‹ Histoire des accouchements chez tous les peuplesChapitre 52 sur 94 · Æ, VI · texte numérisé non relu

Æ, VI

(4) Pro Cluentio.

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après séparation, les femmes essayaient de se faire avorter, et il était d’usage, pour garder les intérêts du père, de constituer un curateur au ventre » (1).

Cependant, à côté de ce relâchement des mœurs, qui devait être surtout accentué dans le monde de la galanterie, il est juste de faire remarquer que la stérilité était généralement considérée comme une honte; aussi est-il souvent question dans les auteurs des moyens que les femmes employaient pour devenir mères, remèdes magiques, flagellation par les Luperques, prières adresssées à certaines divinités, à Vénus Genitrix, entre autres, etc.

Ovide les énumère poétiquement dans le second livre de ses Fastes :

Nupta, quid expectas? Non tu pallentibus herbis,

Nec prece, nec magico carminé mater eris.

Excipe fœcundæ patienter ver ber a dextræ ;

Jam socer optatum nomen habebit ævi.

Qu’attends-tu, nouvelle épousée, ce ne sont pas des herbes sèches Des prières, des chants magiques, qui te rendront mère ;

Reçois patiemment les coups de fouet d’une main féconde,

Et ton beau-père aura le nom de grand-père, qu’il désire.

Quant aux procédés d’avortement ils étaient nombreux ; nous ne parlons pas, bien entendu, des moyens rationnels dont usaient les médecins, dans un but thérapeutique; nous ne parlons que des avortements criminels. Dans les textes, il est surtout question de breuvages et de sortilèges, mais, comme l’observe justement le Dr Galliot, ne faut-il pas entendre par ces sorLilèges des manœuvres intra-utérines ? Ovide dit expressément :

Vestra quid effoditis subjectis viscera telis ? (2)

Pourquoi enfoncer des instruments dans vos entrailles?

Quels étaient ces instruments? Un pessaire? Une sonde utérine plutôt. Quoi qu’il en soit, il y a là trace de procédés plus efficaces que les décoctions de plantes, surtout que l’odeur de lampe mal éteinte et que le sang menstruel incinéré, rangés par Pline au nombre des abortifs. L’absorption des cantharides, malgré ses dangers, était si sou-

(1) Recherches historiques, ethnographiques et médico-légales sur l'avortement criminel, 1884.

(2) Amours, II, 14.

vent employée par les dames romaines qui se croyaient enceintes qu’on fut obligé de faire la loi Cornélia' pour mettre fin à cette pratique désastreuse.

Il nous reste à dire quelques mots d’une autre coutume déplorable, tout aussi répandue chez les Romains, le désaveu de paternité et l’exposition des enfants qui en était la conséquence. D’ordinaire, le Romain accueillait avec joie la venue d’un enfant, d’un garçon surtout ; mais s’il doutait de la légitimité (1), si le part était monstrueux (2), si la naissance avait été accompagnée de funestes présages, rien ne

Fig. 3G2- — Juno Sospita.

Fig. 363. — Colonne Lactaria.

pouvait le forcer à Y élever, tollere , et à le reconnaître par cet acte. L’enfant renié était exposé et abandonné à jamais ; c’était souvent le sort des filles. Des esclaves dévoués mettaient les enfants condamnés, dans une sorte de bassin ou de corbeille en osier, et les portaient secrètement, durant la nuit, dans certains endroits consacrés à cet usage, au pied de la colonne Lactaria, par exemple. Une médaille (fig. 363) représente cette colonne, surmontée d’un petit enfant et placée entre deux chèvres, nourrices naturelles des petits malheureux ainsi abandonnés ; sur le revers se trouve l’image de Juno Sospita (3) (fîg. 362).

(1) La ressemblance des enfants aux parents était alors considérée comme la meilleure preuve de leur légitimité ; ainsi Horace dit, dans la cinquième Ode du livre IV :

Laudantur simili proie puerperœ ,

On loue la mère dont l’enfant est semblable à l’époux, et l’on conçoit que, dans leurs prières, les femmes enceintes demandaient avec instance cette faveur aux dieux, pour ne pas être accusées d’infidélité.

(2) Les vieilles lois ne permettaient pas l’exposition d’un enfant difforme, à moins qu’on eût pris l’assentiment de cinq voisins ; plus tard, la loi des Douze Tables autorisa le père à tuer sur-le-champ un enfant monstrueux.

(3) En Grèce, dans les cités doriennes, aussitôt après sa naissance, on portait l’enfant au Lesché, où il devait être examiné par les anciens de la cité ; s’il n’avait

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Quand, au contraire, on avait l’intention de se défaire de l’enfant, au lieu de l’exposer dans un endroit fréquenté, on le déposait dans un lieu désert, sur le bord d’un fleuve, comme le Romulus de la lé-

Fig. 364. — Rémus et Romulus, d’après un camée antique.

gende et son frère Rémus, les nourrissons de la louve (fig. 364), ou encore au lac Vélabre et aux égouts (1).

aucune difformité, il était déclaré apte à être élevé et recevait en héritage un neuf millième des parts de terre de l’Etat ; s’il était contrefait, on le jetait sans pitié dans le gouffre, appelé Apothétes, auprès du mont Taygète.

Les Athéniens exposaient les bâtards au Cynosarge. Ce dernier fait est au moins suspect.

(1) Cette coutume immorale se retrouve chez d’autres peuples. Si l’on en croit Pétrone, les Crotoniates abandonnaient les enfants de l’un et l’autre sexe. Voici le passage : « Dans cette ville personne n’élève de famille (nemo pneros tollit) ; car, quiconque a des héritiers naturels se voit exclu des soupers et des spectacles ; tous les avantages de la société lui sont interdits ; il reste perdu dans la canaille ». Ajoutons que, chez certains peuples, on s’assurait de la légitimité des enfants en les soumettant à des épreuves barbares. Les Ethiopiens présentaient leurs enfants aux oiseaux, et, suivant Lucain, quand les Psylles d’Afrique ont des doutes, ils exposent le nouveau-né à la piqûre mortelle d’un serpent :

Letifica dnbios explorant aspide partus.

Les Celtes avaient l’épreuve de l’eau ; Claudien y fait allusion quand, dans son poème contre Rufin, il parle de ceux « que l’eau du Rhin éprouve à leur nais-

Si les parents ne voulaient pas s’enlever toute chance de retrouver plus tard leur enfant, ils menaient dans leurs langes un jouet, un anneau indiquant la condition libre, parfois même leur nom. Cette coutume nous a valu la scène suivante de VHéautontimcruménos : Sostrata a reconnu au doigt d’Antiphile l’anneau qu’elle avait mis à côté de sa fille quand elle fut exposée, et l’annonce ainsi à Chrêmes, son mari :

Sostrata. — Hé, mon mari !

Chrêmes. — lié, ma femme !

Sostrata. — Je vous cherchais.

Chrêmes. — Parlez, que voulez-vous?

Sostrata. — Je vous prie d’abord d’être bien convaincu que je n’ai rien osé faire contre vos ordres.

Chrêmes. — Voulez-vous que je croie cela, bien que ce soit incroyable ? Je le crois.

Syrus. — Cette précaution oratoire nous annonce quelque méfait.

Sostrata. — Vous vous rappelez que, dans une de mes grossesses, vous m’avez dit formellement que si j’accouchais d’une fille,- vous ne vouliez pas l’élever?

Chrêmes. — Je devine ce que vous avez fait. Vous l’avez élevée.

Syrus. — Serait-ce vrai, maîtresse ? Voilà mon maître avec une nouvelle charge !

Sostrata. — Point du tout. Il y avait ici une vieille femme de Corinthe, d’une conduite honorable : je lui donnai l’enfant à exposer...

Chrêmes. — Jupiter! quelle absurdité... Que de fautes dans une seule action ! Et d’abord, si vous aviez commencé par exécuter mes ordres, il fallait tuer cette enfant, et non pas prononcer un faux arrêt de mort, qui lui laissait l’espoir réel de la vie.

sance ». Un auteur, qui s’est rendu justice en gardant l’anonyme, a décrit cette épreuve dans les mauvais vers que voici :

C’est grâce au Rhin jaloux que le Celte indompté Constate de ses fils’ la légitimité,

Et de l’enfant qui naît nul ne se croit le père,

Qu’il ne l’ait vu baigné par le fleuve sévère.

A peine l’embryon hors du sein maternel A, par son premier cri, salué l’existence,

Que sur un bouclier, d’un air d’indilïérence,

Le mari le dépose, et son cœur paternel Ne s’ouvrira pour lui que quand l’onde amicale Aura justifié la couche conjugale.

Mais la mère qui, chaste et fidèle à l’honneur,

Doit, même dans ce cas, voir succéder pour elle Aux tourments de Lucine une douleur nouvelle,

De l’eau mobile attend l’arrêt avec terreur.

MOEURS ET COUTUMES

Les enfants abandonnés servaient à faciliter la « supposition » qui existait aussi dans les habitudes des Romains. Voici ce que Plaute fait dire, dans une de ses pièces, à Phronésie qui veut simuler un accouchement: « Ma mère, voyant approcher le dixième mois, charge nos servantes de chercher un enfant, garçon ou fille, pour aider à la supposition ».

Souvent la femme qui s’était fait avorter par coquetterie, en cachette de son mari, simulait l’accouchement au terme normal, et présentait à son époux un enfant d’emprunt, toujours un garçon.

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