PAQUETTE
Si jusques à demain elle poursuit de même . . .
LA SAGE-FEMME
Avez-vous du sel 1
M. GODARD
Oui. (à part) Si j'en crois mon courroux,
Je lui...
LA SAGE-FEMME
Mais du safran, enfin, en avez-vous?
(I) En vertu de la médecine des signatures, les Anciens pensaient que ces animaux pouvaient communiquer leur agilité par le contact de leur dépouille ; c’est aussi pour ce motif, qu’au XVIII” siècle, les princesses elles-mêmes avaient recours à l’eau de tête de cerf, « ce sont, » dit Dionis, « des andouillers de la tête du cerf encore tendres que l’on fait distiller et dont on prend dans le travail •.
ERREURS ET PRÉJUGÉS
toutes les sottises antiques, conseille de mettre sur le ventre de la femme une pierre rendue par un calculeux (1) ou encore le sabot pulvérisé d’un âne (2). Moschion veut que la femme gobe un œuf ou qu’on lui ceigne la tête d’une couronne de raves enduites de fiente de pigeon. Aétius préconise un procédé qui semble inventé par les Chinois : appliquer sur les reins du sujet des nids d’hirondelle dissous dans de l’huile, Goranus d’Ephèse critique l’usage des concombres couverts de cire et attachés avec de la laine rouge (3). De son temps, on croyait aussi que la main gauche pouvait faciliter les accouchements, puisqu’elle avait la vertu d’attirer les serpents. Pour activer le travail, on conseillait encore l’emploi des torpilles comme, de nos jours, les courants électriques.
Le moyen âge estimait le limaçon rouge (4) comme un puissant remède oxytocique. Voici la recette, assez malpropre du reste, que donne Albert le Grand : « Si on prend par égale portion des limaçons rouges et du romarin, et qu’on les hache ensemble bien menu, ensuite qu’on les mette pendant quarante jours sous du fumier de cheval, dans un pot plombé et bien bouché, on en tirera une huile que l’on mettra dans une fiole de verre bien close ; ensuite, on l’exposera au soleil : cette huile guérit, en peu de temps, les tranchées que les femmes souffrent avant ou après leur accouchement. Celles dont le
(1) Sans doute, en raison de l’analogie qui existe entre les coliques néphrétiques et les douleurs de l’enfantement .
(2) L. Coquelet dit que « la fumée de la corne d’asne facilite l’accouchement de l’enfant mort dans le ventre de sa mère ».
(R) La couleur rouge a joué longtemps un rôle important en obstétrique : nous avons signalé à l’accouchement gémellaire de Thamar le cordon écarlate que la sage-femme passe autour du poignet de Zara ; bientôt nous indiquerons l’efficacité des limaçons rouges, du corail rouge, des grenades ; nous verrons aussi intervenir les roses de Jéricho. Jacques Duval conseille de mettre certaines plantes officinales dans un morceau de taffetas rouge que l’on pendait au cou de la patiente « et tost après elle enfantera ». Ailleurs le même auteur prescrit de toucher les aphtes du nouveau-né avec un morceau d’écarlate rouge enduit de miel rosat. On ne trouve guère d’exception que chez les négresses du Loango qui, pendant la grossesse, ne doivent pas porter de vêtements rouges, mais blancs et bleus. Ce sont aussi les deux couleurs auxquelles les croyantes vouent leurs enfants, si les couches se passent sans encombre. Du temps de Dionis on y joignait le gris.
(4) Déjà, chez les Anciens, les mollusques de. cet espèce étaient employés dans les accouchements ; Quintus Serenus Sanimonicus dit :
At ubijam certum spondet prœgnatio fatum ,
Ut facili vigeat servata puerpera par tu,
Dictamnum bibitur, cochlea manducantur edules.
Quand la grossesse promet sûrement un fruit
Pour que la mère jouisse, saine et sauve, d’un accouchement facile, Qu’elle boive du dictame et mange des escargots.
ventre sera ridé, à cause du nombre des enfants qu’elles auront portés, pourront s’en servir ; il n’est rien de plus sûr qu’elles auront la peau du ventre aussi unie et douce que si elles étaient encore filles. »
Au XVIIe siècle, la poudre de laRoyne , était employée « tant pour garantir des douleurs restées après un travail violent, que mesmes pour rendre le futur accouchement tranquille et moins douloureux ». Cette poudre était un composé de racine de grande consoude, de noyaux de pêche, de noix muscades, d’ambre jaune et gris ; tous ingrédients bien anodins.
A la même époque, on faisait dans les accouchements laborieux des fumigations locales avec un appareil spécial, représenté par A. Paré (fig. 86, 87). On employait, à cet effet, différentes plantes, telles que l’armoise, la sabine, le dictamne, la myrrhe, la sarriette, etc. « Ceux qui », dit Jacques Duval, « dénuez des commoditez de la ville, sont contrains se servir de ce qu’ils trouvent aux champs, font fumigation avec fiente de chat ou d’agneau, et ongle de cheval, appliquent mesmement un délivre de vache sur le ventre, ou bien en donnent quelque portion qu’ils auront gardée estant batue et meslée avec du vin blanc ». Le même médecin indique encore d’autres recettes employées de son temps pour faciliter les couches : « Il sera aussi bien convenable, d’attacher à la cuisse dextre du styrax calami, coriande verte, ou racines de polygonon et de cyclamen. La racine d’hyosciame doit aussi estre liée et attachée à la cuisse gauche. Une pierre d’Emery tenue en la main dextre. Faut aussi donner le poids d’un escu de rasure d’yvoire à boire avec eau de canelle ou théricale.
« Le corail rouge pendu au col profite grandement. La sarriette battue et mise sur le ventre tire et met l’enfant hors du corps, soit mort ou vif.
« Ce que peut faire aussi le laict d’asnesse beu avec quelque peu d’eau salée, ou d’eau rose. Il y en a qui appliquent sur le ventre de l’armoise battue et laict de femme, avec fort bon succez. Jean de Ville-Neufve et Jean de Sainct-Amand approuvent fort qu’on face tenir sur la région de l’aine, douze ou treize grains de corriande liez dans un linge bien tenu, par un enfant vierge, soit fils ou fille, et qu’on face boire une demie drachme de roche de borras dans de fort vin blanc, ou eau de canelle quantité d’une once. Et Victorinus Faventin approuve fort ce remède. Prenez écorce du raifort et feuilles de mercuriale, de chacune une once, trois grains de saffran, deux drachmes de canelle bien battue : meslez le tout et le mettez dans un morceau de taffetas rouge que vous pendrez au col de la malade, et tost après
elle enfantera. A ce convient aussi l’odeur de genest brûlé, ou bien du bitume judaïque, qui est plus convenable. »
A toutes les extravagances des siècles passés, le XVIII0 siècle ajouta nécessairement la trinité des fameuses panacées de l’époque, le saignare, le purgare et 1 eclisterium donare; la saignée surtout faisait merveille. A. Leroy proclame que la lancette est le meilleur de tous les forceps. Mauriceau préconise le séné avec du jus de citron. Lebas
Fig. 8G. — Appareil à fumigations, d'après A. Paré.
Fig. 87. — Sorte de spéculum placé dans le vagin pourrecevoirles fumigations, d’après
A. Paré.
tient pour les vomitifs ; d’autres préfèrent les sternutatoires. De Lamote, plus sage, s’en rapporte à la nature et critique tous ses confrères qui attribuent la rapidité du travail à l’usage de leur recette. Il raconte la mésaventure d’un accoucheur de son temps qui avait une poudre merveilleuse pour accélérer le travail ; appelé, un jour, à la hâte auprès d’une femme en couches, il s’aperçoit qu’il a oublié sa poudre, il part la chercher et trouve à son retour l’accouchement terminé. De même Viardel s’apprête à pratiquer la saignée tradition-
nelle pour hâter le travail, mais il n’a pas encore tiré sa lancette qu’il reçoit l’enfant avant l’arrivée de la sage-femme. C’est la philosophie de toutes les arcanes qui ont la prétention d’accélérer l’accouchement; on leur attribue généralement un mérite qui revient à la nature.
Avant d’en finir avec cette revue, déjà longue, nous avons encore à signaler certaines extravagances des plus étranges.
« Les bonnes famés de village, à l’antour de Mompelhier, » dit Laurent Joubert, « ont éprouvé que si celle qu’est travailhée d’anfant, s’assied sur le cul d’un chauderon, qu’on ha levé presantemant du feu, elle anfante plus aysément. Nous savons que tel chauderon, auquel naguère l’eau boulhoit, ha le cul tiède, qu’on dit froid en comparaison du reste, qui est chaud brûlant. Or, cette tiédeur remollit le cropion, et le rand plus facile à céder, comme font les fomantacions remollissantes que nous usons à cet effet...
« Il y a moins de raison à ce que les mesmes villageoises font, de mettre sur le vantre de la famé, le bonnet ou chapeau de son mary, sinon par avanture que y étant mis, on serre le vantre par dessus le bonnet, qui an ce cas sert de compresse pour ayder à l’expulsion. Mais ie panse qu’on le fait an ieu, au moins qu’il a été ainsi introduit et que depuis on le prand à bon éciant. Et le ieu peut etre prins de cette sorte : Que les marys volontiers s’excusent et défandent de n’assister à tels affaires. Quelquefois on les y veut contraindre; pour s’y aider et si on n’an peut avoir autre chose, on leur retient le bonnet, qu'on met sur le vantre de sa famé : comme an disant, de l’homme est parvenu cette anfleure de vantre, comme s’il avoit la pointe venimeuse; luy, ou son bonnet, appliqué là dessus sert de contre venin et fait passer l’anfleure. Mais ie trouve bien plus raisonnable que ce soit luy mesme, qui de son vantre couvre le vantre de sa famé, nom pas que sa tiède chaleur vigorant celle de la famé y fit tant que la copulacion accoutumée. Car la famé an se remuant tant soit peu, ébranle doucement et plaisammant le cropion, et la semance du marry rand le passage glissant, beaucoup mieus que ne font les eaus. C’est l’urine de l’enfant, laquelle à ces fins doit sortir la première. le say personnes qui an usent ainsi, dont leurs famés se trouvent fort bien et ont aysée délivrance. »
Ne quittons pas la France : Thiers va nous fournir encore nombre de superstitions bizarres. Ici, les commères déclarent que plus longtemps une femme grosse laisse sur le trépied son cuvier à lessive, plus ses couches dureront de temps; là, qu’il est utile de prononcer certaines paroles sur le toit de la maison où gémit une femme en mal d’enfant ; ailleurs, qu’il suffit de murmurer à son oreille sucamy dur.
D’autres, enfin, font porter à l’épouse la culotte, les bas ou les chaussures du mari. Que reste-t-il de toutes ces croyances? L’erreur étant tenace de sa nature, nous ne serions pas étonné qu’on en trouvât trace encore dans nos campagnes, aussi bien peut-être que d’une gracieuse superstition méridionale rapportée par le même Thiers. La voici : au pays de Provence, les femmes enceintes mettent dans l’eau des roses de Jéricho; si les fleurs s’ouvrent, c'est l’annonce d’une heureuse et facile délivrance; quand, au contraire, elles restent fermées, la couche sera pénible. Dans d’autres pays, on se contente d’attacher les mêmes roses de Jéricho aux pieds dn lit pour accélérer l’accouchement.
Achevons par une courte promenade à l’étranger. En Sicile, les femmes en travail boivent abondamment de l’eau glacée, ou tiennent dans leurs mains de la neige, ou se l’appliquent sur le ventre. Suivant la doctrine musulmane, il faut, dans un accouchement difficile, écrire sur un parchemin des versets du Koran et répandre sur cette écriture de l’eau que l’on fait avaler à la femme. Les Finnois ouvrent le cou d’un poulet vivant et le tiennent suspendu, jusqu’à son agonie, devant les organes externes de la femme ; pour eux, les mouvements convulsifs de l’animal invitent la matrice à suivre son exemple. Au Japon, nous verrons un parent ou un ami de la patiente en détresse aller au temple voisin avaler des bouts de papier, appelés sitzu-bum. Les Chinois sont plus malpropres : dans les cas difficiles, ils font prendre à la femme en couches des cheveux d’homme grillés et de l’urine d’enfant. Non moins repoussante est la recette employée dans le centre de la Russie : quand les moyens ordinaires, comme de faire souffler la femme dans une bouteille vide, ont échoué, on administre alors à la malheureuse des cendres et des poux, agent thérapeutique qu’on a toujours sous la main. Au Ivamtschatka, où nous nous arrêterons, les indigènes offrent à leurs femmes, pour les rendre fécondes et faciliter leurs couches, l’insecte industrieux et répugnant que nous nommons araignée. Rappelons cependant que l’astronome Lalande croquait volontiers de ces horribles bêtes et leur trouvait un goût de noisette.