XVI
— Autre manière employée par les Botokudos pour porter leurs enfants.
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Jérusalem envers Dieu, le prophète compare le misérable état où était la ville, avant que Jéhovah la prît sous sa protection, à la situation précaire d’un nouveau-né qu’on va exposer et à qui on a négligé de couper le cordon ombilical, cui in die orlus sui non est prœcisus umbilicus. Faut-il sous-entendre et de lier? Peut-être, c autrement la comparaison n’est guère intelligible. D’autre part, la version latine rend-elle exactement le texte hébreu? Quoi qu’il en soit, le prophète ajoute:
Fig/336. — Laveurs d’or dans la Nouvelle-Grenade.
« tu ne fus point lavée d’eau pour être purifiée, ni nettoyée avec du sel, ni aucunement emmaillotée ». Ce qui indique et l’antiquité du maillot et celle de la coutume suivie, encore de nos jours, en Turquie, de saupoudrer de sel le nouveau-né.
Les 21 traités du Talmud de Babylone renferment un certain nombre de préceptes médicaux qui peuvent nous donner une idée exacte des connaissances et pratiques obstétricales des Israélites, au début
de l’ère chrétienne. Ces préceptes sont d’ailleurs empruntés aux livres d’IIippocrate, et souvent à ce qu’il y a de moins bon dans ces livres. Ainsi le médecin grec indique un procédé singulier pour connaître si une femme est stérile ou non ; il veut qu’on l’enveloppe dans un manteau et qu’on lui fasse des fumigations par en bas; si les émanations passent à travers son corps et sont senties à leur sortie de la bouche ou des narines, c’est un signe de fécondité. De môme Rabb Khahana reconnaît les vierges par l’odeur du vin qu’il présente au voisinage de la vulve.
On savait déjà que la rupture de l’hymen n’entraîne pas nécessairement avec elle un épanchement de sang, mais ce fait n’était pas généralement connu, et nombre de maris s’inquiétaient de ne pas trouver dans les draps les signes de la virginité de leur épouse; le traité Khethouboth conseille d’employer, pour les rassurer, le moyen indiqué plus haut : si une substance odorante placée sous la femme n’est pas perçue aux orifices supérieurs, c’est que l’hymen est intact. Pour ceux que ne satisferait pas cette constatation de olfaclu , on pouvait avoir la constatation de visu: on faisait laver le drap, et, par un habile tour de passe-passe, le sang devenait visible. Charlatanisme, soit; mais un raisonnement sérieux aurait-il persuadé le mari ?
On retrouve dans le traité Ilaghigah la fameuse théorie de l 'aura seminalis ; c’est cette doctrine en vertu de laquelle une femme peut devenir enceinte, en se baignant dans une eau imprégnée d’une certaine quantité de liqueur prolifique (1); moyen commode pour les femmes d’expliquer les suites trop visibles de leurs inconséquences ! Autre hérésie scientifique : le Jebamolh dit qu’une femme ne peut devenir enceinte par la première cohabitation, si elle était vierge. Par contre, le Nidah contient une vérité physiologique encore admise de nos jours : « la femme, » dit Rabbi Isaac, « ne devient enceinte que par l’acte le plus rapproché de son époque menstruelle ».
Nous avons précédemment indiqué le moyen préconisé par le même traité pour obtenir à volonté des garçons ou des filles ; il est basé sur une erreur d’observation : l’émission de la semence par l’homme et la femme au moment des rapports sexuels ; on sait, en effet, que celleci ne secrète pas de liqueur séminale. Autre affirmation erronée au
(1) C’est en raison de la même croyance qu’en Perse les femmes stériles vont se baigner au-dessous de l'endroit où se tiennent les hommes. Bien différente était la fontaine Conato qui coulait au pied du mont Argos et où Junon, d’après Pausanias, allait se baigner tous les ans pour y recouvrer chaque fois une nouvelle virginité. Malheureusement cette précieuse fontaine n’existe plus, sans quoi elle eut obtenu une vogue universelle.
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sujet de la grossesse : les docteurs du Talmud admettaient que la gestation est facile à reconnaître dès le troisième mois, par le volume du ventre, et ils fixaient cette limite pour permettre à une femme veuve ou divorcée de se remarier.
Le Lévitique (1) ordonnait que la purification des accouchées eût lieu 40 jours après la naissance d’un garçon, 80 après la naissance d’une fille; sans doute par corrélation, Rabbi Ismaël admet que le garçon est formé le 41e jour, la fille le 81e.
La durée de la grossesse était fixée à 271 jours, soit neuf mois à trente jours chacun, ce qui est normal ; mais le Jebamoth déclare légitime un enfant né douze mois après le départ ou la mort du mari. Le même traite enseigne que l’enfant, viable à sept mois, ne l’est plus à huit (2) : erreur commune à toute l’antiquité. Le Nidah s’aventure tout aussi malheureusement quand il affirme que l’enfant, dans le sein de la mère, meurt toujours avant-elle; mais comme on avait observé un cas où le fœtus avait fait « trois fois » des mouvements après la mort de la mère, ce traité l’explique ingénieusement en disant : « Ces mouvements ne sont pas plus signe de vie que les mouvements de la queue d’un lézard qui s’y manifestent après qu’on l’a coupée. »
Les docteurs du Talmud savaient que la présentation de la tête était la règle et celle des pieds l’exception, mais ils croyaient à la culbute du fœtus : « Les premiers trois mois, » dit le Nidah , « le fœtus est dans la région inférieure ; les autres trois mois, il se trouve dans la région moyenne, et, dans les derniers trois mois, il est dans la région supérieure. Quand le moment de l’accouchement arrive, il se renverse, la tête en bas, pour sortir, ce qui augmente les douleurs de l’accouchement ». Ils croyaient aussi que l’accouchement d’une fdle est plus douloureux que celui d’un garçon, parce que la fille « se tourne pour naître le front en avant, correspondant à la position de la femme pendant le coït, et le garçon sort le front en arrière ». C’est une erreur que nous avons déjà signalée.
Sachant fort bien que les avortements se font, le plus souvent, dans les trois premiers mois de la gestation, ils en avaient conclu que « les premiers trois mois de la grossesse, l’enfant se trouvant dans la région inférieure, la copulation est mauvaise pour la mère et pour l’enfant ; les autres trois mois, la copulation est mauvaise pour la mère et bonne
(1) XII, 4 et 5.
(2) Cette idée qui pouvait être fatale aux enfants nés à huit mois, n’était plus admise depuis l’époque du célèbre Ri, un des auteurs des gloses appelées Thossephoth. (Dr Rabbinowicz).
pour l’enfant ; les derniers trois mois, elle est bonne pour la mère et pour l’enfant, car elle fortifie le fœtus ».
Ils ne croyaient pas à la superfétation, et cependant ils admettaient qu’une femme pouvait accoucher d’un deuxième enfant trois mois après l’accouchement du premier. « Lesperme, » ditl eNidah, « s'était divisé en deux parties, dont l’une a produiL l’enfant qui a fini son développement au commencement du septième mois, et dont l’autre a produit l’enfant qui n’a fini le sien qu’à la fin du neuvième mois. »
La législation talmudique conseillait sagement, en certains cas, de pratiquer l’embryotomie: « Quand l’accouchement ne peut pas se faire, » dit YOkololli , « on coupe le fœtus dans le viscère pour l’en extraire par morceaux, car la vie de la mère passe avant celle du fœtus. » Connaissant les dangers de l’accouchement avant la puberté, le Niclah autorise la jeune fille de onze à douze ans, à éviter une grossesse qui lui serait fatale, en introduisant dans le vagin, au moment des rapports sexuels, un moukh, sorte de pessaire qui empêchait la pénétration du sperme dans la matrice ; il donne le même conseil aux nourrices.
L’avortement semble avoir été assez rare chez les Hébreux. La législation mosaïque est muette sur l’avortement provoqué par la femme elle-même ou avec l’aide d’un complice ; elle ne prévoit que les violences pouvant déterminer cet accident. En ce cas, la peine était une amende prononcée par le mari ou par des arbitres, et le dernier supplice, si les violences exercées avaient causé la mort. Suivant la version des Septante, qui en ce passage comme en une foule d’autres diffère de la Yulgate, l’avortement n’aurait donné lieu à une peine qu’autant que l’enfant aurait été formé (1).
La nourrice semble avoir été rare chez les anciens Hébreux, comme du reste chez tous les nomades. Job compare une mère qui n’allaite pas son enfant, à l’autruche qui dépose ses œufs dans le sable du désert sans plus s’en occuper. Peut-être n’en fut-il plus de même dans la suite, comme on pourrait l’induire d’un passage cité plus bas. Aulu-Gelle prétendait que ce sont les courtisanes qui, pour éloigner de chez elles le fruit de leurs débauches, ont les premières confié leurs enfants à
(1) Voici la traduction latine du texte des Septante : Si litigàbunt dus viri et per eusse r bit mulierem proegnantem et exierit ejus infans Nündum formatus detrimentum patietur quantum indixerit vir mulieris et dabit cum postulat ione. La Vulgate porte : Si rixati fuerint duo viri et perçussent guis mulierem proegnantem et abortivum quidem fecerit, etc. Cette question d’arcliéologie médico-légale ne pourrait être résolue que par un hébraïsant.
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des mercenaires ; mais Sue lui oppose le fameux jugement de Salomon (1).
«... Alors deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver le roi, et se présentèrent devant lui.
L'une d’elle lui dit : Je vous prie, Monseigneur, faites-moi justice. Nous demeurions cette femme et moi dans une même maison, et je suis accouchée dans la même chambre où elle était.
Elle est accouchée aussi trois jours après moi. Nous étions ensemble, et il n’y avait dans cette maison, qui que ce soit, que nous deux.
Le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu’elle l’a étouffé en dormant.
Et, se levant dans le silence d’une nuit profonde, pendant que moi, votre servante, je dormais, elle m’a ôté mon fils que j’avais à mon côté, et, l’ayant pris auprès d’elle, elle a mis auprès de moi son fils qui était mort.
M’étant levée le matin pour donner du lait à mon fils, il m’a paru qu’il était mort; et, le considérant avec plus d’attention au grand jour, j’ai reconnu que ce n’était point le mien, celui que j’avais enfanté.
L’autre femme lui répondit : Ce que vous dites n’est point vrai ; mais c’est votre fils qui est mort, et le mien est vivant. La première, au contraire, répliquait : Vous mentez, car c’est mon fils qui est vivant, et le vôtre est mort. Et elles disputaient ainsi devant le roi.
Alors le roi dit : Celle-ci dit : Mon fils est vivant, et le vôtre est mort ; et l’autre répond : Non, mais c’est votre fils qui est mort et le mien est vivant.
Le roi ajouta : Apportez-moi une épée. Lorsqu’on eut apporté une épée devant le roi,
11 dit : Coupez en deux cet enfant qui est vivant, et donnez-en la moitié à l’une et la moitié à l’autre.
Alors la femme dont le fils était vivant dit au roi (car ses entrailles furent émues pour son fils) : Seigneur, donnez-lui, je vous supplie, l’enfant vivant, et ne le tuez point. L’autre disait au contraire : Qu’il ne soit ni à moi ni à vous, mais qu’on le partage.
Alors le roi prit la parole, et dit : Donnez à celle-ci l’enfant vivant, et qu’on ne le tue point; car c’est elle qui est sa mère.
Ce récit, un peu long, nous donne quelques détails intéressants; il démontre d’abord que ces courtisanes avaient gardé leurs enfants avec elles et ne les avaient pas confiés à des nourrices. Sue a donc raison contre Aulu-Gelle, tout au moins pour les courtisanes juives;
(1) Bois, III, 16 et suiv.
il est vrai que le même Aulu-Gelle n’avait qu’une vague idée des mœurs hébraïques; son observation, restreinte aux courtisanes grecques et romaines, pourrait, à la rigueur, être acceptée. Dans le même récit, nous voyons que les enfants n’avaient pas de berceaux et couchaient à côté de leur mère, pratique contre laquelle s’élèvent avec raison tous les hygiénistes. Ne pourrions-nous pas conclure de ce passage « m’étant levée le matin pour donner du lait à mon fils » que l’allaitement n’était pas la règle chez les Hébreux, au moins chez les courtisanes, car si la mère eût nourri son enfant, elle lui aurait donné le sein au lit. 11 est donc probable que, déjà à cette époque, sans recourir aux nourrices, on élevait les enfants au petit pot. Nous n’affirmons rien d’ailleurs; il faudrait pouvoir saisir la valeur du texte hébreu.
Plus tard, quand les Juifs se furent sinon mêlés, tout au moins frottés à des peuples divers, ils laissèrent se perdre les vieilles coutumes; ainsi nous les voyons avoir recours aux hommes dans les accouchements laborieux et faire usage de nourrices, comme l’indique ce passage du Khethouboth : « Si la femme se refuse d’allaiter son enfant, en motivant son refus par l’habitude de sa famille de prendre des nourrices, le mari ne peut pas l’y forcer ».
Quelle était la durée de l’allaitement? Le seul renseignement que nous trouvions à cet égard est au livre des Macchabées (1). Quand la mère exhorte son plus jeune fils à subir le martyre courageusement comme ses frères, elle lui dit : « Mon fils, ayez pitié de moi, qui vous ai porté neuf mois dans mon sein, qui vous ai nourri de mon lait pendant trois ans , et qui vous ai élevé jusqu’à l’âge où vous êtes ». Trois ans, c’est bien long; deux ans peut-être? Somme toute il est impossible de rien conclure d’une œuvre romanesque comme le livre des Macchabées. A l’époque talmudique, l’allaitement durait au moins vingt-quatre mois; les docteurs ne veulent pas qu’une veuve, ayant un enfant à la mamelle, se remarie avant ce laps de temps expiré, « car, » dit Raschi, « elle peut devenir enceinte, ce qui l’obligerait de sevrer l’enfant, et son mari, étranger à l’enfant, ne voudra peut-être pas lui acheter des œufs et du lait ». Enfin la législation talmudique interdisait sagement aux nourrices d’élever au sein leur enfant, en même temps qu’un nourrisson étranger.
Qui dit Juif dit circoncis. Le premier terme appelle l’autre, et que de sottes plaisanteries n’est-on pas dans l’habitude de faire sur le baptême au sécateur. Parlons donc de cette opération hygiénique qui