‹ Histoire des accouchements chez tous les peuplesChapitre 27 sur 94 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Le conseil estime, que la question proposée souffre de grandes difficultés. Les Théologiens posent d’un côté pour principe, que le Baptême qui est unenaissance spirituelle, suppose unepremière naissance. Il faut

être né dans le monde, pour renaître en Jésus-Christ, comme ils l'enseignent. S. Thomas, 3. part, quæst. 88, art. 11, suit cette doctrine comme une vérité constante; l’on ne peut, dit ce S. Docteur, baptiser les enfants qui sont renfermés dans le sein de leur mère. Nullo modo infantes in maternis uteris existentes baptisari possunt. Et S. Thomas est fondé sur ce que les enfants ne sont point nés, et ne peuvent être comptés parmi les autres hommes; d’où il conclut, qu’ils ne peuvent être l’objet d une action extérieure pour recevoir, parleur ministère, les sacrements nécessaires au salut : Pueri in maternis uteris existentes nondùm prodierunt in lucem, ut cum aliis hominibus vitam ducant ; undè non possunt subjici actioni humanæ, ut per eorum ministerium Sacramenla recipiant ad salutem. Les Rituels ordonnent dans la pratique ce que les Théologiens ont établi sur les matières, et ils défendent tous d’une manière uniforme, de baptiser les enfants qui sont renfermés dans le sein de leurs mères, s’ils ne font paroitre quelque partie de leur corps. Le concours des Théologiens et des Rituels, qui sont les règles des Diocèses, paroit former une autorité qui termine la question présente. Cependant le Conseil de conscience, considérant d’un côté que le raisonnement des Théologiens est uniquement fondé sur une raison de convenance, et que la défense des Rituels suppose que l’on ne peut baptiser immédiatement les enfants ainsi renfermés dans le sein de leurs mères, ce qui est contre la supposition présente; et d’un autre côté, considérant que les mêmes Théologiens enseignent que Ton peut risquer les sacrements que J. -C. a établis comme des moyens faciles, mais nécessaires pour sanctifier les hommes; et d’ailleurs estimant que les enfants, renfermés dans le sein de leurs mères, pourroient être capables de salut, par ce qu'ils sont capables de damnation; pour ces considérations, et eu égard à l’exposé, suivant lequel on assure avoir trouvé un moyen certain de baptiser ces enfants ainsi renfermés, sans préjudicier à la mère, le Conseil estime que l’on pourroit se servir du moyen proposé, dans la confiance qu’il a que Dieu n’a point laissé ces sortes d’enlants sans aucun secours, et supposant, comme il est exposé, que le moyen dont il s’agit est propre à leur procurer le baptême; cependant, comme il s’agiroit, en autorisant la pratique proposée, de changer une Règle universellement établie, le Conseil croit que celui qui consulte, doit s’adresser à son Evêque, à qui il appartient de juger de l’utilité, et du danger du moyen proposé; et, comme sous le bon plaisir de l’Evêque, le Conseil estime qu’il faudroit recourir au Pape qui a le droit d’expliquer les Règles de l’Église et d’y déroger dans les cas où la Loi ne sçauroit obliger : quelque sage et quelque utile que paroisse la manière de baptiser dont il s’agit, le Conseil ne pourroit l’approuver sans le concours de ces deux autorités. On conseille au moins à celui qui consulte, de s’adresser à son Evêque, et de lui faire part de la présente Décision, afin que, si le Prélat entre dans les raisons sur lesquelles les docteurs soussignés s’appuient, il puisse être autorisé,

L OBSTETRIQUE ET LE CULTE

dans le cas de nécessité, où il risqueroit trop d’attendre que la permis-

sion fût demandée et accordée, d’employer le moyen qu’il propose, si

avantageux au salut de l’enfant. Au reste le Conseil, en estimant que l’on pourroit s’en servir, croit cependant que, si les enfants dont il s’agit, venoientau monde, contre l’espérance de ceux qui se seroient servis du même moyen, il seroit nécessaire de les baptiser sous condition, et en cela, le Conseil se conforme à tous les Rituels qui, en autorisant le Baptême d’un enfant qui fait paroître quelque partie de son corps, enjoignent néanmoins, et ordonnent de le baptiser sous condition, s’il vient heureusement au monde.

Délibéré en Sorbonne, le 10 avril 1733.

A. Lemoyne. L. de Romigny.

De Marcilly.

Au chapitre XVII du Tristram Shandy , Sterne, après avoir cité cette élucubration étonnante, la fait suivre des réflexions suivantes : « Les compliments, s’il vous plaît, de M. Tristram Shandy, à Messieurs L..., de R. . et de M... Il espère qu’ils ont bien dormi la nuit qui a suivi une consultation si ennuyeuse et si fatigante. Mais ne peut-il pas leur demander si, après la cérémonie du mariage, et avant celle de la consommation, ce ne serait pas un moyen bien plus court et beaucoup plus sûr de baptiser à la fois, par injection, tous les embryons, sous condition ? Cela ne ferait sûrement aucun tort à la mère; et si la chose était faisable, ainsi que le pense M. Shandy, il n’en coûterait de plus pour se mettre en ménage, que l’achat d’une petite seringue. »

C’est, en effet, avec une seringue (fig. 72) ou un irrigateur, un injecteur quelconque que l’on administre le baptême intra-utérin. Nous nous souvenons même qu’appelé à la campagne pour pratiquer la perforation du crâne, dans un cas de rétrécissement extrême du bassin, nous l’avons, mon confrère Regnier, de Cormeilles, et moi, administré, avant l’opération, sur la demande de la famille, avec une grosse seringue à cheval; c’était le seul appareil hydraulique qui existât dans le voisinage.

Un baptiseur qui ne s’embarrassait guère, c’était le Grégoire dont Diderot parle dans une lettre adressée à M110 Voland, 1760. « M. Hoop, écrit ce philosophe, faisait un cours d’accouchement chez un homme célébré, appe'é Grégoire. Ce Grégoire croyait sérieusement qu’un enfant qui mourait sans qu’on lui eût jeté un peu d’eau froide sur la tête, en prononçant certains mots, était fort à plaindre dans l’autre monde : en conséquence, dans tous les accouchements laborieux, il baptisait l’enfant dans le sein de la mère, oui, dans le sein de la mère. Or savez-vous comment il s’y prenait? D’abord, il prononçait

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la formule: Enfant je te baptise ; puis, il remplissait d’eau sa bouche qu’il appliquait convenablement, soufflant son eau le plus loin qu’il pouvait; en s’essuyant ensuite les lèvres avec une serviette, il disait : « Il n’en faut que la cent millième partie d’une goutte pour faire un ange ».

D’ailleurs, l’usage de la seringue avait ses détracteurs. Riolan condamnait l’emploi de tout instrument et voulait que, suivant la coutume de Paris, on portât, avec la main, l’eau directement sur l’enfant.

Le docteur E. Verrier, professeur libre d'accouchements, frappé des inconvénients nombreux que, dans la pratique, présente l’emploi

Fig. 72. — Seringue employée par les accoucheurs du XVIIe siècle, pour administrer le baptême intra-utérin, d'après Mauriceau.

d’une seringue, a imaginé un appareil spécial pour baptêmes intrautérins. Voici comment il expose les avantages sociaux, théologiques et médicaux de ce baptisoir :

« Le ridicule qui s’attache à la seringue, surtout depuis les plaisanteries de Molière, fera qu’en France du moins, la très grande majorité des médecins ne voudra jamais s’en servir ; et de là la mort spirituelle d’une foule d’enfants, qui succombent sans baptême.

« D’un autre côté, l’accoucheur ne peut avoir dans sa trousse un pareil instrument; il est obligé, s’il veut administrer le baptême, de prendre la seringue qui se trouve dans la maison de sa cliente, et qui toujours a servi à des usages abjects; ce qui est une espèce de profanation pour le sacrement.

« Dans ces circonstances, j’ai inventé un instrument très simple, qui réunit toutes les conditions qu’on peut demander, au double point de vue de la théologie et de la médecine, savoir .

« En ce qui concerne la théologie:

« 1° Le sacrement se donne par affusion et non par injection, puis-

qu’il suffit de verser dans la partie évasée en forme d’entonnoir de l’eau contenue dans une carafe ou un vase quelconque, en prononçant les paroles sacramentelles.

«2° Le signe de croix que forment les prêtres qui baptisent, sur le front des enfants, est imité par l’autre extrémité de mon instrument qui est terminé par une ouverture cruciale.

« 3° Plus de crainte de profanation, par l’emploi d’un instrument souillé.

« 4° Un grand nombre d’enfants qui mourraient sans baptême, ne seront plus, désormais, privés de la grâce attachée à ce sacrement.

Fig. 73. — Instrument du docteur E. Verrier pour administrer le baptême intra-utérin. — 1. Entonnoir en métal s'adaptant au n» 2. — 2. Tube en caoutchouc de longueur suffisante pour l’usage requis. — 3. Ouverture inférieure de ce tube, terminé en forme de croix.

« Sous le rapport médical :

« 1° Facilité de porter l’instrument qui se démonte en deux parties.

« 2° Plus de ridicule attaché à l’emploi de la seringue.

h 3° L’instrument nouveau s’allonge ou se raccourcit à volonté, suivant la hauteur à laquelle se trouve l’enfant dans le canal vulvoutérin.

« 4° Dans le cas de mort de la femme avant l’accouchement, alors que l’enfant palpite encore, si la famille refuse à l’accoucheur l’autorisation de faire l'opération césarienne post mortem, celui-ci peut encore administrer le baptême à l’enfant qui va mourir. Il en serait de même si l’accoucheur ne jugeait pas que la vie de l’enfant puisse persister jusqu a la fin de l’opération.

« Ces deux dernières circonstances intéressent tout à la fois le médecin comme le théologien.

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« 5° Avanlage scientifique : La facilité d’administrer le baptême fera rejeter l’opération césarienne, si désastreuse quand on la fait dans le seul but de baptiser l’enfant. Non debet homo occidere matrem, ut baptiset puerum suum, dit Saint Thomas.

« L’ange de l’école subordonnait ainsi l’avenir de la science au scrupule religieux. Nous croyons avoir trouvé un moyen de concilier ces deux intérêts dans toutes leurs exigences.

« Il n’y a que dans les cas de ruptures utérines, quand l’enfant est passé en entier dans le ventre de sa mère, ou bien quand il y a grossesse extra-utérine, que la gastrotomie peut être pratiquée pour donner le baptême; mais alors la mère, dans le premier cas surtout, est vouée à une mort certaine, et d’ailleurs la gastrotomie simple est encore moins grave que la gastro-hystérotomie.

« 6° Conséquence : Des hommes peu éclairés, mais animés de l’esprit de conciliation, se sont demandé si l’on ne pourrait pas baptiser l’enfant en danger, à travers les parois abdominales.

« En raison de la facilité quedonne mon instrument, on peut répondre sans hésitation, que celte dernière forme de baptême doit être rejetée ; puisque, d’une part, elle est inutile, et que, d’autre part, elle ne répond pas à ce qui est exigé pour l’administration du sacrement, même sous conditions. »

Le baptême intra-utérin est-il valable en cas d’expulsion postérieure du fœtus? — Benoît XIV, recommande expressément de rebaptiser l’enfant sous condition, au cas où il viendrait à naître vivant. Dans un de ces petits problèmes sous forme d’anecdotes, dont les théologiens semblent avoir emprunté l’habitude aux rhéteurs antiques, l’ingénieux P. Gury (1) s’est plu à élucider toutes les difficultés que peut soulever la question du second baptême :

« Honorine, sage-femme, appelée pour un accouchement, et craignant que le fœtus ne périsse avec la mère, qui est en danger, le baptise avec un instrument dans le sein de sa mère; plus tard, le bras de l’enfant étant sorti, et le péril croissant, elle baptise sur ce membre. Puis, n’étant pas rassurée sur la validité de ces baptêmes et l’enfant étant agonisant après sa naissance, elle le baptise une troisième fois. Enfin le curé arrive, et doutant de la valeur de ces cérémonies, il donne une quatrième fois le sacrement, mais sous condition. »

(1) Compendium tlieolorjiœ moralis.

Si, avec ces quatre baptêmes, les papiers du jeune chrétien ne sont pas en règle, c’est que la chancellerie céleste sera bien vétilleuse.

De l’opération césarienne. — Une femme est-elle tenue, pour assurer, par le baptême, le salut de son fruit, de subir l’opération césarienne, c’est-à-dire l’incision des parois de l’abdomen et de celles de l’utérus (fig. 74), lorsque l’accouchement est déclaré naturellement

Fig. 74. — Opération césarienne.

impossible? « Si un habile chirurgien, dit Mgr Bouvier, avait l’espoir de réussir, un confesseur devrait engager la femme à s’y soumettre, et se servir pour cela des motifs les plus capables de l’y déterminer. » Toutefois, le doux évêque ajoute qu’on ne peut l’y contraindre en la menaçant de lui refuser l’absolution. Mais l’obligation de pratiquer l’opération césarienne n’est plus contestable quand la femme est morte. L’enfant peut-être trouvé vivant ; donc l’hésitation n’est pas permise. Il ferait beau voir qu’une femme s’avisât de témoigner quelque répugnance à être éventrée après sa mort. Ecoutez l’anecdote racontée, à ce propos, par l’abbé Dinouart :

« Je terminerai ce chapitre par un événement qui inspire la plus

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grande horreur. Au commencement de ce siècle, dans une des principales villes de la Sicile, une femme noble, mère de sept garçons, au moment de la mort et enceinte, fit venir ses enfants et les pria instamment de lui accorder deux choses : la première, de ne pas permettre qu’on lui fit l’opération césarienne après sa mort; la seconde, qu’on l’ensevelit ornée de ses habillements les plus précieux. Elle meurt, et ses enfants ne lui obéissent que trop fidèlement. L’archiprêtre du lieu se présente avec un chirurgien pour l’opération, leurs prières, leurs raisons ne sont d’aucun poids auprès des enfants, qui l’épée en main repoussent avec violence le curé et le chirurgien. Quelques jours après l’inhumation de la mère, le bruit se répand que les religieux de l’église où son corps était inhumé, l’avaient dépouillée de tous ses riches habillements. Les fils demandent à grands cris qu’on ouvre le tombeau pour constater le fait. Affreux et déplorable spectacle ! ils trouvent leur mère avec tous ses habits, et près d’elle, deux jumeaux sortis de son sein, et morts. La main de Dieu s’appesantit sur cette famille illustre et opulente : tout ces enfants périrent dans l’indigence, et accablés par l’infortune la plus humiliante. Ce fait est certain, mais on me dispensera de nommer ni la famille ni le lieu de ce triste événement. »

Nous croyons sans peine cet excellent abbé, mais il eut donné plus d’authenticité à son récit en nommant le pays qui fut témoin de cette extraordinaire histoire. Laissons le bon Dinouart et revenons aux théologiens du siècle.

« C’est surtout aux sages-femmes, aux médecins et généralement à ceux qui président aux accouchements, que les curés et les confesseurs doivent démontrer la nécessité et l’obligation grave de faire l’opération césarienne sur le cadavre d’une femme morte, et cela le plus tôt possible. » Ainsi s’exprime Mgr Bouvier : Sœltler et Rousselot se gardent de le contredire : « Les curés devront enseigner aux femmes, aux accoucheuses, qu’il est de leur devoir strict d’ouvrir la femme enceinte aussitôt après sa mort, pour baptiser l’enfant qu’on en tirera le plus souvent en vie. Ils devront même apprendre à faire l'opération césarienne, pour pouvoir l’enseigner, si l’occasion se présente. » Le P. Debreyne, trappiste, qui a examiné en détail cette question dans sa Mœchialogie sacrée , veut que la section abdominale soit imposée au médecin dès l’instant que l’enfant est animé, c’est-àdire à partir du moment « où l’union de ses substances spirituelle et corporelle s’est effectuée. » Malheureusement on se heurte de nouveau à la difficulté déjà signalée : à quel âge le fœtus a-t-il une âme? Avec Zacchias, nul embarras : l’animation s’opérant au moment de la con-

ception, une femme morte au début de la grossesse est évcntrée de plein droit. Florentini (1), nous rend déjà perplexes : baptisez, nous dit-il, baptisez, sous peine de péché mortel, l’embryon lors même qu’il ne serait pas plus gros qu’un grain d’orge ; et cette doctrine est qualifiée d’indubitable par la Sorbonne. Donc, au bout de trente jours, éventronsou nous serons damnés.

En réalité, la grossesse ne peut être reconnue avec certitude que vers le milieu du quatrième mois, et en ouvrant avant cette époque une femme prétendue enceinte, on s’exposerait, et l’on s’est exposé déjà, à de graves mécomptes. 11 peut se faire que les gens de l’art, race parfois impie, refusent de déférer aux ordres de la famille ou du prêtre; en ce cas, l’Eglise autorise tout individu de l'un et de l’autre sexe à faire les sections nécessaires. L’auteur de la Mœchialogie sacrée veut même que le prêtre, à défaut de toute autre personne, pratique l’opération; il encourage le chirurgien en soutane par les paroles suivantes : « Qu’il s’arme du signe de la croix, qu’il fasse la section avec confiance et courage; sa charité lui attirera de Dieu une double récompense, et pour avoir retiré l’enfant d’une étroite prison où il devait nécessairement mourir, et surtout pour lui avoir conféré le baptême. 11 en sera le père spirituel, parce qu’il l’aura régénéré en Jésus- Christ; il en sera en quelque sorte la mère, comme dit Cangiamila, parce qu’il l'aura véritablement mis au monde. Si l’enfant meurt quelque temps après avoir reçu le sacrement de baptême, ce qui est assez ordinaire, il aura sans délai dans le ciel un protecteur puissant qui intercédera incessamment pour lui auprès de Dieu. Quel sujet donc de joie, de consolation et d’espérance pour vous, ô ministre et fidèle serviteur de Dieu, d’être certain d’avoir été l’instrument immédiat du salut éternel d’une âme qui, sans ce sublime et courageux dévoûment, que la charité vous a inspiré, n’aurait jamais joui de voir et de posséder Dieu éternellement ! »

Certains conseils de Mgr Bouvier ont un caractère plus pratique et visent particulièrement le procédé opératoire : « Faire une incision de six ou sept pouces de long sur le côté le plus éminent... Il faut que l’incision soit faite en long et non en travers parce qu’on arrive plus directement à la situation de l’enfant et parce que, si par hasard la femme vivait encore, la plaie se fermerait plus facilement. Les chirurgiens ont des instruments propres à ces sortes d’opérations, les autres personnes , n'en ayant pas, doivent se servir de celui qu'elles

(1) Dissertation sur le baptême des avortons , 165S.

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auront sous la main et qui leur paraîtra le plus propre à cet effet; c’est le rasoir qui convient le mieux ».

Des précautions assez baroques étaient jadis prises pour assurer la consécration de l’enfant. Le synode de Cologne, en 1528, et celui de Cambrai, en 1550, disent « qu’il faut mettre entre les dents de la femme, à l’instant de sa mort, un tube de roseau ouvert des deux côtés. Mercatus est du même avis. Paré etHeister rejettent celte précaution comme inutile, puisqu’il est bien sûr que l’enfant enfermé dans ses membranes, n’a aucune communication avec la trachée artère et la bouche de la mère. L’usage de ce tuyau est recommandé dans une ordonnance sur cette matière, donnée en 1744 par M. l’évêque de Girgenti, afin de permettre l’issue des corpuscules putrides, dont le séjour pourroit être nuisible à la conservation de l’enfant : la précaution est fort sage. Guillemau, Charles Etienne et Schenchius admettent la pratique de Mercatus. Ils ordonnent même de mettre un tube de roseau dans le vagin à l’instant de sa mort : sed eliam ut simili modo patula uteri vagina servetur . Cette dernière précaution de l’insertion d’un tube dans le col de la matrice est très importante, et ne doit pas être négligée, surtout lorsque le chirurgien est absent, et que le moment de l’accouchement naturel étant arrivé, la membrane est ouverte ».

Ces prescriptions, fort inutiles, au reste, ne sont plus suivies de nos jours : « La seule chose nécessaire », dit Mgr Bouvier, « est de préserver l’enfant du froid delà mort, en tenant toujours chaude la région qu’il habite. Pour cela, il faut faire chauffer des linges ou des étoffes, et les appliquer sur le ventre de la mère, en attendant qu’on puisse en faire l’ouverture ».

Toutes ces instructions de séminaire sont trop fréquemment appliquées par le clergé belge; l’Art médical d’Anvers souvent enregistre des faits semblables; prenons-en un au hasard. Il y a quelques années, dans la commune de Zoersel, une jeune fille succombait et était considérée par le curé comme enceinte. Celui-ci prescrivit au père de la jeune fille qu’aussitôt après le dernier soupir, il eut à pratiquer l’opération césarienne, lui donnant un canif à cet effet. Le malheureux père, ne pouvant se résigner à accomplir cet acte sur le corps de son enfant, appela une sage-femme, qui opéra à l’aide d’un rasoir. La jeune fille n’était pas enceinte; et la sage-femme, interrogée par le juge d’instruction sur les signes qui lui avaient prouvé que la femme était morte, répondit qu’elle ne savait pas... Plus récemment, un ecclésiastique, vicaire de Aertrycke, fut condamné par la Cour d’appel de Gand à un mois de prison, pour avoir pratiqué l’opération

césarienne post mortem. Mais ce jugement fut cassé par la Cour de cassation, attendu que ce fait constituait la violation d’un cadavre avant la sépulture, fait non prévu par la loi, et non pas la violation de la sépulture d’après la loi existante.

Les membres du clergé français sont plus circonspects. Cependant, en 1878, dans le département de la Loire, un boucher a ouvert, sur l’invitation du curé, une femme enceinte paraissant avoir rendu le dernier soupir, et il fut seulement condamné, pour exercice illégal de la chirurgie, à une amende insignifiante. De môme à Néaulphe-sous- Essai (Orne), la même année, une femme à terme fut ouverte avec un canif par une voisine, aussitôt après la mort, sur l’ordre du curé :

« Ce qu’il y a de plus intéressant dans tout ceci », dit Paul Bert (1), « c’est que la préoccupation de sauver la vie soit à la mère, soit à l’enfant, n’entre pour rien dans l’esprit des casuistes. On devra ouvrir le ventre, alors que l’enfant ne sera certainement pas viable; il suffit qu’il puisse être vivant. C’est qu’en effet il n’y a d'intéressant que le salut éternel de l’enfant. Cette préoccupation dominante s’est manifestée l’année dernière (en 1878), dans des conditions extrêmement dramatiques. La Cour d’assises du Calvados a condamné deux femmes, la mère et la fille, qui avaient tué le nouveau-né de celle-ci ; auparavant, ces deux ferventes catholiques avaient eu le soin de le baptiser, afin qu’il pût devenir un ange ».

(1) La Morale des Jésuites.

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