SECONDE SOLUTION
Adam connaissait la nature des animaux, puisque, dans le temps qu’il était au paradis terrestre, il leur avait imposé des noms à chacun, qui exprimaient leurs qualités (1). Il savait donc, pour l’avoir vu plus d’une fois, que les petits de tous les quadrupèdes naissaient avec une masse informe, qui tenait à leur nombril par le cordon ombilical. Il savait aussi que les femelles de ces animaux, même de ceux qui ne se nourrissaient point de chair, après avoir mis bas leurs petits, mangeaient cette masse ou placenta, coupaient le cordon avec leurs dents, et débarrassaient ainsi leurs petits.
Adam a pu profiter de ces exemples, quand sa femme, chassée avec lui du paradis terrestre, commença à lui faire des enfants. Je ne prétends pas qu’Adam ait mangé leur arrière-faix, mais il a très bien pu couper le cordon avec ses dents. C’est ainsi que les sauvages du Brésil en usaient, quand les Français y abordèrent, comme le témoigne Jean Léry, dans l 'Histoire de sa Navigation au Brésil, chap. XVI. Du moins Adam a-t-il pu juger que, puisqu’on pouvait, sans danger pour l’enfant, couper le cordon avec ses dents, on pouvait le couper de même de toute autre manière, ce qu’il aura fait. Il est vrai que voyant qu’il sortait du sang du bout qui tenait à l’enfant, il l’aura lié. Voilà donc la ligature et le retranchement du cordon établis, et voilà le genre humain sauvé de même dans cette seconde supposition.
(1) Genèse, II, 21.