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B. — TEMPS MODERNES

France. — Position au XVIe siècle. — Ambroise Paré, dans ses Œuvres, parues en 1564, nous donne une description que nous reproduisons dans toute sa naïveté : « ... Si tels signes se démonstrent, sois asseuré qu’en brief la femme enfantera ; et partant qu’on luy prépare tout ce qu’elle aura besoin pour tel affaire, et principalement à la bien situer en un lict en figure moyenne, à sçavoir non du tout à la renverse ny assise, mais aucunement le doseslevé, afin qu’elle puisse mieux respirer et avoir force à mettre l’enfant hors. Davantage, faut qu’elle ait les jambes courbées, et les talons vers les fesses, et les cuisses escartées l’un de l’autre, et qu’elle s’appuye contre une bûche de bois posée au travers de son lict, ayant un peu les fesses eslevées.

« Aucuns accouchent debout estans appuyées des bras sur le bord du lict ou d’un banc; autres en une chaire propre à cela (fîg. 228), laquelle ne doit pas estre plus haute de la terre que de deux pieds. L’utilité de cette chaire n’est à mespriser parce que la femme grosse

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y est située estant renversée sur le dos, de sorte qu'elle a son inspiration et expiration libres ; aussi que l’os sacrum et l’os cauclœ sont en l’air, n’estans aucunement pressez, qui fait que les dits os se desjoignent et séparent plus aisément. Pareillement l’os pubis, à cause que les cuisses sont escartées l’une de l’autre, joinct aussi que la sagefemme besongne plus à l’aise, estant assise devant la femme grosse.

« L’on mettra un oreiller au dossier de la chaire, et quelques linges où les cuisses seront appuyées, afin que la femme grosse soit plus à son aise.

«... Estant la femme en travail d’enfant, le tout venant bien, faut

Fig. 22S. — Chaise obstétricale, d’après Eucharius Rhodion et A. Paré.

laisser faire nature, et la sage-femme; toutesfois faut commander à la femme (lors qu’elle aura des ondées et tranchées) qu’elle s’espreigne le plus qu’elle pourra, luy cloüant le nez et la bouche, et une matrone luy presse les parties supérieures du ventre en poussant l’enfant en bas ; car telle chose ayde grandement à les faire accoucher, n’estans si vexées des tranchées ou ondées, comme j’ay souvent esfois expérimenté en plusieurs femmes où j’ay esté appellé pour leur ayder à accoucher.

« Pour haster la femme d’accoucher, la semence de lin, pilée avec eau d’armoise et de Sabine, sert grandement ; après elle tachera à esternuer avec sternutatoires: quoy faysant, la femme avec moins de travail enfantera.

«...On baillera à la femme subit après l’enfantement deux ou trois cuillerées d’huile d’amandes douces tirées sans feu avec un peu de sucre. Autres prennent deux jaunes d’œufs avec sucre, autres prennent de bon hippocras ; autres un consommé ou de la gelée ».

Dans le cas d’opérations obstétricales, on faisait prendre à la patiente une position des plus pénibles, qui ressemblait à une véritable torture; pour assurer son immobilité, on l’entourait de liens des pieds à la tête. Voici, du reste, la description qu’en donne A. Paré, dans le Livre où il traite De la manière de bien situer la femme pour luy extraire l'enfant :

« Et si telles choses », dit le chirurgien de Charles IX, « ne profitent, faut besongner par œuvre manuelle et instrumens propres, en la manière qui s’ensuit. Premièrement rectifieras l’air de la chambre, sçavoir est, s’il est froid l’eschaufferas, et s’il est trop cliaud le refroidiras ; cela faict, faut situer la mère en la posant près le bord du lict, et la coucher à l’envers ayant les fesses aucunement eslevées sur quelque carreau dur, ou autre chose semblable, et qu’elle soit renversée, toutesfois en figure moyenne, c’est à sçavoir qu’elle ne soit du tout couchée n’y courbée, comme nous avons dit cy-dessus, afin qu’elle puisse avoir son inspiration et expiration plus libres, et que les ligaments de la matrice ne tendent point tant que si elle estoit couchée du tout à la renverse.

« Aussi luy faut courber les jambes ayant les talons assez près des fesses, les lier avec une grande et large bande de toile, ou autre chose, laquelle poseras premièrement par dessus le col, et au travers des espaules de ladite femme en manière de croix S. André; puis derechef croiseras ladite bande à chacun pied, et la tourneras autour des jambes et cuisses, lesquelles seront escartées l’une de l’autre, en rapportant encore ladite lisière par dessus le col, et le faut lier et attacher si ferme que ladite patiente ne puisse se mouvoir çà ny là, ainsi qu’onlie ceux auxquels on extraict la pierre de la vessie(fig. 229). Et feras en sorte qu’elle aye les talons appuyez contre le bout du lict, et la feras tenir par dessous les aisselles et cuisses par bons serviteurs, tellement qu’en tirant l’enfant, son cops ne suyve, car en suivant et obéissant on ne pourroit faire l’extraction.

« Cela faict, faut prendre un drap chaud en double et le poser sur les cuisses de ladite patiente, afin que l’air extérieur ne blesse la ma-

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trice, et que l’opération soit plus honneste, à cause des assistans, puis faire oindre toutes ses parties génitales avec choses onctueuses, afin de les rendre plus glissantes et coulantes, pour plus facilement extraire l’enfant ; ayant le chirurgien ses ongles rognez et qu’il n’aye aucun anneau en ses doits, pour garder qu’il ne fasse lésion aux parties où il touchera. »

Cette ligature, malgré la vive répugnance qu’elle inspirait, resta adoptée pendant près de deux siècles. Nous verrons Dionis s’élever contre cette pratique barbare et constater, qu'à son époque, elle n’était pas encore tombée en désuétude.

Position au XVIIe siècle. — Jacques Duval, l’auteur du

Traité des hermaphrodits (1612), va nous donner des détails intéres-

sa. 229. ■

Position pour la taille, analogue à celle qui Était prise au XVI" siècle dans les accouchements laborieux, d’après A. Paré,

sants sur la position que, de son temps, les Françaises prenaient pour accoucher :

«... Mais parce qu’il est rare qu’une femme qui est en travail d’enfant puisse toujours estre sur pied : on lui préparera un siège près de la table, ou autre chose de pareille hauteur, sur quoy elle se

puisse tempestivement appuier. Et doit ce siège estre haut médiocrement, comme de pied et demi ou deux pieds : ouvert tant par devant que par derrière, à fin que l’obstélrice ait libre accez d’attouchement... Ladicte chaire doit avoir un dossier inclinant à l’envers, sur lequel la femme se puisse commodément renverser, pour mieux se reposer au temps qu’elle n’aura ses achées.

« Et sera ladicte chaire bourrée des deux costez, ou bien garnie de coissinets, à ce que la femme soit mollement assise, en ce qui doit estre porté dessus, tant des cuisses que du siège.

« Elle aura devant elle un coissin assez large, sur lequel elle se mettra de genoux quand elle sentira survenir l’accèz, s’appuyant des mains sur ladicte, qu’elle tiendra ferme en s’efforçant à son pouvoir par la rétention de son haleine, à pousser son fardeau contre bas.

« Ou bien elle embrassera une femme par le col, durant qu’elle fera son effort. Et cependant l’une des obstétrices poussera doucement le ventre contre bas, aydant nature à son effort désiré, et l’autre ayant la main oingte de huyle de lis ou de beurre frais fondu, s’efforcera de dilater le couronnement, augmentant à son pouvoir le passage de l’enfant, comme dessus est dit.

« Et où adviendrait qu’une femme fust tant débille, qu’elle ne peust rester assise, elle sera mise sur un lict couvert de draps et de castalongnes suffisantes, tellement disposée, que la teste et tout le corps soient eslevez, pour avoir meilleure et plus facile respiration : le siège un peu plus bas, mais de beaucoup plus haut que les pieds, qui seront appuyez sur une barre, de peur qu’elle ne glisse ; elle les réfleichira vers le siège, tenant les genoux haut eslevez et ouverts.

« Dessous ses reins sera mise uneélèze ou nappe de travers, dont la largeur sera telle, qu’estant ploiée en divers plis, elle reste large d’un pied. Et quand Tachée surviendra, deux des femmes qui l’assisteront, la soulèveront avec la nappe ou élèze, qu’elles tiendront par les deux bouts, à ce que l’effort de nature se puisse librement faire, en la rémotion des os des iles et renversement du coccyx ou acromion.

« Et estant ainsi la patiente retenue par dessoubs les aisselles, et souslevée par dessoubs les lombes, une femme poussera l’enfant tout doucement, et l’obstétrice, oignant sa main, dilatera l’orifice de la matrice.

« Après l’accouchement et au cas que besoin fust de changer de lict à raison du débris de la couche, en laquelle elle aura rendu son enfant , eau et sang qui dessus seroient escoulez : on couvrira fort bien tout le bas ventre, avec un grand linge chaud, qu’on resserrera par entre les cuisses, tant devant que derrière : et outre ce on l’enveloppera d’un

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drap chaud doublé en deux ou trois doubles, puis l’ayant couverte d’un manteau de chambre on la conduira dans un autre lit bien chaud,

blanc et mol: où elle sera suffisamment couverte, tant qu’il n’y ait deffaut ny excez. Et estant bien mollement couchée, on luy couvrira

Fig. 230. — On accouchement au XVII8 siècle, d’après A. Boss.

tout l’abdomen d’une pièce d’écarlate rouge, et par dessus on mettra une compresse faite en triangle, l’un des angles sera avancé entre les cuisses, pour luy couvrir toute la nature, et les deux autres eslevez sur les flancs jusques à la poitrine, et sera cette compresse bien uniement bandée, d’une nappe ou grande serviette ployée en trois ou quatre, qui soit large d’un pied, luy serrant le ventre à telle tolérance qu’elle ne sente douleur, mais que tout le bas ventre soit bien et compétamment comprimé.

« ... L’enfant ainsi nouvellement nay sera détenu sans teter par l'espace de quatre à cinq heures, puis ce temps passé, la femme empruntée luy donnera la mammelle par l’espace de six jours, ou plus, veu qu’IIippocrate en requert 25 ou 30, jusqu’à ce que le laict de la nourrice accouchée soit rectifié, et rendu propre pour l’enfant ». Nous avons déjà parlé de ce préjugé et de quelques autres qui avaient cours à cette époque.

Unecurieuse gravure d’Àbraliam Boss (fig. 230) nous prouve, qu’au XVIIe siècle, les femmes accouchaient également sur un lit de misère. C’était l’habitude prise par Dionis et les autres accoucheurs de l’époque ; seul Mauriceau faisait accoucher les femmes dans leur lit.

« La manière la plus usitée en France », dit Dionis, « c’est d’accoucher sur un petit lit qu’on appelle lit de travail, que l’on dresse exprès dans la plus grande ruelle du lit de la femme grosse. Ce lit doit être composé de deux matelas, placez sur un lit de repos qui n’ait pas plus de trois pieds de large, il faut même mettre entre les deux matelas une planche, afin que les fesses de la femme ne soient pas dans un creux; on y met deux draps et une couverture des plus minces; il y faut double traversin pour lever la lêteetlesépaules de la femme ; on y met deux chevilles d’un pied de long, l’une à droite et l’autre à gauche, que la femme empoigne dans le temps des douleurs, et il y a une barre au pied du lit, qui sert d’appui aux pieds de la femme en travail.

» Quoi que ces sortes de lits soient très commodes, que toutes les femmes qui s’en servent s’en trouvent bien, et que les reines et les princesses, pour lesquelles on a cherché et inventé ce qu’il y a de meilleur, accouchent sur ces lits, dont il y en a un dans le gardemeubles du roy, qu’on a fait exprès, sur lequel les reines et madame la Dauphine ont accouché; néanmoins Mauriceau veut que les femmes accouchent dans leur lit ordinaire; il allègue pour toute raison, qu’après leur accouchement elles n’ont pas la peine d’êLre transportées d’un lit dans un autre. 11 me paroît que cette légère incommodité ne doit pas l’emporter sur vingt commoditez que la femme reçoit en accouchant sur un lit de travail ».

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Dionis s’élève avec raison contre les ligatures, préconisées par A. Paré, dans les couches laborieuses. « C’est faire », dit-il, « une proposition extravagante que de conseiller, comme font quelques auteurs, de lier une femme pour l’accoucher de force ; n’est-elle pas assez à plaindre de son mal, sans être garotée comme si elle étoit condamnée au supplice? A-t-on peur qu’elle s’enfuye, et qu’elle s’échappe? elle a trop d’intérêt d’être délivrée pour appréhender qu’elle ne se soumette pas volontairement à tout ce que l’accoucheur lui impose pour son bien : il n’est donc point nécessaire de lacs ni de cordes, il ne faut seulementque trois femmes qui la tiennent, deux pour tenir les jambes et une autre derrière pour tenir les épaules ».

Posture au XVIIIe siècle. — A cette époque, les idées de Mauriceau dominent et le lit de travail semble abandonné, au grand déses-

Fig. 231. — Position prise en France, au XIX6 siècle, pour accoucher, d’après Maygrier.

poir d’Astruc qui s’écrie: « Il faut donc se réduire à accoucher à présent toutes femmes ou sur une chaise longue ordinaire, ou même dans leur propre lit ». Il déplore surtout l’abandon d’un lit spécial, dont il donne la description : « On a employé», dit-il, « pendant longlems un litde travail, fait comme un lit de repos, avec cette seule différence qu’il étoit mobile sur un aissieu qui étoit sous le milieu du châssis du lit, moyennant quoi on pouvoit le faire pencher du côté des pieds ou de la

tête, ou le tenir dans une situation horizontale, selon le besoin, et le fixer dans la situation qu’on souhaitoit par le moyen d’une cheville. Ce lit étoit étroit, pour donner plus de liberté d’agir à la sage-femme, et couvert d’un matelas ou d’un sommier de crin, assez dur, afin que la femme en travail ne s’y enfonçât pas trop. Il y avoit au bout une traverse, contre laquelle elle pouvoit roidir les pieds, et en haut deux poignées, l’une à droite et l’autre à gauche, qu’elle pouvoit empoigner dans les efforts... Cependant ce lit si commode et si utile est aujourd’hui hors d’usage ».

Posture au XIXe siècle. — De nos jours, dans les villes de France, comme du reste chez presque tous les peuples civilisés, le décubitus dorsal (fig.231) est la posture la plus généralement employée. L’accoucheur soutient avec sa main le périnée, pour en empêcher la rupture, au passage de la tête.

Le plus souvent, l’accouchement se fait sur un lit préparé, appelé lit de misère (fig. 232). L’Ecole de la Maternité et un certain nombre d’autres accoucheurs préfèrent, à l’exemple de Mauriceau, ne pas déranger la femme et la laisser accoucher dans son lit. Voici comment

ils disposent celui-ci pour la circonstance; nous empruntons la description qui suit à l 'Hygiène de la nouvelle accouchée du D1' J. Barbarin :

« Sur le matelas on place une toile cirée ou du papier goudronné, ou même à leur défaut plusieurs doubles de vieux journaux ; on fait ainsi au-dessus de lui une garniture imperméable qui le protégera contre les diverses sécrétions et excrétions. Par-dessus on place un

drap, puis une alèze en travers ; on a ainsi établi le lit définitif audessus duquel on va installer le lit provisoire.

«Sur l’alèze on met une nouvelle garniture imperméable, puis un drap, puis une alèze, et on procède à la confection des deux couvertures ; l’une, la définitive, avec son drap et les diverses pièces qui la composeront, sera enroulée au pied du lit, tandis que la provisoire sera mise en place.

« De celte façon, quand l’accouchement sera terminé, il n’y aura plus qu’à faire glisser drap, alèze et garniture provisoires, à enlever ce qui recouvrait la femme, amener à la place la couverture qui était roulée à ses pieds, pour qu’elle se trouve sans secousse aucune dans un lit complètement propre, frais, sans être froid, et où elle reposera tout aussi bien que si le lit venait d’être fait entièrement.

« Les matelas sont préférables à la plume qui s’imprègne trop facilement des odeurs exhalées par la femme en couches et a le grave inconvénient de concentrer la chaleur. »

Le D1' Verrier représente, dans ses Leçons sur V accouchement comparé dans les races humaines , un lit de misère (fig. 233), qu’il a vu employer dans sa jeunesse et que nous retrouverons, légèrement modifié, au Canada. C’est un lit de sangle ou de fer, dont la tête est adossée au mur de la chambre ; on y dispose une chaise renversée, recouverte d’un matelas sur lequel se couche la patiente.

En Alsace, on passe sous le siège de la femme, un sac rempli de

son qui absorbe les liquides et que l’on brûle après l’accouchement.

Dans quelques contrées du midi, les femmes se tiennent, à la façon des Roumaines, sur les genoux et les mains ; dans d’autres régions, comme en Bretagne, elles accouchent debout, les jambes écartées, le tronc fléchi en avant et les coudes ou les mains appuyés sur le rebord du lit. Est-ce pour atténuer la douleur ou, en ménagères soigneuses, pour ne pas salir leur lit à l’avance ? Quoi qu’il en soit, elles ne se couchent que pour la délivrance.

Les femmes du Gàtinais s’agenouillent devant le siège d’une chaise et accouchent dans les cendres chaudes du foyer, où la sage-femme prend l’enfant : de là son nom de ramasseuse.

Dans le Morvan, elles s’accroupissent entre deux chaises (fîg. 234)

qui leur servent de points d’appui. Beaucoup de Morvandelles de l’arrondissement de Château-Chinon se tiennent debout pour accoucher en s’appuyant contre le lit. Les douleurs se rapprochant et croissant en intensité, la femme écarte les jambes afin de faciliter les manœuvres de l’opératrice. Celle-ci tire le nouveau-né et le reçoit sur ses genoux, où elle a étendu une vieille chemise du père. Ce point est essentiel. Tout autre lange serait dépourvu des vertus préservatrices dont est imprégnée la chemise paternelle,

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Angleterre. — D’après Dionis, les Anglaises, au XVIIIe siècle, usaient d’un fauteuil de bois fait exprès, dont le fonds était échancré par devant, pour permettre à l’enfant de sortir commodément. Il s’agit sans doute de la chaise obstétricale d’Eucharius Rhodion

(fig. 228).

En 1751, Jean Burton, d’York (1), veut que la femme se couche sur le côté et tourne le dos à l’accoucheur ; cette méthode, en rapport avec la pruderie britannique, fut universellement adoptée dans le Royaume-Uni et est encore en usage de nos jours. L’Anglaise en mal d’enfant se couche sur le côté gauche (üg. 235), près du bord du

Fig. 233. — Posture anglaise.

lit, les jambes et les cuisses maintenues par un oreiller placé entre les genoux. « J’avoue », dit Depaul, « que je ne comprends pas au point de vue de l’accouchement, les avantages d’une pareille posture; elle m’a toujours paru incommode et moins propre à favoriser les efforts. Je suppose qu’elle est la conséquence de certaines habitudes anglaises et l’exagération d’un sentiment de pudeur que les femmes de ce pays portent si loin en toutes choses. » Cependant il faut reconnaître que cette attitude facilite la surveillance du périnée et réduit ainsi consi-

(l) Essay tomards a Comjpleat System of Mulmifery,

dérablement les chances des déchirures ; aussi, est-elle employée de nos jours dans la plupart des maternités d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse, surtout pour les primipares et au moment du passage delà tête ; les multipares, dans ces pays, accouchent, comme en France, dans le décubitus dorsal. L’école de Lyon suit aussi l’exemple de ces pays.

Les figures 236, 237, extraites du Traité d' accouchement de Playfair, président de la Société obstétricale de Londres, nous montrent la façon dont l’accoucheur soutient le périnée au passage de la tête, et la

Fig. 236. — Position des Anglaises pour accoucher.

manière dont se fait l’application du forceps dans la posture anglaise.

En Irlande et en Ecosse, les femmes accouchent souvent accroupies, presqu’à genoux, ou bien, même pour un accouchement normal, elles se posent sur les genoux et les coudes, croyant ainsi accélérer le travail et diminuer la douleur. Spence dit que, dans le Nord de l’Europe, les femmes en travail se suspendent au cou d’une personne de haute taille qui leur soutient le dos et leur maintient les genoux avec les siens. C’est, nous le verrons, la position favorite des Iroquois.

Allemagne. — Dès le milieu du seizième siècle, on fît usage, en Allemagne, de la chaise à accouchement dont Eucharius Rhodion ou

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Roeslin donna le premier la description et la figure, dans un opuscule paru en 1532 : De partu hominis et quœcirca ipsum accidunt. C’est le même siège qu’A. Paré a reproduit dans ses œuvres et qui fut quelque temps utilisé en France. Nous donnons ici la traduction du passage de Rhodion : « Les sages-femmes en France et dans l’Allemagne ont des sièges spéciaux, assez bas, avec un vide pour laisser passer l’enfant et un appui arrondi pour recevoir le dos de la femme étendue. En voici à peu près la forme (fig. 238). Le moment d’accoucher étant pro-

Fjg. 237. — Extraction de l’enfanl avec le forceps, eu Angleterre.

clic, cette chaise doit être par derrière remplie et garnie de linges et d 'étoffes ; car, la parturiente une fois installée, il faut que la sagefemme puisse manœuvrer le siège à droite et à gauche. Celle-ci sera assise en face de la femme et observera avec soin les mouvements de l’enfant, leur intensité, leur durée; puis, de ses mains, ointes avec de l’huile d’amandes douces ou de l’huile de lis blanc, elle dirigera les membres de la femme ainsi que l’utérus et les guidera, pour ainsi dire, dans le sens qui sera le plus favorable ». Suivent certains conseils d’une application générale: donner à manger et à boire, soute-

nir la paticnle par de bonnes paroles, lui promettre un garçon, etc. Remarquons, qu’à l’exemple des anciens, Rhodion ne conseille pas

Fig. 238. — Chaise pour accoucher, d’après Eucharius Rhodion, 1532.

Fig. 239. — Autre modèle de chaise représentée dans l’édition de 1554.

l’usage de la chaise aux femmes chargées d’embonpoint : celles-ci doi-

Fig. 240. — Accouchement pratiqué sur la chaise, d’après Rhodion.

vent plutôt « s’agenouiller, le front touchant la terre, et les pieds ramenés sous elles ».

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Un médecin allemand du XVIIIe siècle, Heister, de Francfort, recommande l’emploi de sièges analogues à la chaise de Rhodion (fig. 241, 242) ou, à leur défaut, il conseille d’attacher, comme en Suède, deux chaises ordinaires, en laissant entre elles un espace de six à huit pouces. Il nous apprend que, dans les campagnes où cet appareil obstétrical n’était pas connu, les parturientes se plaçaient sur les genoux d’une femme robuste qui, assise elle-même sur une chaise ordinaire, tenait la patiente entre ses bras. C’était une sorte de fauteuil humain.

Par la suite, la chaise subit de nombreuses modifications. Joh. Chr. Stark, en 1791, préconise le modèle représenté figure 243. Vers la fin du XVIIIe siècle, le professeur G. Stein, de Marbourg, vante, à son tour, un siège de son invention qu’il décrit ainsi, dans son Art d'accoucher (1) : « Cette figure représente la chaise à accouchement dont les parties sont unies par le moyen de charnières et de crochets, de manière à pouvoir se démonter entièrement, avec les matelas dont on

(1) Traduction de Briot.

la garnit. On peut réunir toutes ces pièces dans une caisse de médiocre volume, pour en faciliter le transport d’un endroit à un autre, ou la prendre avec soi en voyage.

« La chaise est vue transversalement, parce qu’on ne pouvait plus aisément en démontrer toutes les parties essentielles : le dossier est abaissé au second degré, comme il doit l’être au second temps de l’accouchement, lorsque les eaux sont disposées et prêtes à s’échapper, et que la femme doit désormais garder une position stable. Les pièces les plus essentielles à remarquer sont a, la barre de fer pour soutenir le dossier au troisième et au quatrième degré de son inclinaison, ou, ce qui est la même chose, dans le troisième et quatrième temps de l’accouchement. Pour pouvoir raccourcir au besoin la barre, elle est

brisée aux endroits b et c, et se termine par une vis à laquelle on peut adapter une enveloppe pour la fermer, tant que le dossier, dans sa première ou sa seconde inclinaison, n’a pas besoin de soutien; en outre, on remarque, sur les côtés, le fer d armé de quatre crans pour les quatre degrés d’inclinaison.

« Outre la table encavée, sur laquelle on s’assied, il y a encore des bras surmontés d’une pomme recourbée e, e, qui sont d’autant plus remarquables qu’elles indiquent à la femme qu’elle doit plutôt les tirer à elle, que les en éloigner. Ces bras, ainsi que les marchepieds f f, sont construits de manière à former un plan incliné contre lequel on appuie les pieds, et la femme ne peut être assise ou couchée sur la chaise, sans que ses jambes pliées ne forment un angle aigu avec les

cuisses ; ce qui fait, qu’avec la moindre dépense possible de forces, elle est en état de mouvoir et pousser un poids extraordinaire. Les

Fig. 243. — Chaise obstétricale usitée en Allemagne, au XVIII0 siècle.

marchepieds sont ajustés avec les pieds de la chaise g g , de manière qu’en glissant dans une triple queue d’hirondelle h i k, où ils sont

Fig, 244. — Chaise à accouchement de Stein.

retenus et fixés par le moyen d’une pointe, les premiers peuvent être élevés et allongés à volonté, de même que dans le plus grand abaissement du dossier, les pommes des bras peuvent être raccourcies pour mettre des draps par-dessus; et quand, dans le plus grand abaissement du dossier, il faut élever davantage les marchepieds, il suffît de placer quelque chose dans leur fond 1 1, avec quoi on puisse les soulever à telle hauteur, qu’il soit possible, dans tous les cas, de se pas-

ser de V anti-cliaise, s’il n’était quelquefois plus avantagenx de s’en servir ».

Encore quelques mots de Stein sur les avantages de son meuble compliqué : « On voit dans la figure 245, la chaise-lit représentée dans une position oblique, posée sur les pieds avec leur escabeau, et le dossier baissé au quatrième degré a; on y joint l’avant-chaise b. Outre sa propre excavation, dans laquelle est assis l’accoucheur, on y glisse perpendiculairement les marchepieds d d, pour y être fixés dans leurs queues d’hirondelle, parce que la femme étant dans une position presque horizontale, et ayant les cuisses écartées, on n’a point de but

Fig. 245. — Chaise-lit de Stein, avec l’avant-chaise.

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pour qu’elle fasse valoir ses forces dans les opérations que l’on peut avoir à exécuter. Et aussitôt que la femme est accouchée, il n’y a qua enlever les marchepieds, fermer l’excavation, et couvrir toute l’avant-chaise d’un matelas, pour, en cas de perte, pouvoir y laisser, pendant quelque temps, reposer la femme, qui peut être faible, avant de la mettre dans un lit; et si l’on remplit encore l’excavation avec son panneau ou sa planche d’accomplissement et avec son matelas, la chaise peut servir, dans tous les cas, pour y reposer ».

L’usage de la chaise obstétricale semble, aujourd’hui, perdu en Allemagne; on est revenu à la position demi-couchée, qui était communément employée avant l’introduction de cette machine, plus encombrante qu’utile.

En Saxe, la patiente, couchée sur son lit, est soulevée au moyen d’une bande tendue par deux aides au moment des douleurs. Ce

Fig. 246. — Position dite scientifique au XVIe siècle, d'après Savonarole, 1547.

procédé, que nous retrouvons ailleurs, n’est pas inconnu en France et passe pour calmer les douleurs de reins de la parturiente; mais son efficacité nous paraît fort douteuse, et ce que notre expérience personnelle nous permet d’assurer, c’est que les aides y gagnent certainement un lombago, sans aucun profit pour la femme.

Actuellement, nous l’avons dit, les accoucheurs allemands ont adopté, pour les primipares, la position anglaise, sur le côté; ils permettent seulement aux multipares d’accoucher sur le dos.

Italie. — Jean-Michel de Savonarole, praticien du XVIe siècle, fit adopter en Italie, sous le nom prétentieux de position scientifique, l’attitude demi-couchée sur la poitrine d’un aide. Il recommandait

Fig. 247. — Toslure italienne sur le lit, d’après Scipio Mercurio.

l’usage du tabouret à trois pieds qu’il représente sur le côté gauche de la figure 246 ; l’aide, assis sur ce siège sans dossier, recevait la patiente sur ses genoux. Voici d’ailleurs la traduction du passage où

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il est question de la position scientifique : « Lorsque la femme sent descendre l’enfant et s’agrandir l’ouverture de la matrice, à mesure que les douleurs augmentent, au moment où les humeurs commencent à s’écouler en plus grande abondance, alors la sage-femme doit faire asseoir la parturiente au bord d’un siège élevé, sur un coussin ; un autre coussin doit être disposé en arrière, et une aide doit le tenir pour que l’accouchée puisse s’appuyer sur elle. Ou bien, s’il se peut, la femme enceinte doit se tenir debout et se suspendre au cou d’une femme assez vigoureuse pour la soutenir; ou bien, encore, elle doit

Fig. 218. — Posture sur la bord du lit.

s’asseoir dans son lit sur les genoux, soutenue par 'd’autres femmes. Dans certains pays, en Grèce par exemple, on se sert d’un siège tel que le représente notre figure. La parturiente se tient sur le bord du siège, qui est de forme demi-circulaire; en arrière d’elle, se place la femme qui la maintient adossée à un coussin, et derrière cette femme, se tient debout une seconde aide contre laquelle s’appuie fortement celle qui soutient et dirige la femme en couches ».

Vers la fin du XVIe siècle, Scipio Mercurio, dans sa Comare Raccoglitrice (1595), recommande, pour les couches laborieuses, surtout

chez les femmes grasses, des postures aussi pénibles qu’extravagan tes, soit sur le lit (fl g. 247), soit sur le bord du lit (fig. 248), soit encore sur le sol (fig. 249).

Deux sièles plus tard, nous retrouverons les mêmes folies dans la Comare levatn'ce de Melli Sebastiano (l).

Le même Scipio Mercurio nous donne aussi la position quela femme prenait de son temps, dans l’opération césarienne : la patiente est à demi assise sur le bord du lit et soutenue par trois aides (fig. 250) ; on ne la couchait que pour l’extraction de l’enfant, une fois l’incision pratiquée.

Fig. 240. — Posture sur le sol.

Nous devons enfin remarquer que si, dans les accouchements normaux, les Italiennes firent, jusqu’au commencement de ce siècle (2), un fréquent usage de la chaise, elles n’avaient pas cependant abandonné pour cela la position au lit, adoptée par les anciennes Romaines. La preuve en est dans la figure 251. C’esl encore l’habitude des Italiennes modernes.

Suisse. Un accouchement au XVIe siècle. — En tête de

son ouvrage, De conceptu et gencratione hominis , paru en 1554, Jacob Rueff, chirurgien de Zurich, donne une planche dont nous avons fait prendre le fac simile (fig. 252), et qui représente une chambre d’accouchée, en Suisse, au XVI0 siècle.

Dans cette scène, nous ne voyons pas figurer certaine chaise qu’il

(1) Le D. C. Hennig a donc tort, dans les additions qu’il a faites à sa traduction allemande de l’ouvrage d'Engelmann, d'attribuer les figures précédentes à ce dernier auteur.

(2) Le voyageur Corneille le Bryn dit, qu’entre autres curiosités que possédait le grand duc de Florence, il a remarqué une cliaise, servant aux accouchements, toute garnie de pierreries.

MOEURS ET COUTUMES

recommande chaudement et qui, d’ailleurs, ne diffère que par une draperie de celle d’Eucharius Rhodion (fig. 253). Devons-nous en conclure que l’accouchement s’est fait au lit ou que l’accouchée y a été transportée après avoir été délivrée sur la chaise ? Si répandu que

fût l’emploi de la chaise au XVIe siècle, il est vraisemblable que plus d’une sage-femme n’en possédait pas et que, dans ce cas, les femmes accouchaient au lit. Quoi qu'il en soit, Rueff nous donne la description suivante de sa chaise et de la position que doit y prendre la femme :

« La chaise a une forme arrondie et est soutenue par quatre pieds ; le dossier est incliné en arrière et creux au milieu. Elle est garnie en dessous d’un drap noir qui pend à terre de façon à pouvoir en couvrir la patiente, tout en permettant à d’autres femmes d’appliquer leurs mains sur n’importe quel endroit, si besoin est. Il faudra garnir le

Fig. 251. — Scène d’accouchement à Rome, au XVI« siècle, d’après J. Romain.

siège et le couvrir par derrière de beaucoup de linges et de draps, pour que la patiente ou l’enfant ne soient pas blessés par les efforts violents et les mouvements que la douleur provoque chez la mère. La femme s’étant mise sur la chaise, le moment d’accoucher étant venu, la sage-femme placera une personne derrière la patiente pour la soutenir délicatement, lui prendre les deux bras, et, si cela est nécessaire,

MOEURS ET COUTUMES

au moment où les douleurs seront vives, et où le travail de l’enfantement se fera, pour appuyer et presser sur le ventre, afin d’aider l’enfant à descendre. Elle prendra soin de mettre à ses côtés deux autres femmes, qui, par de bonnes paroles, encourageront et ranimeront la patiente et se trouveront toujours prêtes à offrir leurs secours et leurs mains. Après cela, l’accoucheuse viendra s’asseoir en face de la pa-

tiente et se tiendra penchée en avant. Elle enduira ses mains et le ventre de celle-ci d’un mélange d’huile de lis, d’amandes douces et de graisse de poule. Celte précaution est fort utile et aide singulièrement les femmes fortes et grosses, ainsi que celles dont les parties secrètes sont fermes et étroites, ou celles dont le col de la matrice est sec, ou bien encore les femmes qui accouchent d’un premier enfant. »

Nous avons constaté plus haut que, de nos jours, dans la plupart des maternités de la Suisse, l’accouchement des primipares a lieu au

lit, sur le côté gauche, dans la posture anglaise, et que celui des multipares s’effectue sur le dos.

Belgique. — Au XVIIIe siècle, les Flamandes employaient fréquemment la chaise obstétricale, et chaque accoucheur s’ingéniait a en confectionner une de son invention. G. Ilerbiniaux, en homme pratique, fit construire, vers 1780, un lit de misère qui pouvait servir au besoin de lit de repos à l’accoucheur.

« Le chirurgien, écrit Ilerbiniaux, obligé d’attendre le secours de la nature dans les accouchements ordinaires, a souvent besoin d’un lit de repos. Je le trouve dans mon lit de misère lorsque je dois pas-

ITc. 253. — Chaise obstétricale de RuefF.

ser la nuit chez des gens qui n’ont pas la facilité de m’en procurer d’autre. » Il nous semble même que c’était le seul avantage que présentait ce lit spécial, recouvert de son matelas de crin, q; pour la pratique, il devait être des plus incommodes. Quant au fauteuil séparé, il se distingue des autres chaises à accoucher par son appui, i, pour les pieds de la patiente, que l’on fixait au bas du fauteuil à l’aide de courroies, k, k, et parle strapontin, l, qui occupait l’échancrure du fauteuil après l’accouchement, « de sorte qu’en ôtant les poignées/’/', ce fauteuil paroit n’être pas différent de tout autre, surtout si l’on a soin, comme moi de le recouvrir d’une housse ».

De nos jours, dans tout le royaume de Belgique, les femmes accouchent sur leur lit.

Hollande. — Autrefois en Hollande, l’usage de la chaise obsté-

MOEURS ET COUTUMES

tricale était si répandu, que toute mariée un peu à l’aise en apportait une dans son trousseau. Ce fut vraisemblablement d’abord un meuble fort simple, quelque chose comme le siège de Rliodion ou celui de Rueff. Au XVIIIe siècle, l’esprit inventif de Deventer imagina une

Fig. 254. — Scène d’accouchement sur la chaise obstétricale, d’après J. Rueff,

chaise plus compliquée (fig. 256) qui eut une grande vogue. Nous résumons ici la description que Deventer a donnée de sa « chaise percée », comme il l’appelle dans ses Observations sur le manuel des accouchements. Le dossier A, ou partie supérieure du derrière de la chaise a deux pieds de hauteur ; il est fixé au siège C par deux char-

nières qui lui permettent de s’abaisser au besoin jusqu’à terre. La partie qui continue le dossier au-dessous du siège est immobile; elle mesure un pied et demi carré : par son bord supérieur, elle donne attache au dossier et au siège et, sur les côtés, à quatre battants mobiles, deux en avant, B, deux en arrière, qui peuvent se replier l’un sur l’autre pour faciliter le transport de cette chaise encombrante.

Les battants postérieurs n’ont pas été figurés sur la gravure, ils présentent des ouvertures qui reçoivent une tringle en fer, destinée à servir d’appui au dossier incliné à la hauteur voulue.

Les battants antérieurs sont surmontés, chacun, d’une autre tringle mobile E, percée de plusieurs trous qui reçoivent une cheville munie d’un bouton D, servant de cran d’arrêt. Celle tringle a été rendue

Fig. 255. — Lit de misère de G. Ilerbiniaux, se divisant en deux compartiments, l’un le fauteuil (fig. VI), sert pour les accouchements normaux; l'autre, le demi-lit (fig. VII) était utilisé en cas do version ou dans les applications de forceps.

mobile pour que les poignées, dont elles dépendent, puissent être rapprochées ou éloignées, suivant la longueur des bras de la femme qui doit les saisir au moment des efforts.

A l’intérieur de ces battants antérieurs et en avant, il existe un piton F, facile à déplacer, qui reçoit un crochet fixé aux extrémités libres du siège, de telle sorte que le rebord de celui-ci peut être abaissé ou élèvé à volonté. Ce siège, percé en son milieu, est recouvert d’un coussin rembourré ; sa largeur est de deux pieds en avant et d’un pied et demi en arrière.

Enfin deux poêles G ou chaufferettes de l’époque, plus élevés que les

autres, sont placés devant la chaise pour recevoir les pieds de la femme; on les remplissait de cendres chaudes ou de sacs de sable chauffé au four.

Il pouvait se faire que la parturiente n’eût pas à sa disposition de chaise à accoucher. L’engouement des Hollandaises pour les sièges de ce genre avait donné naissance à une profession singulière, celle des schoosters ou chaises obstétricales vivantes; on appelait ainsi certaines personnes qui, ayant l’habitude de cette fonction délicate, tenaient sur leurs genoux, pendant la durée du travail, la femme en mal d’enfant. A ce propos, le Dr Metzler (1) raconte que, voyageant en

Hollande, il vit dans un village une chaise à accoucher, dont l’histoire est assez curieuse : un charpentier de l’endroit avait acquis une telle réputation comme schooster , que toutes les femmes ne voulaient être délivrées ailleurs que sur ses genoux. Le bonhomme s’ennuya bientôt de ce rôle et, pour éviter des dérangements par trop fatigants, eut l’idée de construire une chaise qu’il substitua à sa personne.

Empire russe. — Les Finnoises accouchent aussi volontiers sur les genoux de leurs maris; mais dès que le travail devient laborieux, elles se pendent par les mains à une barrière en croix et impri-

(1) Dans les Archives d’Iéna, 1835.

ment à leurs corps des secousses répétées, pour faciliter la sortie de l’enfant. Le même procédé est suivi en Estbonie.

Dans la province d’Astrakan, les femmes marchent sans relâche pendant la première période du travail, et s’asseyent, au dernier moment, sur le plancher, les bras appuyés sur deux, sièges ou deux troncs d’arbres.

Les Kamtschadales, d’après Flelter, accouchent généralement à genoux devant tous les habitants du village, sans distinction d’âge ni de sexe.

Peuples musulmans d’Europe, d’Asie et d’Afrique. —

En Orient, la femme accouche sur un fauteuil spécial (fig. 237 et 258), dont les différentes parties se replient comme les chaises de nos jardins publics, pour faciliter son transport; chez les riches, ces sièges sont en bois d’ébène incrusté de nacre. La sage-femme manœuvre à genoux devant la patiente. « Dans certaines provinces », dit le Docteur Zambaco, « la femme accouche debout, accrochée à une corde à nœuds qui pend du plafond, ou bien soutenue par deux aides. Dans d’autres endroits, à Mossoul, par exemple, la femme en mal d’enfant est accroupie comme pendant l’acte de la défécation, et la sage-femme reste derrière elle pour recevoir l’enfant. La femme de Mossoul et des environs se place, comme en Angleterre, sur le côté pour l’examen au spéculum ou l’exploration par le toucher. »

Sonnini a vu en Grèce (1), vers 1801, un procédé habituellement employé par les sages-femmes, pour hâter la délivrance, et qui rappelle la succussion hippocratique. « La sage-femme, fort âgée, arrive, accompagnée d’une aide. Elle portait une espèce de trépied construit ainsi : deux pièces arrondies et un peu convexes en dehors s’unissent à un angle aigu, et supportent à leur jonction un morceau plat et pro. pre à s’asseoir; le tout est enveloppé et fort négligemment garni de vieux linges, et supporté par trois pieds fort bas et aussi 'grossièrement travaillés que le reste, dont l’un assujettit l’espèce de sellette de l’angle, et les deux autres sont placés sous les deux branches et vers leur extrémité... La nature commence à agir, les douleurs se multiplient ; on force la femme à se promener sans cesse dans la chambre; lorsque les douleurs arrivaient, on la faisait pencher et se coucher au devant de son lit, et la sage-femme, placée derrière elle, lui pressait les flancs de ses deux mains; alors la promenade recommençait. Enfin, le moment critique arrive. On fait placer la jeune personne

(1) Voyage en Grèce et en Turquie.

sur le trépied; la sage-femme se met devant et un peu plus bas, et l’aide s’assied derrière sur un siège plus élevé, et l’étreint de ses bras par le milieu du corps... L’enfant ne tarda pas à paraître; et aussitôt qu’il fut séparé de l’arrière-faix, l’aide, d’un bras vigoureux, souleva l’accouchée à plusieurs reprises, et perpendiculairement au-dessus du trépied, sur lequel elle la laissa retomber avec beaucoup de rudesse. Ce procédé violent, d’un usage général, est un moyen que les femmes grecques jugent indispensable pour compléter l’accouchement. »

Fig. 257. — Chaise à accoucher en Orient, d’après un croquis communiqué par le D** Zambaco.

La compression de l’abdomen pour hâter l’issue du fœtus était déjà recommandée par Albucasis, chirurgien arabe du XIIe siècle, ainsi que la succussion hippocratique modifiée: « Dans les cas de présentation normale par la tête », dit cet auteur, « si l'accouchement est laborieux et que la délivrance soit lente à se produire ; si vous voyez les forces de la femme diminuer, faites-là asseoir sur un siège et l’y fixez ; faites-lui des fomentations aux pieds avec une décoction de fenugrec et des huiles émollientes: que la sage-femme introduise entre les doigts un bistouri léger pour inciser les membranes, ou bien qu’elle les incise avec l’ongle, pour en faire sortir le liquide : alors on comprimera l’abdomen de la femme jusqu’à la sortie du fœtus. S’il n’est

pas expulsé, administrez une injection avec du mucilage de fenugrec et de l’huile de fumeterre; après l’injection, faites-la pousser et provoquez des éternuements avec l’hellébore: elle fermera la bouche et retiendra son haleine un instant et le fœtus sera aussitôt expulsé.

« S’il se présente une main tout d’abord, il faut la faire rentrer en la poussant avec précaution. Si l’on éprouve de la résistance, il faut faire asseoir la femme sur une chaise, les pieds relevés. Vous agitez alors le siège sur le sol, la femme étant maintenue pour ne pas tomber pen-

dant ces secousses. Si les mains ne sont pas réduites et que le fœtus soit mort, il faut les exciser et extraire le reste du corps. »

Nous allons encore retrouver chez les Arabes modernes une autre modification delà succussion hippocratique.

D’ordinaire, la femme Arabe accouche assez facilement, accroupie ou étendue sur une natte. Souvent aussi, elle s’assied sur deux pierres plates et, pendant les douleurs, se soulève à moitié à l’aide d’une corde attachée au piquet central de la tente. Deux matrones l’assistent; l’une d’elle reçoit l’enfant dans ses mains ou sur un tamis. Le mari se retire d’habitude ainsi que les enfants, au commencement des douleurs ; toutefois, si l’accouchement est laborieux, il vient soutenir sa femme sous les bras (fig. 259) et l’aide à se sou-

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lever à chaque douleur. Pendant qu’il la tient, il imprime au corps des secousses répétées, à la façon du meunier qui secoue un sac de farine pour le tasser. La douleur terminée, il laisse la femme retomber doucement sur les pierres.

Fig. 259. — Secousses imprimées à la femme Arabe.

Le moment terrible pour les femmes Arabes, c’est l’instant où le fœtus est expulsé. Elles sont alors la proie des matrones, et il n’est pas d’imaginations bizarres et cruelles que n’aient ces mégères. « Les unes », dit le docteur E. Bertherand, « ne voyant dans le produit de la conception qu’une masse inerte qui tarde toujours à quitter la cavité utérine, suspendent la femme par les bras à l’un des bâtons de la tente, et lui étreignent la taille avec des haïlts , de manière à

forcer le fœtus, quelle que soit sa position, à s’engager dans le détroit périnéal.

« D’autres niassent fortement le ventre de hauten bas, pour solliciter

les contractions et la prompte sortie de l’enfant. Ici, on place une planche ou un grand et large plateau en bois (pour faire le couscouss )

Fig. 261. — Pratique en Kabylie dans les couches laborieuses.

sur la région ombilicale de la mère, et des femmes montent dessus afin d’exercer une pression suffisante pour déterminer l’expulsion.

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« Là, ce sont des petits moulins portatifs pour moudre l’orge (fîg. 260), sorte de deux grosses rondelles en grès, que l’on place dans le même but sur le ventre de la malheureuse. La présentation est-elle mauvaise ? la mère est soulevée par les pieds ou bien roulée à terre dans tous les sens ».

En Kabylie, si nous en croyons le Dr Leclerc (1), les matrones ont une pratique qui leur est spéciale pour accélérer le travail ; elles pressent, de la tête, le ventre de la patiente et lui serrent fortement la taille avec les mains (fîg. 261).

Les femmes de l’Arabie méridionale s’accroupissent sur le sol et

Fig. 262. — Siège à accoucher, en Syrie.

posent les mains à terre. En Nubie, la femme accouche, le plus souvent, sur un siège ; les malheureuses ayant été infibulées dans leur jeune âge, on pratique, avec un rasoir, de nombreuses incisions à la vulve, jusqu’à la sortie de la tête ; cette pratique barbare est également suivie au Soudan. De même, au Caire, après avoir agrandi, par de violentes tractions, l’ouverture de la vulve, on fait une incision à la partie inférieure de cet orifice. En Syrie, d’après le Dr J. Arbeely, de Damas, toute sage-femme qui se respecte a sa chaise

(1) Une mission médicale en Kuljylie, 1846.

(fig. 262) ; c’est une sorte de fauteuil à bascule avec un siège échancré en avant.

La principale pièce du mobilier professionnel d’une matrone Egyptienne est un siège très élevé, appelé cibenirn, suivant Larrey, et, suivant d’autres, kursee el wiladeh. Quelques jours avant l’accouchement, les sages-femmes envoient celte chaise obstétricale dans la maison où elle doit servir. Elles ont eu soin auparavant de la recouvrir d’un châle et, à chaque coin du dossier, d’attacher, avec un mouchoir brodé, des roses et des fleurs de henné ou fâghuah; ces dernières fleurs interviennent à un double titre dans les accouchements : elles passent pour dissoudre les tumeurs, et une tradition

Fig. 263, 264. — Posture des persanes, d’après Ploss.

déclare que leur odeur est celle que le prophète trouve la plus suave. Voilà une chaise poétiquement décorée ; mais son élévation, obligeant la femme à se tenir presque droite, l’expose aux déchirures du périnée.

Le docteur Polak, médecin du Shah, rapporte qu’en Perse les femmes s’accroupissent souvent à terre, les jambes croisées à la manière des Orientaux; mais il observe que l’attitude favorite est de s’agenouiller et de s’appuyer sur deux piles de briques (fig. 263, 264). Dans les couches laborieuses, la femme prend la posture de la défécation, et la matrone, au dire de MM. Duhousset et de Ujfalvy, s’assied sur les épaules de la patiente ou lui appuie les genoux au niveau des reins (fig. 265), et croit ainsi, en joignant ses efforts à ceux de la mère, hâter l’expulsion de l’enfant.

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Tartares, Mongols et Kalmouks. — Les femmes Tar-

Fig. 265. — Sage-femme persane intervenant dans une couche laborieuse, d’après Verrier,

tares restent agenouillées pendant toute la durée du travail ; on les

Fig, 266. — Un accouchement laborieux, chez les Mongols.

roule à terre comme un baril, si l’accouchement tarde'trop à se faire,

Les Mongoles préfèrent accoucher sur les genoux de leurs maris, et, dans les cas laborieux, subissent la succussion hippocratique renversée. En effet, M. Deneker ayant été appelé auprès d’une femme Karyme qui était en couches, émit le sage avis de laisser faire la nature. Les praticiennes qui entouraient la patiente, s’obstinèrent à vouloir lui appliquer ce qu’elles appelaient « la secousse». La pauvre femme fut, en

Fig. 267. — Pratique pour hâter l’accouchement chez les Kalmouks.

conséquence, saisie aux jambes par deux aides et secouée vigoureusement la tête en bas (fig. 266).

Chez les Kalmouks ou Mongols occidentaux qui errent sur la frontière russo-chinoise, les femmes, pendant la période d’expulsion, s’accroupissent sur les talons, au milieu de la tente, en se soutenant des mains à une perche verticale. Pendant ce temps, une aide, placée derrière, leur masse fortement le ventre. « Cette femme, » raconte

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R. Krebel (1), « est parfois remplacée par un vigoureux jeune homme que le mari nourrit gratuitement et héberge dans sa tente, pendant le temps nécessaire, en échange du service qu’il est appelé à rendre. Dès le début des douleurs, il s’assied par terre, prend la femme sur ses genoux, lui presse et lui frotte l’abdomen de haut en bas. » Si la couche devient laborieuse, une ou deux femmes montent sur les épaules de la patiente pour lui imprimer des secousses vigoureuses(fîg.267).

Indoustan. — ■ Les Indoues, principalement dans le voisinage de Madras, sont délivrées debout, soutenues par deux aides qui leur massent le ventre, ou bien elles s’accroupissent sur le sol. Dans les

Fig. 268. — Un accouchement aux îles Audaman, d’après un croquis communiqué par le Dr Mondièrc.

couches laborieuses, les sages-femmes font sauter la patiente audessus d’un morceau de bois placé à un pied du sol.

D’autres Indoues, ainsi que les indigènes des îles Andaman (fîg.268), adoptent la position à demi couchée, le dos appuyé sur un aide. Les genoux sont maintenus fléchis par la patiente ou par deux aides.

Chine et Japon. — Pendant le travail, les sages-femmes chinoises font marcher la patiente, puis la font tenir immobile et les bras élevés; quand les douleurs sont mûres , la patiente se met à genoux. Suivant Bureau de Villeneuve, « elle se tient verticalement appuyée sur les genoux pliés et écartés ; les mains, placées sur les

(1) Volksmedicin und Volhsmittel Ycrscliiedener Volkerstamme Russlands, 1858.

cuisses, fournissent en avant un point d’appui au corps, qui est du reste maintenu en arrière par l’aide sage-femme, laquelle est assise et soutient les aisselles avec ses mains, en donnant sur sa poitrine un appui à la tête. Pendant ce temps, l’accoucheuse, placée en avant, un genou en terre, peut manœuvrer avec assez de facilité dans l’espace laissé libre entre les cuisses ».

Cependant, à en croire le Tat Shang Pin, résumé assez baroque de ce que les Chinois croient être la science obstétricale, la femme doit se mettre sur le ventre dès que l’enfant apparaît à la vulve : « Quand les yeux voient des lueurs comme des étoiles, c’est alors qu’on reconnaît que le moment précis est arrivé, et qu’il faut laisser la femme

Fig. 269. — Sage-femme Japonaise.

se coucher sur le ventre » (1). Les livres médicaux des Chinois semblent être moins pratiques que poétiques dans l’expression.

Les Japonaises, d’après le Dr N. Kauda, de Tokio, sont aussi délivrées à genoux, le corps penché en avant ; une sage-femme les soutient et les assiste en leur massant le ventre (fig. 269).

Autrefois, les Japonaises accouchaient dans un appareil en bois de différentes formes (fig. 270, 271). Dès 1767, Kangawa, accoucheur en renom de la province d’Omi, s’élevait, dans le San-Rong , ou description de l’accouchement, contre cette coutume. Voici ce qu’il en

(1) En gelmann, loc. cit.

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dit : « Dans ces derniers temps, il est devenu d’un usage courant de faire asseoir la femme en couches sur une chaise spéciale ; sa construction varie le plus ordinairement, elle se compose de cinq plan-

Fig. 270. — Appareil en bois autrefois en usage au Japon.

ches, une qui soutient les reins, deux pour les cotés, une quatrième

Fig. 271. — Japonaise accouchant dans l’appareil en bois.

pour le plan antérieur, la cinquième forme le plancher. Elles sont

toutes munies de coulisses qui permettent de les déplacer, de sorte qu’on peut changer l’une pour l’autre. Lorsque le placenta est sorti, on garnit la chaise avec une natte de paille que l’on recouvre d’un matelas ( flou , sorte de couverture piquée), on fait lever la femme pour gagner la chaise et s’y asseoir. Elle doit y rester une semaine ; pendant ce temps, elle ne doit pas pencher sa tête en avant, et, par conséquent, ne doit pas dormir ; on la veille ainsi nuit et jour pendant sept jours, et aussitôt quelle penche la tête on la force à la redresser. Ce n’est qu’au bout de sept jours qu’on la soustrait à ce supplice. Malheureusement cette coutume est tellement générale que, depuis l’impératrice jusqu’aux femmes de la plus basse classe, toutes les accouchées sont soumises à ces entraves et que ce sont les femmes du bas peuple seules, comme les pêcheuses de poissons sur les côtes et les bûcheronnes dans la montagne, qui échappent à cette torture.

« A la campagne, les femmes le deuxième jour reprennent leurs occupations ; dans les villes, il n’en est pas ainsi, car elles ne sortent que le huitième jour après l’accouchement, ce qui tient à l’emploi de la chaise. Personne parmi ceux qui soignent les accouchées ne doit donc avoir recours à la chaise. Il faut simplement faire coucher la femme sur son lit, la tête un peu élevée, et alors dès les premiers jours la femme peut faire plusieurs milles, et la femme, fût-elle délicate, si elle n’a rien autre que son accouchement, fût-il difficile, qui l’ait affaiblie, ne s’en trouvera pas mal.

« On dit que je possède un moyen magique. Il consiste en ce que je ne me sers jamais de la chaise. J’attache une importance énorme à ceci, que je brise et brûle toutes les chaises que je trouve, pour éviter le mal qu’elles pourraient faire plus tard. C’est pour appeler l’attention sur ce point que j’ai mis ce chapitre dans le San-Ron, et j’espère que toute personne, qui voudra se convaincre de la vérité de ce que j’avance, finira par se ranger à mon opinion (1). »

Mais aujourd’hui, ce procédé n’est plus guère qu’un souvenir : la femme est adossée à des coussins empilés les uns sur les autres (fig. 222) ; elle reste dans cette position presque verticale, pendant les trois premiers jours qui suivent sa délivrance ; puis on retire toutes les vingt-quatre heures un coussin, jusqu’à ce que la tête repose sur le dernier ; la patiente occupe alors une position horizontale. Quelquefois, la pile de coussins est remplacée par une aide qui étreint en même temps l’abdomen (fig. 273). Pendant les douleurs, la patiente se

(1) Dr Müller et Charpentier. Archives de tocologic.

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penche en avant et s’appuie, soit sur la sage-femme ou samba-san , soit sur des coussins ou un tabouret.

La posture prise par les Japonaises varie encore dans les différentes manœuvres qui sont préconisées pour remédier aux mauvaises présentations de l’enfant ; elles comprennent cinq variétés, nous ne décrirons ici que la première manœuvre, la situation sur la natte.

« On fait sans relâche frictionner la région sacrée par les personnes qui entourent la femme en travail, la douleur s’étend ainsi progressivement par en bas, et on voit survenir le besoin d’aller à la

Fig. 272.

— Japonaise soutenue par des coussins.

garde-robe ; alors la femme dénoue sa ceinture (la ceinture japonaise est très large). La femme s’assied (accroupissement japonais) les talons appuyés contre chacune des fesses. Le médecin s’assied devant la femme, celle-ci se penche en avant, embrasse le cou du médecin avec ses bras, et prend un point d’appui sur ses épaules. 11 enveloppe alors sa main droite avec une serviette, la pousse entre les deux cuisses de la femme, et soutient avec l’os de la paume de la main (os imaginaire ne répondant à aucune notion anatomique) le coccyx. Il laisse alors la femme s’asseoir, embrasse son corps de son bras gauche, et à chaque douleur relève sa main droi te, pendant que du bras gauche il relève en même temps un peu le corps de la femme. Après quelques douleurs, il retire la serviette qui entoure sa main droite,

introduit l’index et le médius dans le vagin, de façon à exercer une pression en avant et en haut, en partant de l’anus pour s’assurer de la situation du fœtus. 11 sent alors l’orifice de la matrice contracté en dedans. La tête du fœtus, encore recouverte par les membranes, donne la sensation d’une serviette mouillée...

« Le médecin doit s’asseoir sur un petit banc qui sert d’appui aux pieds de la femme ; il étend ses jambes de manière que ses pieds soient en contact avec les fesses de la mère et il maintient le ventre de celle-ci entre les genoux, afin que l’enfant n’ait pas de place pour s’incliner sur le côté. De la main droite, il soutient le périnée; de la

Fig. 273. — Japonaise soutenue par une aide.

main gauche, il embrasse le ventre, comme il a été dit plus haut ; enfin son épaule doit exercer une pression sur la région précordiale (1).»

Si l’application des instruments est nécessaire, Kangawa enseigne que les opérations doivent être faites sous la couverture, afin de ménager la pudeur de la femme. « Pour cela la femme se couche sur le dos, les jambes étendues. Le médecin se place au pied du lit bas, qui est formé par des couvertures piquées, posées sur la natte, et il couvre

(1) Dr Millier et Charpentier, loc. cit.

M OE U R S E T COUT U M E S

la partie inférieure du corps de la mère jusqu’aux orteils avec un drap. Il étend alors ses jambes entre celles de la femme, de façon que ses talons prennent un point d’appui sur les fesses, écartant les jambes de la femme avec les siennes, et faisant ainsi toutes les manœuvres sous le drap.

« Ordinairement les ignorants, surtout les parentsde la femme, s’opposent à l’emploi des instruments, parce qu’ils ne connaissent pas ces instruments qui ne sont pas d’un usage général, et qu’ils redoutent leur emploi. Aussi, lorsque le médecin veut se servir d’un instrument

Fig. 274. — Accouchement d’une Siamoise.

quelconque, doit-il, avant d’entrer dans la chambre où la femme accouche, le placer dans son vêtement dont les manches larges et flottantes peuvent lui servir de poche. Il échauffe ainsi l’instrument et peut, sans être aperçu, le prendre sous le drap et l’employer. Une fois l’accouchement terminé, il peut ainsi laisser ignorer qu’il s’est servi de ses instruments (1). »

Siam et Annam (2). — Les Siamoises se couchent sur le dos

(!) Dr Muller et Charpentier, loc. cit.

(2) Les détails concernant l’Annam sont extraits d’une communication faite par le Dv Mondière à la Société d’Antliropologie.

pour accoucher (fig. 274), et deux aides opèrent un massage méthodique de l’abdomen. Quand la délivrance tarde trop, l’une des aides, soutenue par l’autre, monte sur le ventre de la femme et le piétine énergiquement. Si ce moyen échoue, on suspend la patiente, à l’aide d’une corde passée sous les bras, et un assistant (fig. 275), quelquefois deux (fig. 83), entourent la taille de la malheureuse et se pèsent sur

elle de tout leur poids, jusqu’à ce que l’enfant sorte ou que la mort s’ensuive.

Quand les femmes Annamites sentent augmenter les douleurs, elles vont se coucher sur leur lit de bambou, sans la moindre couverture. Dans les maisons aisées, toutefois, on place une natte sous le dos de la

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patiente. Celle-ci a eu soin de revêtir sa robe la plus vieille; on la relève, ou on la coupe à la hauteur des reins. C’est dans cet équipage que, les cheveux dénoués, la femme s’étend sur le dos, la tête soutenue par un tout petit coussin carré, haut de 10 à 12 centimètres.

Dès que les douleurs sont devenues franches, la sage-femme ou ba-mu se place assise sur le lit, en face de la patiente, tout accroupie, le pantalon relevé et prête à allonger les jambes, qui joueront un rôle important dans les différentes manœuvres. « Elle commence », dit le Dr Mondière, « par frictionner doucement de la main le ventre de la

Fig. 276. — Sage-femme Annamite écartant la vulve avec ses pieds, d'après un croquis communiqué par le Dr Mondière.

femme, dont les pieds, dans cette première partie, posent d’aplomb sur le lit, les jambes relevées à angle droit, les cuisses légèrement fléchies sur l’abdomen.

« La poche des eaux se rompt, les contractions utérines se succèdent plus ou moins rapides, mais le périnée ne se distend pas, tout l’effort semble se porter sur la symphyse. Pendant ce temps, la ba-mu promène un de ses index circulairement à l’orifice vulvaire, en mesure et en modulant d’une façon continue le mot : Kan ! Kan ^(efforcez-vous), qu’elle adresse à la femme.

« Dès qu’elle a senti que la tête a franchi le col de l’utérus, qu’elle est venue toucher à l’extrémité de son indicateur, la matrone se place

alors, en sens opposé à la femme, mais dans la même position qu’elle (fig. 276). Assise sur son derrière, au moment où elle entrevoit levertex à la vulve, elle abaisse la fourchette très fortement avec ses deux index, en même temps qu’avec les deux gros orteils elle écarte à droite et à gauche les grandes et petites lèvres (1).

« Sitôt que la demi-circonférence du crâne est à la vulve, la sagefemme glisse ses deux mains entre les parois du vagin et la tête, saisit celle-ci, comme avec les cuillers d’un forceps, et l’attire violemment au dehors.

« Une fois la tête à l’extérieur, elle pose ses index et ses médius à cheval sur le cou du fœtus, et, tenant la paume des mains sur les parties latérales de la face et du crâne, elle détermine rapidement la rotation externe de droite à gauche, de façon que le ventre de l’enfant glisse sur la cuisse gauche de la mère ».

Peuplades sauvages de l’Afrique. — Le docteur Felkin, auteur de recherches curieuses sur- l’accouchement dans les tribus africaines du centre (2), nous renseigne sur les différentes positions que prennent les femmes de ces pays. Laissons d’abord l’auteur raconter comment il fut amené à ces études :

« Un soir, nous venions de faire une longue marche à travers les jungles et les marais, et, assis auprès d’un feu de campement, je fumais tranquillement au milieu de mes porteurs endormis, quand soudain un bruit violent de coups de tam-tam troubla le silence de la nuit, et mon drogman, qui revenait d’un village voisin situé dans le district de Bari, accourut vers moi en me demandant si j’aurais quelque plaisir à voir couper une femme. La chose était de nature à exciter la

(1) Les Annamites ont les extrémités d’une finesse remarquable et, particularité tout à fait caractéristique de leur race, le gros orteil est très écarté des autres doigts : ce qui a fait donner à ce peuple le surnom de Giao-chi, c’est-à-dire pieds fourchus. Cette conformation permet aux Annamites de se servir de leurs pieds comme de leurs mains; de là l’usage qu’en fait la ba-mu dans les accouchements.

(2) Publiées par VEdiinb. med. Journal (avril 1884) et traduites par le Dr Boucher dans la France médicale. M. Rodet a intercalé cette relation dans les Accouchements chez les peuples primitif s d'Engelmann, avec des modifications insignifiantes, et n’a mis entre guillemets que trois pages sur dix-sept. C’est un oubli sans doute. Mais voici qui est mieux. Nous avons écrit à M. Felkin pour lui demander l’autorisation de reproduire son intéressant travail. Or, dans la lettre pleine de bonne grâce qu’il a bien voulu nous adresser, M. Felkin se plaint du sans-gêne de M. Rodet qui, sans le prévenir, a reproduit sa relation et toutes ses figures; M. Felkin a été, en outre, choqué de trouver, dans la préface de ce volume, l’expression de certains doutes qui tendraient à le faire passer pour un vulgaire farceur : « Ce mémoire, dit le passage auquel nous faisons allusion, semble pécher par excès d'imagination ». L’auteur proteste contre cette appréciation et affirme n’avoir raconté que l’exacte vérité.

curiosité; nous partîmes et, chemin faisant, il me raconta qu’une femme était en travail depuis deux jours ; ce délai passé, ses compagnes, ne pouvant arriver à bout de la délivrer, allaient la remettre, suivant l’usage, entre les mains des hommes de^à tribu qui se chargeaient, avec un couteau, de donner naissance à l’enfant.

« En arrivant devant la hutte, nous y trouvions quelques hommes jouant du tam-tam, tandis que les femmes poussaient des fçris perçants, et, après avoir parlementé quelques instantsj mfpn guide obtint qu’on nous laissât passer. M’étant alors glissé dans le fe^dîs|,par une porte basse, j'aperçus à la lueur du foyer deux femmes dos à dos, assises sur le sol, les bras entrelacés, dont l’une, les jpmbesTégèrement relevées, paraissait évidemment en travail (fîg. 277).

Fig. 277. — Position des négresses du district de Bari.

« Sa figure trahissait une faiblesse extrême que semblait encore augmenter l’état de sa langue, pendant en dehors de la bouche, car les incisives supérieures et inférieures avaient été arrachées à l’âge de la puberté, ainsi que cela se pratique d’habitude dans l’Afrique Centrale.

« Nous étions là bien juste à temps; dansun coin, deux femmes préparaient un lit d'herbes sèches et un homme âgé, dont le costume annonçait quelque chose comme un sorcier ou un magicien, aiguisait déjà un couteau de mauvaise apparence (fig. 278). Désirant, si cela se pouvait, sauver la vie de cette malheureuse, je demandai à l’examiner, ce qui souleva de nombreuses objections parmi son entourage, ellemême étant absolument incapable de donner son avis. Enfin pour vaincre toutes les résistances, il fallut force promesses de chemises et de colliers, après quoi on me laissa pratiquer le toucher qui me'permit de diagnostiquer un cas d’inertie utérine. J’envoyai chercher tout de suite mon forceps, mais on exigea l’opération publique en plein air, au dehors de la hutte. Tout le village était rassemblé pour voir la méde-

cine de l’homme blanc, et malgré les désagréments d’une telle foule hurlant, gesticulant autour de moi, j’eus le plaisir d’amener au monde un gros bébé, que je revis quelques mois après avec sa mcre, tous les deux en parfait état de santé.

Fig. 27S. — Couteau d’un magicien, pour faire l’opération césarienne.

« Dans le district du Madi (Darfour), la femme, aussitôt le travail commencé, marche des heures entières. Pendant ce temps, des amies

Fig. 279. — Négresses du district de Madi,

vont planter en terre deux pieux et établir un lit de sable sur lequel elle s’étend, et, prenant avec les pieds un point d’appui sur les deux

pieux, pendant qu’avec les bras elle serre ses genoux, elle redouble ses efforts, aidée par une autre femme qui lui soutient le dos (fig. 279),

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Le sable se moule autour du corps et il supporte le périnée. Quelquefois quand la femme ne peut être assistée par plusieurs amies, on lui fait un tas de sable contre lequel elle s’adosse (fig. 280), et elle reste dans la même position jusqu’à la naissance de l’enfant, prenant de temps en temps quelques gorgées d’une infusion de semences de millet ».

Dans cette partie de l’Afrique, il arrive aussi parfois que les femmes accouchent en marchant, et, bien que la chose ne soit pas commune, le Docteur Felkin a pu la constater trois fois : une fois seulement il y eut mort par suite d’hémorrhagie violente.

Voici d’autres observations de Felkin:

« La figure 281 montre comment sur le Nil Blanc, à Kerrie, une femme restée longtemps en travail était assistée par un accoucheur

Fig. 281. — Accouchement laborieux à Kerrie, sur le Nil blanc.

de l’endroit. Deux pieux sont fixés en terre vis-àvis l’entrée de la hutte; la femme, assise sur une chaudière renversée, les pieds fortement appuyés sur les pieux, se cramponne aux poteaux de la porte d’entrée, tandis que l’opérateur, étendu derrière à une certaine distance, arc-boutant ses pieds sur les os du bassin de la patiente, exerce une traction intermittente sur une bande qui s’enroule autour de son abdomen. En face est une amie qui reçoit l’enfant; elle n’est pas représentée dans le dessin pour permettre de mieux saisir les détails de l’opération principale.

« Dans le même district, il existe aussi une coutume très répandue qui consiste à creuser un trou dans lequel on allume du feu ; au-dessus, dans un chaudron, on met bouillir des herbes; la femme s’ac-

croupit (fîg. 282) de telle façon que la vapeur puisse humecter et adoucir les passages. Par ce moyen on rendrait le travail beaucoup plus aisé.

« Les femmes arabes ont recours aussi à cette méthode ; mais dans

« Dans le district de Bongo ou Galabar, il existe une autre coutume singulière et bien différente. Une branche d’arbre est placée transversalement sur deux autres (fîg. 284), à portée de la femme qui, dans l’intervalle des douleurs, se promène tout autour sans s’en éloigner beaucoup et s’y cramponne dès qu’arrivent les douleurs, écartant les jambes et poussant de toutes ses forces jusqu’à ce que l’accouchement ait eu lieu. Une amie assise auprès d’elle empêche l’enfant de tomber sur le sol, et, au nombre des branches qu’on voit ainsi disposées auprès des villages, on reconnaît que cette manière de faire est très répandue. Daus le même pays, la femme s’assied parfois à terre et s’appuie sur la sage-femme qui, de son genou, la presse au défaut des côtes.

« La tribu de Longo a, pour les accouchements, une façon de procéder qui se rapproche assez de la précédente, mais la perche est placée obliquement, une de ses extrémités fichée dans le sol et l’autre s’appuyant contre une branche d’arbre. La figure 285 montre la position de la femme et de l’aide qui l’assiste, mais ici la patiente ne marche pas et ne se livre à aucun exercice.

« Quand le travail est laborieux ou qu’il y a rétention du placenta, on place la parturiente sur le ventre, puis on la retourne sur le dos ;

Fig. 2 82. — Fumigation prise par une négresse en travail.

un autre but, pour produire la contraction des parties génitales avant le coït, et exciter les désirs violents. Peut-être les Arabes ont-elles pris cette pratique aux indigènes. La figure 283 représente la position des femmes dans le district de Moru; où les stimulants sont en grand honneur. Dans une cruche en grès, à laquelle est adaptée une sorte de tube aspirateur, est une liqueur fermentée, sorte de bière faite avec des semences de millet que la femme « sirote » peu à peu, de façon à amener au moment de l’accouchement un véritable état d’hilarité ou d’ivresse. Pendant tout le temps, elle demeure étendue sur un lit d'herbes sèches soigneusement disposé et recouvert d’une natte, les pieds tournés vers sa hutte.

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on la presse, on la pétrit de tous côtés (fig. 286) jusqu’à l’expulsion du fœtus.

« Dans l’Ounyoro, la plupart des femmes accouchent accroupies (fig. 287) et tournent autour d’un pieu enfoncé en terre jusqu’au com-

Fig. 283. — Posture des négresses du district de Moru.

mencement des douleurs ; à ce moment, elles font un effort sur le pieu, et, si le placenta ne descend pas, la pratique invariable est de pétrir

et de tamponner le ventre avec un bâton dont une extrémité repose sur le sol et l’autre appuie sur l’abdomen. Puis la femme] se portant

alternativement en avant et en arrière exerce une pression rhÿthmée sur le fond de l’utérus, ainsi que l’indique la figure 288.

« Dans beaucoup de villages Schulis, il exisLe ce que l’on pourrait

Fig. 285. — Accouchement d’une négresse de Longo.

appeler la chaise des accouchements, représentée dans la figure 289. Elle consiste dans une sorte de billot de bois, placé contre un tronc d’arbre et couvert d’un peu d’herbes sèches sur lesquelles on étend

une peau soyeuse. Ce siège de la femme en travail est élevé de 3 pieds 1 /2 environ au-dessus du sol et tout à côté sont fichés en terre deux pieux avec encoches en forme d echasses, sur lesquelles . la pa-

tiente met les pieds, tandis que, saisissant des deux mains les extrémités des pieux, elle redouble d’efforts juspu’à ce que l’accouchement ait eu lieu. Quand, dans ce même district, l’étroitesse du bassin

Fig. 287. — Posture des négresses dans l’Ounyoro.

ou la rigidité du col rendent le travail difficile, la femme s’installe au-dessus d’un feu d’herbages allumé au fond d’un trou et produisant une fumée épaisse (fig. 290) ; puis, pendanjt tout le temps de la combustion, elle appuie sa poitrine et se crispe sur un rouleau de bois.

« Dans le Wakamba (Afrique Orientale), les femmes, pour accoucher, sont à moitié assises sur les bras et les jambes de deux aides (fig. 291), comme on l’observe chez les Indoues.

« Au Darfour, la femme s’appuie simplement (fig. 292) contre le mur de son habitation et au dehors, car l’intérieur de la hutte, supportée par un arbre taillé qui forme comme le pilier central, n’aurait pas assez d’élévation. Quand il y a rétention du placenta, la femme est étendue sur le sol ; à côté d’elle sont deux femmes qui tiennent les extrémités d’une toile tendue sur son abdomen et qu’elles tirent, en faisant avec le pied une poulie de réflexion (fig. 293).

« D’après J. Hildebrandt (1878), les femmes des Somalis sont délivrées debout, se tenant à une corde tendue au-dessus d’elles.

Fig. 288. — Expression utérine à l’aide d’un bâton pour faciliter la délivrance, dans l’Ounyoro.

« Dans l’Uganda, on se sert d’une sorte de lit appelé IUtanda , dont la charpente est de bois calfeutré avec du poil de vache. De toutes ces peuplades sauvages, on ne connaît guère que cette tribu et celle des Wanikas qui usent de la position horizontale franche, comme en

Europe. En cas de rétention du placenta, les Wanikas ont deux moyens pour l’expulser. Le premier consiste à coucher la femme sur le dos, et on lui fait tomber d’une certaine hauteur un courant d’eau sur l’abdomen : si cela ne réussit pas, on la place sur les mains et les

Fig. 290. — Fumigation pour faciliter l’accouchement chez les Schulis.

genoux (fig. 294), on lui passe autour du ventre une bande de toile dont on réunit les extrémités sur le dos, on y fixe un bâton de façon à avoir une sorte de garrot avec lequel on la serre jusqu’à ce que l’expulsion ait eu lieu ! »

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Aux îles Canaries, la femme s’assied sur le plancher, les bras appuyés sur une chaise ou tout autre support.

Fig. 291. — Un accouchement au Wakamba.

Les Hottentotes (1), accouchent à terre sur une natte qui est enterrée aussitôt après la délivrance.

Fig. 292. — Posture des négresses du Darfour.

Au Sénégal, d’après Hébert, la négresse prend pour le travail une (1) Hist. gènêr, des voyages.

position accroupie, s’appuyant contre le mur de la case, et les mains posées sur le sol ; ou bien, suivant de Rochebrune, elle reste agenouillée sur une natte, la tête reposant sur les bras, comme on le voit sur la fîg. 290. Si le travail est laborieux, une aide s’assied sur le ventre de la femme (fîg. 295).

Au Congo, la femme accouche sur le ventre (fig. 296), comme le figure une scène d’accouchement, sculptée sur une défense d’éléphant qu’on peut voir au musée d’Ethnographie du Trocadéro. La patiente est assistée de l’accoucheuse qui se tient à genoux derrière elle. Le

Fig. 294. — Délivrance chez les Wanikas.

même musée possède une idole en bois (fig. 297), trouvée à Onitcha, qui représente, entre autres sujets allégoriques, une femme en travail, peut-être l’Ilithyia de l’endroit; la posturede cette figure, placée à droite de la partie inférieure du groupe, semble indiquer que les indigènes du Bas-Niger accouchent sur les genoux, ’en se cramponnant à un appui quelconque.

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Au Loango, dans les couches laborieuses, la patiente s’étend sur le ventre, et une femme monte sur son dos qu’elle piétine avec force (fig. 298). Si ce procédé barbare échoue, on la prend par les quatre membres et on pose sa tête sur les genoux d’une femme accroupie qui

Fig. 295. — Un accouchement laborieux au Sénégal.

bâillonne énergiquement la bouche et le nez (fig. 299). Pendant que la malheureuse se débat pour respirer, elle fait des efforts violents qui semblent activer l’accouchement et passent comme le dernier mot de l’art.

Fig. 296. — Scène d’accouchement au Congo.

Peuples Américains de race européenne. — En Amérique, les chaises jouent un certain rôle dans les accouchements. A la dernière période, les Pensylvaniennes s’agenouillent devant une

Fig. 297. — Idole trouvée à Onitelia.

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chaise, tandis que, derrière la patiente, la sage-femme attend la naissance de l’enfant (fig. 300).

Les Canadiennes françaises ont un faible pour l’accouchement sur une chaise renversée (fig. 301). Leurs voisines du Vermont (Etats- Unis de l’Amérique du Nord) étaient jadis délivrées sur un lit fait de trois chaises liées ensemble et recouvertes d’une paillasse.

En Géorgie, dans la Virginie et dans quelques districts de l’Ohio,

on prend deux vieilles chaises, l’une debout et l’autre retournée, le dossier de la seconde portant sur le siège de la première (fig. 302) ; le mari s’assied à califourchon et la femme s’étend sur sa poitrine. Il arrive parfois, surtout en Virginie, que le mari est remplacé par un matelas recouvrant les deux chaises.

En Pensylvanie, dans le Missouri sud-ouest, on se sert de trois chaises (fig. 303), l’une est occupée par le mari, qui tient sa femme, et les deux autres par des aides. L’accoucheur est à genoux entre les deux chaises.

On voit que la position assise est assez appréciée aux Etats-Unis ; toutefois le décubitus dorsal semble être l’attitude qui tend à préva-

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