VII
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remonte à près de deux mille ans avant l’ère chrétienne. On sait, en effet, qu’Abraham passe pour avoir le premier institué la circonci-
sion, en s’opérant lui-même sur l’ordre de Dieu. C’était le huitième jour après la naissance, que tout fils d’Israël devait subir cette opéra-
Fig. 337. — La circoncision, d’après Bartolommeo Ramenglii, 1484. (Musée du Louvre.)
tion (1). Tel fut le cas de Jésus. Les peintres ont l’habitude de placer cette cérémonie dans le temple (fig. 337)-; rien n’est moins démontré. De savants interpréteront prétendu que Jésus avait été circoncis à Béthléem,de la main de Joseph. L’église Saint-Corneille, à Compiègne, montre même le couteau qui servit à l’opération, et Saint-Jacques in Borgo , à Rome, la pierre sur laquelle le divin enfant fut placé. La souffrance aurait été vive; car le morceau de marbre porte encore l’empreinte d'un coup de talon que Jésus y donna en se débattant (2).
En réalité, nous ignorons quel procédé opératoire était employé par les anciens Hébreux ; il se rapprochait, sans doute, de celui que décrit le Schabbath du Talmud : « La circoncision exige trois opérations: couper le prépuce [milah), en déchirer le reste ( periah ) de manière à bien découvrir le gland, et sucer le sang (■ meizitzah ), ensuite on met sur la plaie une pommade et du cumin trituré ; on emploie aussi un mélange de vin et d’huile pour la plaie, enfin on enveloppe le gland jusqu’à la couronne ». Ce mode opératoire diffère fort peu de celui que Montaigne vit employer à Rome au XVI0 siècle, et de celui dont fut témoin, tout récemment, le Dr Chassaniol qui en donne la description suivante :
«...La nuit qui précède la circoncision se nomme veille, parce que toute la famille doit garder l’enfant... A défaut de synagogue, la cérémonie a lieu dans un appartement. A cet effet, on prépara et on orna deux sièges, l’un pour le parrain qui tenait l’enfant sur ses genoux ; l’autre resta vide : il était destiné au prophète Elie, qui assiste invisible à toutes les circoncisions. L’opérateur, revêtu d’une écharpe, portait sur un plat diverses substances en poudre et un instrument tranchant. Je remarquai une fiole contenant du perchlorure de fer... Alors le parrain, occupant son siège, présenta l’enfant couché sur ses genoux, et l’opérateur qui, au préalable, avait fixé les bras contre le corps et lié les jambes l’une contre l’autre, à l’aide de larges bandes, donna à sucer à l’enfant un sachet contenant un gâteau préalablement trempé dans du lait; cela fait, il prit avec le pouce et l’index la portion de tégument qu’il devait retrancher et fit d’un seul coup la
(1) « Et étant venus le huitième jour pour circoncire l’enfant, ils le nommaient Zacharie. » Saint Luc.
(2) On sait qu'il y a d’innombrahles prépuces de N. S. conservés dans divers sanctuaires. « Les moines de Coulombs, entre autres », dit Collin de Plancy, « se vantaient de posséder cette précieuse relique, que les bonnes gens du pays appelaient le saint prépuce. On le montrait aux femmes grosses, enchâssé dans un reliquaire d’argent, afin de les faire accoucher sans travail ; et ce prépuce était d’un bon revenu. »
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section cutanée, et, rencontrant au-dessous la muqueuse, il la déchira avec les ongles, en disant: Béni soyez , Seigneur , qui nous avez commandé la circoncision. Puis, suçant deux ou trois fois le sang qui abondait, il le rendit dans une lasse pleine de vin... Enfin, bénissant la tasse qui contenait le vin et le sang, il saupoudra la plaie avec du tan et du ratanhia. C’est au moment où il bénit le vin et l’eau, qu’il impose le nom que le père veut donner, en prononçant ces paroles : Vis en t07i sang. Ensuite, tous ceux qui assistent à la cé-
Fig. 338. — Instruments servant à la circoncision au XVIII» siècle, d’après Picard.
A, plateau où sont placées la compresse B et la bande D. — C, couteau qui sert à l’opération. — E, petite tige d'argent sur laquelle on enroule le prépuce. — F, instrument qui sert à protéger le gland, pendant la section du prépuce. — G, autre plateau couvert de sable qui doit recevoir le prépuce destiné à l’esprit infernal. — II, flacon contenant les poudres astringentes dont on saupoudre la plaie.
rémonie disent au père, en s’en allant : Puissiez-vous aussi assister à ses noces. »
On trouvera dans les Coutumes religieuses de Picard une gravure représentant la cérémonie de la circoncision des Juifs portugais au XVIIIe siècle; c’est une scène analogue à celle que nous venons de décrire. Le parrain tient l’enfant sur ses genoux et le mohel qui opère est placé en face de lui ; à sa gauche se trouve le siège vide destiné au prophète Elie, président honoraire. Les instruments (fig. 338) sont placés sur un plateau tenu par le rabbin, un parent ou un ami; le père est à la droite du parrain ; la mère et la marraine
sont dans une chambre voisine, car il est interdit aux juives d’assister à cette cérémonie. Les femmes qu’on voit figurer sont des chrétiennes.
Une modification importante a été apportée de nos jours à cette cérémonie. Rabb Papa du Talmud dit : « Si Voumen ne suce pas le sang, il expose l’enfant au danger de la mort, il faut donc le révoquer de ses fonctions » ; malgré cette autorité grave, la succion de la plaie avec la bouche a été supprimée, parce qu’elle exposait à la contagion des maladies vénériennes. Les Archives Israélites de 1842 à 1843 ont cité plusieurs faits de transmission de la syphilis soit du mohel à l’enfant, soit de ce dernier au premier (1).
Termes assignés par les anciens à la naissance des enfants. — Aulu-Gelle, grand ramasseur de sornettes, nous a laissé les renseignements suivants, au 10e chapitre de son livre III :
« Des médecins et des philosophes illustres, s’occupant de l’époque de la naissance des enfants, ont recherché combien de temps l’homme reste dans le sein maternel. Voici l’opinion la plus accréditée et la plus vraisemblable; la femme qui a reçu le principe fécondant met au monde son fruit, rarement dans le septième mois, jamais dans le huitième, très souvent dans le neuvième, assez souvent dans le
(1) Les Maliométans adoptèrent la circoncision bien qu’il n’en fut pas question dans le Ivoran, et encore aujourd’hui elle est obligatoire chez les Arabes à cinq ans, chez les Kabyles de six à huit ans, chez les Turcs de huit à dix ans.
La plupart des tribus Africaines ont la même coutume. En Abyssinie, la circoncision des deux sexes a lieu dans la première semaine qui suit la naissance et elle est pratiquée par des femmes. Au Rio-Nunez, l'opération n’est faite qu’à l’âge de vingt-cinq ans. Un nègre de l’endroit aurait dit au docteur Corre qu’elle avait pour but d'épaissir la peau du gland, de la rendre moins sensible et, par suite, de prolonger la copulation, à la grande satisfaction de l’un et l’autre sexe ; nous sommes loin de l’explication de ceux qui voient dans cette opération un accord entre les préceptes religieux et l’hygiène.
La circoncision dans le pays des Assyrs, sur la côte occidentale de l’Arabie, est fort distincte de celle des autres pays mahométans. « On l’appelle Salkh, dit le Dr Pasqua^ elle consiste à écorcher la peau depuis l’ombilic jusqu’à la partie moyenne des cuisses, en dgpouillant complètement les parties sexuelles. Cette opération cruelle, souvent mortelle, est pratiquée assez habilement du reste par des gens qui en font métier, le jour des fiançailles du jeune homme en présence de sa fiancée, de leurs parents et de leurs amis. »
Aux îles Marquises, d'après le Dr Clavel, les jeunes garçons ne sont guère opérés avant l’âge de dix ans ; on se contente d’une incision dorsale du prépuce faite avec un couteau bien tranchant. Autrefois, on se servait d’une dent de requin ou d’un éclat de bambou. Cette opération n’a aucun caractère religieux ; c’est une mesure exclusivement hygiénique. 11 est aussi honteux pour un Marquisien d’avoir repoussé cette mutilation que de ne pas être tatoué ; les femmes non seulement lui refuseraient leurs faveurs, mais l’accableraient des épithètes les plus méprisantes.
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dixième ; la fin du dixième mois (1) est le terme le plus reculé jusqu’auquel la gestation puisse se prolonger. C’est ce que dit un de nos anciens poètes comiques, Plaute, dons sa comédie intitulée la Cassette : « La femme avec laquelle il avait eu commerce mit au monde une fille à la fin du dixième mois (2). »
« Ménandre, plus ancien encore, et très versé dans toutes les connaissances humaines, émet la même opinion dans le vers suivant de • la comédie de Plocium :
La femme accouche au bout de dix mois.
« Notre Cécilius, dans une comédie qui porte le même titre et qui roule sur le même sujet que celle de Ménandre, à laquelle il a fait de nombreux emprunts, met au nombre des mois où la femme peut accoucher le huitième, ce que Ménandre n’avait point dit. Voici le passage de Cécilius : « Une femme peut-elle accoucher au dixième mois? — Sans doute, aussi bien qu’au neuvième, au septième et au huitième. »
« L’autorité de M. Varron nous donne lieu de croire que Cécilius n’a pas avancé cela au hasard, et que ce n’est pas sans réflexion qu’il n’a pas partagé le sentiment de Ménandre et de plusieurs autres écrivains. En effet, dans le quatorzième livre de son traité sur les Choses divines , Varron nous apprend que quelquefois des femmes ont accouché dans le huitième mois. Dans ce même livre, il ajoute que l’accouchement peut quelquefois n’avoir lieu qu’au onzième. Au reste, et il nous en prévient, ces deux assertions appartiennent à Aristote. Un passage du traité d’Hippocrate sur les Aliments nous explique pourquoi les avis sont partagés au sujet de la possibilité des accouchements du huitième mois; le voici : « Les enfants naissent et ne naissent pas au huitième mois ». Cet aphorisme, obscur par trop de concision, et qui semble renfermer une contradiction, est développé, en ces termes, par le médecin Sabinus, lumineux commentateur d’Hippocrate : « Les
(1) Le calendrier romain fut fort incertain jusqu’à Jules César. Il serait bien possible qu’il fût ici question du mois lunaire en usage chez les Grecs,
(2) Aulu-Gelle eut pu citer un autre passage de Plaute, dans Trucul. :
Mater ancïllas jubct,
Quoniam jam deeimus mensis adventat prope,
La mère donne des ordres aux servantes Parce que le dixième mois approche.
Virgile a dit aussi, dans les Bucoliques, IV :
Matri longa dccem tulerunt fastidia menses.
Dix mois ont donné à sa mère de longs ennuis.
enfants qui naissent par avortement au huitième mois paraissent vivants ; mais ils ne le sont pas réellement puisqu’ils meurent un instant après : c’est une apparence de vie; ce n’est pas la force, la puissance de la vie ». Les premiers Romains, suivant Varron, ne regardaient pas comme possibles ces accouchements au huitième mois; ils pensaient que le neuvième et le dixième étaient des époques fixées par la nature, et qu’en dehors de ces deux termes, l’accouchement ne pouvait être naturel.
«... A ces renseignements sur la durée de la gestation, puisés dans différents ouvrages, je joindrai le récit d’un fait arrivé à Rome. Une dame de mœurs pures et honnêtes, dont on ne pouvait contester la vertu, accoucha dans le onzième mois qui suivit la mort de son mari. L’époque de son accouchement fit généralement croire qu’elle avait eu un commerce illicite depuis la mort de son mari, et on l’accusa, en vertu de la loi des décemvirs qui détermine que l’enfantement ne peut dépasser le dixième mois. Mais le divin Adrien, ayant à juger de l’affaire, décida que la femme pouvait accoucher au onzième mois. Dans ce décret, Adrien motive son jugement sur l’opinion des médecins et des philosophes anciens.
« Tout dernièrement dans la satire de M. Varron, qui a pour titre le Testament , j’ai lu ce passage : « Si un ou plusieurs enfants m’arrivent au dixième mois, et s’ils sont aussi stupides que des ânes, je les déshérite; s’il m’en vient un dans le onzième mois, quoi qu’en dise Aristote, je ferai autant de cas d’Accius que de TiLus ». Varron, pour faire comprendre sa pensée, cite ce vieux proverbe que l’on employait ordinairement pour dire qu'il n’y avait aucune différence entre deux choses : « Il en est d’Accius comme de Titus. » Il peut faire entendre qu’il réserve le même sort aux enfants qui naissent au dixième et à ceux qui viennent au onzième mois.
« Si la femme ne peut porter son fruit jusqu’au onzième mois, il est difficile de comprendre pourquoi, dans Homère, Neptunedit à une jeune fille qu’il vient de séduire : « Jeune fille, réjouis-toi de t’être unie à moi; l’année, en achevant sa révolution, te verra mettre au jour deux illustres rejetons : car les caresses des immortels sont toujours suivies de la fécondité. » Je montrai ces vers à plusieurs grammairiens : les uns soutinrent qu’au temps d’Homère, comme dans le siècle de Romulus, l’année n’était pas de douze mois, mais seulement de dix; les autres pensaient qu’il convenait à la majesté du dieu que l’enfant dont il était le père grandît plus longtemps dans le sein de sa mère; d’autres me firent des réponses plus frivoles encore.
« Hippocrate, dans le livre précédemment cité, après avoir déter-
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miné le nombre des jours nécessaires à la formation du fœtus, et fixé le temps de l’accouchement au dixième ou au onzième mois, sans affirmer cependant que cette époque ne puisse varier, et ne soit retardée ou avancée, termine en disant : « L’accouchement a lieu plus tôt ou plus tard : cet instant peut varier; mais quand nous disons plus tard, nous disons trop; quand nous disons plus tôt, nous disons trop encore. » Le sens de ces derniers mots est que, lorsque l’accouchement a lieu plus tôt, il n’est pas avancé de beaucoup, et que, lorsqu’il est retardé, ce retard est bien court. Je me rappelle qu’à Rome, dans une affaire très importante, on examina avec le plus grand soin la question de savoir si un enfant de huit mois, né vivant, et venant à mourir quelques instants après sa naissance, pouvait donner au père le droit des trois enfants (1). Il y eut un long débat : quelques-uns pensaient que, la délivrance à huit mois n’étant pas un terme, il y avait avortement. Mais, puisque j’ai fait connaître l’opinion d’Homère sur l’accouchement au douzième mois, et tout ce que
(1) Le jus trium liberorum, capital en droit romain, était de provenance grecque ; à Sparte, les femmes qui avaient trois enfants étaient exemptes de certaines charges, comme de loger les gens de guerre, ce qui résulte d’un passage d’Elien (Hist. I, VI). En passant chez les Romains, ce fut au père que ce droit des trois enfants fut acquis ; ceux-là seuls qui en jouissaient pouvaient prétendre aux charges de préteur, questeur, et autres magistratures. D’un autre côté, ceux qui n’avaient pas d’enfants ne pouvaient être institués héritiers ; c’est ce qu’il faut savoir pour comprendre ce passage de Juvénal :
J am pater es : dedimus quod famœ opponere qiossis :
Jura parent is liabes : propter me scriberis liœres.
Legatum omne capis, nec non et dulcc caducum.
Commoda prœterea jungentur multa cadueis.
Si numerum, si treis implevero.
Te voilà père : nous te donnons de quoi faire face à la calomnie ;
Tu as les droits de père, grâce à moi tu peux hériter,
Tu reçois tout le legs, même ce sur quoi tu ne pouvais compter Et à cela se joindront bien d'autres avantages,
Si je parviens au chiffre trois. (Sat. IX).
Mais comme il est des accommodements même avec la loi, l’empereur pouvait accorder le jus trium liberorum au citoyen marié qui n’avait pas d’enfants. Martial le demande à Domitien :
Quod fortuna xctat fieri, pcvmitte jieri,
Natorum genitor dicar ut esse trium.
Ce que la fortune me refuse, accorde-le moi,
Que je passe pour être le père de trois enfants ;
Ailleurs il dit encore :
Prœmia laudato tribùit mihi Cœsar uterque,
Nat o manque dédit jura paterna trium.
L’un et l’autre César m’ont accordé ce que je demandais,
Ils m’ont donné les droits d’un père de trois enfants.
j’ai pu recueillir sur la délivrance au onzième mois, je ne dois pas passer sous silence ce que j’ai lu dans le septième livre de 1 Histoire naturelle de Pline l’Ancien. Comme la chose pourrait paraître peu vraisemblable, je cite les paroles mêmes de l’auteur : « Massirius rapporte que le préteur L. Papirius, devant lequel un plaideur réclamait une succession, comme second héritier, l’adjugea, à son préjudice, à un enfant que la mère déclarait avoir mis au monde au bout de treize mois; que le magistrat motiva son jugement sur ce qu’il ne croyait pas qu'il y eut véritablement d’époque fixe pour les accouchements ».
Censorin, au septième chapitre du Jour natal, complète Aulu-Gelle, sans qu’il fasse faire d’ailleurs un pas à la question :
« Il me reste à parler du temps auquel le fruit de la conception est mûr pour la naissance, et je dois traiter ce sujet avec d’autant plus de soin, qu’il sera nécessaire d’aborder quelques questions d’astrologie, de musique et d’arithmétique.
« Et d’abord, combien de mois, après la conception, l’enfantement a-t-il ordinairement lieu? C’est ce que les anciens ont souvent discuté, sans tomber d’accord. Ilippon de Métapont pensait que l’enfant peut naître du septième mois au dixième; le fruit, disait-il, étant déjà mûr dans le septième mois, et le nombre septénaire ayant une grande influence en toute chose. Nous sommes, en effet, formés au bout de sept mois ; et après sept autres, nous commençons à nous tenir droits. C’est aussi à sept mois que les dents commençent à nous venir; ces mêmes dents tombent à partir de sept ans, et la quatorzième année nous fait entrer dans l’âge de puberté. Or, cette maturité qui commence après le septième mois se continue jusqu’au dixième, parce que c’est une loi générale qu’aux sept mois ou aux sept années nécessaires pour la formation, il faut ajouter trois autres mois ou années pour le développement. C’est ainsi que les dents, qui poussent à l’enfant dans le septième mois, ne se montrent tout à fait que dans le dixième; que les premières tombent à sept ans, et les dernières à dix ; c’est encore ainsi que l’âge de puberté commence à quatorze ans pour quelques-uns, mais est arrivé pour tous à dix-sept ans.
« Celte opinion a, sur un certain point, des adversaires, et, sur un autre, des partisans. Que la femme puisse accoucher au bout de sept mois, c’est un fait reconnu par la plupart des auteurs, comme Théano disciple de Pythagore, Aristote, le péripatéticien, Dioclès, Evénor, Straton, Empédocle, Epigène et beaucoup d’autres encore, dont l’unanimité n’effraie point Euthyphron de Cnide, qui le nie
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intrépidement (1). Il a contre lui, à son tour, presque tous les philosophes qui, à l’exemple d’Epicharme, nient que la naissance ait lieu le huitième mois.
« Toutefois, Dioclès de Caryste et Aristote de Stagireont pensé le contraire. Quant à l'enfantement dans le neuvième mois et dans le dixième, la possibilité en a été reconnue et par la plupart des Chaldéens et par Aristote, que j’ai déjà nommé. D’un autre côté, Epigène de Byzance ne la nie point pour le neuvième mois, ni Hippocrate de Cos pour le dixième. Mais le onzième mois, admis par Aristote seul, est rejeté par tous les autres ».
Quelques autres fantaisies pseudo-scientifiques. —
Dans un chapitre précédent, ce même Censorin, le docteur Venette de l’antiquité, nous entretient encore de certaines rêveries philosophico-médicales :
« Empédocle, suivi en cela par Aristote, pensait que le coeur se développe avant tout le reste (2), parce qu’il est la principale source de la vie de l’homme; c’est, suivant Hippon, la tête, laquelle est le siège de l’àme ; selon Démocrite, le ventre en même temps que la tête, parties qui renferment le plus de vide; d’après Anaxagore, le cerveau, d’où émanent tous les sens. Diogène, d’Apollonie, croyait que de la liqueur séminale se forme d’abord la chair, puis de la chair les os, les nerfs et les autres parties du corps. De leur côté, les stoïciens ont prétendu que tout l’enfant prend sa forme à la fois, de même qu’il naît et qu’il grandit tout entier. Il en est qui donnent ce pouvoir à la nature elle-même, comme Aristote et Epicure ; d’autres l’attribuent à la vertu d’un esprit qui accompagne la semence ; ce sont presque tous les stoïciens; d’autres encore prétendent, d’après le système d’Anaxagore, qu’il y a dans la semence une chaleur éthérée qui agencé les membres. Quelle que soit, au reste, la loi qui règle la formation de l’enfant, la façon dont il se nourrit dans le sein de la mère a donné naissance a deux opinions. Anaxagore, en effet, et beaucoup d’autres, ont pensé qu’il prend sa nourriture par le cordon ombilical ; Diogène et Hippon soutiennent, au contraire, qu’il y a dans l’utérus une proéminence que l’enfant saisit avec la bouche, et où il puise sa nour-
(1) Censorin eut pu citer Homère qui, le premier, mentionne la naissance et la viabilité d’Eurysthée à sept mois.
(2) L’embryologie donne, en effet, raison à Aristote : le cœur se forme de très bonne heure ; quelques heures après l’apparition de la ligne primitive, on distingue déjà ses mouvements rythmiques qui l’ont fait appeler punctum saliens, point qui bat.
riture, comme après sa naissance, il la tire du sein de sa mère.
« Quant à la cause qui fait naître les garçons ou les filles, c’est un point sur lequel ces philosophes ne s’accordent pas davantage. En effet, Alcméon dit que l’enfant a le sexe de celui de ses parents qui a fourni le plus de semence ; Hippon affirme que de la semence la plus déliée naissent les filles, et de la plus épaisse les garçons; suivant Démocrite, l’enfant hérite du sexe de celui de ses parents dont la semence a occupé, la première, le siège de la génération ; Parménide suppose, au contraire, que dans l’union des sexes il y a lutte entre l’homme et la femme, et que celui des deux à qui reste la victoire donne son sexe à l’enfant. Anaxagore et Empédocle pensent tous deux que la semence épanchée du testicule droit engendre les garçons et celle de gauche les filles.
« Au reste, si ces deux philosophes s’accordent sur ce pojnt, ils diffèrent sur la question de la ressemblance des enfants. Voici, à cet égard, le système imaginé et soutenu par Empédocle ; s’il y a eu dans la semence du père et de la mère le même degré de chaleur, il naît un garçon, qui ressemble au père ; si le même degré de froid, une fille, qui ressemble à la mère. Que si la semence du père est chaude, et froide celle de la mère, il naîtra un garçon, dont les traits seront ceux de la mère ; mais si la semence de la mère est chaude, et froide celle du père, il naîtra une fille, qui aura delà ressemblance avec le père. Pour Anaxagore, il pensait que les enfants ressemblaient à celui des deux qui a fourni le plus de semence. L’opinion de Parménide est que quand la semence vient du testicule droit, c’est au père que ressemble l’enfant, quand, du testicule gauche, c’est à la mère.
« -Il reste à parler des jumeaux, dont la naissance, d’ailleurs assez rare, est attribuée par Hippon au partage de la semence, laquelle, suivant lui, se distribue sur deux points, quand il y en a trop pour un seul enfant. Empédocle paraît avoir été aussi de ce sentiment, mais il n’a pas exposé les causes de ce partage de la semence; il se borne à dire que si cette liqueur, en occupant deux points de l'utérus, les trouve également chauds, il ’naît deux garçons; si également froids, deux filles ; si l’un est plus chaud, l’autre plus froid, des jumeaux de différent sexe. »
Aulu-Gelle, au livre X, nous rapporte l’opinion d’Aristote sur le nombre d’enfants qui peuvent naître d’une seule couche : « Le philosophe Aristote rapporte qu’en Egypte, une femme mit au monde cinq enfants d’une seule couche ; il ajoute que c’est la limite de la fécondité humaine ; que jamais un grand nombre d’enfants ne sont nés en même temps, et même que ce nombre était fort rare. Sous le règne
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d’Auguste, d’après les historiens de cette époque, une servante de cet empereur mit au monde cinq enfants, dans la campagne de Laurente ; même ils ne vécurent que très peu de temps ; la mère ellemême mourut très peu après ses couches. Auguste lui fît élever, sur la voie de Laurente, un tombeau, sur lequel on grava le fait que nous venons de rapporter ».
Le plus savant des Romains, Yarron, avait une opinion singulière sur la position des enfants dans le sein de leur mère. Ce sont encore les Nuits Attiques qui nous l’ont conservée : « Les enfants, au rapport de Yarron, sont, dans le sein de la mère, la tête en bas, les pieds en haut, non comme des hommes, mais comme des arbres; car, selon lui, les rameaux sont les pieds et les jambes de l’arbre, tandis que la souche en est la tête.
« Quand il arrive, dit-il, contre l’ordre de la nature, que les enfants ont les pieds en bas, les bras s’ouvrent et les retiennent dans le sein de la mère ; l’accouchement est alors très laborieux. »
La délivrance chez les anciens. — Plusieurs auteurs assurent qu’à Athènes, la section du cordon ne se faisait que trois ou quatre jours après la naissance, et ils citent, à l’appui de leur opinion, un proverbe grec qui rappellerait cette coutume et s’appliquait aux jeunes gens peu expérimentés ; on leur disait : « On ne vous a pas encore coupé le nombril ». Nous ne partageons pas cet avis et nous pensons que ce dicton n’a pas d’autre signification que celle accordée de nos jours à cette ironie : « En vous pressant le nez, il en sortirait encore du lait ». D’ailleurs, Hippocrate ne parle pas de cette section tardive du cordon ; il conseille seulement de ne pas la faire avant que l’enfant ait donné signe de vie : « Vous ne devez pas couper le cordon », écrit-il, « que l’enfant n’ait uriné, éternué ou pleuré ». Aristote dit qu’avant de lier le cordon, la sage-femme pressait sur lui dans toute sa longueur, pensant faire refluer vers le corps de l’enfant tout le sang contenu dans cet organe ; elle espérait ainsi rendre l’enfant plus vigoureux. Nous avons déjà signalé cette pratique.
Pour faciliter la sortie du délivre, Hippocrate conseillait de donner à la femme un sternutatoire. Il recommande un autre procédé assez curieux : « On placera l’enfant sur de la laine récemment cardée, bien molette, gonflée, qui cède mollement à la pression. Ou bien, l’on aura deux outres, liées ensemble, pleines d’eau : on mettra de la laine par desssus, et l’enfant sur la laine (fig. 339). On percera ensuite chacune de ces outres, pour en laisser couler l’eau peu à peu : à mesure qu’elle se videront, elles s’affaisseront, et l’enfant, en des-
Cendant, pourra, avec le cordon, entraîner l’arrière-faix... ou encore on emploierait l’effet de la gravité, pour attirer l’arrière-faix au dehors, en attachant au cordon des poids proportionnés ». Ce qui revient à dire qu’il faut exercer des tractions lentes mais continues; « tendre et attendre », suivant la formule du professeur Pajot.
Fig. 339. — Délivrance, d’après Hippocrate.
Coutumes grecques à la naissance. — Quelques auteurs disent qu’aussitôt après l’accouchement, la femme devait prendre un bain ; ils s’appuient sur ce passage de l’ Advienne, de Térence, imitée d’une comédie de Ménandre :
Nunc primum fac ista ut lavet ; post deinde
Quodjussi ei dari bibere, et quantum imperavi,
Date.
D’abord fais-lui prendre un bain, puis
Ce que j’ai prescrit de lui donner à boire, tout ce que j’ai prescrit, Donnez-le lui.
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Mais le mot latin, lavet , indique bien plutôt une simple lotion, comme de nos jours.
Dès que l’enfant était venu au monde, on le plongeait dans l’eau, opération que représente la naissance d’Achille (fig. 340). A Sparte, c’était dans l’eau glacée, ou bien on le lavait avec du vin, pour le rendre plus vigoureux. Il était ensuite placé sur un bouclier à côté d’une lance, et la mère disait : « Ou ceci ou sur cela ; » c’est-à-dire : « sois victorieux avec la lance ou reviens mort sur le bouclier. »
Après le premier bain, on emmaillotait l’enfant dans les langes (c^àpyava), habitude que méprisait d’ailleurs la rigidité Spartiate. En Thessalie, d’après Soranus d’Ephèse, on couchait l’enfant sur une
Fig. 340. — Naissance d’Achille.
planche percée d’un trou au milieu et recouverte d’un coussin rempli de foin ; sur les côtés de cette planche étaient percées des ouvertures pour passer les bandelettes qui fixaient le nouveau-né dans ses langes.
« Le cinquième ou le sixième jour, le nouveau-né recevait la consécration dans une cérémonie où la nourrice, le tenant dans ses bras, faisait en courant le tour du foyer allumé ; c’est pourquoi ce jour s’appelait 8po[Atd[x®iov %ap et la cérémonie agaiSpo'^.a. Un festin réunissait alors tous les membres de la famille dans la maison paternelle, dont la porte était ornée d’une couronne d’oliviers pour annoncer la naissance d’un fils, et d’une touffe de laine pour indiquer celle d’une fille. Cette fête était suivie le dixième jour, d’une autre cérémonie (oc/.atri) où l’on donnait un nom au nouveau-né ; le père reconnaissait en même temps l’enfant comme issu de son union légitime. Le nom, sur lequel les parents tombaient presque toujours d’accord, était généralement celui du grand-père ou de la grand’mère ; quelquefois on l’empruntait à une divinité ou à ses attributs et l’enfant était alors par-
ticulièrement recommandé à leur protection. Immédiatement après l’attribution du nom, on faisait un sacrifice à Iléra-Ililhyia, déesse de la naissance ; puis on donnait un repas auquel prenaient part les parents et amis de la maison qui apportaient à l’enfant des jouets de métal et d’argile et des vases peints à la mère.
« Le berceau antique était une espèce de simple van (Mxvov) ; il y en a un spécimen en relief sur une terre cuite du British Muséum (Qg. 341) où l’on voit le petit Bacchus, porté par un Satyre, jouant avec un thyrse, et par une Bacchante, brandissant une torche. Il y avait encore un autre genre de berceau en osier en forme de soulier ; il avait l’avantage de pouvoir être transporté par ses anses et suspendu par
des cordes en guise de balançoire ; une peinture sur vase représente, dans un de ces berceaux, Hermès enfant, reconnaissable à son pélasos. Des berceaux, analogues à ceux usités de notre temps, n’apparaissent qu’à une époque ultérieure. Les anciens avaient déjà l’habitude d’endormir les enfants en leur chantant des chansons spéciales ((fouxaL^orta •/.ata (Bauy.aXrjaetç) et en les berçant dans leur couchette.
« Quant à la manière d’élever les petits enfants, déjà au temps d’Homère, on confiait généralement aux nourrices (tAOt]) les soins maternels ; cette coutume serépandit plus tard dans tous les états ioniens ; les Athéniens riches remettaient leur progéniture à des nourrices lacédémoniennes (1), plus robustes que toutes les autres. L’enfant, une
(1) A Lacédémone, les lois de Lycurgue obligeaient les mères de nourrir leurs en-
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lois sevré, on remplaçait la nourrice par une garde (?) xpood?) qui nourrissait l’enfant avec des substances moitié liquides, moitié solides, et
lui prodiguait, de concert avec la mère, tous les soins nécessaires à
fants et leur défendaient d'avoir recours à des nourrices. Cinq siècles plus tard, nous retrouvons à Athènes la même rigueur. Ainsi Démosthène raconte que, de son temps, une Athénienne fut accusée d’avoir allaité l’enfant d’une autre femme et qu’elle ne put échapper à la punition de ce délit, qu’en faisant connaître quel profond degré de misère l’avait forcée de le commettre.
sa personne » (1). Dans les familles riches, la nourrice restait auprès de la personne qu’elle avait élevée et devenait sa confidente, comme on le voit dans les anciennes tragédies.
De nombreuses inscriptions funéraires prouvent que la nourrice faisait en quelque sorte partie de la famille, dont elle partageait souvent le tombeau. Ainsi en Troade, on a découvert un bas-relief funèbre (fig. 342) où sont figurées la mère et la nourrice de deux petits enfants ; cette dernière, en raison de son infériorité sociale, est représentée avec une taille plus petite. Cependant, si l’on en croit le proverbe "£p«t tiiSai (vous allaitez aussi mal que les nourrices), ces mercenaires n’étaient pas à l’abri du reproche et ne méritaient pas toutes l’honneur de l’épitaphe.
Censorin, dans son traité du Jour natal , nous apprend que les femmes ne paraissaient pas en public avant le quarantième jour de leur délivrance. « En effet », dit-il, « durant cet espace de temps, la plupart des femmes souffrent encore de leur grossesse et sont sujettes à des pertes de sang ; durant ce temps-là aussi, les nouveau-nés sont languissants ; aucun sourire, aucun jour sans danger; c’est pourquoi ce jour est ordinairement un jour de fête que l’on appelle xscsapaxtmo'v (quarantième).
L’avortement en Grèce. — Dans les sociétés grecques, l’avortement n’entraînait aucune pénalité. Nous trouvons bien à Athènes et à Thèbes le droit d’intenter un procès à quiconque aurait déterminé l’avortement au moyen d’une potion ; mais il est vraisemblable que l’accusation ne pouvait être portée devant les juges que si la drogue avait été donnée à la femme sans qu’elle y consentit. Comment expliquer autrement que la loi n’ait visé qu’un seul des procédés abortifs, et le moins sur ? Quant aux philosophes, ils étaient sans scrupule à ce sujet : ils conseillaient l’avortement, en certains cas, pour prévenir l’excès de population par exemple : « Si la mère, » dit Aristote dans sa Politique, « vient à concevoir au delà du nombre prescrit, elle sera tenue de se faire avorter ». Platon, dans le Théététe, reconnaît expressément aux sages-femmes le droit de faciliter l’avortement « quand la mère est décidée à le faire». Seulement l’opération doit être pratiquée avant que le fœtus ait le sentiment de la vie : « ce qui, dans ce cas, est d’accord avec la sainteté des lois , ne l’est plus lorsque le fœtus est animé » (2).
(1) Guhl et W. Koner. La Vie antique , traduction Trawinski et Riémann.
[2) Aristote. Politique.
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naissance du premier
Sur la question de l’avortement, les médecins étaient très philosophes. Hippocrate lui-même semble, dans la pratique, avoir fort mal observé une des prescriptions de son fameux serment professionnel (1). Un passage du livre IV de la Génération en fait foi ; il est vrai que le fœtus, si fœtus il y avait, était loin d’être animé. Une baladine avait entendu dire que quand une femme conçoit, la semence ne sort pas, mais reste à l’intérieur ; le fait lui arriva et le bruit de l’accident parvint aux oreilles d’Hippocrate : «Ainsi informé, » ajoute tranquillement le père de la médecine, « je lui ordonnai de sauter, de manière que les talons touchassent les fesses ; elle avait déjà sauté sept fois, lorsque la semence (2) tomba à terre en faisant du bruit ».
Ce procédé, bien aléatoire d’ailleurs, n’était guère pratique que pour une acrobate; ily en avait d’autres. Olympias de Thèbes, d’après Pline, conseillait la mauve avec de la graisse d’oie; on a préconisé aussi les purgatifs, les pessaires, etc. Aspasie de Millet et Cléopâtre ont donné de nombreuses formules d’abortifs.
Coutumes romaines. — Le danois Th. Bartholin, anatomiste et érudit, a publié, sous le titre De puerperio veterum , un opuscule, à propos d’un beau bas-relief en marbre reproduit par Montfaucon, dans son Antiquité expliquée (fig. 343). Bartholin abonde en détails précieux et nous lui ferons plus d’un emprunt. Un mot d’abord sur ce bas-relief.
Il représente, d’un côté, le mariage et, sur le devant, la naissance du premier enfant. Sur la face consacrée au mariage est figurée la Juno Pronuba , la Junon des noces , entre les deux fiancés se donnant la main ; sur l’autre face, qui nous intéresse plus spécialement, la
(1) « Je ne remettrai à aucun un pessaire abortif. »
(2) Le père de la médecine nous semble coupable plutôt d’intention que de fait, car il est fort probable que cette semence n’était autre qu'un mélange de liqueur spermatique et de mucus utérin et non un germe embryonnaire, qui n’avait pas eu le temps de se former. D’ailleurs son moyen ne pouvait pas être d’une grande efficacité, si l’on en juge par les femmes enceintes qui tombent du haut de plusieurs étages sans avorter. Voici un exemple curieux, rapporté par Brillaud-Laujardière et Tardieu, qui prouve encore la force de résistance que certaines femmes offrent aux causes d’avortement : « En 1854, devant la cour d’assises de la Loire-Inférieure, se déroulaient les tristes expédients employés par un paysan, qui avait séduit sa servante et qui voulait la faire avorter. Cet homme, monté sur un vigoureux cheval sur lequel il prenait sa domestique, partait au galop à travers les champs et lançait à terre cette malheureuse au plus fort de sa course. Ce barbare moyen, auquel il eut recours à deux reprises, n'ayant p as produit d’effet, il imagina de lui appliquer sur l’abdomen des pains bouillants sortant du four. Cette seconde tentative fut aussi infructueuse que la première, et la pauvre fille, ainsi martyrisée, accoucha cependant à terme d’un enfant vivant et bien constitué ».
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jeune mère, assise dans un fauteuil, regarde le nouveau-né, tandis que la sage-femme le pose dans un bassin ou dans un berceau ; une aide, la nourrice peut-être, déploie une pièce de lin destinée à essuyer ou à envelopper l’enfant. Deux autres femmes se tiennent auprès d’une colonne qui supporte un globe ; sur ce globe, l’une d’elles, avec un style, marque le jour et l’heure de la naissance : observation que les Romains avaient soin de faire avec la dernière exactitude. En effet, dans nombre d’inscriptions sépulcrales, nous trouvons mentionnés les années, les mois, les jours de la vie et jusqu’aux heures, quelquefois même jusqu’aux minutes. Ainsi voici une épitaphe d’enfant, rapportée par Fabretti dans ses inscriptions : « Benemerenti in pace Silvania quœ hic dormit , vixit ann. XXI, mens. III, hor. IV, scrupulos VI ; « Silvania qui dort ici en paix, a vécu vingt et un ans, trois mois, quatre heures
Fig. 344. — Ex-voto trouvé à Pompéi.
Fig. 343. — Le vœu de la mère.
et six minutes ». L’indication exacte du moment de la naissance servant aussi à tirer l’horosoope de l’enfant.
Les femmes romaines, durant lit grossesse, adressaient des vœux aux divinités protectrices de leur sexe, à Vénus Génitrix et à Juno
Fie. 340. — Fascia mamillaris, d'après une slatuo antique.
Lucina surtout. Nous possédons encore des inscriptions commémoratives qui témoignent de cette coutume et certains ex-voto destinés à être suspendus dans les temples. Ainsi, à Pompéi, on a trouvé un ex-voto (fig. 344) représentant une matrice, dont les dimensions font
penser qu’elle était à l’état gravide, et a pu" être offerte par une femme en couches; Bartholin a reproduit un autre ex-voto (fig. 345), le vœù de la mère, qui représente la sage-femme portant le nouveau-né et soutenant la mère de la main droite.
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Dans l'Obstétrique mythologique, nous avons parlé des innombrables divinités qui présidaient à la conception, à la naissance et à la première éducation de l’enfant. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, nous contentant de rappeler certaines coutumes établies à Rome.
Comme à Athènes, les femmes enceintes devaient porter un genre de vêtements qui ne pouvait nuire au développement de leur fruit ; nous savons déjà qu’au début de leur grossesse, les romaines avaient l’habitude de déposer leur ceinture dans le temple de Juno Solvi-
Fic. 348. — Scène de tragédie où figure un enfant au maillot, d’après une peinture de Pompéi.
zona. Cette ceinturé était vraisemblablement la fascia mamillaris (fig. 346, 347), sorte de bandelette qui serrait la taille au-dessous des seins, en guise de corset. Du temps d’Aristote, cette bandelette était appelée apodesme ; depuis, on la nomma stethodesme, lien du sein; quand elle était placée par dessus la tunique, elle constituait le strophion.
Pendant leur grossesse, les femmes, nous l’avons vu, faisaient un usage fréquent de dictame, de choux et de limaçons ; elles s’abstenaient de sel et d'eau froide. Pour leurs promenades, elles préféraient être conduites par des juments pleines. Sue croit voir dans certains
passages de Catulle et de Pline qu’elles étaient obligées de garder le lit; Pline dit, en effet, qu’elles célébraient au lit les fêtes de Palès: ipsœ inlecto cubantes célébrant Palilia ; cela prouve seulement qu’on voulait leur éviter les fatigues de certaines fêtes, et sans doute aussi les accidents qui pouvaient survenir au milieu de la foule; il n’y a là rien d’inconciliable avec les textes, où il est dit que, pour se promener, elles préféraient être traînées par des cavales pleines.
L’enfant venu au monde, un acte solennel était nécessaire pour
Fig. 349. — Sépulture d’un enfant qui no Fig. 350. — Statue de femme étrusque tenant vécut que quatre heures, un enfant nouveau-né.
qu’il fût reconnu légitime; la sage-femme prenant le nouveau-né, adhuc a moire rubentem , encore rouge du sang de sa mère, écrit Ovide, elle le déposait à terre. « Par là », dit Dujardin, « on se proposait trois choses : 1° d’exciter les cris de l’enfant par le contact de la terre et à ce premier cri on invoquait le dieu Vagitanus ; 2° de voir s’il était droit et par suite agréable aux dieux conjugaux ; 3° de lui faire saluer Opsou la Terre, notre mère commune ». En outre, il fallait que, sous les auspices de la déesse Levana, le père ou une personne autorisée par lui, fût-ce la sage-femme, prît l’enfant et le levât. Jamais le père ne relevait une fille « dans la crainte de quelque mau-
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vais présage (1) ». Aussitôt après l’élévation, la sage-femme plongeait l’enfant dans un bassin plein d’eau et le nettoyait. Quand le père lavait lui-même son enfant, c’était le signe de la plus haute affection. La toilette du nouveau-né terminée, on l’enveloppait d’abord dans une toile de lin blanche « qui était pour les enfants », dit Bartholin,
Fig. 351. — Enfatit entouré de ses bandelettes, d'après une statue décorative d’Andrea de la Robia.
« comme un costume sacré, puisque les linges de lin appartenaient aux prêtres »; cette toile était supposée avoir la vertu de fortifier les chairs délicates de l’enfant (2). Ensuite, on l’emmaillotait de bandelettes ( fasciœ ) qui le serraient étroitement, comme le démontrent certaines peintures (fig. 348) et certaines médailles antiques. Les monuments funéraires (fig. 349) en offrent également des exemples. La médaille que nous avons déjà reproduite (fig. 101), nous enseigne, de plus, comment on portait les enfants dans un pli du manteau qui re-
(1) Ovide. Met., lib. IX.
(2) Il est possible que ce soit cette pièce d’étoffe que nous retrouvons dans le bas-relief reproduit plus haut, fig. 343.
couvrait la (.unique. Une statue mutilée, tirée de Y Antiquité expliquée de Montfaucon, nous montre une femme étrusque portant un enfant d’une façon analogue (fig.* 350).
On ne se contentait pas d’emmailloter l’enfant comme une momie; on l’immobilisait encore avec d'autres bandes qui entouraient le berceau. « Fasciis opua est , » dit Plaute, « pulvinis , cunis , incunabulis » ; il faut des langes, des coussins, un berceau, des bandelettes. Ces bandelettes étaient ordinairement en laine et de couleurs variées ; les riches préféraient la couleur blanche ou pourpre. Au bout de quelques mois, on déliait les bras, comme on le voit sur une des statues de la loge des Innocents, à Florence (fig. 351 , puis les jambes étaient libérées de leurs bandelettes.
Le berceau des Romains, comme celui des Grecs, avait la forme d’un van (fig. 352) ou encore d’une petite barque, d’un bouclier. Cette
Fig. 352. — Cerceau fail (l’un van d’après le bas-relief reproduit fig. 341.
forme facilitait aux nourrices et aux esclaves la tâche de bercer les enfants et de les balancer de tous côtés. Quelquefois les enfants étaient simplement bercés sur des supports mobiles (fig. 353), comme le représente une figure extraite d’un manuscrit de la Genèse et reproduite par Bartholin (1). Les berceaux des riches étaientornés de mosaïques, de peintures et garnis d’étoffes de pourpre et de fleurs ; on ajoutait au fond une peau, pour recueillir les excréments de l’enfant.
(1) Il ne faut tenir compte, dans cette gravure, que de la forme du berceau et non des personnages, dont le costume moyen âge est un de ces anachronismes si fréquents jadis.
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Nous avons déjà dit que le troisième jour, après la naissance de l’enfant, on suspendait à la porte de la maison de la nouvelle accouchée une couronne de laurier, de lierre, de persil ou d’herbes aromatiques; cette couronne rappelait celle que portait la femme au jour de ses noces . Elle rendait inviolable l’asile de l’accouchée. L’entrée de sa maison était interdite aux magistrats eux-mêmes, et, comme à Athènes, on épargnait le meurtrier qui s’y était réfugié (1) ; en agissant ainsi, on
Fig. 353. — Nourrice amusant un nouveau-né avec des jouets, d’après Bartholin.
voulait éloigner toute espèce de bruit de l’accouchée et lui éviter toute émotion préjudiciable à sa santé.
Avant le départ de la sage-femme, on pratiquait la cérémonie de Y ablution. .Toutes les- personnes, parents, amis ou serviteurs, qui avaient assisté à l’accouchement ou seulement qui avaient touché à la mère, se réunissaient le cinquième jour (2) et se lavaient solennellement les mains. Cette cérémonie se terminait par un grand festin et la distribution de présents à tous les invités ainsi qu’à l’accouchée et à son enfant, comme l’indique certain passage d’une lettre de Commode
(1) Dans la ville de Harlem, l’entrée d'une semblable demeure était défendue aux créanciers.
(2) Plaute, dans le Bourru , fait dire à Pkronésie : « Je veux offrir aujourd’hui un sacrifice pour l’enfant, comme cela ge fait le cinquième jour ».
à Albinus, publiée par Capilolinus : « Infantulo luo Pescennio Prineo munera cligna suo loco tuüque mittemus ; « Nous enverrons à ton'pelit enfant Pescennius Prineus des présents dignes de sa naissance et de la tienne » (1).
D’autres cérémonies avaient encore lieu dans les premiers jours de la naissance. Vers la fin de la première semaine, on consacrait des tablettes votives dans les temples, on plantait de jeunes pousses de chêne et de peuplier dont le sort présageait celui de l’enfant ; pendant la seconde semaine, on dressait un lit et on offrait un repas à Junon, puis on versait quelques pièces d’argent dans son trésor. Les enfants étaient purifiés d’eau lustrale ; celte cérémonie avait lieu pour les fdles le huitième jour, pour les garçons le neuvième. La plus âgée des parentes faisait, au nom de la famille, des vœux pour le nouveau-né. « C’est, » dit Perse, « quelque grand’mère, quelque tante maternelle, femme craignant les dieux, qui tire l’enfant de son berceau ; et, d’abord avec le doigt du milieu (2), elle frotte de salive le front, les lèvres humides du nouveau-né pour le purifier; puis, elle le frappe légèrement des deux mains et déjà, dans ses vœux suppliants, elle envoie ce débile objet de ses espérances en possession des riches domaines de Licinius » .
Le jour de la purification était celui où l’on donnait à l’enfant son nom ; on rasait les quelques cheveux du nouveau-né et l’on faisait un sacrifice suivi d’un grand festin. Quelquefois, on allumait des flambeaux de cire auxquels on suspendait des cartouches où étaient inscrits différents noms, et l’enfant prenait le nom correspondant au flambeau qui avait brûlé le plus longtemps. C’était un présage de longévité et.de bonheur.
Trois jours seulement après l’imposition du nom, le père allait déclarer la naissance de son enfant et livrait ses noms au prœfeclus œrarii qui l’inscrivait sur les registres des actes publics, conservés dans le temple de Saturne.
Si l’enfant était promptement purifié, il n’en était pas de même de la mère, pour qui cette cérémonie se faisait attendre beaucoup plus longtemps : ainsi que chez les Grecs, il était interdit à toute nouvelle accouchée de pénétrer dans un temple avant le quarantième jour; elle
(1) Ces largesses se renouvelaient assez souvent et les mamans n'hésitaient pas il recevoir les cadeaux même des esclaves ; au début du Phormion, l’esclave Davus plaint, en ces termes, son confrère Géta : « Puis une autre contribution viendra frapper Géta, lorsque la dame aura un enfant, puis encore une autre à chaque anniversaire de la naissance du marmot, il chacune de ses initiations, la mère enlèvera tout, et l’enfant sera le prétexte des cadeaux ».
(2) Voir les notes 3 et 4 de la page suivante.
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était jusque-là considérée comme impure, et toute personne qui lui rendait visite devait, en sortant, se purifier comme si elle avait touché un cadavre.
Pour préserver l’enfant des maléfices, des sortilèges et pour éloigner de lui les goules, les stryges, les vampires, tout ce monde fantastique inventé par la peur, on pendait au cou de l’enfant diverses amulettes, des gousses d’ail, de l’alysson (1), de l’orchis (2), un petit phallus en bois ou en métal (fig. 354, 355) ou bien on frottait de salive (3) le front et les lèvres de l’enfant avec le médius, digitus infamis (4) .
Plus tard, les amulettes grossières furent remplacées par des bulles en or chez les riches, en cuir chez les pauvres. La première (fig. 356) se composait, à ce que nous apprend Macrobe, de deux plaques d’or concaves, fixées ensemble par un lien élastique de la même matière et formant ainsi un globe complet qui renfermait une amulette. La bulle de cuir (fig. 357) était un ornement analogue ne différant guère du premier que par la matière ; le cordon était composé de lanières de cuir tressées. Les archéologues ont trouvé d’autres objets (fig. 358, 359, 360, 361) auxquels ils font jouer le même rôle qu’aux bulles d’or et de-cuir ; mais, dans l’hypothèse, l’audace des archéologues est sans bornes. Quoi qu’il en soit, c’était sur le front, et non sur la poitrine, qu’on mettait la bulle aux nouveau-nés, afin qu’elle ne fut pas souillée par les déjections; plus tard, on la leur pendait au cou.
(1) Plante de la famille des crucifères.
(2) Genre type de la famille des orchidées dont la forme rappelle celle des testicules.
(3) Perse, en parlant d’une grand’mère superstitieuse, dit :
Frontem atque uda labella Infami digito, et lustral tbus ante salivis Expiât.
Elle mouille le front et les lèvres de son petit-fils avec le médius trempé dans sa salive, pour le garantir des enchantements.
(4) Le signe des débauchés, signum infâme , pour représenter l’attribut de Priape, était l’érection du médius, les autres doigts restant fléchis ; de là le nom de « doigt infâme » donné au médius.
Fig. 354. — Amulette.
Fig. 355. — Autre amulette.
Les nourrices chez les Romains. — L’usage des nourrices s’introduisit de bonne heure chez les flomains. Les sévères matrones de la République semblent avoir mis leur gloire moins à allaiter leurs enfants qu’à veiller sur leur éducation. Il ne faudrait pas abuser d’un passage bien connu du Dialogue desoraleurs (1) : « Autrefois, chaque Romain gardait près de lui son fils qui, né d’une mère chaste, croissait, non pas dans le réduit d’une nourrice à gages, mais au giron et sur le sein de sa mère, non in cella emplœ nutricis, sed gremio ac sinu matris educabatur ». Or, que signifient gremio et sinu, opposés à cella emplœ nutricis ? Gremio : les enfants étaient assis sur le giron, sur les genoux de leur mère ; Sinu : leur tête reposait sur son sein. Ce
Fig, 356. — Bulla aurea , trouvée à Roma-Vecchia.
Fig. 357. — Bulla scortea , trouvée à Pérouse.
ne sont pas de telles expressions qu’un Latin eût employées pour rendre l’idée d’allaitement. Que dans certaines familles, comme celle du vieux Caton, la femme ait nourri elle-même ses enfants, c’est probable, mais cet exemple ne fut guère imité dans les classes élevées.
César reprochait aux dames de son temps les chiens et les singes qu’elles portaient sous le bras, tandis qu’elles laissaient leurs enfants aux nourrices. Cette classe de femmes est citée d’ailleurs dans des textes bien antérieurs. Plaute, dans le Truculentus, dit que la nourrice a toujours besoin d’avoir une forte cruche de vin vieux, pourboire la nuit et le jour :
(1) Attribué avec vraisemblance à Tacite.
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Opus nutrici autem, utrem habeat veteris vini largiter,
Ut dies noctes que potet...
Vin rouge ou vin blanc ? Le comique est muet sur cette grave question ; plus tard Apulée déclarera, en vertu de l’hygiène des signatures, qu’elles ne peuvent boire de vin rouge.
Fig. 358.
Comme les nourrices grecques, les nourrices romaines s’enveloppaient dans une sorte de manteau en laine qui leur permettait de pré-
Fic. 3G0.
Fig. 361.
server leur nourrisson des intempéries de l’air. Les gens riches, pour que le lait des nourrices ne s’échauffât pas, faisaient porter leurs enfants par des esclaves, bqjulalrices . Saint Jérôme, en énumérant
les qualités nécessaires à une nourrice qu’il veut prudente, non lascive ni babillarde, ajoute : « Elle doit avoir une porteuse modeste, un nourricier d’un âge mûr ; habitai modeslam gerulam , nutritium gravera ».
Les Romains, nous l’avons dit, ne croyaient pas au préjugé, si répandu de nos jours, que le mélange ou le changement de lait est nuisible à l’enfant ; d’après Aulu-Gelle, ils avaient plusieurs nourrices à la fois pour le même enfant et Platon voulait, dans sa République idéale, que les nourrices fussent en commun.
Pour éviter la substitution des enfants confiés aux nourrices, les Romains avaient l’habitude de mettre au cou des nouveau-nés, qu’ils confiaient aux mercenaires, un collier appelé crepundia.
A Rome, comme en Grèce, la nourrice restait attachée à la famille après le sevrage, et s’occupait de l’éducation de l’enfant quelle avait allaité. Varron écrit : Educit obstetrix, educal nutrix , « la sagefemme donne le jour et la nourrice l’éducation. » Aulu-Gelle dit qu’elles restaient jusqu’à la puberté de l’enfant, mais leur séjour pouvait se prolonger indéfiniment et elles devenaient, alors, un membre respecté de la famille. On raconte qu’un Gracchus, rentrant victorieux dans Rome, aperçut sur les remparts sa mère et sa nourrice: c’est dans les bras de cette dernière qu’il se jeta d’abord; il lui donna en présent un riche collier d’or, tandis qu’il n’offrit à sa mère qu’un simple anneau d’argent.
Les Romains connaissaient aussi l’usage des biberons et ils appelaient assœ nutrices , nourrices sèches, les femmes qui étaient chargées de ce soin.
Avortement, désaveu de paternité, exposition des enfants. — L’avortement était dans les mœurs romaines ; le théâtre de Plaute en parle déjà comme d’une chose commune : « Elle te cachait sa grossesse, » dit un personnage de Truculentus, « car elle craignait que tu la contraignisse à un avortement, à la mort de l’enfant qu’elle portait dans son sein ». Plus tard, sous l’empire, malgré les lois qui punissaient l’avortement de la rélégation, des mines et même du dernier supplice (1), le fléau prit des proportions inouïes. « Vous avez, » dit Tertullien, « des lois qui défendent de tuer les nouveau-nés, et il n’y a pas de loi qui soit plus souvent, plus impunément violée, que la loi contre l’infanticide ; tout le monde est complice de ce crime. » En effet, l’impératrice elle-même donnait l’exemple. Un passage d’Ovide semble cependant prouver que l’opinion
(1) Paulus. Recerpt. Sentent., XXXVIII, 7.
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publique avait parfois encore quelques sévérités pour ces effroyables pratiques :
At teneræ faciunt, sed non impune, puellæ ;
Sæpe suos utero dum necat, ipsa périt.
Ipsa périt, ferturque toro resoluta capillos,
Et clamant : « Merito », qui modo cumque vident.
Des jeunes filles y ont recours, mais non impunément ;
Souvent celle qui tue son enfant dans son sein, périt elle-même ;
Elle périt, on la porte échevelée sur sa couche,
Et quiconque la voit, de s’écrier : « C’est justice ! » (1).
Les femmes en étaient arrivées à se débarrasser de leur grossesse, pour n’en être pas incommodées en voyage (2). C’est un éloge réel que Sénèque adresse à sa mère Helvia, quand il la félicite de n’avoir jamais tué, dans ses entrailles, « un fruit plein d’espérance (3). » Le plus souvent, en effet, l’avortement était provoqué par la mère, « afin, » dit Montesquieu, « que leur grossesse ne les rendît pas désagréables à leurs maris ; » et à leurs amants, aurait dùajouter l’historien. L’auteur du petit poème intitulé le Noyer (4), fait allusion à cette odieuse coquetterie.
Nunc uterum vitiat, quæ vult formosa videri,
Raraque in hoc ævo est quæ velit esse parens.
Maintenant elle tue son fruit, celle qui veut paraître belle Et, dans notre âge, est rare la femme qui consente à être mère.
Aulu-Gelle, dans les Nuits altiques (5), parledes femmes qui se font avorter de peur que leur ventre ne soit déformé par la grossesse. « Penses-tu » dit cet auteur, « que la nature ait donné des mamelles aux femmes, comme de gracieuses protubérances destinées à orner la poitrine et non à nourrir les enfants? Dans cette idée, la plupart de nos merveilleuses [prodigiosee mulieres) s’efforcent de dessécher et de tarir cette fontaine sacrée où le genre humain puise la vie, et risquent de corrompre ou de détourner leur lait, comme s’il gâtait ces attributs de la beauté. C’est la même folie qui les porte à se faire avorter, à l’aide de diverses drogues malfaisantes, afin que la sur-
(1) Amours. Liv. II, Eleg., XIV.
(2) <Jf. Ovide. Fastes, I.
(3) Consolation à Ilelvia.
(I) Faussement attribué à Ovide.