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Le même jour et le lendemain, Phipps canonna b. ville ; mais ce fut sans succès, et il fut forcé d’éloigner ses vaisseaux.
Le 20, les Anglais, débarqués à Beauport, se mirent en mouvement vers Québec. Ils rencontrèrent à la Canardière les Canadiens et les Abénakis, qui les repoussèrent et les forcèrent de s’enfuir dans un bois (1). Ils recommencèrent le lendemain leur marche vers la ville, avec quelques pièces de canon, que 1 amiral leur avait envoyées pendant la nuit. Les Canadiens et les sauvages s’opposèrent à leur marche, et dirigèrent sur eux un feu si bien nourri qu’ils parvinrent à les arrêter. Le combat dura jusqu’à la nuit, où les Anglais furent forcés de s’enfuir, après avoir fait des pertes considérables. Les Abénakis les poursuivirent longtemps et leur enlevèrent leurs canoùs, 109 livres de poudre et quarante à cinquante boulets (2).
Phipps, voyant que toutes ses tentatives pour s emparer de Québec étaient inutiles, leva l’ancre» et se retira. Bientôt, la flotte anglaise fut assaillie par de furieuses tempêtes. Un vaisseau fit naufrage sur ViU d’ Anticosti, et plusieurs périrent -en mer. Les Anglais perdirent plus de 1,000 hommes dans cette expédition-
La nouvelle de ce désastre fut apportée à Québec par un Abénakis de l’Acadie, dans le mois de mars 1691 (3). ■ —
( 1 ) Idem. Vol. 111. 124.
(1) Le P. de Charlevoix. Hi*t. Gén, de ta N. France. Vol. tn.
vas— 127.
[ÎILOP. de -C barter olï. Hli*. Gén. de la X. France. Fol. MUS*
DES ABENAKIS. 209 *
Les colonies anglaises furent grandement humiliées etdécouragées par ce désastre, qui leur causa une si grande perte, et par le double échec qu’elles venaient d’essuyer. Les Abénakis de l’Acadie profitèrent de ce temps de découragement pour remplir la promesse qu’ils avaient faite àM. de Villebon, et venger le malheur des Français de leur pays. Cent-cinquaiite de leurs guerriers prirent aussitôt les armes, se jetèrent avec plus de fureur que jamais sur les établissements anglais, et passèrent la plus grande partie de l’hiver 1690-1691 à ravager les frontières de la Nouvelle- An» gleterre. Ils ruinèrent plus de 150 milles de pays. u Les frontières,” dit Bancroft, “ étaient remplies de u terreur et d’affliction, de captivité et de mort” (1).
Dans le mois d’ Août suivant, 1691, le major Schuy , 1er, de New- York, parut tout-à-coup à la Prairie avec un détachement de troupes et un fort parti d’Iroquois. Le but de cette expédition inattendue était, ou d’engager les Iroquois à continuer leurs déprédations sur le Canada et les empêcher défaire la paix avec les Français, comme le pensent quelques uns, ou seulement, comme Bancroft le prétend (2), “ d’obtenir u quelque succès dans une escarmouche.” Schuyler attaqua résolument1 2 le fort de la Prairie, mais il fut vivement repousse* ,
Comme le fort Chàmbly se trouvait exposé à être assailli par ces ennemis^ le Comte de Frontenac envoya immédiatement M. de Varennes, avec un déta-
(1) Bancroft. Hist, of the I). S. Vol. 11. 833 — Le P. de Chailtç
voix. Hist. Gén. de la N. France, Vol, 111, 185,
(2) Bancroft. Hist., of the ü, S. Vol. II. 830,
chement de Canadiens et d’Iroquois du Saut Saint- Louis, pour le secourir, et fit avertir les Abénakis de S ainl -François d’aller en toute hâte rejoindre cette troupe. Schuyler, repoussé à la Prairie, se dirigeait vers la rivière Richelieu lorsqu’il rencontra de Varen- <nes, qu’il attaqua avec fureur. Les Abénakis et les Iroquois se couchèrent aussitôt ventre à terre, derrière des arbres renversés, pour essuyer le premier feu des Anglais, puis, se levant avec rapidité, se précipitèrent sur eux avec tant d’impétuosité et de vigueur qu’ils les mirent en fuite. Schuyler rallia ses troupes deux fois, et fut chaque fois vivement repoussé. Enfin, après un combat de deux heures, il fut forcé de s’en, fuir, laissant ses drapeaux et ses bagages sur le champ de bataille (1).
Les Abénakis brûlaient du désir de poursuivre les fuyards, mais ils étaient tellement épuisés de fatigue qu’ils furent forcés d’y renoncer pour prendre quelque repos. Ils avaient laisse leurs wiguams avec tant de précipitation pour obéir à l’ordre du gouverneur, qu’ils ne s’étaient pas même pouvus de vivres
pour le voyage. La marche forcée qu’ils avaient faite,
et le rude combat qu’ils venaient de soutenir, sans prendre de nourriture, les avaient réduits à un état d’épuisement complet.
Les Iroquois, voyant qu’ils n’etaient pas poursuivis, retournèrent bientôt sur leurs pas, se divisèrent en plusieurs bandes, et se répandirent au Nord et au Sud du Saint-Laurent pour ravager les campagnes. Ils
•(I.) Le P. de Charlevoix. H'st Gén. de la N. Fiance- Vol. 1U- 152,153 .Garueau. Hist, du Canada. Vol.l. 12",
DES ABENAKI S.
brûlèrent les villages de Saint-Ours et de Contrecœur. Les Abénakis arrivèrent assez tôt pour les chasser de cette dernière place, mais ils ne purent sauver le vil lage, car il était déjà livré aux flammes.
Pendant ce temps, une bande d’Iroquois se dirigeait vers le fort de Saint-François, Les habitants de cette place, attaqués à l’improviste, ne purent se dé fendre et furent presque tous massacrés 11).
Tandis que les Iroquois ravageaient les campagnes du Canada, les Français reprenaient le commande ment en Acadie.
Depuis que Phipps avait fait la conquête de ce pays, l’Angleterre ne paraissait pas fort ambitieuse de le conserver, et Port-Royal appartenait à ceux qui s’y trouvaient les plus forts, tantôt aux Français, tantôt aux Anglais.
Après la prise de Port-Royal, en 1690, M, de V ilj lebon se rendit à Québec, et de là, passa en France. Il représenta au Ministre qu’il était aussi facile qu’important d’empêcher les Anglais de s’établir en Acadie, et assura qu’il pourrait y réussir avec le seul secours des Abénakis, si on voulait le placer à leur tête. La Cour de France lui accorda ce qu’il demandait. Le roi
(1) Ce fort était entouré d'une palissade, et renfermait la pre mière église de Saint-François ; il était situé près de lembouchu-* re delà rivière Saint-François, sur l’île qui porte encore aujourd’hui le nom “ d’île-du-fort." Dans cette irruption des Iroquois lefort et l’église furent brûlés. Le massacre des habitants retarda, l’établissent de cette paroisse, car pendant plusieurs années aucun n’osait s’y établir, craignant le. renouvellement d’un pareil dé-sastre aussi, en 1700, elle ne comptait encore que quelques familles, quoiqu’elle fût établie depuis treize ans. Ces familles étaient les Crevier? les Desmarets, les Giguère, les Jnllien, les la Bonté, lesVéronneau, les Pinard, les Gamelin, les Nique t et les Jaimeh En 1706,, sa population n’était quo de III âmes.
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le nomma commandant de l’Acadie, et lui enjoignit de s’embarquer au mois de Juin 169Wpoor Québec où il recevrait les ordres du Comte de Frontenac. Il écrivit alors à ce dernier qu’étant informé de l’affection des Abénakis à l’égard des Français, de leur courage et de tout ce qu’ils avaient fait contre les Anglais, et que voulant maintenir la possession de l’ Acadie avec le secours de ces braves et fidèles sauvages, il voulait
qu’on leur fournit, dans leur pays, toutes les munitions qu’ils demandaient, afin qu’ils n’eussent point la peine
de les aller chercher à Québec ; qu’il avait enjoint a M. de Villebon d’aller se mettre à la tête de ces sauvages, en qualité de commandant de l’ Acadie, avec quelques officiers, qui seraient choisis par le gouver-
11 Le comte de Frontenac fit remettre à M. de Ville-* bon tout ce qu’il avait ordre de lui fournir ; et celui ci partit de Québec, au commencement de Novembre, pour Port-Royal, où il arriva le 25 du même mois. *e trouvant aucun Anglais dans cette place il s en empara et y arbora le pavillon français. Le lendemain, assembla les habitants, et prit possession, en leur presence, de Port-Royal et de toute l’ Acadie, au nom du
xoi de France (1). ^ , A
Dans le cours de l’hiver 1691-1692, e om e Frontenac résolut d’aller attaquer les Agmers a 1 -
proviste, pour les punir des insolences qu ils avaien
commises en Canada, pendant l’ete preceden • Iroquois étaient les plus rapproches du lae Ch__
-(,) Le p, Y0l‘ IU;
DES ABENAKIS. 218
ülain, et les plus acharnés contre le Canada.
Une expédition fut donc organisée contr’eux, fet les Abénakis furent invités à y prendre part. Au commencement de Janvier, une troupe de 600 hommes, Canadiens, Abénakis et autres sauvages, partit du fort Chambly, remonta la rivière Richelieu, le lac Champlain, pénétra dans les cantons, et alla fondre à Pimproviste sur les trois villages des Agniers. Un grand nombre de ces sauvages furent tués, beaucoup faits prisonniers et leurs villages livrés aux flammes. Les Abénakis revinrent en Canada chargés de bufln.
Au printemps, les Iroquois, pour venger ce désastre, firent une terrible irruption sur le «Canada. Us se jetèrent à la fois sur la rivière Yamaska, Saint-Lambert, la Rivière-du-Loup, Pile Jésus, Boucherville, le lac Saint-François et plusieurs autres localités ; ils poursuivirent et harcelèrent tellement les habitants qu’ils les empêchèrent d’enseftiencer leurs terres (1). Alors, les Abénakis et les Iroquois du Saut Saint-Louis reprirent les armes. Aidés des Canadiens, ils poursuivirent ces ennemis, les chassèreht de la rivière Yamaska et du lac Champlain, puis allèrent les éloigner du lac Saint-François (2).
En Acadie, M. de Villebon s’était cantonné à la rivière Saint-Jean, attendant des secours de France, qui devaient le mettre en état de s’établir à Port-Royal. Le gouverneur de la Nouvelle- Angle terre, Phipps, résolut de le chasser de cette position. Il envoya
(1) Garneau. Hist, du Canada. Yol. I. 329.
(2) Le P. de Charlevoix. Hist. Gén. delà N. France. Vol. Ill 182—184.