fut licenciée (2).

Cependant, les colonies anglaises se préparaien avec activité pour envahir le Canada. L’armée, qui devait pénétrer dans le pays par le lac Champlain,

(H Bancioft. HisL of itie U. S. Vol. 11. 829.

(2') Le P. de Charlevoix Hist.^Gén. (le la N, France. Vo . J S7— 3),

DES ABENAKIS.

fat mise sous le commandement du général Winthrop, et la flotte, qui devait s’emparer de Québec, fut confiée au Chevalier Guillaume Phipps. Aux premiers jours d’Octobre, Winthop alla établir son campemen* gur le bord du lac Saint-Sacrement, pour marcher sur Montréal, dès que Phipps serait arrivé à Québec* Bientôt, la petite vérole se répandit dans son armée, et se communiqua aux Iroquois, dont plus de 300 périrent en quelques jours. Ces sauvages, effrayés d’une si grande mortalité, et croyant que les- Anglais vou. laient les empoisonner, désertèrent l’armée et s’enfui, rent. Winthop se vit alors forcé d’abandonner son projet d’invasion et de se retirer (1).

Pendant ce temps, un Abénakis, parti de la rivière Piscataqua, vint en douze jours à Québec pour y annoncer que les Anglais s’étaient emparés de Port-Royal, et qu’une flotte de trente vaisseaux était partie depuis six semaines de l’Acadie pour remonter le Saint-Laui rent, et venir attaquer Québec (2).

A cette nouvelle, le Comte de Frontenac se hâta de descendre à Québec, où il trouva tout bien préparé pour soutenir une attaque.

Voici ce qui était arrivé en Acadie. Au printemps de 1690, ce pays était dans un état d’abandon complet. Le gouverneur, M. de Manneval, n’avait à Port-Royal que quatre-vingt-six hommes de garnison et dix-huit pièces de canon. Il y manquait de tout. Les autres s

(1) Le P. de Charlevo x, Hist Gén dj UN France. Vol lil 128—129. * * *

C2) Le P de Cbarlcvou. Hist Gén. de L N. Franoe Vol. 1U. ^flancroft: fïistoQC the U. ti. Vol. Il 820,'

postes étaient aussi mal pourvus que celui-là.

Les Anglais profitèrent de cet état de faiblesse et d’abandon pour s’emparer d’une partie de ce pays. Phipps parut, le 20 Mai, devant Port-Royal, avec une escadre. Le gouverneur, se trouvant dans l’impossibilité de se défendre, livra la place à l’ennemi. De là, , Phipps alla ravager la Gaspésie, puis continua sa joute vers Québec, où il arriva le 1§ Octobre.

Après cet échec des Français en Acadie, M. de Villebon rassembla les Abénakis de ce pays, les exhorta à continuer à venger les malheurs de leurs amis, et leur dit que les Anglais s’étaient emparés de deux vaisseaux, portant des présents que le roi leur envoyait. Les sauvages lui répondirent, avec un ad. mirable désintéressement, que le gouverneur du Canada leur ayant envoyé des balles et de la poudre, cela leur suffisait, que les pertes des Français les affligeaient beaucoup plus que les leurs propres, et qu’ils allaient partir, au nombre de 150, pour recommencer leurs courses contre les Anglais (1).

Aussitôt que le Comte de Frontenac fut arrivé à Québec, il fit venir les Abénakis de la rivière Chaudière et les Hurons de Lorette pour aider à la défense de la ville ; puis il envoya M. de Longueuil, avec un détachement de ces sauvages, pour examiner les mouvements de la flotte ennemie. Comme il attendait des vaisseaux de France, il envoya quelques Abénakis à leur rencontre, pour les informer de ce qui se passait à Québec. Ces sauvages, montés sur leurs frêles

CU Le P. de Chertevoix. Hist. Gén. delft H. France. Vol. 111. 1»?

DES ABENAKIS»

canots d’écorce, descendirent le Saint-Laurent, en suivant la côte Nord, jusqu’à environ cent milles de Québec ; puis, apercevant les navires français, ils se dirigèrent vers eux et les conduisirent dans le Saguenay, d’où ils ne sortirent qu’après le départ de la flotte anglaise (1).

Phipps, qui croyait s’emparer de Québec sans résistance, envoya dès le jour de son arrivée sommer le gouverneur de lui livrer la place. Celui-ci manda à l’amiral anglais u qu’il allait lui répondre par la bouu ehe de ses canons ” (2). Bientôt, les Anglais re connurent que Québec était plus en état de se. défendre que Port-Royal.

Le 18 Octobre, 1,500 Anglais débarquèrent ^ Beau port et se rangèrent en bataille. Le gouverneur n’envoya que 300 hommes, des milices de Montréal et des Trois-Rivières, et un parti de sauvages, Abénakis et Hurons, pour repousser ces ennemis. Les Canadiens et les sauvages se dispersèrent, se cachèrent dans le bois et sur les rochers, et firent feu de toutes parts sur les Anglais, qui se tenaient e;n bataillons serrés. Le combat dura une heure. Alors les Anglais, ne pouvant supporter plus longtemps ce feu meurtrier, s’enfuirent en disant qu’il y avait des sauvages cachés derrière tous les arbres (3).

(1) Le P. de Charlevoir. H st, Gén. do la N. Franse, Vol. 111, 112,123.

(2) Idem. Vol. 111, 118.

(3) Le P, de Oharleroix. Hist, Gén. de la N. Fiance, Vol. III •

Page 1