Chirurgien des hôpitaux
— Services annexés
Lariboisière
Médecin des hôpitaux.
Saint-Louis
Id.
Charité
Id.
Lourcine
Chirurgien des hôpitaux.
Pitié
Médecin des hôpitaux.
Beaujon
Id.
Saint- Antoine
Id.
Necker
Id.
Total des Maternités.
En 1880, la Clinique qui existait place de l’Ecole-de-Médecine, a été reconstruite près du Luxembourg, dans de meilleures conditions hygiéniques ; seules les chambres d’isolement laissent encore à désirer ; elles ont l’inconvénient de communiquer de plain-pied avec les services des accouchées.
Depuis 1882, les services annexés ont été transformés : ceux de Saint-Louis, Lariboisière, la Charité, Beaujon, Tenon et la Pitié, ont été confiés à des accoucheurs des hôpitaux reçus au concours ; les salles d’accouchement de Saint-Antoine et Lourcine sont restées attachées temporairement à leurs anciens services de médecine ou de chirurgie ; de même les maternités de la Maison d’accouchement et de
Cochin ont continué a être comprises dans le roulement des chirurgiens des hôpitaux.
Le personnel de chaque service spécial d’accouchement comprend un accoucheur titulaire, un interne, deux externes et deux sages-femmes ; les services annexés n’ont qu’une sage-femme surveillante.
Les femmes assistées peuvent en outre accoucher à leur domicile ou chez des sages-femmes agréées, placées dans le voisinage des hôpitaux.
On sera peut-être curieux de connaître les émoluments attribués au personnel chargé des accouchements par l’Assistance publique. Voici quelques chiffres : L’accoucheur des hôpitaux reçoit, comme ses collègues les médecins et les chirurgiens, 1,500 fr. par an ; celui de Tenon, en raison de l’éloignement de cet hôpital, touche 3,000 fr.; les accoucheurs des hôpitaux ont en outre 5 francs par chaque femme placée chez les sages-femmes agréées, pour la double visite au moment de l’accouchement et à la sorLie.
Les sages-femmes internes des hôpitaux gagnent 800 fr. la lro année ; 1,000 fr. la 2me et 1,200 fr. la 3me ; la sage-femme en chef de la Maternité touche 2,700 fr. et celle de la Clinique 2,400 fr. Les sagesfemmes agréées ont 10 fr. par accouchement et 6 fr. par chaque journée de présence de l’accouchée, la durée du traitement n’est pas moindre de dix jours ; moyennant ce prix modique, elles doivent fournir le linge et les médicaments, sauf les substances antiseptiques, le sulfate de quinine, le laudanum et le sirop de morphine. A domicile, les sages-femmes touchent une indemnité de 15 fr.
Jusqu’à ces derniers temps, la mortalité des femmes en couches était très élevée dans les établissements hospitaliers. « En réunissant » dit le Dr Léon Lefort, « toutes les maternités, tous les hôpitaux où sont reçues les accouchées, tant en France que dans le reste de l’Europe, on arrive au résultat suivant : il meurt en moyenne 1 femme sur 29 dans les maternités et les hôpitaux; en ville, il n’en meurt que 1 sur 212 ». De là l’indication de remplacer ces centres meurtriers par les accouchements à domicile. Ce désidératum est en partie acquis de nos jours. On réserve surtout les hôpitaux pour les cas graves et compliqués, les autres accouchements ont lieu chez les sages-femmes agréées ou à domicile. Ainsi, sur 20,000 accouchements d’indigentes, il s’en fait aujourd’hui 10,000 à domicile, 5,000 chez les sages-femmes agréées et 5,000 dans les hôpitaux. Ce dernier chiffre est encore trop élevé, mais les maternités ne présentent plus les mêmes dangers qu’autrefois ; la mortalité y a diminué dans de notables proportions : elle était de 10 0/0en 1861, et elle est descendue en 1883 à 1 1/2 0/0;
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à Cochin, pendant l’année 1878, service deM. Lucas-Championnière, il n’y a eu que cinq décès sur 761 accouchements.
Ces heureux résultats sont dûs aux mesures hygiéniques et préventives prises pour éviter la contagion. Parmi ces précautions, la méthode antiseptique joue le principal rôle. Tous les pansements se font à l’acide phénique ou au sublimé ; aucun toucher ne doit être pratiqué sans que la main n’ait été préalablement plongée dans une solution aseptique et que le doigt ne soit enduit de vaseline au sublimé. En outre, dès qu’une accouchée est prise d’accidents, on la trans-
5 6 7 9 9 10 Mètrçp
Fig. 387. — Pavillon Tarnier. Rez-de-chaussée.
porte immédiatement dans un service de médecine. Les chambres de travail sont grandes et aérées. Pour éviter les refroidissements, un lit roulant sert au transport des accouchées, comme à Lariboisière. Les salles sont vastes, les lits espacés, sauf à l’hôpital St-Louis ; à Cochin, il y a toujours une salle inoccupée pendant trois semaines ; à Tenon, le service d’accouchement est placé dans un bâtiment spécial, construit sur le modèle du pavillon d’isolement que le professeur Tarnier
a fait établir à la Maternité, et dont le docteur Pinard a donné la description détaillée dans les Annales de gynécologie (1) :
« Le nouveau pavillon d’accouchements est situé à l’extrémité des vastes jardins de la Maternité de Paris. Ce pavillon comprend un rez-
Fig. 388. — Premier étage.
de-chaussée et un premier étage. Il a la forme d’un parallélogramme rectangulaire et mesure 14'", 20 de longueur, 7m, 80 de largeur. Ses deux façades sont orientées au nord et au midi ; les deux pignons regardent le levant et le couchant. Deux murs de refend, allant du sol au comble et d’une façade à l’autre, séparent le bâtiment en trois parties : l’une médiane, les deux autres terminales. Chacune de celles-ci est divisée en deux moitiés par une cloison parallèle aux façades, de sorte que chaque étage se trouve divisé en cinq compartiments, l’un central et les autres dispersés au quatre coins du pavillon. Les quatre derniers compartiments sont destinés à être occupés par les femmes en couches.
« Rez-de-chaussée. — Au rez-de-chaussée, le compartiment placé
(1) Juin 1880, p. 144 et suivantes.
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au centre du pavillon a été séparé en deux parties communiquant entre elles; l’une sert de vestibule, l’autre sert de chambre de surveillance et d’office. Dans le vestibule se trouve l’escalier conduisant au premier étage; on y voit, indépendamment de la porte principale, trois portes intérieures qui conduisent : la première à un cabinet d’aisances, la deuxième à un vidoir, la troisième à l’office. Ce vestibule est éclairé par deux fenêtres donnant sur la façade exposée au nord. L’office ou chambre de surveillance, habituellement occupé par le personnel nécessaire au service, contient un fourneau, une baignoire mobile, une table, des chaises, des armoires. Elle est éclairée par deux fenêtres s’ouvrant sur la façade regardant au midi. A ses deux extrémités se trouve une porte qui conduit soit au vestibule, soit au dehors. Les quatre chambres d’accouchement sont indépendantes l’une de l’autre; elles ne communiquent ni avec le vestibule, ni avec l’office. Chacune d’elles a une porte et une fenêtre. La porte s’ouvre sur l’une des façades, la fenêtre sur l’un des pignons. Cette fenêtre descend jusqu’au niveau du sol.
« Premier étage. — Le premier étage offre les mêmes dispositions que le rez-de-chaussée ; mais les portes des chambres d’accouchement donnent sur un large balcon qui sert de voie de communication. Les deux étages sont protégés, sur chaque façade, par une marquise vitrée qui met les gens de service à l’abri de la pluie. Cette marquise monte jusqu’à l’avant-toit, mais elle n’est pas appliquée directement contre le mur, dont elle reste séparée par un intervalle, suffisant pour amener le renouvellement de l’air placé sous le vitrage de la marquise et chauffé par les rayons du soleil. Les chambres d’accouchement sont au nombre de huit, quatre par étage. Chacune d’elles mesure en hauteur 3 mètres ; en largeur 4m,30, en longueur 3m,50. Le cubage de l’air y est de 45m, 15. Au rez-de-chaussée, les quatre chambres ont leur sol recouvert d’asphalte. Au premier étage, deux chambres sont dallées en pierre, les deux autres en ardoises coupées en larges plaques. L’usage a montré que l’asphalte devait être rejeté. Dans les huit chambres, les murs, les cloisons et le plafond sont recouverts de stuc et peints à l’huile. On peut donc, avec une grande facilité, nettoyer et laver toutes les chambres à grande eau, car le pavage y est incliné vers un caniveau aboutissant à une ouverture qui conduit l’eau dans un tuyau relié à l’égout. Pour prévenir les amas de poussière ou l’infiltration de l’eau, tous les angles formés à la réunion des murs, des cloisons et du plafond sont à courbes arrondies. Dans chaque chambre se trouve une cheminée et une glace sans tain, enchâssée dans le mur de refend répondant à l’office. Celte
glace permet aux personnes placées dans l’office de surveiller ce qui se passe dans les chambres, et, réciproquement, les femmes en couches peuvent, de leur lit, voir ce qui se passe dans l’office et faire signe aux gens de service. De cette façon la surveillance est sauvegardée sans nuire au principe de l’isolement. L’éclairage se fait à l’aide du gaz dont les becs sont placés en dehors des chambres, au niveau des glaces sans tain.
« Le mobilier de chaque chambre se compose : 1° d’un lit en fer ; 2° d’un sommier fait uniquement de lames métalliques ; 3° d’un oreiller, d’un traversin et d’un matelas remplis de balle d’avoine ; 4° de couvertures de laine et de coton ; 5° d’une table de nuit en fer ; 6° d’un fauteuil en fer; 7° d’une chaise en fer ; 8° d’un tabouret en fer ; 9° d’une table ronde en fer ; 10° d’un berceau en fer avec la literie nécessaire pour le garnir.
« A chaque lit aboutit un cordon de sonnette, dont le fil, après avoir passé sous la marquise, reste dans l’office. Cette sonnette permet aux femmes d’appeler les gens de service. Dans chaque chambre se trouvent, au-dessus d’un lavabo, deux robinets, l’un d’eau froide, l’autre d’eau chaude; les robinets sont alimentés par des réservoirs placés sous les combles. L’eau chaude provient des fourneaux des offices. Le personnel attaché au service du pavillon est logé dans un bâtiment séparé. Chaque femme admise au pavillon accouche dans la chambre et dans le lit qui lui sont destinés pour tout le temps de ses couches. Quand elle est convalescente, elle peut se promener dans le jardin réservé qui entoure le pavillon. Dès qu’une chambre est vide, on la ventile et on la remet pour ainsi dire à neuf. Pour cela on la vide de tout son mobilier, et toutes les parois, sol, murs, cloisons et plafond, sont lavés à grande eau. Le mobilier, qui est tout en fer, subit un lavage analogue fait avec le plus grand soin. La balle d’avoine, qui remplissait les matelas, le traversin et l’oreiller de la mère et de l’enfant, est brûlée. La literie et les couvertures sont lavées à la buanderie. Rien ne doit échapper au lavage et au lessivage. Quand une femme accouchée devient malade, sa porte est rigoureusement interdite au personnel ordinairement chargé du service. Un médecin de l’hôpital du Midi soigne cette malade qui a, par exception, une garde spéciale, avec défense pour celle-ci de pénétrer dans les autres chambres.
« En résumé, ce pavillon est disposé de telle sorte que chaque femme a sa chambre et chaque chambre sa fenêtre et sa porte ouvrant directement au dehors, sans aucune communication avec les autres, même par un corridor, ce qui fait que le personnel pour y entrer est
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obligé de passer sous la galerie extérieure et d’y prendre pour ainsi dire un bain d’air, suivant l’expression de M. Tarnier.»
Coutumes et croyances morvandelles. — M. de Maricourt a communiqué à la Société d’anthropologie une série de coutumes et croyances observée aux environs d’Arleuf, canton de Château-Chinon : ces pratiques ont pour but de rendre le nouveau-né aussi heureux et aussi honnête homme que possible : « Quand les premières douleurs se font sentir, la femme, en attendant sa délivrance, doit boire un grand verre d’eau, afin que, sortant de la vie intra-utérine pour entrer dans le monde, l’enfant s’y présente bien nettoyé. Dans la suite, il sera toujours propre et soigneux. La femme, qu’elle en ait envie ou non, avalera une forte soupe au lait pour que l’enfant soit, à tout jamais, préservé de la gourmandise. Aussitôt après l’accouchement, la sage-femme pose sous la langue de l’enfant une pièce d’argent, ce qui fera de lui un bon avocat , soit un homme à l’élocution facile et assez avisé pour n’être jamais dupé. Sur la langue, mettez un petit morceau de pomme cuite; il aura la voix claire, sera capable de chanter au lutrin, avantage précieux, car :
Un enfant de chœur N’est jamais voleur.
« La sage-femme introduit et maintient dans la main de l’enfant, une pièce d’un centime (percée, si faire se peut). Il ne sera, plus tard, ni avare ni prodigue. Lorsque le morceau de cordon ombilical se détachera du ventre, la mère le recueillera et le mettra précieusement dans une boîte, pratique rappelant celle des musulmanes, qui conservent le prépuce de leur enfant après la circoncision. Ce bout de cordon est destiné à plusieurs usages. Lorsque l’enfant commence à jouer avec un couteau ou des ciseaux, le premier objet qu’il coupera doit être ce même cordon ombilical. Je ne sais si c’est dans le but de le préserver des blessures à l’arme blanche. Il faut bien se garder de laisser taillader, en menues pièces, ce morceau de cordon. On ramassera le bout respecté par les ciseaux ou le couteau, parce que : « lorsque, arrivé à l’âge d’homme, le jeune paysan ira tirer au sort, s’il ne porte pas ce talisman dans la poche de son gilet, il risquera fort d’amener un mauvais numéro. Si l’on taillait les ongles d’un enfant avant l’année révolue, il aurait les doigts crochus , c’est-à-dire serait avare et voleur. »
La Couvade (1). — Aux Arianées, fêtes célébrées dans l’île de Naxos en l’honneur d’Ariane, que Thésée avait abandonnée près du terme de sa grossesse, on pratiquait la cérémonie suivante : un jeune homme, sur un lit, contrefaisait tous les efforts d’une femme en travail. Serait-ce l’origine de la couvade, cette coutume bizarre qui a été observée chez quelques paysans de notre midi? Sacombe la décrit d’une façon assez exacte, sinon poétique :
Au pays Navarrois, lorsqu’une femme accouche,
L’épouse sort du lit et le mari se couche,
Et quoiqu’il soit très sain et d’esprit et de corps,
Contre un mal qu’il n’a point, l’art unit ses efforts;
On le met au régime, et notre faux malade,
Soigné par l’accouchée, en son lit fait couvade.
On ferme avec grand soin portes, volets, rideaux :
Immobile, on l’oblige à dormir sur le dos,
Pour étouffer son lait qui, gêné dans sa course,
Pourrait en l’étouffant remonter vers sa source.
Un mari dans sa couche, aux médecins soumis,
Reçoit, en cet état, parents, voisins, amis,
Qui viennent l’exhorter à prendre patience,
Et font des vœux au ciel pour sa convalescence.
Quelques auteurs anciens avaient déjà signalé chez certains peuples une coutume analogue. Strabon disait des femmes espagnoles : « Dès qu’elles sont délivrées des douleurs de l’accouchement, elles font mettre leur mari dans le lit, tandis qu’elles vaquent elles-mêmes aux affaires du dehors, et elles le servent comme s’il était l’accouchée (2) ». Diodore de Sicile attribue la même extravagance aux habitants de la Corse ; « On ne prend, dit-il, aucun soin de la femme pendant sa
(1) Dans ce paragraphe, nous ferons voyager le lecteur; c’est que nous avons voulu réunir ensemble les détails 'concernant cette coutume singulière et quelque peu cosmopolite.
(2) Les Basques sont signalés comme ayant, plus que tou3 les autres, pratiqué la couvade-, Chaho, dans ses Histoires Basques, 1847, fait remonter l’origine de cette coutume à la légende d’Aïtor ; il raconte que, dans une circonstance solennelle, en 241 avant notre ère. le barde cantabre Lara déclama, comme étant de sa composition, la légende d’Aïtor, père de la race basque, où il est dit : « Quand les cris de notre nouveau-né égayèrent l’écho de ma caverne humide, la mère ne voulut point me permettre d’aller à la nourriture ; ce fut cette femme forte qui se chargea de pourvoir à notre subsistance, tandis que j’étais dans le lit de peaux, réchauffant, sur ma poitrine velue, le fruit de nos amours ». Ce conte n’a évidemment aucune valeur scientifique ; nous ajouterons même que, comme il paraît sorti de l’imagination de Chaho, il n’a même pas d'intérêt légendaire.
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couche, mais aussitôt qu’elle est accouchée, son mari la remplace au lit, où il reste un certain nombre de jours, comme s’il était souffrant d’être accouché. » Apollonius de Rhodes et son imitateur Valérius Flaccus en disent autant de certains peuples de Pont-Euxin : « Dès que les femmes sont accouchées », écrit Apollonius, « leurs maris gémissent en se couchant dans les lits, et en entourant leur tête, et celles-là leur donnent une bonne nourriture et leur préparent des bains qui conviennent aux accouchées. » « Chez les Cypriens », rapporte de son côté Plutarque, « un homme se met au lit et imite les cris et les contorsions d’une femme en couches ». Pison, dans son Histoire naturelle du Brésil , dit que les indigènes de ce pays agissaient de même, pour rétablir leurs forces épuisées, toutes les fois qu’ils devenaient pères. « Apparemment », objecte un auteur moderne, « les femmes trouvaient dans ces soins officieux, du plaisir à disposer leurs maris à le devenir encore » . Suivant le père Du Tertre, les Caraïbes, quand leurs femmes ont accouché, restent au lit un mois entier, sans manger ni boire pendant les dix premiers jours; « au bout du mois, les parents et amis de la famille viennent rendre visite au prétendu malade, lui font des incisions dans la peau et tirent du sang de toutes les parties de son corps, sans qu’il profère une seule plainte, pour ne pas être accusé de lâcheté (1) ». Cette coutume a été observée encore chez les Chaktas de l’Amérique du Nord, chez les Arawaks du Surinam, chez les Abipones de l'Amérique du Sud, en Tartarie, dans les Indes, à Madras, au Malabar; de nos jours, elle existe au Congo, et le D1' Crevaux dit l’avoir retrouvée en Guyane. Chez les Chiriguanes, le mari se contente de se soumettre pendant trois ou quatre jours à un jeûne absolu.
Tels sont les renseignements fournis par les auteurs sur la couvade. Quant aux raisons invoquées pour expliquer cette singulière coutume, elles sont aussi nombreuses que variées : Boulanger, dans Y Antiquité dévoilée par ses usages, é met l’étrange idée que c’est la honte d’avoir donné le jour à un être de son espèce qui fait ainsi agir le chef de la famille ! L’abbé Rouboud n’a rien trouvé de mieux que de faire coucher le père pour réchauffer son enfant. L’abbé Raynal, dans ses Recherches philosophiques sur les Américains , suppose qu’en agissant ainsi les maris veulent prouver qu’ils ont eu autant de part à la génération que les femmes. Pour d’autres,
(1) Le P. Du Tertre ajoute que, pendant les six premiers mois, le père n’osait manger des oiseaux, ni des poissons, dans la crainte de communiquer à son enfant les défauts naturels de ces animaux.
c’est ;en quelque sorte la cérémonie de l’adoption, la prise de possession de l’enfant par le père; Müller n’y voit qu’une superstition ridicule; enfin, d’après le Dr Reclus, elle semble marquer la reconnaissance de l’enfant par le père, reconnaissance exprimée par la simulation naïve de l’accouchement et de l’allaitement. Peut-être se rattache-t-elle au préjugé que combat Primerose et qui veut que le mari ressente, pendant la grossesse de sa femme, les mêmes indispositions qu’elle.
Quoi qu’il en soit de ces explications plus ou moins fantaisistes, l’existence de la coutume en elle-même ne saurait être niée; elle est attestée par des témoins dignes de foi.
Coutumes anglaises. — Après les ignominies dénoncées par la Pall Mail Gazette , et qui montrent les mœurs de nos voisins sous leur vrai jour, on est étonné du luxe de précautions hypocrites qu’ils affectent dans la vie privée pour sauvegarder les lois de la pudeur.
Nous avons déjà indiqué la position bizarre que la trop pudique Albion prend pour accoucher. John Burns (1) recommande au médecin qui pratique le toucher de faire une obscurité complète dans la chambre, de fermer les rideaux du lit et d’introduire l’index avec promptitude. En outre, il est interdit au mari d’entrer dans la chambre de sa femme pendant toute la durée de l’accouchement; mais en revanche, la pudibonde anglaise n’hésite pas à recevoir un accoucheur de préférence à une sage-femme. En cela, on reconnaît le côté pratique de nos voisines d’outre-Manche : leur sécurité avant la pudeur. Puis après l’accouchement, tout danger ayant disparu, elles se confient à une personne de leur sexe; la monthy nurse « la nourrice au mois ». Ces sortes de gardes-malades sont retenues longtemps à l’avance, quelquefois six mois avant le terme. Dans la bourgeoisie, elles Louchent en moyenne 200 francs par mois; de plus, elles sont logées et nourries, en échange des soins qu’elles donnent à la mère et à l’enfant. La-classe ouvrière a aussi recours aux monthy nurse quand une parente ne peut remplir leur office; mais elles ne restent qu’une huitaine auprès de l’accouchée et à des prix plus modérés.
Les médecins qui se conforment à la tradition, font prendre à leurs clientes une potion de spermaceti ou blanc de baleine, « remède souverain » dit Shakespeare (2) « pour les blessures intérieures » ; c’est
(1) Pr inc i pies of Midrcifery .
(2) Henri IV, acte I, scène III.
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une précaution très prisée des commères et qui met le praticien en grande estime dans leur esprit.
A peine né, l’enfant est plongé dans l’eau froide, à la façon d’Achille, trempé dans l’eau du Styx pour le rendre invulnérable. Puis on panse le cordon avec un chiffon perforé et fortement roussi que l’on main-
Fig. 389. — Triangle de flanelle.
Fig. 390. — Corset anglais, vu de dos.
tient avec une bande de flanelle. On procède ensuite à son habillement qui se compose d’une chemisette, d’une couche de flanelle triangugulaire (fig. 389) destinée à recevoir les excréments et d’une longue robe en flanelle, qui remplace la brassière et le lange du maillot français. Le torse est soutenu par un corset (fig. 390) ; les pieds sont protégés par des chaussons tricotés, et la tête est nue ou recouverte d’un léger bonnet. Ce vêtement favorise, il est vrai, le développement de l’enfant, en n’apportant aucune entrave au libre exercice des mouvements ; il permet, en outre, de changer l’enfant aussitôt qu’il se salit, mais il a le grave inconvénient de ne pas suffisamment protéger le corps contre les influences atmosphériques et d’exposer aux affections des voies respiratoires qui font de si nombreuses victimes en Angleterre.
Quand la mère n’allaite pas, elle a recours ordinairement au biberon; et si une nourrice est jugée indispensable, comme il n’en existe pas en Angleterre, on la fait venir de France.
Une tradition intéressante à signaler, veut que la Reine donne aux parents nécessiteux, sur recommandation d’un curé, une livre par tête de nouveau-né, lorsque leur nombre dépasse la paire dans une même couche. Ainsi au mois d’août 1884, la femme d’un ouvrier attaché à l’usine à gaz de Carlisle est accouchée de quatre enfants du sexe féminin ; elle a reçu de la reine quatre livres sterling.
Dans le Yorkshire, au nord de l’Angleterre, nous trouvons une
singulière coutume obstétricale: la patiente accouche revêtue de tous ses vêtements, et si le travail la surprend pendant son sommeil, le premier soin de ses parents est de la faire babiller complètement; elle ne retire ses vêtements qu’après la délivrance. Question de pudeur sans doute.
L’avortement en Angleterre. — Les indiscrétions, désormais fameuses, de la Pall Mail Gazette , et les révélations scandaleuses des procès Crawford et Campbell, ont fortement noirci la robe d’innocence dont vertueusement s’enveloppait la pudique Albion. D’ailleurs, depuis longtemps, les naïfs seuls s’y laissaient prendre. Personne n’ignore que nos maisons d’accouchement comptent, dans leur clientèle, un nombre considérable d’Anglaises ; faut-il en conclure que, sur les bords même de la Tamise, les blondes misses, ayant flirté de trop près avec de respectables gentlemen, ne sauraient trouver remède à leur embarras ? Taylor (1) convient, d’un ton maussade et embarrassé, que nombre de sages-femmes tirent de l’avortement leurs moyens d’existence.
Et à qui fera-t-on croire que les certificat vices et les raccommodeuses de \ivgiml é, dont la Pall Mail Gazette nous a révélé le honteux métier (2), n’ont pas dans quelque armoire de ces pilules ou gouttes pour les femmes , de cette essence persane de roses dont parle Taylor ? Que, sur une demande, appuyée de quelques schellings, ces habiles manieuses d’aiguilles hésiteraient à pratiquer une ponction ?
Quant aux pénalités dont la loi anglaise frappe l’avortement, Taylor nous les indique ainsi : « Dans le statut pour la consolidation de la loi criminelle (24 et 25 de Victoria, ch. C., paragraphes 58 et 59), la nature du crime et les preuves médicales exigées pour l’établir ont été fixées plus explicitement; il est ordonné que toute femme enceinte qui, dans l’intention de se procurer à elle-même une fausse couche, s’administrera illicitement un poison ou une autre substance nuisible, ou qui emploiera un instrument ou un moyen quelconque dans ce même but, et quiconque, dans l’intention de procurer la fausse couche d’une femme, enceinte ou non , administrera illicitement, etc., sera coupable de crime...
(1) Médecine légale, trad. Coutagne.
(2) Ce journal parle d’une maison « tenue en apparence par une sage-femme très respectable, et où les entremetteuses conduisaient les enfants pour faire constater leur virginité avant le viol, et où, après le viol, on les ramenait pour être raccommodées ( patched uj) ) et où, au besoin, on pouvait se faire avorter. L’existence de cette maison n’était pas un secret. Elle était bien connue dans le métier ».
« Le nouveau Code criminel proposé contient des dispositions semblables, mais il assigne pour punition la servitude pénale perpétuelle à toute femme coupable d’avoir employé des moyens pour se faire avorter, et, en outre, cinq ans de servitude pénale à quiconque fournit ou procure illicitement un poison, une chose nuisible ou un instrument ou un objet quelconque qu’il sait qu’on peut employer dans l’intention de produire la fausse couche d’une femme, qu’elle soit enceinte ou non, qu’elle soit ou non avertie d’une intention semblable. »
Maternités de Londres. — Il n’y a pas à proprement parler de Maternités à Londres; les accouchements des indigentes se font à leur domicile, sous la surveillance du professeur de gynécologie de l’hôpital le plus voisin, qui conduit ses élèves, par séries, auprès de la patiente. Cependant une heureuse innovation a été faite en 1886 à l’hôpital de Queen Charlotte ; le prince et la princesse de Galles ont inauguré une annexe de cet hôpital réservé exclusivement aux femmes en couches, et qui peut, à juste titre, être considéré comme un modèle du genre. « Quatre chambres spacieuses », dit la Semaine médicale , « destinées aux femmes en travail, contiennent chacune un grand lit qu’on roule dans la salle adjacente, une fois l’accouchement terminé. Les égouts de ces quatre chambres sont complètement indépendants de ceux des autres salles ; les médecins, étudiants et infirmières doivent tous se laver les mains avec de l’acide phénique à 5 0/0 en entrant dans la chambre. Pendant la seconde période de l’accouchement, et après l’expulsion du placenta, on administre à la femme une douche vaginale au sublimé (1/2,000), et lorsque l’enfant est mort ou qu’on a dû se servir d’instruments, on pousse l’injection jusque dans la cavité utérine; les tubes vaginaux, en verre, sont conservés dans une solution faible d’acide sulfureux. Le linge sali pendant l’accouchement est immédiatement transporté dans un petit bâtiment séparé, où on le place d’abord dans un bassin d’eau courante contenant un sac de sel ; on le comprime ensuite à la machine et on l’envoie à la buanderie où il est soumis aux vapeurs d’eau surchauffée ; on se sert pour la désinfection des objets de literie d’un fourneau système Ransom.
« Toutes les salles de l’hôpital sontmunies de fenêtres qui s’ouvrent en se renversant sur un axe horizontal. Les water-closets sont placés dans une tour adjacente aux salles et le soubassement contient deux salles pour les cas à isoler. On se sert après l’accouchement, non pas de linges ordinaires, mais de coussinets antiseptiques qu’on brûle à mesure, deux fois par jour, dans des brasiers spéciaux. Enfin, une
salle de rhôpital est réservée aux étudiants qui sont appelés à tour de rôle dans les salles d’accouchement. »
Il existe, en outre, plusieurs asiles qui ne reçoivent que des femmes mariées, et sur recommandation. Quelques-uns, les Workhouse infirmary , acceptent des filles-mères ayant une bonne conduite ; mais elles ne sont pas admises en cas de récidive. « Pour donner à cette exclusion regrettable des filles-mères sa juste valeur, » dit le D1 2' Léon Lefort (1), « il faut tenir compte de ce fait que les naissances illégitimes sont beaucoup moins nombreuses à Londres qu’à Paris. Elles sont au moins de 25 0/0 du nombre des naissances pour Pans et seulement de 5 0/0 pour Londres. Môme en tenant compte de ce fait, qu’il suffit en Angleterre, pour faire inscrire l’enfant comme légitime, que la mère déclare sous serment qu’elle est légitimement mariée au père de l’enfant (ce qui doit amener un certain nombre de fausses déclarations), on peut affirmer que la différence, même en tenant compte des erreurs, est encore considérable. En effet, la loi anglaise, nous le savons, autorise la recherche de la paternité; le père, déclaré tel par l’accouchée, est tenu (s’il ne fait pas opposition, suivie alors d’une enquête) à faire à l’enfant une pension payée à la mère, et dans la généralité des naissances illégitimes, la femme ne manque pas de se mettre, elle et son enfant, à l’abri de l’abandon. » Déjà au XVIIIe siècle, Picard signalait cet abus au sujet du serment de la [die enceinte (fig. 391) : « Si une fille se trouve enceinte, » écrit cet auteur, « et qu’elle désire se débarrasser du soin de nourrir l’enfant auquel elle doit donner le jour, elle jette les yeux sur quelque homme riche du voisinage et le désigne comme son complice. Souvent elle accuse une personne qu’elle n’a jamais vue; elle fait comparaître le prétendu coupable devant le juge de paix et jure sur la bible qu’il est réellement le père de son enfant. Séance tenante, un jugement est rendu contre ce malheureux qui est déclaré le père authentique, malgré ses protestations, et est condamné au payement d’une somme d’argent destinée à l’entretien de l’enfant » (2).
Avortements en Allemagne. — Naturellement, les Allemands élèvent leur moralité bien au-dessus de la nôtre ; cependant un des leurs, C. Iloberland, déclare que, dans certains pays bavarois, la Basse-Franconie et le Palatinat, par exemple, les paysans à leur aise prennent soin de n’avoir qu’un, ou deux, ou trois enfants
(1) Les Maternités en Europe.
(2) D’après le Dr Galliot, op. cit.
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au plus. Y a-t-il, en ces contrées, moins d’avortements qu’en France? En réalité, nous pouvons dire avec le docteur Corre : « Dans la vertueuse Allemagne elle-même l’avortement est pratiqué sur la plus
Fig. 391. — Le serment de la fille enceinte, d’après Picard.
large échelle (1), et les coupables échappent d’autant plus aisément aux rigueurs de la loi qu’une condamnation ne peut avoir lieu sans la production d’un corps de délit toujours facile à détruire où à cacher. »
(1) C’est aussi l’avis de l’auteur anonyme des Bas-fonds de, Berlin : « Les sagesfemmes font paraître périodiquement des annonces qui indiquent « Affections des femmes, soins et discrétion ». Les soins et la discrétion qu’elles offrent ont trait spécialement aux manœuvres abortives. On ne sait point assez combien ces manœuvres sont en usage dans toutes les classes de la société, chez les jeunes filles et les femmes mariées. »
Le code pénal de l’empire allemand punit de l’emprisonnement le crime d’avortement ; le code penal spécial à la Prusse est plus sévère, il prononce de cinq à vingt ans de travaux forcés contre la femme qui se fait avorter volontairement et contre son complice; la peine des travaux forcés à perpétuité est appliquée, si les pratiques abortives ont eu pour conséquence la mort de la femme (1).
Etudes obstétricales et Maternités en Allemagne. —
Un point par lequel les Allemands l’emportent incontestablement sur nous, ce sont les facilités données aux étudiants pour s’instruire dans l’obstétrique. Moyennant un droit semestriel de cinquante francs environ, chaque élève reçoit, avec sa quittance, un numéro correspondant à celui de la place qui lui sera réservée à la salle des leçons cliniques. En outre, il trouve dans les maternités un confortable qui lui permet d’y passer une partie de la journée ou de la nuit sans fatigue : ainsi à la Maternité de Halle, plusieurs pièces sont réservées aux étudiants; ils ont dos sophas moelleux pour se reposer, des bureaux munis de leurs accessoires et des bibliothèques pour travailler.
Ed.Yon Siebold,dans ses Lettres obstétricales, raconte que c’est son père qui, le premier, en 1817, fonda à ses frais un hôpital d’accouchement. « Jusqu’à lui, l’Université de Berlin ne possédait pas d’établissement de ce genre à elle appartenant. Pour les études spéciales de cette nature, il fallait recourir à la division d’accouchements établie à la Charité. » Aujourd’hui, les maternités de Prusse sont nombreuses ; toutes sont régies par le même règlement, où nous relevons ces deux articles :
Art. 9. — Chaque naissance est annoncée, par le directeur et le curé de la localité où se trouve l’établissement, au curé de la commune à laquelle appartient la femme.
Art. 11. — Si la femme enceinte veut être admise sans dire son nom, le directeur doit, avant de l’admettre, demander des instructions au gouvernement.
Voici quelques extraits du règlement qui concerne la maternité de Munich, en Bavière :
Art. 9. — La direction prévient la police ou le magistrat de chaque admission, en remettant un imprimé dont les formules ont été remplies.
(1) Galliot, loc, cit.
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Quand il s’agit d’une femme payante, on se contente d’envoyer le numéro de son lit. Lorsque le secret paraît nécessaire, on peut, même à la police, annoncer l’admission d’une autre façon qu’à la manière ordinaire; mais on ne peut se dispenser tout à fait de faire connaître qu’une admission nouvelle a eu lieu.
Art. 11. — S’il n’y a pas de motif contraire, l’accouchée est renvoyée le neuvième jour ainsi que son enfant.
Art. 18. — Le directeur doit veiller à ce que la femme enceinte ne lise pas de livres immoraux, ne possède pas de gravures obscènes ; qu’elle ne se livre pas au jeu pour de l’argent; qu’elle fasse consciencieusement ses dévotions.
Les six premiers jours après l’accouchement, on doit donner le bassin aux femmes qui en ont besoin ; on peut, après cette époque, leur permettre l’usage de la chaise percée.
Art. 38. — Si une femme enceinte ou accouchée, ou si ses parents désirent avoir l’avis d’un médecin étranger, on peut le permettre ; mais il faut en prévenir le directeur, et les honoraires de la consultation ne sont pas aux frais de la Maternité.
Entre autres instructions pour les infirmières, nous relevons la suivante :
« Elle doit être très consciencieuse ; car elle en sera récompensée dans le paradis. Ce que tu veux qu'on te fasse, fais-le à ceux qui souffrent, est le principe d’une infirmière. »
Avortements en Autriche. — Une statistique de l’autrichien Hausner tendrait à établir que, dans son pays, il y a cinq fois moins d’avortements découverts qu’en Angleterre, trois fois moins qu’en Prusse et en FrancebSi les chiffres de Hausner étaient exacts, il faudrait en conclure qu’en Autriche la police est bien mal faite. Et cependant, nulle part ailleurs les coupables n’ont moins d’intérêt à se cacher; le Code pénal autrichien révisé ne fixe une peine sévère que si le coupable a provoqué l’avortement, moyennant paiement, ou à l’insu, ou contre la volonté de la mère.
Maternités en Autriche. — La Maternité de Vienne se compose de trois sections : l’une où les femmes sont reçues en payant, les deux autres où elles sont admises gratuitement, mais où elles sont utilisées pour l’enseignement de l’obstétrique.
Dans la maternité payante, suivant la quotité du paiement, qui varie de 4 à 6 florins par jour, les femmes sont réparties en trois
classes. « Les femmes enceintes payantes, « dit le Dr Lefort (1), » peuvent cacher leur nom et leur nationalité; elles doivent seulement écrire leur nom sur un billet cacheté qu’elles remettent à l’accoucheur. Celui-ci écrit sur l’enveloppe le numéro de la chambre et du lit. En cas de décès, le billet est ouvert; dans le cas contraire, il est remis intact à la femme lors de sa sortie. La mère peut abandonner son enfant moyennant 120 florins si elle est viennoise et le double si elle n’habite pas la capitale.
« Les femmes, surtout celles de la première classe, peuvent être reçues masquées; elles peuvent se refuser à tout examen fait par le médecin et nul ne peut entrer chez elles sans leur autorisation.
« Les femmes de la deuxième et de la troisième classe ont un parloir particulier, pour que nul ne puisse voir les femmes couchées dans les lits voisins, en venant visiter une accouchée dans la salle même. »
Les garanties d’hygiène et de discrétion offertes aux femmes payantes sont donc satisfaisantes, mais cette section est la moins nombreuse de beaucoup et il n’en est pas de même dans les sections gratuites, surtout en ce qui regarde les soins hygiéniques. Ainsi les mères n’ont pas de berceaux; elles prennent leur enfant à côté d’elles; il y a même des lits réunis deux à deux où couchent trois femmes enceintes. D’après le Dr J. Rendu, si la femme veut faire adopter son enfant, il faut qu’elle aille donner son lait trois ou quatre mois à l’hôpital des Orphelins, après quoi son enfant est nourri au biberon et élevé jusqu’à l’àge de dix ans aux frais de l’Assistance. Une particularité assez curieuse à noter, c’est qu’un fourneau brûle tous les placentas ; on en consume ainsi plus de neuf mille par an.
A Prague, le décret annonçant la création de la Maternité, renfermait une phrase qui mérite d’être citée. « D’une philanthropie éclairée, » observe le Dr Lefort, « sachant que ce n’est pas moraliser les femmes que de les pousser à l’infanticide et à l’avortement en les forçant, pour être secourues, à divulguer leur faute, Joseph II disait: « La maison d’accouchements offre aux femmes enceintes et malheureuses les secours nécessaires et prend l’enfant sous sa protection. Désormais le manque d’asile et la peur de la honte ne serviront plus d’excuse aux mères pour tuer leur enfant. L’asile pour les femmes enceintes et malheureuses existe; elles sont invitées à y venir, et l’on ne s’inquiétera ni de leur religion, ni de leur position sociale, ni même de leur nationalité. » Toute femme paye 2 florins par jour et laisse 200 florins, avec un pli cacheté si elle le désire, en abandonnant
(1) Loc. clt.
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son enfant. La maison a deux issues : la grande porte et la porte secrète.
Une coutume bien en rapport avec l’origine slave de ces populations a frappé le Dr. J. Rendu, en visitant la Maternité de Prague. Le professeur Weber était à tout moment arrêté dans les corridors par les élèves sages-femmes qui lui prenaient la main pour la baiser, en signe de respectueuse soumission.
Coutumes italiennes. Avortement. — Autrefois, en Italie, on offrait des présents aux femmes en couches sur des plateaux spéciaux. « Un de ces plateaux, dit l’auteur des Curiosités de l'archéologie, conservé dans la galerie du chevalier Artaud de Montor, représente sainte Elisabeth, au moment où elle vient de mettre au jour saint Jean-Baptiste ; outre le grand nombre de personnes occupées à servir la mère, trois femmes s’occupent de l’enfant : une fait des signes pour apaiser ses cris, une autre pince d’une espèce de guitare. Au bas du tableau est la date 25 avril 1428. Derrière ce tableau est un enfant dans un bosquet d’orangers ; autour est écrit :
Faccia Iddio sana ogni dona, che figlia,
E padri loro...
Sia senza noia o rischia.
Dieu fasse bien portante toute femme ou fille Et ses parents...
Qu’elle soit quitte de douleurs et de périls.
L’enfant tient à la main un jouet du temps. A droite et à gauche, les armoiries de deux familles distinguées de Florence. » Ces anachronismes sont constamment reproduits dans les œuvres d’art du moyen âge et servent de documents pour étudier les mœurs de l’époque. Ainsi la description que nous venons de donner peut être considérée comme la peinture d’une scène d’accouchement chez une riche florentine du quinzième siècle.
Le maillot, avec bandelettes emprisonnant tous les membres, que l’on voit figurer sur plusieurs monuments anciens (fig. 102, 351, 392) est encore en usage en Italie, surtout dans le sud et dans les pays montagneux de la Péninsule.
A Florence, on employait un berceau appelé arcuccio qui empêchait les enfants d’être étouffés et dont les nourrices étaient obligées de se servir, sous peine d’excommunication. « Cet instrument, » dit
Sue, « est composé d’une pièce de bois demi-circulaire, ou d’un chevet qui a un pied et un pouce de diamètre; à chaque côté est attachée une planche qui a trois pieds deux pouces et demi de longueur. Il y a à chacune de ces planches, vers l’extrémité supérieure, ou du côté du dossier, un trou pour recevoir le teton de la nourrice, et ces deux planches sont arrêtées, vers l’autre extrémité, par un arc demi-circulaire de fer, du sommet du chevet, ou de la pièce de bois qui y est fixée, et sur laquelle la nourrice peut s’appuyer, lorsqu’elle donne à téter à l’enfant. On peut, pendant l’hiver, mettre en toute sûreté l’enfant sous les couvertures, sans craindre qu’il soit étouffé » (1).
En Italie, comme en Suède et en Norwège, la mère allaite habituellement son enfant ; il n’y a que la classe aisée qui prenne des nourrices. Celles-ci offrent leurs services à des prix relativement minimes ; ainsi à Turin, on leur donne 30 fr. par mois, tandis qu’en France, elles gagnent de 50 à 80 francs.
A la Maternité de Rome, la femme peut cacher son nom et même son visage. Elle est autorisée à conserver un masque d’étoffe sur la figure, pendant toute la durée de son séjour. Ce masque n’est pas même enlevé du visage de la morte. Nous verrons qu’à Venise on était loin d’observer autrefois la même réserve.
Quant à l’avortement en Italie, si l’on en croit la Médecine légale de Ziino, ce crime serait assez commun dans la péninsule. Il existerait même, à Naples, des maisons spéciales où l’on aurait trouvé rangées, dans d’élégantes vitrines, des séries de bocaux contenant des fœtus conservés dans l’alcool. Manie de collectionneuse ou réclame impudente.
Luxe des Vénitiennes. — On sait combien jadis le commerce avait enrichi Venise ; cette aisance y avait introduit tous les raffinements de luxe ; nos plus nobles accouchées de France auraient rougi de dépit en voyant la pompe déployée par ces marchandes d’Italie. L’écrivain milanais Casola, conduit par le cavalier Zorzi chez .la signora Dolfîn, nous a laissé ses impressions, reproduites dans la Vie privée à Venise , de Molmenti :
« La reine de France, ni autre seigneur de France, n’aurait eu en pareil cas tant de pompe. Et l’ambassadeur du duc dit la même chose en assurant que notre très illustre duchesse n’aurait pas eu à ce dégré tous ces ornements. Et le dit ambassadeur du duc me choisit pour entrer avec lui, par faveur (car l’endroit ne pouvait pas contenir plu-
(1) Ces détails sont tirés des Transactions philosophiques.
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(1) Cette gravure répond au proverbe suivant :
Altro non trovo in vero clic sia mio,
Se non guello cli'io godo, o do per Dio.
Je ne trouve rien qui m’appartienne vraiment,
Sinon ce dont je jouis, ou ce que je donne pour Dieu.
Fig. 392. — Figure tirée d’un livre de Proverbes italiens (1).
sieurs personnes) afin que je visse et que je puisse ailleurs raconter. Et étant dans cet endroit, souvent il me demandait ce qu’il me semblait tantôt d’une chose, tantôt d’une autre. Je ne sus jamais lui répondre autrement qu’en serrant les épaules [stringendo le spalle ), car on estimait que la chambre où nous étions, et où était l’accouchée, je parle de la construction qui ne peut s’enlever, avait coûté 2,000 ducats et plus. Et cependant le lieu ne dépassait pas en longueur douze bras. 11 y avait une cheminée tout en marbre de Carrare luisant comme l’or, avec ses figures et ses feuillages, si finement travaillée que Praxitèle ni Phidias n’y pourraient ajouter. Et le ciel de la chambre d’or et de bleu d’outremer, et les murs étaient d’un si beau travail que je ne puis le redire.
« Une boiserie de lit estimée seule 500 ducats, immobile et fixe à la vénitienne ; tant de belles figures et si naturelles, et tant d’or partout que je ne sais pas si, au temps de Salomon, qui fut roi des Juifs, auquel temps l’argent était réputé chose vile, il s’en soit jamais vu l’abondance qu’on en voyait là. Pour les ornements du lit et de la femme, c'est-à-dire les couvertures et les oreillers qui étaient six, et autres draperies, j’ai pensé de les taire plutôt que de les dire d’autant qu’on les croie. C’était en vérité admirable. Je veux dire une autre chose, qui est vraie et que peut-être on ne croira pas, mais l’ambassadeur ducal ne me laisserait pas accuser de mensonge. 11 y avait dans la dite chambre XXV damoiselles vénitiennes, et l’une plus jolie que l’autre, qui étaient venues visiter l’accouchée. Leur vêtement très honnête, comme je l’ai dit plus haut, à la vénitienne : elles ne montraient que quatre ou six doigts de nu sous les épaules par devant et par derrière. Elles avaient, ces damoiselles, tant de joyaux sur la tête, sur le cou et dans la main, c’est-à-dire de l’or, des pierres précieuses et des perles, que c’était l’opinion de ceux qui étaient là qu’il y avait la valeur de 100 mille ducats. Leurs visages étaient fort bien peints ( molto bene depenti), et aussi le reste du nu qu’on voyait. »
Les baptêmes étaient une autre occasion de dépenses tout aussi ruineuses : dentelles, langes frangés d’or et d’argent, rafraîchissements coûteux, et trente parrains ! Le Sénat s’en émut; en 1537, défense fut faite aux patriciennes et aux bourgeoises de recevoir des visites pendant leurs couches, les parents exceptés, sous peine d’une amende de 30 ducats. En 1634, les magistrats de la Sérénissime République renouvelaient cette défense; de plus, l’édit limitait le nombre des parrains à douze dont chacun ne pouvait envoyer en présent que quatre pains de sucre; pour les baptêmes, il interdisait, en outre, l’apparatdans
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l’Eglise, la musique, les dais, toutes les inventions d’une sotte vanité.
Le même auteur que nous venons de citer raconte qu’à Venise, une amende de dix ducats était infligée aux sages-femmes qui n’avaient pas, dans le terme de trois jours, notifié au bureau des Pompe le nom et le domicile du mari. « Pour s’assurer de l’exécution de la loi, dit-il, le notaire ordonnait au capitaine et aux valets des Pompe de visiter les maisons, dans lesquelles ils avaient le droit de pénétrer partout et nommément dans la chambre de l’accouchée. Ceux qui s’y opposaient, nobles ou bourgeois, étaient condamnés à une amende de dix ducats. Quant aux plébéiens, ils encouraient la peine de la prison, du bannissement ou des galères. »
Règlements de l’ancien royaume de Sicile. — Sous le règne de Charles IV, de Sicile, de nombreux règlements, concernant la naissance des enfants et des femmes en couches, furent élaborés sous l’inspiration du Dr Onufre Melazzo, « conseiller du roi en ce qui concerne la santé, et premier médecin général du royaume de Sicile et des îles adjacentes ». Nous donnerons, à titre de curiosité, le plus important : Pragmatique touchant V opération césarienne et les avortements (1 ) .
Charles, Par la grâce de Dieu, roi des Deux-Siciles et de Jérusalem, elc.. Infant d’Espagne, Duc de Parme, de Plaisance, etc.
Le Vice-Roi et Gouverneur Général dans ce Roiiaume de Sicile, aux Vénérables Archevêques, Evêques, Abbés, Prieurs, Curés ; aux Présidents des Tribunaux Roiiaux, etc.; aux Princes, Ducs, Marquis, Comtes; aux Commissaires Généraux dans tous le Roiiaume de la Sicile, et à tous ceux qui verront ces présentes lettres : Salut.
lia régné jusqu aprésent dans plusieurs Villeset Terres de ce Roiiaume une négligence au sujet des accouchemens, qui fait horreur : plusieurs femmes enceintes y sont mortes, sans qu’on ait pris le moindre soin du foetus qu’elles avoient dans leur -sein, et qui ordinairement survit à la mère, comme il est démontré par une infinité d’expériences ; ne faisant pas attention qu’il est facile de tirer l’enfant du sein de la mère par l’opération césarienne, ordonnée même par les Loix civiles, et qu’on peut par ce moiien le sauver d’une mort prématurée, ou du moins lui donner le baptême, et le mettre par-là en état d’entrer dans la vie éternelle. Cependant il est arrivé plus d’une fois qu’on a enterré inhumainement la mère avec l’enfant qu’elle avoit conçu, mais auquel on ne faisoit aucune attention.
Pressés donc par plusieurs personnes zélées, qui Nous ont représenté ce désordre, Nous crûmes devoir commettre l'examen de cette impor-
(1) Extrait de l 'Embryologie sacrée de l’abbé Dincraart.
tante affaire à l’Assemblée des Présidens et du Consulteur, qui, après y avoir réfléchi avec toute l’attention qu’elle mérite. Nous a fait son rapport par écrit, portant qu’il falloit nécessairement établir une Pragmatique perpétuelle, et y prescrire la forme qui doit être observée en pareil cas. En conséquence de ce rapport, Nous adressâmes, par la voie de la Secrétairerie Roiiale, un Billet au Sacré Conseil, pour que ce qui Nous avoit été proposé par ladite Assemblée fût mis en exécution. Pour se conformer à la teneur de notre Billet, le même Sacré Conseil aiiant fait aussi de sérieuses réflexions sur le projet dont il s’agit, a trouvé qu’il étoit juste que l’Autorité publique rémédiât à de pareils désordres ; c’est pourquoi s’agissant d’une affaire si considérable et si pressante, qui intéresse la gloire de Dieu, le service de Sa Majesté et le bien public, il a jugé à propos d’établir et de faire publier la présente Pragmatique.
Nous exhortons donc, en vertu do cette Pragmatique, les Révérendissimes et Vénérables Archevêques, Evêques, Abbés, Prieurs, Vicaires, les Curés, Bénéficiers, Chapelains, et autres Ecclésiastiques constitués ou non constitués en dignité, ou dans l’exercice de quelque Emploi, ou Jurisdiction Ecclésiastique propre ou déléguée, ou dans un état privé, de contribuer tous de leur côté à l’exécution des Règlements qui y sont prescrits. Nous ordonnons également à tous les Officiers Laïcs, Majeurs ou Mineurs, tant à ceux qui sont sujets à la Juridiction Roiiale ordinaire qu’à ceux qui jouissent de quelque privilège que ce soit, d’exécuter, chacun dans la partie qui le regardera, la même Pragmatique exactement, et sous les peines qui sont marquées ci-après.
I. Dès qu’une femme, de quelque grade et de quelque condition qu’elle soit, sera expirée, le mari, les parens ou les domestiques, s’ils la croient probablement enceinte, seront tous et chacun d’eux obligés, après s’être assurés qu’elle est véritablement morte, de lui faire faire l’opération césarienne, pour en extraire l’enfant qu’elle a dans son sein et lui donner le baptême. Il faut pour cela qu’on avertisse auparavant le Chirurgien ou quelqu’autre Expert, comme on expliquera ci-après, qui doit faire l’incision, afin qu’il se tienne prêt avec tout ce qui est nécessaire pour cette opération. Et si par hasard on ne pouvoit pas avoir dans le moment ledit Expert, ils auront soin, en attendant qu’il vienne, d’entretenir chaudement le ventre de la défunte avec des linges qu’on aura présentés au feu.
II. Nous voulons que l’opération césarienne se fasse principalement par les Chirurgiens ; à leur défaut, nous en chargeons les Sages-Femmes ou les Barbiers; et si ceux-ci n’étoient pas en état, ce seront les Médecins Physiciens, ou autres qu’on jugera plus à propos d’emploiier qui la feront. Nous ordonnons en conséquence à tous ceux qu’il appartient, de n’approuver à l’avenir pour l’office de Barbier ou de Sage- Femme que des personnes qui soient instruites, et qui aient été auparavant examinées sur la manière très facile de faire en cas de besoin
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l’opération césarienne sur les femmes mortes. Nous ordonnons pour cela au premier Médecin du Roi de prescrire brièvement et clairement, et de faire publier dans toutes les Villes et dans tous les endroits du Roiiaume la méthode de procéder à ladite opération ; à laquelle méthode nous voulons que tous les Opérateurs se conforment, en observant en même temps les autres règles et avertissemens nécessaires qu’on donnera à cet égard pour l’instruction de ceux qui ne sont pas bien au fait, et pour que les enfants qui ne sont pas encore nés soient secourus à propos.
III. Les Chirurgiens ou autres chargés de faire l’opération césarienne ne pourront exiger aucune rétribution, lorsque le mari ou les parens, en cas qu’ils doivent faire les frais, ou la défunte elle-même, seront pauvres ; et quand même ils seroient en état de faire quelque gratification, les Chirurgiens, etc., ne pourront demander que ce qui est taxé par les ordonnances du premier Médecin, et il ne sera jamais permis d’en traiter ni d’en parler qu’après l’opération. En sorte que si lesdits Chirurgiens, Médecins, Barbiers, et les Sages-Femmes, ou autres qui, à leur défaut, seront emploiiés par les Officiers de Justice, faisoient difficulté d’obéir pour quelque raison que ce soit à cette loi, et qu’en conséquence ils retardassent tant soit peu l’opération, les Officiers de Justice du lieu leur intimeront la peine que nous leur imposons de deux ans de prison, outre les autres peines qu’il plaira à Nous et à nos Successeurs de leur faire subir. Les Officiers de Justice seront pareillement chargés d’engager les parens de la défunte ou les héritiers à satisfaire, sans aucune formalité de jugement, mais directement et le plus tôt qu’il sera possible, celui qui aura fait l’opération.
IV. Si une femme qui est morte enceinte n’avoit ni mari, ni parens, ni domestiques, les voisins et autres qui sauront qu’elle ‘est grosse, surtout s’il s’agit d’une grossesse illégitime, seront obligés sur cette prévention d’en avertir les Officiers de Justice, afin qu’ils aient soin, en vertu de leur office, de faire faire au plus tôt l’incision césarienne, ou qu’ils en chargent l’Hospitalier, s’il y a un Hôpital dans le lieu, ou qu’ils prennent tel autre expédient qu’ils jugeront à propos pour que l’opération ne souffre aucun retardement : et également si la femme enceinte avoit son mari, ou des parens ou des domestiques, et que ceux-ci négligeassent de faire exécuter l’opération, surtout quand la grossesse est illégitime, les mêmes voisins seront tenus de s’adresser aux Officiers de Justice afin qu’ils y pourvoient.
V. Les Recteurs de tous les Hôpitaux de ce Roiiaume seront aussi chargés de faire faire l’opération césarienne sur les femmes enceintes qui mourront dans leurs Hôpitaux.
VI. Lorsqu’on n’a pas de preuves certaines (étant très difficile d’en avoir) que le foetus enfermé dans le sein de la défunte est mort, on doit toujours présumer qu’il est vivant, et par conséquent, celui qui est chargé de faire faire l’opération césarienne ne doit rien négliger pour
qu’elle soit observée, quand même il se seroit déjà écoulé un temps considérable depuis la mort de la mère : puisqu’il est certain, comme on l’a remarqué dans plusieurs occasions, que l’enfant survit quelquefois à la mère, plus d'un jour.
VII. Nous défendons au mari et aux parens d’une femme qui meurt enceinte, et à toute autre personne sans exception, de jamais empêcher qu’on lui fasse l’opération ; et, en cas de résistance de leur part, les Officiers locaux seront obligés, en vertu de la Pragmatique perpétuelle, d’y mettre ordre, de manière que ladite opération se fasse sans perdre de temps. Quant à ceux qui y mettent obstacle, ils seront soumis aux peines qu’on marquera ci-après. Les Officiers qui, dès qu’ils ont eu connoissance, quoique privée et extrajudiciaire, n’y auront point porté les secours nécessaires, comme ils y étoient obligés en vertu de cette Pragmatique, seront censés avoir encouru la peine des Arrêts pendant trois ans dans un Fort, s’ils sont nobles, et celle de trois ans de prison, s’ils sont roturiers, outre les autres peines réservées par Nous et nos Successeurs.
VIII. Comme il peut arriver qu’une femme morte soit grosse d’une manière illégitime, sur laquelle cependant, en vertu de la présente Pragmatique qui n’admet exception de personne, il faudra faire la section sous les peines exprimées ci-dessus et qu’on dira ci-après, et qu’il est à craindre que les parens, pour éviter le deshonneur qu’ils croiroient leur arriver à l’occasion de l’opération césarienne, ne voulussent cacher la grossesse et empêcher l’opération. Nous ordonnons à tous et à chacun des Officiers de Justice, et à tous ceux à qui il appartiendra d’avoir quelque part à l’opération qui se doit faire aussi sur les femmes illégitimement grosses, de l’effectuer malgré la répugnance et la contrainte des parens ; mais cependant avec tant de prudence, de précaution et de secret, que ceux qui ne doivent point s’ingérer dans l’opération ne puissent en avoir aucune connoissance. Nous les prévenons que, si par malice ou par négligence, ils ne se comportoient pas comme il faut et de la manière que nous venons de marquer dans une affaire de cette nature, nous les punirons de leur désobéissance et de leur lâcheté, et ceux qui voudroient empêcher l’opération demeureront soumis aux peines portées contre les transgresseurs, et qui sont marquées à la fin de la présente Pragmatique.
IX. Nous exhortons tous les Curés de ce Roiiaume de ne jamais permettre qu’on enterre les femmes qui meurent enceintes, avant qu’on leur ait fait l’opération césarienne; ils ne souffriront point à cet effet qu’on les porte à la sépulture, ni qu’on leur jette de l’eau bénite; ils emploient eux-mêmes, en cas de résistance de la part des parens, le secours des Officiers locaux qui en sont responsables, comme on a dit ci-dessus. Nous exhortons également tous les Révérendissimes Archevêques, Evêques et Abbés, qui exercent quelque Juridiction Ecclésiastique en ce Roiiaume, de faire en sorte que les Curés qui leur sont soumis s’ac-
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quittent de leur devoir au sujet de ce qui vient d’être statué, sous telles peines qu’ils jugeront à propos de décerner dans leurs Mandemens et dans les Synodes de leurs Diocèses contre les Curés et autres personnes Ecclésiastiques, suivant l’importance et la gravité de la matière.
X. Nous défendons encore, sous les formes les plus rigoureuses et sous les peines qu’on dira ci-après, non-seulement à toutes les femmes enceintes de s’exciter de quelque manière que ce soit à l’avortement, mais aussi à toute autre personne d’y coopérer, ni donner le moindre secours ni aucun conseil à cet égard sous les mêmes peines. Il est également défendu aux Médecins, aux Chirurgiens, aux Sages-Femmes, aux Barbiers et à qui que ce soit de prescrire, donner, faire et vendre des médecines ou d’autres remèdes propres à produire un si pernicieux effet. Nous leur ordonnons en conséquence de se tenir sur leur garde, et d’agir avec précaution, lorsqu’ils soupçonneront que des femmes enceintes ou d’autres personnes ne demandent de ces sortes de drogues ou remèdes que dans le mauvais dessein de s’en servir pour faire avorter; car, en pareil cas, les Médecins, Chirurgiens, etc., ne doivent point en préparer ni en donner. Lorsque les Médecins traiteront des femmes enceintes et malades, ils seront obligés de prendre toutes les précautions que la loi de la charité prescrit pour que les remèdes qu’ils donneront ne contiennent rien qui puisse nuire au foetus, et le mettre en danger de mort ou d’avortement. Nous exhortons pour la même raison tous ceux qui sauroient qu’on veut procurer quelque avortement, et qui ne pourroient l’empêcher, d’en donner secrettement avis au Capitaine ou à quelqu’autre Officier de Justice, afin qu’ils emploient les moiiens propres pour en arrêter le danger.
XI. Dans les grossesses illégitimes, les Chefs de la Justice et les autres Officiers qui en seront instruits et auront lieu de craindre quelque avortement violent, seront tenus de veiller sur l’accouchement, et de prendre, en secret et avec précaution, toutes les mesures nécessaires pour que la femme et les parens soient obligés de répondre de l’enfant quand il sera temps. Si la femme est pauvre, les Officiers de Justice lui assigneront une Sage-Femme ou quelque autre personne pour en avoir soin ; ce qu’on fera avec le secret, la circonspection, la. charité et le zèle qu’exigent des affaires de cette espèce.
XII. Nous voulons et, en vertu de la présente Pragmatique, ordonnons que lorsqu’il arrivera quelque fausse couche, les parens, les domestiques et autres qui se trouveront présens aient la précaution de ne pas jetter inconsidérément le fœtus ni de le laisser à l’abandon, mais d’examiner avec toute l’attention possible s’il est vivant, afin qu’on puisse d’abord délibérer sur ce qu’il y aura à faire par rapport au baptême.
XIII. Nous voulons pareillement que dans les fausses couches, de même que dans les accouchements naturels, il ne soit permis à personne de détruire le fœtus quelque difforme qu’il soit, comme on a eu la cruauté
de faire plus d’une fois ; mais si c’est véritablement un monstre, on appellera le Curé afin qu’il décide suivant les loix de l’Eglise insérées dans le Rituel, s’il faut lui donner ou lui refuser le baptême, et, si la chose l’exige et que le temps le permette, il consultera l’Evêque ou quelques autres personnes expertes.
XIV. Nous ordonnons enfin que quiconque transgressera la présente Pragmatique qui doit être perpétuelle, soit mari, parent ou parente de la femme enceinte, ou tout autre qui par fraude ou par négligence, ou par quelqu’autre empêchement de sa part sera cause que l’opération césarienne ne soit effectuée, ou qu’elle soit retardée au préjudice du fœtus, ou qui par malice occasionnera quelque avortement violent, soit censé avoir commis le crime d’homicide. Nous chargeons les Officiers de Justice de prendre dans la forme la plus rigoureuse des informations contre ces criminels, de les faire arrêter, et de procéder contre eux en la manière accoutumée, et suivant les Usages et les Loix du Roiiaume, pour être ensuite condamnés par qui de droit à subir les peines dont on punit le crime d’homicide, à proportion tant de la qualité du délit et de ses circonstances, que de la fraude et de la négligence des coupables. Le cas venant à écheoir, les susdits Officiers de Justice nous en donneront avis, comme ils sont obligés à l’égard de tout autre délit, par la voie du Tribunal de la Grande Cour Roiiale Criminelle, que nous chargeons de procéder contre lesdits transgresseurs privativement, lorsque les Officiers locaux ne jouissent pas de l’exercice de pur et mixte empire, n’admettant point pour ces sortes de délits aucun bénéfice de For même très privilégié dont les coupables se trouveroient munis, parce que nous voulons qu’en pareils cas ils soient soumis uniquement et privativement à la Juridiction ordinaire de Sa Majesté, et que le Fisc Roiial puisse, au défaut de partie accusante, se porter accusateur, pour qu’on fasse le procès aux coupables et qu’ils soient punis. Nous voulons enfin que la présente Pragmatique soit exécutée dans toutes ses parties et suivant sa teneur, comme loi inviolable et perpétuelle de ce Roiiaume. C’est pourquoi, afin que chacun en ait connoissance, nous ordonnons qu’elle soit publiée dans les formes accoutumées et qu’elle soit enregistrée par qui de droit, et où il convient et non autrement. Donné à Païenne le 9 Août 1748.
Le duc de la Viefville.
Nous terminerons ces pratiques obstétricales de Sicile par la Lettre circulaire que le même Onufre Melazzo adresse à tous les substituts du Royaume, au sujet de la taxe pour l’opération césarienne :
Monsieur,
Comme il arrive souvent des disputes au sujet de l’honoraire que l’on doit donner au Chirurgien pour avoir fait l’opération césarienne sur
MOEURS ET COUTUMES
une femme morte enceinte, et considérant que cette opération est facile par elle-même et triviale, et que si l’honoraire était un peu haut, plusieurs s’abstiendroient d’appeler les Chirurgiens au préjudice irréparable de la vie temporelle et éternelle des petits enfans ; considérant encore que ces enfans, de l’intérêt desquels il s’agit, méritent, dans cet état, nos soins et notre compassion, quand même ils auroient des parens riches, j’estime que la taxe de l’opération césarienne doit être modérée de manière que le Chirurgien soit attiré par une honnête récompense, mais elle ne doit pas être si forte qu’elle rende difficile une affaire de si grande conséquence pour l’Eglise et pour l’Etat. Je vous préviens donc, Monsieur, que quand il s’agira de taxe pour l’opération césarienne qu’on aura exécutée sur une femme morte, vous fassiez paiier au Chirurgien, à raison de la section, douze tarins |1); et si, au défaut de Chirurgien c’est un Médecin qui opère, vous lui ferez donner la même paie ; mais si c’est un Barbier ou une Sage-Femme, vous leur ferezïlonner six tarins. Et comme il faut quelquefois outre l’opération avoir égard à la peine extraordinaire que prend le Chirurgien quand il assiste la malade, on doit alors augmenter l’honoraire de cette sorte : s’il a assisté depuis le matin jusqu’au soir, ou depuis le soir jusqu’au matin, on lui donnera douze autres tarins ; s’il a été appellé le soir avant minuit, ou le jour à une heure incongrue entre midi et le soir, il aura trois autres tarins. On en agira de même à l’égard du Médecin, et, proportion gardée comme ci-dessus, à l’égard du Barbier et de la Sage-Femme. Dans les autres cas, ils se contenteront de la paie qu’on donne'pour la section.
S’il arrivoit qu’à cause de l’impossibilité où seroit une femme d’accoucher, d’où suit ordinairement la mort de la mère et du fœtus, qu’on dût pour la délivrer de la mort lui faire l’opération césarienne, suivant que l’art le prescrit, et comme il est marqué dans l’Edit perpétuel in vim Pragmatica, dans ce cas la paie du Chirurgien pour la section sera deux onces, outre ce qui lui sera dû à raison des visites qu’il aura faites pour la cure. Dans les cas néanmoins où la femme et son mari seroient véritablement pauvres, tant les Chirurgiens que les autres, en vertu du devoir inné de la charité et du serment qu’ils ont fait de servir gratis les pauvres, se tiendront pour très satisfaits de la souveraine récompense que Dieu a préparée dans le Ciel à la véritable charité.
A Palerme, ce 30 Septembre 1761.
Monsieur,
Votre très affectionné Serviteur, Melazzo, Premier Médecin du Eoiiaume.
Coutumes Hollandaises. — En Hollande, comme ailleurs, les
(1) L’once de Sicile vaut douze livres seize sols six deniers, monnaie de France. L’once vaut trente tarins de Sicile.
amis des deux sexes viennent rendre visite à l’accouchée; comme ailleurs, on bavarde, mais plus qu’ailleurs on boit : chacun présente à la mère, ainsi qu’au nouveau-né, un gobelet de vin du Rhin avec beaucoup de sucre et un bâton de cannelle. Cette cérémonie se renouvelle autant de fois que la malade reçoit de visites : elle s’appelle van-belire , c’est-à-dire le gobelet de l’accouchement.
Les visites à l’accouchée étaient sans doute nombreuses, car il était d’usage, dans les Pays-Bas, d’entourer d’un linge blanc le marteau de la porte, afin de ne pas réveiller par le bruit l’enfant endormi.
La figure 393 nous montre la claie sur laquelle était assise la mère pour procéder à la toilette de l’enfant ; nous retrouverons le même siège employé dans les Flandres (fig. 394).
Coutumes belges. — Les visites à l’accouchée, en Belgique, donnaient lieu aussi à de fréquentes libations, ainsi que l’indique une scène d’un vieux tableau flamand, tiré de la collection de M. Léon Dewez (fig. 394).
Le D1' Didot, de Liège, a préconisé une « berceuse » de son invention (fig. 395) qui a été adoptée dans quelques familles belges. C’est une espèce de berceau d’osier muni d’un tablier à charnière et dans lequel l’enfant est enfermé. Deux anses, disposées en arrière, reçoivent le bras droit de la nourrice, tandis que la main gauche tient une anse antérieure.
MOEURS ET COUTUMES
Le docteur Henriette, de Bruxelles, jaloux des lauriers de son confrère de Liège, a imaginé le cadre-hamac (fîg. 396), pour donner de l’exercice à l’enfant ; cet appareil se compose d’un bâti de fer muni de deux paires de montants d’inégale hauteur et sur lequel est lacée une petite toile de hamac. Une simple couverture pliée et étendue sur le sol peut remplir le même but et à moins de frais.
A la Maternité de Bruxelles, nous signalerons une coutume fort charitable que nous voudrions bien voir suivie chez nous; au con-
Fig. 394. — L’accouchée.
traire de l’usage adopté à Paris, où l’administration ne craint pas d’exposer publiquement, sur la pancarte fixée à la tête du lit, l’état-civil des femmes en couches, les pensionnaires de l’hôpital belge, comme, du reste, en Italie et en Russie, ont le droit de cacher leur nom et
leur qualité, sauf toutefois au directeur, lequel est tenu au secret.
Quant aux avortements, ils sont aussi nombreux dans la catholique Belgique que partout ailleurs, et ils semblent être, comme dans
Fig. 395. — Promeneuse d’osier du Dr Didot.
les autres pays, l’apanage des sages-femmes. La femme Rodelet, accoucheuse à Bruxelles, mérite une mention spéciale pour la manière originale dont elle se débarrassait des clientes qui avaient succombé
Fig. 396. — Cadre-hamac.
chez elle à la suite de ses manœuvres maladroites; elle les coupaient en morceaux, à la façon de Billoir, et les expédiait en chemin de fer comme un simple colis.
MOEURS ET COUTUMES
Coutumes, préjugés et pratiques superstitieuses particulières à l’empire russe. — Les renseignements nous manquent sur la fréquence des avortements dans l’empire russe; nous remarquerons seulement qu’en Russie, plus qu’ailleurs, ce crime serait injustifiable. Nulle part, en effet, on n’observe une telle discrétion vis-à-vis des femmes enceintes, et le pays de l’absolutisme pourrait, sur ce point, servir de modèle à l’Europe libérale. L’entrée de la Maternité est gratuite à celles qui veulent y venir accoucher secrètement. Elles peuvent taire leur nom, entrer voilées ou masquées et conserver leur voile ou leur masque pendant toute la durée de leur séjour. On donne à chacune une chambre particulière et la sagefemme seule est autorisée à y pénétrer. L’empereur Nicolas qui visitait souvent les hôpitaux, respecta toujours cette consigne.
A Ivazan et dans plusieurs villes importantes de la Russie d’Europe, quand le travail est trop laborieux, on a recours à la pratique du pot. Voici, d’après le Dr Alex. Salowieff, en quoi elle consiste : Dans une grande jatte en grès, ayant une capacité de deux à trois litres, on jette un peu d’étoupe enflammée et on applique l’ouverture du vase sur le ventre de la femme. Cette ventouse d’un nouveau genre détermine souvent des brûlures très profondes.
En Sibérie, suivant Malthus, quand le travail se ralentit, un certain nombre d’hommes, postés autour de la demeure de la femme, font, à un signal convenu, une décharge d’armes à feu qui effraye beaucoup la parturiente et passe pour activer les douleurs.
Le comte F. de Gramont rapporte qu’en venant visiter une accouchée, en Russie, on doit lui glisser dans la main une pièce de monnaie qui varie suivant la position de fortune des visiteurs. Les gens aisés ne peuvent donner moins d’un ducat. Les personnes mariées sont seules assujetties à cet usage. R paraît qu’à Saint-Pétersbourg cet impôt est aboli, mais qu’il est toujours prélevé à Moscou et dans les provinces.
Dans les chaumières des mougicks, les berceaux sont fixés au bout d’une longue perche, de façon qu’on berce les enfants de haut en bas. En Finlande, le berceau est composé d’une petite caisse en bois, suspendue au plafond et disposée à une distance du sol telle que la mère puisse donner le sein sans déranger l’enfant (fig. 397).
Chez les peuples de l’Esthonie, quand un jeune homme a obtenu la main d’une fille, et qu’il se rend à l’église pour célébrer son union, il se garderait bien de monter une jument : sa femme ne donnerait naissance qu’à des filles. Dès que le fiancé arrive, on relâche la sangle du cheval de sa femme, pour qu’elle ait des couches faciles.
Fig. 397. — Berceau finlandais, d’après un dessin de M. Charles Giraud, attaché à la dernière expédition de la Recherche.
Dans la tribu des Samoyèdes, les femmes n’accusent aucune plainte en accouchant. « Quand le contraire arrive », raconte Sue, « leurs maris les soupçonnent d’infidélité avec quelque étranger; ils les battent pour leur faire avouer leur faute : si la femme se reconnaît cou-
Les femmes enceintes de cette tribu changent de chaussures toutes les semaines, pour dérouter le diable qui est censé les poursuivre, avec l’espoir de s’emparer de l’enfant à sa naissance.
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pable, ils la renvoient sur le champ à ses parents, après avoir repris tout ce qu’ils avaient donné. Cette conduite est cependant opposée à ce que dit Buffon, qui assure que ces peuples, non seulement ne connaissent pas la jalousie, mais même offrent leurs femmes et leurs filles au premier venu ». Nous avons déjà signalé une coutume analogue, observée dans d’autres tribus du nord de la Russie : pour faciliter le travail, le mari et la femme confessent à la sage-femme leurs méfaits conjugaux et, s’il survient un accident ou si l’accouchement tarde trop à se terminer, ils en concluent que l’un des époux a fait de fausses déclarations.
En Laponie, aussitôt après l’accouchement, on fait boire à la femme de l’huile de baleine. On plonge d’abord l’enfant dans la neige, puis dans l’eau chaude. Comme les Lapons ne connaissent pas l’usage du
Fig. 3à8. — Lapone et son enfant (Figure extraite du Costume historique, de Racinet).
linge, ils n’emmaillottent pas leurs enfants ; ils les enfouissent, sans langes, dans un berceau en forme de sabot, appelé Katkem, rempli de mousse et de duvet. Cette sorte de nid est coquettement orné de fourrures aux nuances variées et de chaînettes de laiton terminées par des anneaux ou des plaquettes de même métal. Quand la mère sort elle emporte avec elle, accroché sur son dos, ce précieux fardeau (fig. 398) et fait résonner à chaque pas les ornements métalliques qui
l’entourent. Sous la tente, le berceau est attaché à une traverse et on y suspend, si c’est un garçon, un petit arc et des flèches de chasseur, des rames et des filets de pêcheur; si c’est une fille, on y fixe des ustensiles de ménage et les ailes blanches du lagopède, symbole delà diligence et de la pureté.
D’après M. de Saint-Blaize, quand une Lapone accouche en voyage, son mari improvise un berceau, en creusant un morceau de sapin ou de bouleau, auquel il adapte un grillage en fer pour protéger l’enfant contre les bêtes féroces. La mère continue sa marche en portant cette bûche sur son dos, à l’aide de courroies, et, dès qu’elle s’arrête, elle l’accroche aux branches d’un arbre (fig. 399).
Chez les Tartares Nogaïs, répandus au sud de l’Empire russe, à chaque naissance, les parents et les amis viennent à la porte du père frapper sur des chaudrons et des marmites ; ils veulent ainsi effrayer et mettre en fuite le diable, pour qu’il n’ait aucun pouvoir sur l’esprit de l’enfant.
Doutchenko, dans le Monde inconnu , prétend que, chez les Juifs du Caucase, quand les couches sont difficiles, on délaie dans de l’eau quelque peu de terre tirée d’une fosse récente ; on ingurgite ce breuvage à la patiente et, si les douleurs ne cessent pas, on recommence, mais avec de la terre prise plus profondément.
Suivant Landowski, certains Kalmoucks, ainsi que les Bourouts, riverains du lac Baïkal, adressent, au moment de l’accouchement, des prières à leurs divinités de cuivre; si elles sont exaucées, les dieux sont récompensés : on leur barbouille la bouche avec du lait ou du beurre ; si l’opération n’a pas marché à souhait, on les fustige et on les met à la porte, où ils attendent dans la neige tant qu’ils n’ont pas accordé ce qu’on leur a demandé.
Le voyageur Gmelin attribue aux Yakouts une coutume dégoûtante : aussitôt après l’accouchement, le père prend le placenta, le fait cuire et s’en régale avec ses parents et ses amis.
Au Kamtschatka, suivant C. Hoberland cité parle Dr Galliot, « les femmes cherchent souvent par des conjurations et des herbes magiques à prévenir la conception : lorsqu’elles sont enceintes, plutôt que de supporter les incommodités de la grossesse et les douleurs de l’enfantement, elles se livrent aux mains de grossières sages-femmes qui les soumettent aux traitements les plus effrayants : elles pétrissent le globe utérin avec leurs poings pour briser les membres du foetus et en provoquer l’expulsion. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que de pareilles tortures sont souvent suivies de la mort de la mère. » Au même pays, dès qu’une femme est en travail, tous les habitants
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du village, prévenus par le mari, accourent pour assister à l’accouchement. La femme se délivre elle-même, coupe le cordon avec un caillou tranchant, le lie avec un fil d’ortie et jette le placenta aux chiens... à moins, sans doute, qu’elle n’ait pour hôte quelque Yakout. Dès que l’enfant est né, on se le passe de main en main pour l’examiner et le caresser, et chacun adresse ses félicitations au père et à la mère. Les femmes Kamtschadales accouchent avec la plus grande aisance, sans autre aide que celle de leurs mères ou de quelques proches parentes. « On en voit », dit le comte F. de Gramont, « qui, pendant le temps qu’elles sont en travail, vaquent encore aux soins de
Fig. 399. — Berceau lapon.
leur ménage, et qui, un quart d’heure après leur délivrance, sortent avec leur enfant dans les bras, sans en être le moins du monde incommodées ». Autrefois, il était de règle dans le pays que, quand une femme mettait au monde deux jumeaux, l’un des deux devait périr ; il en était de même d’un enfant né pendant un orage. L’influence russe a fait disparaître ces coutumes barbares.
Après leurs couches, les femmes Ostraks vivent complètement isolées pendant près de cinq semaines. Au bout de ce temps, on allume un grand feu ; elles se purifient en sautant par dessus; après quoi elles vont présenter le nouveau-né à son père.
Depuis les récentes conquêtes de la Russie, on peut ranger les
Tadjiks (1) parmi les sujets du tsar. Ujfalvy raconte que ce peuple, pourtant assez civilisé, a coutume de tenir allumée, pendant quarante nuits, au-dessus du berceau du nouveau-né, une chandelle qui doit brûler jusqu’à l’aube pour écarter les esprits malins.
Usages au Monténégro. — Les Monténégrines accouchent où elles se trouvent, dans les champs, dans les bois, seules, sans secours, sans proférer la plus légère plainte, sans faire entendre le moindre murmure. Quand elles ont repris leurs sens, elles enveloppent l’enfant dans un tablier, et vont, suivant un ancien usage de leur pays, le laver à la fontaine la plus proche ; après quoi elles retournent vaquer à leurs travaux.
« Quand la naissance d’un enfant est connue » dit F. de Grammont, « les parents et les amis de la famille s’empressent d’apporter en présent à l’accouchée toutes sortes de gâteaux, dont celle-ci compose un repas qu’on appelle babineh, et qui est toujours des plus agréables par la quantité, la qualité et la variété des mets. La proposition de tenir un enfant sur les fonts du baptême est regardée comme un grand honneur, et la refuser serait faire aux parents une injure grave. Dans ce pays, on donne à l’enfant deux parrains, l’Eglise grecque n’admettant pas le concours d’un homme et d’une femme au sacrement du baptême. On l’administre, du reste, comme dans l’église romaine, excepté que les prières sont d’une longueur excessive, et qu’on inonde le nouveau-né sous l’abondance et la multiplicité des aspersions.
« Au retour de l’église, quand on remet l’enfant dans son berceau, on place à côté de lui les attributs de son sexe qui sont, pour les garçons, le fusil, les pistolets et le ganzard (coutelas). Le père, avant de déposer là ses armes, les baise, et les donne à baiser aux assistants, et même au nouveau-né ; tout cela avec un sérieux et une gravité qui attestent l’importance attachée par ce peuple à de pareilles cérémonies, où, pour notre part, nous ne trouvons rien de puéril.
« Pendant ce temps, on entend au dehors le bruit des cloches, les détonations des boîtes d’artifices et le feu de la mousqueterie. Un repas, plus ou moins splendide, termine la journée. Dans ce repas, on forme à l’envi des vœux pour le nouveau-né. Voici ceux qui sont le plus en usage ; ils font à la fois l’éloge et la peinture du caractère monténégrin :
(1) Ceux de Boukharie du moins ; il y a des Tadjiks dans la Perse et dans le Kaboul.
« Que la sagesse soit son héritage ! Qu’il brille comme l’étoile du matin ! Que son âme soit douce comme la clarté de la lune ! Que le miel coule de son cœur! Qu’il soit toujours sain comme le plus beau chêne de nos forêts ! Qu’il soit à jamais irréconciliable avec les Turcs ! Qu’il se batte comme moi ! Qu’il reste toujours libre, et qu’il meure hors de son lit ! »
En Turquie. — Turpin, dans Histoire de l'Alcoran, signale une coutume turque que nos collégiens verraient sans peine s’établir chez nous : « L’époux et ses amis se rendent, lorsqu’une femme est en travail, dans les écoles publiques et font un présent au maître pour l’engager à donner congé à ses disciples, ou pour en obtenir la grâce de celui qui est tombé dans quelque faute... C’est par ce même motif, que les pères achètent des oiseaux pour leur donner la liberté, persuadés que cette liberté rendue est un gage que leurs femmes seront bientôt affranchies des maux qu’elles souffrent dans l’enfantement. »
Comme nous le verrons plus loin, la femme turque n’accepte l’intervention d’un accoucheur que lorsque sa vie est réellement en danger; dans ce cas, le praticien peut découvrir la partie génitale et manœuvrer à son aise, mais, avant son entrée dans la chambre de la patiente, celle-ci a eu le soin de se couvrir entièrement la tête, de telle façon qu’il n’est même pas possible de voir ses cheveux (1).
Pour tout accouchement, principalement en province, les familles musulmanes ont donc recours à une sage-femme (2). Celle-ci se place à genoux devant, la patiente qui est assise sur le fauteuil dont nous avons déjà parlé (fig. 257). D’ailleurs, le rôle de la matrone, en raison de son ignorance, est essentiellement passif ; il
(1) La pudeur de la femme turque, on le sait, ne concerne guère que le visage. Et encore, si l’on en croyait les voyageurs qui ont passé par certaines maisons de Péra !... Quoi qu’il en soit, le docteur Zambaco, à qui nous devons nombre de renseignements utilisés dans cet ouvrage, nous a raconté à ce propos un incident assez amusant. Un de ses amis passe en barque à quelque distance de plusieurs femmes en train de se baigner. Grand émoi. Se cacher la tête ? Mais où trouver un voile ? La plonger sous l’eau ? Mais le giaour est loin de se presser, bien au contraire. Le parti fut vite pris ; les naïades de la Corne d’or se couvrirent pudiquement la figure avec les mains, tournant vers l’étranger, accidentellement indiscret, la région méconnaissable de leur individu.
(2) Tous les détails concernant l’accouchement en Orient et les soins donnés à la mère et à l’enfant, sont empruntés à la communication intéressante faite par le docteur Zambaco au congrès de Copenhague.
se borne à attendre l’expulsion naturelle de l’enfant, puis à couper le cordon et à attendre encore que le délivre veuille bien se présenter de lui-même. Toute présentation vicieuse, si le médecin n’intervient pas, coûte la vie fatalement à la mère et à l’enfant.
« Dans bien des villages, la femme travaille aux champs jusqu’au dernier moment. Surprise par le travail de l’accouchement, elle rentre chez elle, si elle en a le temps. De toute façon le lendemain elle reprendra son ouvrage comme d’habitude. Dans d’autres endroits la femme accouche volontiers dans le bain.
« Chez le peuple, on ne lave point la nouvelle accouchée, et ce n’est que le 40e jour qu’elle ira au hamam. Couchée dans son lit, elle y restera de 9 à 12 jours.
« La mère ne doit boire que de l’eau de riz pendant trois jours ; puis on lui accorde des graines de riz et des compotes étendues de pruneaux ou d’abricots. Elle ne prend des potages au bcuillon de viande qu’après le quatrième ou le cinquième jour ; sa boisson habituelle sera de la décoction de capillaire.
« Les croisées, qui pouvaient être ouvertes pendant l’accouchement, sont fermées aussitôt après, et restent closes pendant au moins huit jours, quelle que soit la saison. Il en est de même de la porte, de sorte que l’accouchée reste dans une atmosphère infecte. Le linge, imprégné de tous les liquides de l’accouchement et des lochies, doit rester dans la chambre de l’accouchée pendant trois jours au moins. Les Djinns ou mauvais esprits, nous le savons, joueraient de mauvais tours à la femme, si l’on agissait autrement. Dans la même crainte des esprits, l’accouchée n’est jamais seule, et on n’ouvre plus la porte de la maison dans les villages, à partir du coucher du soleil jusqu’à l’aube; si l’on déroge à cette habitude pour un cas exceptionnel, on fumige la personne, quand même ce serait le maître de la maison, avec de l’encens.
« Les hémorrhagies, pendant ou après la couche, sont combattues avec des cataplasmes de tranches de citron ou de pommes de terre, ou même avec du kaviar appliqué sur la vulve. Dans certaines provinces, après l’accouchement, pour prévenir l’hémorrhagie et favoriser l’expulsion du placenta, on applique sur le ventre le trognon d’un vieux balai et on le bande. La femme conserve ce bandage, même après avoir quitté le lit. Cette pratique s’observe encore à Stanza, ville située sur la mer Noire, à huit heures de distance de' Constantinople.
« Les relations conjugales ne recommencent, en général, qu’après le
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quarantième jour, au retour du hamam (1) et après purification par les prières de l’imam ou la bénédiction du prêtre.
«En Orient, l’enfant n’est lavé, comme la mère, que le quarantième jour. A sa naissance, il est essuyé simplement avec un linge sec, puis on saupoudre tout son corps avec du sel fin, pour l’empêcher de sentir mauvais. Avant d’emmailloter l’enfant, la sage-femme ou lebarbier pratique avec un rasoir, le long de son dos et aux mollets, de nombreuses scarifications, pour tirer « le mauvais sang » et le préserver des maladies ; on recommence cette opération quinze ou vingt jours après la naissance. Ces incisions, longues de 2 à 5 centimètres, sont superficielles, il est vrai, mais elles n’en laissent pas moins des traces indélébiles, très visibles sur le dos des femmes décolletées.
« Les musulmans ont l’habitude de fagoter les enfants d’une manière fort curieuse. La tête est couverte par un morceau de flanelle, de coton cardé ou de linge, selon la saison, par-dessus lequel on met un bonnet en coton ou en laine avec une mentonnière. On roule autour du bonnet deux fois un mouchoir plié en bande large, de quatre travers de doigt environ, et dont les chefs sont attachés en avant; un autre mouchoir carré et plié en triangle est appliqué par sa base sur le frcnt ; les angles latéraux sont croisés en arrière et ramenés en avant pour être attachés. Un troisième mouchoir, plié encore en triangle, est placé sur la tête et ses chefs, croisés sous le menton et fortement serrés, se nouent sur le sinciput, de manière à fixer la mâchoire inférieure sur la supérieure.
« Pour préserver les enfants turcs des esprits malins, on pend à la partie supérieure du front un petit paquet composé d’une gousse d’ail, d’une pierre bleue, de quelques perles enfilées et d’une pièce d’or sur laquelle est écrit : Ma clia Allah (ce que veut Dieu). Puis, suivant la pratique jadis répandue dans toute l’Europe, on enveloppe fortement l’enfant, depuis les pieds jusqu’au cou, les bras appliqués le long du corps, avec un bandage, appelé fasskia , long de deux à trois mètres. On en fait ainsi une sorte de momie que l’on dé-
(1 ) « D’ailleurs le bain est de rigueur après chaque période menstruelle chez les musulmanes et les israélites et même chez les chrétiennes qui habitent les centres turcs où les habitudes musulmanes ont prévalu. Il y a même plus, le lendemain des relations, les époux doivent aller au bain. Aussi le vendredi, voit-on tous les ménages accourir au hamam, car le jeudi soir est consacré à l’accomplissement des devoirs conjugaux. Les chrétiens s’y rendent le dimanche. Cette purification par le hamam le lendemain du coït est si générale que la périphrase dont on se sert d’habitude pour conseiller la continence est la suivante : « il ne faut pas aller au bain, ou bien rarement » (Zambaco).
bande deux ou trois fois par jour. Les Orientaux compriment de cette façon barbare leurs enfants, pour qu’ils deviennent « tout droits comme des bougies. » Mais ils obtiennent, le plus souvent, un résultat inverse, à en juger par le nombre considérable d’enfants cagneux que l’on rencontre dans les rues.
« Chez les riches, les préparatifs pour l’enfant à naître sont aussi importants que ceux que l’on ferait « pour un général revenant victorieux de quelque expédition ». Les amis, les voisins se pressent pour venir admirer les petits linges de l’enfant et leurs rubans multicolores, visiter les berceaux et les mille bagatelles destinées au futur
Fig. 400. — Berceau turc.
fils de Mahomet. A peine est-il né, on l’emmaillote et on l’expose sur le sofa de la chambre au regard des curieux.
« Non content de comprimer ces pauvres petits êtres avec des bandes serrées, on les maintient, en outre, dans leur berceau avec une sorte de bandage de corps qui les empêche même de remuer. Dans la classe ouvrière, le berceau estsouvent remplacé par un simple matelas étendu à terre ; dans la classe aisée, on se sert de berceaux en forme d’auges ou semblables à ceux dont on trouve encore quelques spécimens dans nos campagnes : les deux pieds recourbés placés sur le sol, permettent de balancer facilement les enfants. Pendant que la mère est au lit, elle se passe au poignet le bout d’une ficelle attachée à l’un des coins pour bercer l’enfant, dès qu’il crie. On chante toujours en berçant l’enfant, surtout chez les sujets turcs de race grecque, des mélo-
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pées plaintives, si monotones qu’elles finissent par endormir cellesmêmes qui les chantonnent.
« Les berceaux sont plus ou moins ornés, suivant la position de fortune des parents ; il en est qui sont artistement sculptés ; les couvertures sont souvent brodées d’or, de perles et même de pierres fines. Tous sont percés d’un trou où s’adapte un vase dans lequel tombent les déjections (fig. 400).
« Au-dessus de la tête de l’enfant, on pend une amulette composée d’une pièce en os ou en bois sous forme de fourche, accompagnée de ces mêmes talismans que nous avons déjà vu placer sous la calotte du nouveau-né. »
Les tribus nomades de la Turquie d’Asie ;se servent d’un berceau beaucoup plus primitif. Dans l’hiver de 1856, le Dr Eram, traversant une plaine déserte de cette région, vit un tableau tout différent de celui qüe nous venons d’esquisser. Une femme nomade accoucha le long d’un cours d’eau ; aussitôt après s’être délivrée, elle plongea le nouveau-né dans l’eau froide pour qu’il devint robuste, puis le transporta dans une grotte où elle avait, au préalable, creusé une fossette couverte de terre fine et assez large pour pouvoir l’y coucher. L’enfant fut placé dans ce berceau économique et recouvert de terre surtout le corps, sauf la tête. La terre était renouvelée chaque jour, et la fossette s’agrandissait à mesure que l’enfant croissait.
Virey pense que les femmes de l’Orient accouchent facilement à cause de leur habitude de s’asseoir les jambes croisées et les cuisses écartées, ce qui tend à élargir leur bassin. Les femmes destinées aux sérails auraient, au contraire, des couches laborieuses, parce que, paraît-il, ceux qui en trafiquent prennent soin, dès leur jeune âge, de leur comprimer les hanches pour rétrécir les organes sexuels.
Les mœurs obstétricales de l’ Albanaise diffèrent notablement de celles de la femme turque. « L’Albanaise, » dit le Dr Zambaco, « réputée et par le fait très courageuse, ne doit pas crier en accouchant ; c’est lâche » dit-elle, « que de ne savoir supporter sa douleur ». Elle fait ses couches en cachette, peut-être pour ne pas faire entendre les cris qui lui échapperont malgré elle. Toujours est-il que l’enfant arrive au monde à l’insu du mari, qui n’apprend l’événement qu’après. C’est la mère de la femme et, à son défaut, la plus âgée de la famille qui fait fonction de sage-femme.
« Il y a beaucoup de réserve en Albanie (1). Ainsi il est honteux de
(1) « Dans tout l'Orient, au contraire, la femme est considérée, à cause du flux périodique auquel elle est soumise, comme un être impur. En Mésopotamie, si l’on
parler de grossesse. La femme la dissimule autant qne possible. Une femme enceinte a toujours sur elle un canif pour couper le cordon au besoin.
« Le nouveau-né estlavé tous les jours; sa tête reste découverte, ses membres ne sont pas condamnés à l’immobilité par des maillots trop serrés, ils sont libres; l’enfant pousse à l'aise. Aussi les Albanais ont-ils les jambes droites et non cagneuses comme la plupart des Osmanlis ».
En Orient, la femme du peuple allaite ses enfants ou donne le biberon ; dans la classe aisée, on a recours aux nourrices. Pour éviter les tracas et ennuis de ces tyrans domestiques, dans les maisons turques, on achète souvent une esclave enceinte, avant les couches de la maîtresse, afin de l’avoir en réserve au moment opportun. L’allaitement dure pendant deux (1) et même trois ans ; il n’est pas rare de voir des enfants, âgés de quatre ans, teter leur mère en rentrant de l’école. Le Dr Zambaco a vu, chez le prince Halim, une femme de soixantecinq ans qui donnait le sein à une enfant de trois ans et demi, la fille de son fils Ibrahim bey. La grand’mère pour l’endormir avait l’habitude de lui donner ses seins, dépourvus de lait ; mais à la suite des succions répétées de l’enfant, la sécrétion lactée finit par s’établir régulièrement.
A Chio, la mère ne consent jamais à laisser prendre le sein d’une étrangère à son enfant ; elle le nourrit elle-même, et si le lait fait défaut, l’enfant sera allaité par une parente.
Arabes asiatiques et. algériens. Égypte. Maroc. —
Si l’on en croyait certains auteurs, les anciens Arabes auraient eu une coutume assez singulière : le jour même du couronnement du nouveau roi, on aurait dressé une liste de toutes les femmes enceintes de huit ou neuf mois ; elles étaient enfermées dans un palais et soigneusement traitées; l’enfant de celle qui accouchait la première, si c’était un garçon, était dès lors désigné comme héritier présomp-
prononce le mot femme , on s’empresse d’ajouter « que Dieu vous préserve de cette impureté ». Pour le Druse aussi c’est une inconvenance de dire femme. Aussi en parlant de son épouse, il dira ma maison. Le Syrien chrétien en désignant sa femme dira la fille de mon oncle, et le Syrien musulman dira Vliabitant de la maison. Les Turcsdisent les enfants lorsqu'il s’agit de leurs femmes. Jamais on ne peut questionner un musulman sur l’état de santé de Madame, c’est commettre une inconvenance insigne. »
(I) Le Coran dit à ce sujet : « Femmes, la loi de Dieu vous conseille d’allaiter vos enfants pendant deux ansentiers. Si vous vous dispensez d’allaiter, Dieu n’en sera point offensé, pourvu que vous soyez exactes à payer à la nourrice son juste salaire.»
tif. La royauté, disait-on, ne doit pas être dévolue à une seule famille ; elle appartient à toute la nation. 11 nous faudrait de sérieuses autorités pour nous faire accepter le fait.
En Asie, les femmes Arabes, suivant le docteur Godard, useraient d’une pratique bizarre pour ne pas avoir d’enfants ; elles passent un chiffon sur la sole du four comme pour la nettoyer. Elles expriment alors le chiffon et boivent l’eau qui s’en écoule. Elles n’ont plus ensuite ni règles ni enfants. Nous conseillerions de ne pas trop s’y fier. Nous n’aurions pas plus de confiance dans le talisman, le hajeb, que la femme arabe porte constamment sur la tête pour ne pas avoir d’enfants. Plus pratique est le procédé de la femme turque qui, pour prévenir toute conception, s’introduit dans le vagin des mèches imbibées de teinture de safran, de rue, d’aloès, ou d’une solution concentrée d’alun. Ces corps étrangers agissent à la façon des petites éponges de nos coquettes parisiennes, mais elles donnent lieu, en raison de l’obstruction incomplète du conduit vaginal, à de fréquentes déceptions.
Nous sommes encore chez les Arabes asiatiques. « La naissance d’un enfant arabe d’une certaine classe,» dit F. de Grammont, « est fêtée avec beaucoup de solennité. Les réjouissances se prolongent pendant sept jours, avec plus ou moins d’éclat, suivant le sexe de l’enfant. Nous n’avons pas besoin d’expliquer que le plus est toujours pour le sexe masculin. De tous les peuples barbares, les Géorgiens et les Circassiens sont les seuls qui ne regardent pas la venue d’une fille comme une affliction, parce que c’est pour eux une denrée, et, comme on sait, fort lucrative.
« Quand l’enfant arabe a été placé dans son berceau, on met sous sa tête du sel mêlé avec de la graisse de fenouil. C’est un préservatif contre les maléfices qui sont, en toute circonstance, la grande préoccupation des musulmans. Une femme répand ensuite ce mélange sur le sol, en prononçant diverses imprécations contre le méchant et l'infidèle, et souhaitant que ce sel puisse les aveugler; à quoi l’assistance répond : « Que Dieu et son prophète Mahomet soient avec nous ! »
« C’est trois ou quatre jours après sa naissance que l’enfant est proclamé dans le harem, en présence de la famille et des femmes amies de la mère. Des jeunes filles portent sur un plateau des bougies de couleurs diverses et maintenues par des morceaux de pâte de henné. On sert aux personnes présentes des gâteaux de miel et d’épices, des noisettes et des amandes grillées et d’autres friandises de ce genre. On fait ensuite circuler un plateau, dans lequel chacune des
femmes de l’assemblée dépose successivement son offrande, consistant d’ordinaire en un mouchoir brodé, avec une pièce d’or nouée à l’un des coins. C’est, comme en Russie, à charge de revanche. La remise de ce présent est accompagnée de souhaits de bonheur, à l’adresse de l’enfant et de sa mère, invariablement précédés et suivis de la formule religieuse : « O Dieu ! protège notre seigneur Mahomet! » On place les mouchoirs sur le berceau du nouveau-né. Les pièces d’or sont destinées à orner sa coiffure pendant ces premières années. Il est d’usage aussi que chaque personne fasse un cadeau à la sage-femme qui a présidé à l’accouchement. Pendant que ces formalités s’accomplissent à l’intérieur, des danseurs ou des danseuses exécutent des pas dans la cour de la maison. Le sixième jour, on place près de la tète de l’enfant, pendant qu’il est endormi dans son berceau, une carafe remplie d’eau, et dont l’ouverture est recouverte d’un mouchoir brodé. La sage-femme offre un verre de cette eau à chacune des femmes qui viennent visiter l’accouchée, et reçoit en retour quelques pièces de monnaie.
« Ainsi que chez les sauvages, la femme est regardée comme impure pendant les quarante jours qui suivent son accouchement. Après ce temps légal, qui est appelé nifa par les Arabes, elle se rend au bain, d’où elle revient purifiée. »
Le docteur Goguel fut un jour appelé à donner ses soins à la femme d’un cheik d’une tribu nomade, sur les confins de la Tunisie; il remarqua autour de la tente de la patiente toutes les femmes du douar qui poussaient de profonds gémissements à chaque douleur de la parturiente.
Chez les indigènes de l’Algérie, comme d’ailleurs dans tout l’Orient, quand le fœtus a franchi la vulve, on déchire le cordon assez près de l’insertion ombilicale. D’après le capitaine Villot, une des accoucheuses dispose sur ses genoux six ou huit pièces d’étoffe, elle étend le nouveau-né sur cette layette et procède au lavage, qui se fait avec de l’huile ou du beurre fondu mêlé de henné; puis elle emmaillote l’enfant et le coud dans son maillot. La femme se couvre l’abdomen avec des chiffons de laine ; dans quelques tribus, avec une peau de mouton. On ne s’occupe pas le moins du monde de la sortie du délivre ; elle est toujours abandonnée à la nature.
Après avoir emmailloté l’enfant, la matrone le prend par les pieds et le tient un moment suspendu la tête en bas. « Les uns, » ajoute Villot, « prétendent que cette opération a pour effet d’accélérer le vomissement des matières que contient l’estomac de l’enfant, les autres assurent que ce procédé est employé à l’effet d’obtenir une
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croissance rapide. Ensuite la matrone enduit le palais d’une couche légère de henné, pour empêcher, dit-on, la perforation de la voûte palatine. Elle lave une seconde fois la tête avec de l’huile ou du beurre fondu mêlé de henné ; elle lui malaxe la tête et lui pince le nez pour lui donner une forme aquiline. »
Le sein est présenté à l’enfant arabe aussitôt après sa naissance. Les femmes arabes nourrissent elles-mêmes leurs enfants ; mais, les fatigues et les travaux domestiques les empêchant souvent de les alimenter d’une manière régulière, elle chargent temporairement de ce soin une voisine ou une amie; l’enfant ayant ainsi sucé le lait de plusieurs femmes du douar , n’en appartient que plus complètement à sa tribu (1). « La durée de deux ans et deux ou trois mois est le temps pendant lequel l’enfant se nourrit d’abord exclusivement de lait ; à cette limite, il ne peut pas encore s’en passer entièrement (2). » Le Docteur E. Bertherand pense que la misère et les privations qui pèsent si lourdement sur la population arabe, expliquent la longue durée de l’allaitement. Généralement, pendant le jour, les petits enfants sont portés au dos de leurs mères, enveloppés dans de grandes pièces d’étoffes. Ils n’ont point de berceaux analogues aux nôtres. Dans les maisons Kabyles ou Zibaniennes, une sorte de boîte en bois est suspendue au plafond par'des cordes végétales ; chez les Nomades, on les couche simplement dans un haïk dont les extrémités sont attachées aux bâtons de la tente. D’ailleurs, les femmes arabes bercent très peu leurs nourrissons.
La naissance d’un enfant mâle est un jour de fête pour la famille, chez les Arabes, et pour toute la tribu, chez les Kabyles. La venue d’une fille semble à peine remarquée. Autrefois, on enterrait vivantes les enfants du sexe féminin; c’est Mahomet qui abolit ce cruel usage ainsi que celui de sacrifier des enfants aux idoles. « Nous vous avons délivrés, dit le Koran, de la famille de Pharaon, qui vous infligeait de cruels supplices ; on immolait vos enfants et l’on n’épargnait que vos filles... » Si l’on se rappelle, ajoute M. Kasimirski dans la traduction du Koran, « que les Arabes idolâtres regardaient comme une calamité
(1) Une coutume analogue s’observait autrefois Sur les bords de la mer Caspienne: quand le prince des Ckaitakis noirs, appelé Usmei a un fils, dit Sue, « on l’envoie dans tous les villages pour teter chaque femme qui allaite en ce moment et on continue ainsi jusqu’à son sevrage. Par là les habitants se croient obligés de le défendre jusqu’à la dernière goutte de leur sang, puisqu’ils ont eu le même sein que leurs princes ».
(2) Sidi Khélil, III, 10.
la naissance d’une fille, on avouera qu’on ne pouvait jeter plus de défaveur sur un prince idolâtre et impie (dont Pharaon est le type) qu’en insistant sur cette espèce de préférence donnée aux filles sur les garçons ».
Les mœurs obstétricales de nos Arabes d’Algérie ont été curieusement observées et décrites par le Dr E. Bertherand. Dans le Sud et à Biskra, on lui a assuré le fait, les matrones brûlent sous le nez des femmes en couches des poils pris à la région occipitale du lion : « L’odeur de celte substance est tellement infecte que les nausées surviennent aussitôt avec une violence qui favorise la sortie du fœtus. Des marabouts profitent largement des vertus infaillibles de ce remède, et parcourent les tribus avec de jeunes lions au moyen desquels ils exploitent, avantageusement pour eux, la confiance et la crédulité publiques. » Dans certaines tribus, raconte le même auteur, on provoque le vomissement en présentant brusquement à la parturiente des matières fécales et des substances en putréfaction. Si ces procédés sont inefficaces, on jette du fumier de vache sur des charbons ardents et on expose les parties génitales au-dessus des vapeurs qui s’en dégagent. La femme d’ailleurs peut, par certaines précautions antérieures, faciliter ses couches, quand, instruite par le passé, elle pense devoir accoucher avec peine. Elle doit, trois jours avant l’époque de la parturition, porter dans les plis de son haik un mélange d’huile et de cendres de glands, ou bien s’attacher sur l’une des cuisses une pierre à fusil, enveloppée dans un chiffon, soit encore sur la cuisse droite son propre peigne sur lequel on aura écrit ces mots : « Celui dont le nom est véritable, a parlé en faveur de celui qui est dans ton ventre, et tout sera promptement fini. Salut sur... (ici le nom de la mère). » Quand on suppose que l’enfant est mort, on fera boire à la mère un mélange de miel et de lait de vache bien chaud, dans lequel on aura pulvérisé du vitriol ; ou bien, pendant dix jours entiers et cinq fois par jour, un mélange de lait et de sel. Si l’enfant n’est pas descendu au bout de dix jours, que la femme boive du lait aigre et du lait doux de deux vaches mêlés avec du vinaigre. Le fœtus persiste-t-il à séjourner dans la matrice? Rien n’est encore désespéré. On a le lait aigre de chienne dans lequel on a pilé de la pulpe de coing, et l’on fait prendre à la mère, pendant trois jours, une décoction de racines d’asperges et de racines de garance; on peut remplacer la garance par de la farine mouillée dans l’eau, faire cuire et manger pendant trois jours cette galette à la racine d’asperges, tout en l’arrosant d’une eau dans laquelle on aura dissous les mots suivants écrits au fond d’un plat, d’une assiette : « Par Dieu, Djbrahil
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(nom d’un ange)! par Dieu, mon ange (ici le nom de l’ange de la femme)! par Dieu, Srafil (nom d’un ange)! par Dieu, Azraïl (nom d’un ange)! par Dieu, Mohammed (le Prophète)! salut sur lui, deux fois salut ! c’est lui qui ressuscite, qui par sa puissance rappelle encore de la mort. Il a dit : il vivra, celui qu’elle a conçu la première fois, il l’a dit, si elle boit pendant trois jours la couleur mise dans l’assiette. » Enfin la femme pourra demander au taleb d’écrire au fond d’une tasse deux mots du Koran, puis piler elle-même dans la tasse un mélange d’eau, d’huile, de cumin, de rue puante et de raifort, et avaler le tout trois jours durant. Alors nécessairement, le fœtus se décidera, s’il n’est pas complètement mort, à sortir sans retard; s’il est mort, il sera expulsé; s’il ne tombe pas, c’est que la femme n’est pas enceinte.
La jurisprudence mahométane applique la physiognomonie à la recherche de la paternité :
« Si la femme d’un individu et l’esclave d’un autre, ou la femme et l’esclave du même individu accouchent ensemble et que lesdeux enfants se trouventensuite confondus, on s’en rapporte aux 'physionomistes [kafeh’, pluriel de kaïf) pour déterminer la filiation ; car la physiognomonie est une sciencevraie et positive. On s’en rapporte donc au jugement des physionomistes sur la ressemblance de l’enfant avec le père, si le père n’est pas enterré, ou si, étant inhumé, il était parfaitement connu d’eux. Le jugement d’un seul physionomiste suffit, car il prononce sur une similitude, c’est-à-dire sur un fait saisissable pour tous. Si l’enfant est mort-né, il n’y a plus lieu à la consultation physiognomonique; la science ne peut rien prononcer sur un mort qui n’a pas vécu de la vie ordinaire. — Si deux propriétaires ont copulé avec leur esclave communale pendant la même période de pureté menstruelle, et si cette esclave a accouché ensuite à un intervalle d’au moins six mois à partir de la dernière des deux copulations et que chacun des deux associés prétende être le père de l’enfant, on a recours aux physionomistes, lesquels prononcent alors du droit de paternité en faveur de tel des deux prétendants. Un des deux meurt-il avant que l’on ait consulté les physionomistes, et a-t-il été parfaitement connu d’eux, la déclaration de ceux-ci a la même valeur que s’il était vivant. »
Au contraire de notre théologie, la loi musulmane défend absolument d’ouvrir une femme enceinte qui vient de mourir, lors même, dit le moudaoueneh , que l’enfant s’agiterait encore dans le sein de sa mère ; seulement, on n’enterrera pas la mère avant que le fœtus ne soit mort. Toutefois il y a désaccord entre les légistes; il en est qui
permettent de pratiquer l’ouverture au niveau des hanches, sur le côté gauche, si l’enfant est du sexe féminin et, sur le côté droit, si l’enfant est mâle. Les légistes en turban se chargent-ils de déterminer le sexe?
Dans le sud algérien, chez les M’zabites, l’application du principe romain : Is pater est quem nupliœ demonstrant, a lieu môme pour des naissances survenues quinze, dix-huit mois, et môme davantage après le départ du mari; « en effet, » dit C. Amat, « il est admis que l’enfant peut s’endormir dans le sein de sa mère pour ne se réveiller qu’au bout d’un temps plus ou moins long ».
En Egypte, dans la classe riche, l’accouchée est mise au lit après sa délivrance et y reste généralement de trois à six jours; les femmes du peuple se contentent d’un jour ou deux. Quarante-huit heures après la naissance, la sage-femme, pour fortifier le nouveau-né et lui enlever le mauvais sang, s’arme d’un rasoir, comme en Turquie, et pratique sur le corps du petit malheureux une série d’entailles en forme de croissant. On allaite les enfants mâles pendant deux ans; pour les filles, toujours sacrifiées, un an suffit; beaucoup de mères vont jusqu’à trois ans pour les garçons, deux ans pour les filles. Quelques enfants tetent plus longtemps encore; il y en a qui marchent et qui ne sont pas encore sevrés.
On emploie deux préparations pour narcotiser les enfants trop criards. Ce sont le talhyzé , composé de beurre et de têtes de pavots, et le charrier ch, formé de bulbes desséchées de colchique, de têtes de pavot et de beurre. La mère prend un peu de ces préparations sur l'index, et le passe dans la bouche de l’enfant.
En Egypte et en Arabie, dans la société musulmane, on circoncitles jeunes filles, vers l’âge de sept ans, en excisant le clitoris (1) avec des ciseaux ou en l’écrasant avec des pinces, comme à Mossoul. Quand la femme, par sa situation officielle, a été obligée de se soumettre aux habitudes européennes qui repoussent cette opération, le mari profite du premier accouchement pour charger la sage-femme d’exciser le clitoris, aussitôt après l’expulsion du fœtus.
Au Maroc, nous pouvons signaler un usage bizarre : « On va chercher à l’école, » dit Gorre, « cinq petits garçons, qu’on envoie courir par les rues en chantant des prières, tenant un drap aux coins duquel
(1) Les jeunes filles réclament elles-mêmes cette opération barbare, parce que les hommes pensent qu’épouser une femme qui a son clitoris, c’est comme si l’on se mariait à un homme. Le clitoris excisé est séché avec soin et réduit en poudre, il jouit chez le peuple de la réputation de guérir certaines ophthalmies 1 (Dr Zambaco.)
sont attachés quatreœufs et sur lequel les grandes personnes crachent et jettent des bouteilles d’eau au milieu du drap ». Les cérémonies qui, dans ce pays, accompagnent les circoncisions des enfants mâles ne sont pas moins curieuses. Ces opérations s’accomplissent de préférence le Anouloud (naissance du prophète) ; chaque néophyte se rend à la mosquée où en revient avec un cortège des plus pittoresques : « L’enfant, dit un des correspondants du Temps, dont lage varie entre deux et cinq ans, traverse la ville juché sur un cheval ou une mule, harnaché aussi richement que possible; les membres de la famille l’entourent et le soutiennent tout en l’éventant avec des foulards de soie : en avant marchent des porte-bannières et l’inévitable musique arabe qui, quel que soit le nombre des exécutants, se compose invariablement d’une sorte d’alto-clarinette et de tambours. La marche est ouverte par des hommes armés de fusils, qui, de temps à autre, s’arrêtent et se livrent à une sorte de danse guerrière qui ne manque pas de caractère et qui se termine par une décharge générale, après laquelle le cortège reprend sa marche pour faire une nouvelle halte un peu plus loin. »
Les avortements en Orient. — En règle générale, la femme musulmane n’aime pas à avoir d’enfants, et cela pour plusieurs motifs : la crainte d’être délaissée pour une rivale pendant la grossesse et les suites de couches ; celle des souffrances de l’accouchement et surtout celle de la déformation de sa taille et de la perte de ses attraits. Pour toutes ces raisons, elle cherche à éviter la conception par l’introduction de la mèche et par les autres procédés dont nous avons parlé, et si ces moyens échouent, elle n’hésite pas à se faire avorter} souvent au péril de sa vie. Aussi est-il rare de voir une femme mériter la pension accordée par le gouvernement à toute musulmane qui accouche de trois enfants, lors même qu’ils ne vivraient pas.
La loi religieuse, il est vrai, défend l’avortement, mais il est avec Mahomet des accommodements et, comme la jurisprudence musulmane reste muette pour ce genre de crime, il s’exerce sur une grande échelle. En Turquie, à Constantinople surtout, la sensualité dans es hautes classes, dans les basses classes la misère, tout y pousse
« Il ne se passe pas de semaines, » dit le Dr Zambaco, « sans qu’une dame turque, accompagnée de quelque parente à elle ou de son mari, vienne me demander, sans périphrase aucune, un moyen pour avorter ; parfois la demande est faite devant le mari ou par lui-même, alléguant que la conception est de quelques semaines seulement et que l’enfant n’étant pas suffisamment développé, il n’y a aucun inconvé-
nient. Le préambule est parfois curieux : « Je me suis faite avorter déjà, docteur, trois ou cinq fois, mais c’était par des sages-femmes ignorantes qui m’ont fait courir des dangers ; si vous vouliez le faire scientifiquement il n’y en aura aucun. »
« Autre trait de mœurs sur le même sujet : Un musulman répudie sa femme pour une raison futile. Le père, la mère et la jeune femme viennent me consulter pour leur fille désolée de ce divorce. Elle était enceinte de trois mois et avait un enfant de trois ans. La mère console sa fille devant moi en lui disant : « Je te remarierai ; » celle-ci répète : « Mais je suis enceinte !» — « Ce n’est pas cela qui m’embarrasse, » répond la mère, « c’est l’enfant de trois ans dont je ne pourrai me défaire, c’est là l’obstacle ».
Le cynisme est si grand que, suivant le docteur Pardo, on voyait encore, il y a quelques années, dans une pharmacie de Stamboul, un fœtus dans un bocal qui servait d’enseigne à l’industrie qu’on y pratiquait. D’ailleurs l’exemple vient de haut. Jusqu’au règne du sultan Medjid, aucun prince n’a eu d’enfant mâle. « Encore en décembre 1875, » dit Ploss, « la mère du sultan Abdul-Asis, donna une ordonnance dans laquelle elle rappela, à tous les habitants du palais du grand Prince, une loi qui, dans les derniers temps, semblait avoir été oubliée ; chaque fois qu’une femme du palais est grosse, on doit prendre le soin de la faire avorter. Si l’opération ne réussit pas, il est défendu, à la naissance de l’enfant, de lier le cordon ombilical : quant aux enfants qui étaient déjà au palais, ils ne pouvaient pas se faire voir. Pour l’exécution de cette barbarie, il existe une classe de mégères connues sous le nom de Kanlii ebe « sages-femmes sanglantes », qui font leur métier dans les palais des riches ».
En Turquie, les moyens employés pour provoquer l’avortement sont nombreux. D’abord, on se sert des breuvages préparés avec la rue et le safran. Si le but n’est pas atteint, on a recours aux aiguilles à tricoter, à de petites branches de lierre que l’on introduit dans l’orifice du col, à des rameaux de balais imprégnés de l’huile empyreumatique qui tapisse les pipes à tabac, et enfin au seigle ergoté. Les matrones réussissent après quelques tâtonnements à crever l’œuf par l’introduction d’une pointe jusque dans l’utérus. Les femmes le font elles-mêmes aussi, lorsqu’elles en ont acquis l’expérience. Il est vrai que ces manœuvres occasionnent des inflammations dangereuses et souvent mortelles. Mais, chose curieuse, les femmes mêmes dont la vie a couru les plus grands dangers n’hésitent pas à recommencer à la première occasion.
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« J’ai vu, » ajoute le Dr Zambaco, « des femmes qui dégringolent à dessein les escaliers ; d’autres qui se serrent l’abdomen avec de larges plastrons en cuir dur qui, comprimant fortement les organes, amène l’expulsion du foetus. »
Une autre cause fréquente d’avortements, c’est l’habitude qu’ont les femmes turques de s’introduire l’index jusqu’au col pour faire leur toilette intime, au moment des ablutions religieuses précédant la prière qui se répète cinq fois par vingt-quatre heures ; ces attouchements répétés du col provoquent souvent les contractions utérines et, par suite, l’expulsion du produit de la conception.
Nos algériennes ne sont ni plus scrupuleuses, ni plus prudentes. Leur position sociale les rendrait peut-être excusables. « En effet, » dit le docteur Bertherand, « si, d’un côté, elles tardent à manifester l’aptitude à concevoir, elles ont la répudiation en perspective. Si, d’autre part, elles deviennent enceintes, elles se voient spectatrices obligées, pendant de longs mois, des caresses conjugales adressées de préférence à une de leurs rivales ; entre ces deux situations elles ne trouvent qu’une planche de salut, l’avortement. »
Les moyens employés sont bizarres : le docteur Pengrueber signale l’inoculation variolique, mais le procédé est rare ; le plus souvent, ce sont des breuvages ; suivant Kocher, le verdetou le garou ont la préférence. Si elles en réchappent et si l’avortement n’a pas eu lieu, on se sert du moulin portatif en pierre (fig. 260) que, d’après le capitaine Devaux, on tourne sur le ventre de la patiente jusqu’à ce que les ébranlements aient déterminé le résultat attendu. « Un autre procédé plus efficace, » dit le docteur H. Galliot, « consiste à introduire dans la matrice une tige de bois de garou ou de queue de feuille de mauve. »
En Egypte, les temps ont changé depuis l’époque où, suivant Diodorede Sicile, on attachait les coupables d’infanticide, pendant trois jours et trois nuits, au corps de leur victime ; aujourd’hui, là, comme dans les autres pays musulmans, l’avortement est fort en usage et ne semble pas y constituer un crime.
Coutumes persanes. — L’accouchement d’une Persane est loin de se passer dans la plus stricte intimité. Cette scène a pour témoins un nombreux personnel féminin s’occupant à lire le Coran et à brandir des sabres pour éloigner le Div qui porterait malheur.
L’avortement est fréquemment pratiqué en Perse par les sagesfemmes ; elles opèrent la rupture des membranes avec un crochet. « Les femmes mariées, » raconte le Dr Polak, « ne le font guère que
poussées par la jalousie, car leur religion leur défend toute cohabitation avec leur mari pendant la gestation. Quant aux grossesses illégitimes, elles se terminent presque toujours par l’avortement, ce qui s’explique, si l’on considère que les accouchements en dehors du mariage sont punis de mort. »
L’avortement aux Indes. — Dans les Indes, c’est aussi la rigueur des lois contre l’adultère et contre les grossesses illégitimes qui a rendu communes lés pratiques abortives. Ajoutez à cette cause le célibat forcé que le bouddhisme impose à bon nombre de jeunes veuves, dont quelques-unes, étant données les coutumes locales, sont vierges encore. Les peines les plus sévères attendent celles qui transgressent les lois de la chasteté à laquelle on les force ; elles ont dès lors recours aux mainates ou femmes de blanchisseurs ; celles-ci provoquent l’expulsion du fœtus, soit à l’aide du cumin noir, comme à Karikal, soit par d’autres procédés plus redoutables, en introduisant, par exemple, dans l’utérus un jonc taillé en pointe. La tige de lall-chitra, enduite ou non de substances irritantes, paraît être le moyen abortif le plus habituellement employé aux Indes anglaises. Les matrones se contentent de procurer cette tige à la femme qui pratique sur elle-même l’opération, ou se confie aux soins de ses amies ou de son amant; souvent la mort arrive par perforation du péritoine. A ces différentes manœuvres, joignez les sortilèges et autres moyens ridicules par lesquels les femmes cherchent à prévenir la conception, en portant certains anneaux, en avalant de l’urine de bélier, du sang de lièvre, etc. Suivant C. Hoberland, les Mundas, dans l’Inde orientale, seraient moins naïfs ; ils chercheraient à prévenir la conception par des déplacements et des pressions de la matrice, bien qu’ils disent que le ventre maternel de Singbongas, leur principal dieu, est le symbole de la fécondité et de la culture, et qu’on ne doive pas déranger son œuvre.
A l’éloge des lois de Manou, nous devons reconnaître qu’elles condamnent formellement toutes ces abominables pratiques; elles retirent aux femmes coupables d’avortement l’ablution d’eau, lors de leur enterrement ; elles défendent d’accepter de la nourriture d’un homme qui a causé la mort d’un fœtus, de manger d’un mets souillé par son regard ; ce serait partager son crime. Si les parents sont de la caste sacerdotale, l’expiation pour le coupable est la même que s’il avait tué un brahme.
Signalons une pratique brutale et inutile, généralement adoptée par les sages-femmes hindoues pour faciliter l’accouchement ; elles intro-
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duisent les deux poings fermés dans l’orifice vulvaire et les maintiennent ainsi jusqu’à l’expulsion du fœtus.
Un peuple philosophe. — Si l’on en croit Barchou de Penhoën (1), les Ghauts, tribu de l’Inde, donneraient à leurs nouveau-nés une véritable leçon de philosophie pratique. A peine nés,
Fig 401. — Présentation du sein au nouveau -né, chez les Banians, d’après Picard.
leurs enfants sont habitués à la dure vie qu’ils doivent mener. Dès le lendemain de leurs couches, obligées de se mettre à la recherche
(1) Histoire de la fondation de l'empire amjlais dans l'Inde,
de leur nourriture, les femmes, avant de s’éloigner de leurs nouveau-nés, commencent par les allaiter : elles creusent ensuite en terre un trou qu’elles garnissent de feuilles de teck, feuilles si rudes, si revêtues d’aspérités, qu’elles enlèvent l’épiderme et font couler le sang pour peu qu’on les manie sans précaution. Or, c’est sur cette couche que, jusqu’au retour de la mère, c’est-à-dire jusqu’au soir, est déposé le petit être humain qui vient de naître à la vie et à la douleur. Dès le cinquième ou le sixième jour de sa naissance, on l’habitue à prendre des aliments solides, à se laisser laver tous les malins dans la rosée glacée qui baigne les plantes. Il est ainsi abandonné tous les jours, seul et nu, exposé au soleil, au vent et à la pluie, jusqu’à ce qu’il soit en état de marcher.
Moeurs des Banians. — Parmi les Hindous, les Banians ou Vaïcias forment, nous le savons, une caste de marchands et de cultivateurs. Chez eux, à la naissance d’un enfant, la mère présente le sein au nouveau-né (fig. 401); s’il refuse de le prendre, il est exposé, et, si ce refus persiste pendant trois jours, il est jeté dans le Gange. Notez que ces pieux personnages se feraient scrupule de manger un poulet.
Les Banians imposent le nom à leurs enfants dix jours après la naissance. Un de leurs brahmes étale sur une nappe une certaine quantité de riz; sur ce riz, on met le nouveau-né. Une douzaine d’autres enfants prennent chacun un bout de cette nappe, la secouent de toutes leurs forces, et font sauter en même temps l’enfant et le riz sur lequel il est couché. Après cette cérémonie ridicule, la sœur du nouveau-né, s'il en a une, lui donne le nom qu’elle juge à propos de choisir (fig. 402).
Chez les adorateurs du feu. — On sait que, dans la Perse et dans l’Hindoustan, les Guèbres ou Parsis, sectateurs de Zoroastre, ont gardé précieusement ses livres : ils observent encore pour les accouchements les prescriptions contenues dans le Boundehec : c’est ainsi qu’on appelle la deuxième partie du Zend-Avesta, rédigée en pehlvi.
Lorsqu’une femme doit accoucher, elle est placée sur un lit de fer ; parce que les métaux souillés se lavent et qu’un lit de bois ne pourrait plus servir. Il doit y avoir dix femmes ou au moins cinq dans sa chambre. Leur office, selon le recueil pehlvi, est de préparer ce qui est nécessaire pour l’enfant, de secourir la mère et de faire les fonctions de sagefemme.
MOEURS ET COUTUMES
Pendant trois jours et trois nuits, on allume dans cette chambre un grand feu pour éloigner les démons corrupteurs ; on doit aussi en inter-
dire l’approche aux pêcheurs. Quand le travail commence, le prêtre ou mobed récite des prières pour la femme ; une fois que celle-ci est délivrée, elle se lave et lorsqu’elle ne se ressent plus de ses couches, elle
Fig. 402. — Cérémonie pour donner le nom à l’enfant chez les Banians, d’après Picard.
s’acquitte de trente ablutions prescrites par la loi. Elle passe ainsi quarante jours séparée du commerce des hommes, et son mari ne peut la voir qu’au bout de ce temps.
Nous avons déjà exposé les obligations imposées aux femmes en couches par le Sad-der. Voici, d’après Anquetil Duperron, les usages suivis par les Parsis à l’égard des femmes qui se blessent : « Lorsqu’une femme est grosse de quatre mois dix jours, son mari ne doit plus la voir. C’est alors que l’enfant est formé, et que l’âme est unie au corps; et si en la voyant il blesse l’enfant, c’est un crime qui mérite la mort. Celle qui est accouchée d’un enfant mort, ne peut prendre jusqu’au quatrième jour ni eau ni sel; elle mange seulement des fruits secs, du pain fait sans eau et de la viande cuite sans sel que lui présentent deux personnes unies l’une à l’autre par lekosti. Le quatrième du jour, on lui donne de l’urine avec laquelle elle lave son corps et ses vêtements, ensuite deux mobeds unis comme par le baraschnom (le baraschnom est la purification la plus efficace des Parses) lui présentent du nereng, mêlé de cendre ; elle le boit et prononce ensuite les prières ordonnées. Celte femme passe de cette manière quarante et un jours, séparée du monde. Ce terme expiré, si son état le lui permet, elle se lave trois fois avec du nereng, fait ensuite le baraschnom no schalé, et met un vêtement propre : mais elle ne rentre dans la société que lorsqu’elle est entièrement délivrée des suites de ses couches. » Suivant les lois de Manou, une femme qui a fait une fausse couche était purifiée en autant de nuits qu’il s’était écoulés de mois depuis la conception.
Chez les Parsis, la femme qui meurt pendant sa grossesse est portée par quatre hommes, au lieu de deux qui conduisent ordinairement les autres personnes à leur dernière demeure; c’est qu’ils considèrent une femme enceinte comme un être double.
L’abbé J. -A. Dubois nous donne d’intéressants détails sur les cérémonies qui suivent l'accouchement des femmes chez les peuples de l’Inde. « Lorsqu’une brahmady ressent les douleurs de l’enfantement, son mari doit se trouver auprès d’elle et être attentif à noter le quantième du mois, le jour, l’étoile du jour, le youga, le carna, l’heure et le moment où l’enfant vient au monde ; et pour ne rien oublier de tout cela, il le met par écrit.
« La maison où accouche une femme et tous ceux qui l’habitent sont souillés pour dix jours : avant ce terme, ils ne peuvent communiquer avec personne. Le onzième jour, on donne au blanchisseur tous les linges et vêtements qui ont servi, durant cette période, et la maison est purifiée par des femmes qui y emploient deux choses principales,
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la fiente de vache et l’herbe darba. Avec la première, délayée dans l’eau, elles composent un enduit dont elles appliquent avec la main une couche sur le parquet, en décrivant avec leurs doigts des zigzags ou d’autres figures ; elles tracent par-dessus de larges zones blanches et rouges alternativement ; elles y répandent ensuite de l’herbe darba ; cela fait, le sol se trouve parfaitement pur.
« On fait ensuite venir un brahme pourohita(l). L’accouchée, tenant son enfant dans les bras et ayant à côté d’elle son mari, va s’asseoir sur une espèce d’estrade en terre, dressée au milieu de la maison, et couverte d’une toile. Le pourohita s’approche d’eux, fait le sancalpa (2), offre le poudj a (3) au dieu Yignessaoura, et fait lepouniaavatchana ou la consécration d’eau lustrale. Il verse un peu de cette eau dans le creux de la main du père et de la mère de l’enfant, qui en boivent une partie et répandent l’autre sur leur tête. 11 asperge avec cette même eau la maison et tous ceux qui l’habitent, puis va jeter dans le puits ce qui en reste. Enfin on donne au pourohita du bétel et quelque présent, et il se retire.
« Par cette cérémonie, qui se nomme cljatta-carma, toute trace de souillure disparaît : mais l’accouchée ne recouvre son état parfait de pureté qu’au bout du mois ; jusque-là elle doit vivre dans un lieu isolé et n’avoir de communication avec personne (4). »
Voyage en Chine. — La Chinoise en quête de progéniture s’adresse à la déesse Tse-souen-niang-niang (flg. 403). Elle vient, raconte Fellmann, déposer à ses pieds une petite poupée en carton, représentant un enfant nouveau-né, du sexe masculin ou féminin, suivant qu’elle désire un garçon ou une fille. A la droite de la déesse, se tient son serviteur Song-tchen-lang-chun, tout courbé sous le poids de ces petites poupées de carton. Une fois ses vœux exaucés, l’accouchée se rend à la pagode faire les sacrifices d’usage à la déesse, sans oublier, naturellement, les aumônes aux bonzes.
Pendant sa grossesse, la Chinoise se préoccupe, en outre, de s’as-
(1) Prêtres officiant dans les cérémonies publiques ou particulières. D.
(2) Sorte de préparation mentale qui doit précéder tous les actes religieux des brahmes. D.
(3) Différentes offrandes faites à la divinité, suivant l’importance du sacrifice. D.
(4) Cet usage a beaucoup de ressemblance avec celui des femmes juives dans les mêmes circonstances (Lév. c. 12); cependant les Hindous ne font pas attention, ainsi que le voulaient les Israélites, à la différence du sexe, par rapport au temps de la souillure de la mère ; la durée en est la même, qu'elle accouche d’un garçon ou d’une fille. D.
surer de la prolection des Ancêtres; aussi leur prodigue-t-elle l’invo-
Fxg. 403. — La déesse Tse-souen-niang-niang, d’après Fellmann.
cation suivante : « Une telle doit accoucher bientôt; elle vient vous en
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rendre compte. O nobles esprits , nous vous prions de l'aider et de lui donner un heureux accouchement! » Mais qu’elle s’abstienne de manger des tourterelles ou du canard; malgré toute la bonne volonté des Ancêtres , l’enfant serait muet; qu’elle s’abstienne de lapin, il aurait un bec-de-lièvre!
Au moment du travail, tout homme, même le mari, est exclu de la chambre, comme en Angleterre. On fait des inhalations de vapeur afin d’empêcher le refroidissement de l’accouchée; car c’est là, pour la médecine de l’extrême Orient, la cause de toutes les maladies à la suite de couches : survienne une péritonite, et elle vous affirmera gravement que la femme n’a pas été assez cuite. Voici, d’après Bureau de Villeneuve, la manière de pratiquer ces fumigations. Sur une brique chauffée dans un foyer voisin, on verse de l’eau pure ou chargée d’essences aromatiques et l’on forme ainsi, autour de la femme, une atmosphère de vapeur que plusieurs feux allumés entre-
Fig. 404. — Aiguille et maillet servant à l’acupuncture, d’après Dujardin.
tiennent chaude. Le costume se composant d’une sorte de camisole et d’une jupe fendue par devant, permet à la parturiente de rester presque complètement vêtue. Dabry raconte de plus que, pour activer le travail, on lui fait boire une décoction de cheveux d’homme, préalablement torréfiés et pulvérisés; la délivrance se faisant encore attendre, on administre un peu de vin et de l’urine d’enfant. En désespoir de cause, la sage-femme extrait l’enfant, Fo sait en quel état, avec un crochet de fer à deux branches. La section du cordon se fait par les mains de l’accoucheuse qui lie cet organe avec un fort fil en coton. « Quand la délivrance est difficile, » dit le Tat-Shang-Pin , « il faut attacher au cordon un fil de chanvre auquel on suspend un poids pour l’empêcher de remonter, et, au bout de trois à cinq jours, le placenta se ratatine. » C’est un peu trop prendre à la lettre le précepte de Pajot pour la délivrance, tendre et attendre. Une autre particularité des pratiques obstétricales chinoises, c’est le cong-fou. On appelle ainsi une sorte d’hypnotisme obtenu par des attouchements
légers sur les parties dont on veut obtenir l’insensibilité; la patiente doit être immobile, le regard fixé sur un objet déterminé. « Les sagesfemmes, » dit Hureau de Villeneuve, « ne se contentent donc pas, comme chez nous, de frictionner l’abdomen avec la main, elles touchent aussi les aines, les lombes, les hypochondres et la région diaphragmatique. Grâce à ces attouchements, tantôt réguliers, tantôt inattendus, accompagnés de respirations faites par la patiente au commandement et en mesure, on prétend que les femmes chinoises n’éprouvent que très peu de douleurs en accouchant » (1).
L’accouchement a lieu sur un baquet retourné; le Tat-Shang-Pin conseille à la femme de se mettre sur le ventre, mais seulement au moment où la tête apparaît; l’enfant ayant alors effectué sa culbute, il n’y a plus crainte de présentation vicieuse.
Après la délivrance, la femme est mise au lit, la tête appuyée sur une planche, le bassin élevé, les jambes fléchies; elle ne doit ni se mettre sur le côté ni dormir. Pour faciliter la sortie des lochies, on lui fait avaler plusieurs tasses d’un grog odieux, composé de chao tsiou, eau-de-vie de sorgho, mélangé avec de l’urine d’enfant. Puis on brûle du vinaigre dans la chambre et, en cas de défaillance, on en fait respirer à la nouvelle accouchée.
Celle-ci doit rester trois jours au lit et, pendant ce temps, pour ne pas se fatiguer l’estomac, elle ne prend que du millet et du bouillon de poulet ; les œufs et la viande de porc « pouvant occasionner une obstruction de vaisseaux » sont interdits pendant un mois. Les Chinois ont une supériorité sur certains occidentaux : au lieu de ces visites interminables, de ces caquetages sans fin, ils recommandent le plus grand calme à la jeune mère; on peut venir la visiter, mais il faut s’abstenir de tout bruit; la politesse défend, en outre, de se gratter la langue et de demander si l’enfant est un garçon ou une fille. Injonction expresse est faite à l’accouchée de ne faire aucuns frais de toilette pour ses visiteurs : pendant douze jours, elle ne doit se peigner ni se laver.
L’allaitement commence trois ou quatre jours après l’enfantement, dès que la mère se lève. Sa première sortie ne peut avoir lieu qu’au bout de deux mois ; elle se rend tout d’abord à la pagode des Ancêtres, pour leur présenter son enfant et les remercier de leur protection
(1) Dans les indispositions des femmes enceintes, médecins et sages-femmes usent volontiers de l’acupuncture. Ils enfoncent leurs aiguilles, appelées tchangtchin (fig. 401), longues de 0,22 cent, à pointe très acérée, dans la partie douloureuse, même dans l’utérus, et lorsque le fœtus est trop agité, ils le calment avec quelques piqûres.
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pendant ses couches. L’enfant est ordinairement porté sur le dos de sa mère (fig. 405). Son habillement est des plus simples : l’été, le petit Chinois est presque nu; l’hiver, il est enveloppé dans une couverture ouatée. Quant aux soins de propreté, ils sont presque nuis, au grand préjudice de la santé de l’enfant.
En Chine, on ne connaît ni les nourrices, ni les biberons; l’allaite-
Fig. 405. — Chinoise portant son enfant.
ment maternel est seul pratiqué, mais il dure trop longtemps, et l’enfant n’en retire, que peu de bénéfice.
Après le sevrage, surtout dans la bourgeoisie, on comprime les pieds des petites filles avec des bandelettes huilées, pour les réduire à l’état de moignons informes qui rendent plus tard la marche extrêmement difficile; elles s’avancent en sautillant et étendent les bras en guise de balanciers. C’est, paraît-il, une garantie de fidélité pour les fils du ciel, dont la jalousie est proverbiale ; ils empêchent ainsi leur femme de « courir ».
Par contre, cette vie sédendaire pousse les Chinoises aux plaisirs solitaires ; elles s’y livrent avec fureur. Pour satisfaire leur passion, elles emploient le harikata, instrument qui rappelle le classique olis-
bos des Milésiennes. C’est un phallus en cuir doux ou en corne mince, rempli de coton, auquel les dames à petits pieds donnent amicalement le surnom de ta-siang-lcoeng (grand seigneur). Quelques-unes, plus raffinées, ont recours à Yikiridama rinnotama , autrement dit au hérisson. Sans insister sur ces détails scabreux, nous remarquerons que ces détestables pratiques produisent nécessairement de fréquentes fausses couches chez les femmes enceintes.
Quant aux avortements volontaires, il ne faudrait rien exagérer : « A Pékin », dit Morache (1), « ils se font sur une vaste échelle; les substances abortives en vogue sont publiquement affichées, à côté des aphrodisiaques, sous le nom de remèdes pour faire dégager le ventre , rendre la virginité. L’avortement est surtout pratiqué pour cacher des liaisons adultères, incestueuses ou irrégulières; il est commun parmi les veuves, que la loi oblige à une éternelle chasteté. » Suivant le docteur Ernest Martin (2), dans la capitale de la Chine et dans les autres grandes villes, les murailles seraient couvertes de petites annonces indiquant des drogues infaillibles pour provoquer l’issue difficile du sang menstruel; en réalité, ces prétendus emménagogues ne sont que des abortifs. De tels placards s’étalent en toute liberté, et si les mandarins se livrent à quelque enquête, ils la font porter moins sur le crime d’avortement en lui-même, que sur le fait de relations illicites.
Le Si-Yen-lu , étudié par le Dr Ernest Martin, renferme cependant un certain nombre de procédés pour reconnaître l'avortement. Sans avoir rien de scientifique, ils n’en sont pas moins curieux : « Pour voir si, dans une autopsie de femme ayant succombé à un avortement, un breuvage en a été la cause, on introduit dans les voies génitales une certaine quantité de mercure; si cette substance se ternit, il faut penser à des manœuvres abortives. Quand les magistrats qui ont des soupçons, pensent qu’il s’agit bien d’un avortement, la sagefemme est appelée, elle s’informe avec soin de l’époque à laquelle remonte la grossesse. Elle voit si la forme est celle d’un fœtus ou bien d’un caillot de sang ; ce dernier se décompose et, après un certain temps, il devient une masse qui exhale une mauvaise odeur; dans ce cas, on a affaire à un avortement criminel (3). Si l’entrée
(1) Pékin et ses habitants.
(2) Exposé des principaux passages contenus dans le Si-yen-lv.
(3) On examine la forme du fœtus en le comparant aux états suivants :
1° Après un mois, le fœtus ressemble :\ une goutte d’eau.
1’ Après le 2e mois, il est comparable à une fleur de pêcher.
3° Après le 3e mois, le sexe peut être discerné.
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des parties est obstruée par un amas de sang qui donne une mauvaise odeur, on voit si la mort de la femme vient de la non-expulsion du fœtus, ou si elle est causée par une drogue abortive. Le magistrat commis à cette enquête devra noter avec soin toutes les circonstances relatives au fait. Il existe une méthode d’investigation qui consiste à se servir d’une aiguillle d’argent servant à la coiffure des femmes ; on l’introduit dans les parties ; si elle se ternit, on présumera qu’il a été fait usage de drogues abortives ; cependant, il ne faut pas subordonner cette conséquence à la méthode ; souvent l’avortement peut entraîner la mort par lui-même, par une grande secousse ; il faut donc procéder avec prudence et faire un examen approfondi. »
En réalité, les avortements semblent être rares dans les ménages légitimes ; le Chinois a un si grand désir de laisser une postérité que, quand sa femme est stérile, il l’engage à simuler une grossesse et s’en va acheter un enfant qu’il fait passer pour sien. Que croire, dès lors, de cette mystification des petits Chinois jetés en pâture à ces cochons violets qui ont valu tant d’injures à Francisque Sarcey? Ce n’est rien autre chose qu’un piège tendu à l’argent naïf. Le témoignage récent du comte d’Hérisson (1) est formel à cet égard : « Une erreur grossière, qui a généralement cours dans notre pays, nous a fait admettre que les Chinois se débarrassent volontiers de leurs enfants vivants, soit en les jetant dans des puits, soit même en les donnant à manger aux pourceaux. C’est absolument faux. Il y a, sans doute, en Chine des infanticides, comme il y en a en France ; mais il faut bien peu connaître le culte que le Chinois, lorsqu’il est honnête, voue à la vie de famille, pour supposer une pareille horreur. Et quand le Chinois n’est pas retenu par ce sentiment élevé, la cupidité l’empêcherait encore de tuer ses enfants, puisqu’il peut les vendre et en obtenir un prix rémunérateur. » On ne saurait tirer un argument d’une vieille coutume signalée chez les habitants de Formose ; ceux-ci ne sont pas Chinois et se rapprocheraient plutôt de
4° Après le 4e mois, il a une forme humaine.
5° Après le 5e mois, les os et les jointures se distinguent aisément.
6° A la fin du 6° mois, les cheveux ont acquis un certain développement.
7° Après le 7e mois, la main droite remue à gauche du sein maternel, quand c’est un garçon.
8° Après le 8' mois, la main gauche remue à droite, si c’est une fille.
9° A la fin du 9° mois, quand on palpe le ventre, on voit qu’il s’est produit trois changements dans la position du fœtus.
10’ Au commencement du 10’ mois, l’enfant est complètement développé.
(1) Journal d'un interprète en Chine.
certains Polynésiens. Dans cette île, il était défendu aux femmes d’accoucher avant trente-cinq ans; on craignait, sans doute, que la population ne fût trop considérable pour les ressources de l’île. Les femmes, cependant, étaient libres de se marier à tout âge. Un voyageur hollandais Rechteren, cité par Buffon, parle aussi de cette coutume: a D’abord que les femmes sont mariées, elles ne mettent point d’enfants au monde : il faut au moins pour cela qu’elles aient trente-cinq ou trente-sept ans. Quand elles sont grosses avant ce temps, leurs Prêtresses vont leur fouler le ventre avec les pieds, s’il le faut, et les font avorter avec autant ou plus de douleurs qu’elles n’en souffriraient en accouchant. Ce serait non seulement une honte, mais même un gros péché, de laisser venir un enfant avant l’àge prescrit. J’en ai vu qui avaient déjà fait périr quinze ou seize fois leur fruit, et qui étaient grosses pour la dix-septième fois, lorsqu’il leur était permis de mettre un enfant au monde. » Les Chinois, tout en ayant conquis Formose, sont toujours restés étrangers à de telles horreurs.
Coutumes japonaises. — Aimé Ilumbert, dans le Japon illustré, nous donne les détails suivants sur l’obstétrique japonaise : « Aussitôt que l’épouse a l’espoir de devenir mère, le ban et l’arrièreban de la parente se réunissent à son domicile, et la proclamation de l’heureuse nouvelle est saluée par un concert de félicitations bourrues, de questions indiscrètes et de confidences hygiéniques, absolument intraduisibles dans nos idiomes de l’occident, à moins que l’on ne veuille recourir au latin. La jeune femme, à dater de ce moment, passe sous la direction d’une matrone expérimentée, Vobassan ou la samba-san , vrai personnage de comédie, dont toute la science consiste à se rendre indispensable pour le reste de ses jours dans la maison où elle a su faire agréer ses services. Le troisième mois atteint, nouvelle solennité, non moins difficile à décrire que la précédente. L’obassan en fait, les honneurs ; elle déploie avec dignité, étale aux yeux des témoins, décrit en long et en large, et finalement applique à sa protégée la ceinture traditionnelle de crêpe rouge, qui ne sera plus déposée qu’après l’accouchement. » Cette ceinture mesure trente centimètres de large sur deux mètres de long; elle doit empêcher l’enfant de prendre un trop grand développement, pour que l’accouchement soit plus facile. Mais comme la légende ne perd jamais ses droits, on fait remonter cette coutume à l’époque où l’impératrice Djin-go-Kôgu, à la tête de son armée, partit en guerre contre la Corée. Etant enceinte et sa cotte de maille ne pouvant se fermer, elle fut obligée de l’ajuster avec une ceinture de soie. Elle parvint ainsi, sans
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accident, au ternie de sa grossesse et, après la conquête de la Corée, elle mit au monde un ûls, au milieu de l’allégresse générale. Depuis, les femmes enceintes, pour perpétuer cet heureux événement, firent usage de la ceinture ventrale. Kangawa conteste cette origine et fait remonter l’usage de ce bandage au moyen âge, lorsque la femme de Youtomo fut enceinte et s’appliqua la ceinture ventrale avec des cérémonies, encore observées aujourd’hui dans le palais du Shio- Gum et du Daimios, et qui varient suivant les temps et les lieux.
Kangawa s’élève avec raison contre l’application de cette constriction du ventre durant la grossesse; elle peut empêcher, suivant lui, le développement du fœtus. « Si l’on plaçait », dit-il assez majestueusement, « une pierre sur la racine d’un chou, ce chou ne pourrait se
développer même si la racine persistait dix mille ans. Enlevez la pierre, et aussitôt la force vitale de la racine se développe. » Cet auteur blâme encore une vieille coutume obligeant la femme enceinte à se tenir couchée, les jambes croisées et maintenues, même pendant
le sommeil, par une bande appliquée autour des genoux et des fesses. Et pourquoi celte pratique ? On craignait que l’enfant ne pût engager ses propres jambes dans celles de sa mère, en les y enfournant comme dans une culotte!
L’examen du pouls joue un grand rôle dans l’établissement du diagnostic et du pronostic de la parturition; quant à l'accouchement luimême, il est le plus souvent abandonné aux seules forces de la nature. On se contente de certains massages assez bizarres; ainsi, d’après le New-York medical Record , les praticiens japonais, pour corriger la mauvaise position dans laquelle l’enfant pourrait se présenter, font tenir la femme debout, les bras passés autour de leur cou; ils lui pressent ensuite la poitrine contre la leur et compriment fortement les genoux entre les siens, de façon à la bien soutenir. Dans cette position (fig. 406), ils opèrent un massage énergique avec les paumes des mains, en les dirigeant d’arrière en avant sur les hanches. Ce mouvement est répété une soixantaine de fois chaque matin, à partir du sixième mois de la grossesse. Joignez à ces manœuvres quelques médicaments sans valeur et certains moyens magiques. « On achète dans les temples », dit le Dr Müller (1), « des Sitzu- Bun , c’est-à-dire des papiers sur lesquels sont deux signes cabalistiques empruntés à l'écriture chinoise. Une fois que l’argent nécessaire a été jeté dans le tronc du temple, on voit aussitôt les papiers voltiger en l’air, maintenus perpétuellement par un prêtre, à l’aide d’un éventail. C’est une véritable chasse aux papillons; quand on en tient un, on sépare les deux signes l'un de l’autre et on coupe le second en tout petits morceaux qu’on avale aussitôt : cela hâte l’accouchement. »
Arrivons aux soins à donner durant le travail. « Les anciens», dit Kangawa, « voulaient que la chambre d’une accouchée fût absolument à l’abri du froid et du vent; aussi toutes les portes étaient-elles fermées et toutes les ouvertures bouchées et obturées, et comme en plus on chauffait la chambre avec le Ili-batzi (bassin à charbon), il en résultait que la chaleur mettait la femme dans un état de congestion violent et dangereux. Il faut éviter cette méthode; l’accouchée n’a pas besoin de précautions particulières en ce qui concerne son habitation et sa nourriture. Il faut seulement ne pas découvrir la moitié inférieure du corps. La femme doit rester simplement sur son lit avec des coussins élevés et se coucher du côté droit. » C’est assez
(1) Traduction du Dr Charpentier, dans les Archives de Tocologie et son Traité d' accouchement.
sage, mais malheureusement les Japonais ont conservé la coutume d’accueillir, au moment de l’accouchement, tout un cercle de parents et d’amis dont les conseils officieux, joints à ceux de l’obassan, mettent à la torture la malheureuse patiente. « L’événement même, » dit Aimé Humbert, « ne fait que redoubler leurs obsessions. Un inconcevable préjugé refuse à la femme-mère le repos réparateur que tout son être sollicite ; elle ne le trouve que lorsque son enfant, après avoir reçu les premiers soins nécessaires, est enfin déposé dans ses bras. » Nous avons déjà dit que la femme reste appuyée, pendant les trois
Fig. 407. — Sage-femme portant le délivre enfermé dans un vase.
premiers jours qui suivent la délivrance, à la pile de coussins placés derrière elle; puis on retire chaque jour un coussin jusqu’à ce que la tête repose sur le dernier; le corps est alors dans la posiLion horizontale. Le délivre se met dans un vase spécial (fig. 407) et le tout est enterré par la sage-femme.
L’arsenal obstétrical des sages-femmes et des accoucheurs japonais ne se composait jadis que de deux crochets, l’un aigu, l’autre mousse. L’aigu, beaucoup plus petit, était particulièrement barbare et pouvait causer des dégâts considérables ; on l’implantait dans la partie qui se présentait, et il servait alors d’instrument de traction.
Gomme son emploi détermine toujours une blessure du cuir chevelu, et qu’on ne devait, dans aucun cas, produire une semblable lésion sur l’enfant de l’empereur, Mitzu Sada Kangawa, accoucheur
de la cour, inventa, en 1812, les instruments suivants : 1° Une longue
Fin. 408-415. — Instruments japonais, PI. I.
anse de baleine mince , de 4 pieds de long et large de une ligne 1/2
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(voy. PI. I, fig. 1) ; 2° Une lame de baleine plate (PI. I, fig. 2), longue
Fig. 41fi-420. — Instrumenls japonais, PI. II.
de 11 pouces, large de 1 pouce plus 1 ligne 1/2 à son extrémité, de 10
lignes à son milieu, dont la partie supérieure, repliée sur le plat, est percée de deux trous ; 3° Une poignée en bois (PI. I, fi g. 3), longue de 3 pouces, épaisse de 9 lignes, percée de plusieurs trous.
Ces instruments, moins barbares, firent abandonner le double crochet. Voici la manière de les employer :
« On trempe d’abord l’anse de baleine (fig. 1) dans de l’eau chaude pour la ramollir et la rendre flexible, puis on la graisse avec de l’huile. On la conduit alors progressivement dans le vagin et on l’introduit, suivant les cas, jusqu’au-dessus du menton ou de l’occiput. A ce moment, ayant fait passer les deux extrémités de l’anse à travers les deux trous de la baleine plate (fig. 2), on tire à soi l’anse jusqu’à ce qu’elle prenne un point d’appui solide, sur le menton ou l’occiput (PI. II, fig. 3). Alors on enlève la baleine plate et on introduit les deux extrémités de l’anse dans les deux trous internes de la poignée (PI. I, fig. 2), puis on les fait repasser par en haut par les deux trous externes. Le médecin saisit alors la poignée de la main droite, de façon à maintenir solidement les extrémités de l’anse doublement repliées, et, pendant que de la main droite il exerce une forte traction, il comprime doucement avec la main gauche l’anse de baleine, de façon que la direction de la traction s’accommode à la courbure du vagin, carsans cela ladirection delà traction serait perpendiculaire au vagin.
« Cette découverte a comblé les lacunes essentielles que comportait l’emploi exclusif du crochet. Mais l’anse de baleine laissait sur le menton et la nuque des traces sanglantes. Pour éviter cela, Mitzu Sada Kangava imagina un autre procédé qu’il employa lors de l’accouchement d’un prince impérial, en mars 1832.
« Ce procédé exige les instruments suivants : 1° Deux petites tiges de baleine (PI. I, fig. 4) de 1 pied 1 pouce 3 lignes de long. Leur extrémité porte un bouton, car la tige est mince et va en grossissant jusqu’à l’extrémité inférieure quia 4 lignes d’épaisseur ; 2° Une fine serviette de soie, large de six pouces, longue de 3 pieds. Ordinairement la serviette n’est pas fixée après les tiges, comme le montre la figure 4; on l’y attache au moment de s’en servir ; 3° Une spatule de fer (PI. I, fig. 8) qui, à son extrémité, est percée d’un trou quadrangulaire. A ses deux extrémités elle est large de 10 lignes, au milieu de 6 lignes, elle est légèrement courbe.
« Lorsqu’on veut procéder à l’opération, on commence par ramollir les tiges de baleine, on les graisse bien avec de l’huile, et on les réunit à la serviette de soie comme le montre la Fig. 4, mais de telle façon que la moitié de la serviette soit roulée autour de chaque tige. Le médecin alors introduit tout l’appareil dans le vagin, en longeant,
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suivant les cas, la paroi antérieure ou postérieure du vagin jusqu’à ce que l’extrémité de l’appareil soit parvenue à la hauteur du menton. Alors le médecin déroule les deux tiges en sens inverse, de telle façon que la serviette enveloppe toute la tête. Il laisse alors libre le reste des deux bouts de la serviette et les dégage des tiges de baleine. Il les fait alors passera travers le trou de la spatule de fer (Fig. 8), et en même temps qu’il pousse celle-ci en avant, il tord les deux bouts delaserviette (PI. II, fîg. 2). Il retire alors la spatule, saisit la serviette solidement de la main droite et extrait la tête, comme d’habitude, en suivant la direction du vagin » (1).
Enfin, en février 1869, Mizu Nori Ivangawa a inventé un procédé,
Fig. 421. — Une couche au Japon. Délivrance avec le treuil.
le plus récent de tous, mais qui n’a guère été employé jusqu’ici ; il est applicable à la version dans les présentations transversales.
« Les instruments nécessaires sont : « 1° Deux petites tiges de baleine (PI. I, fîg. 5), longues de 1 pied 3 pouces 1/2 ; elles sont percées d’un trou à leur sommet; 2° Un fort filet de sofelong de 4 pieds.; 3° Une petite tige de fer (PI. I, fîg. 6) de même longueur que les tiges de baleine. Elle doit être en fer mou et flexible. L’extrémité supérieure est coudée à angle droit et percée d’un trou ; 4° Une lame de baleine plate (PL I, fîg. 7). Elle est longue de 10 pouces, large dans son milieu de 10 lignes. L’extrémité inférieure est large de 1 pouce 1 ligne. L’extrémité supérieure, excavée en demi-lune, est large del pouce 1/2.
« Lorsqu’on veut remédier à une présentation transversale, on ramollit les deux petites tiges et on y enfile le lacs de soie. Ôn pousse alors les deux petites tiges dans le vagin et on se sert de la petite
(1) Dr Charpentier, toc. cit.
tige de fer pour tendre le lacs et le conduire autour du corps de l’enfant (PI. II, fig. 5). Lorsqu’on y a réussi, on retire les petites tiges de baleine, et. pendant que l’on tire sur les deux extrémités du lacs, on refoule avec'la lame plate (n° 7) le creux axillaire de l’enfant (PI. II, fig. 4), jusqu’à ce que la version soit opérée. Une fois celle-ci faite, on tire sur le lacs seul et on extrait l’enfant » (1) .
Les médecins japonais connaissent aussi l’usage du forceps (fig. 422);
mais ils l’appliquent d’une façon toute spéciale, comme le montre la Fig. 421.
Il y a dans toutes ces inventions une ingéniosité compliquée qui est bien de la race ; il est juste cependant de remarquer que, même avant d’avoir brusquement transporté l’Europe dans l’extrême Orient, les praticiens japonais s’étaient déjà dégagés des préjugés vulgaires : plus d’un devait rire en entendant les bonnes gens assurer qu’au moment de la naissance, le garçon se place sur le ventre et la fille sur le dos, sans doute pour rappeler la position de l’un et l’autre sexe dans l’acte copulatif, ou bien serait-ce un sentiment de pudeur précoce qui porte le garçon à prendre une attitude qui lui cache les organes maternels?
Quand on éprouve quelque difficulté à extraire le ^J/ , placenta, on attache le cordon à la jambe de la femme,
ou, comme en Chine, on y suspend quelque objet un peu lourd pour l’empêcher de remonter. Kangawa condamne cettedernière pratiqueet défend aussi de masser le ventre pour aider à l’expulsion du délivre. On ne doit, suivant lui, agir que sur la région lombaire : « Car, » dit-il, « si on massait le ventre, le placenta se contracterait avec tant de violence qu’il se déchirerait et que le bout de la rupture pourrait rentrer dans le ventre. » Kangawa avait tort de défendre l’expression utérine, elle rend souvent de réels services quand elle est indiquée et bien appliquée.
La délivrance donne lieu chez les Japonais à quelques coutumes curieuses : ainsi le bassin où est reçu le délivre d’un -garçon contient un bâton d’encre de Chine et un pinceau pour écrire ; celui qui reçoit le délivre d’une fille est vide, sa naissance, comme dans toutes les autres nations, étant vue d’un mauvais œil. On conserve précieusement le cordon enveloppé dans du papier blanc où se trouvent inscrits les noms des père et mère, et, ainsi desséché, il est porté par
Fig. 422. — Forceps japonais.
(1) D' Charpentier, loc. cit.
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celui à qui il appartient jusqu’à sa mort et on l’enterre avec lui.
Pour couper le cordon, les Japonais se servent de couteaux en os et non en acier, parce qu’ils attribuent une influence pernicieuse aux sections pratiquées avec les instruments tranchants.
Une ancienne coutume voulait qu’au Japon la femme prît un bain chaud le sixième jour après l’accouchement et se fît transpirer, au sortir du bain, en s’enveloppant de couvertures chaudes. Kangawa conseille de ne pas donner de bains avant le quinzième jour. « Au bout
Fig. 424. — Autre manière de porter les enfants au Japon.
Fig. 423. — Japonaise à la promenade, portant un enfant sur son dos.
de huit jours, » dit-il, « il faut, avec une serviette trempée dans l’eau, enlever toutes les souillures aussi bien de la partie inférieure"du corps, qui est restée couverte, que de la partie supérieure». Si le lait ne monte pas aussitôt après l’accouchement, on attendra pendant trente jours, jusqu’à ce que le sang ancien et altéré soit remplacé par le nouveau. Un préjugé encore vivace défend aux Japonaises de manger des
prunes blanches et des haricots noirs : les premières par leur acidité troubleraient les lochies, et les seconds empêcheraient l’action des médicaments qui pourraient être ordonnés.
Les Japonaises, comme les Chinoises, allaitent deux ou trois ans ; il n’est pas rare de voir des enfants venir teter debout après avoir joué. Pendant ce temps, les règles de la civilité obligent de combler de largesses les enfants de ses amies. Et, « par un échange de courtoisie, les grandes fdles du voisinage se disputeront la faveur de porter le nouveau-né à la promenade (fîg. 423, 424), non point dans une pensée de puérile ostentation, mais afin de s’exercer plus sérieusement qu’on ne peut le dire, à le combler, entre leurs bras et sur leur poitrine, de tous les soins, réels ou simulés, qui concernent l’apprentissage de leur future profession (1) ».
Corre raconte, d’après Nieuhof, qu’au Japon, il est permis aux femmes enceintes de se faire avorter, pour éviter les charges d’une trop nombreuse famille, quand elles ne se croient pas en état d’y satisfaire. Assurément au Japon, la liberté des mœurs est très grande; mais, tout au moins dans les hautes classes, l’avortement provoqué est regardé comme un déshonneur (2). Les femmes du bas-peuple s’adressent quelquefois, dans ce but, aux sages-femmes qui leur introduisent, en se servant des doigts comme guides, de longues racines d 'achyrantes aspera, entre la paroi utérine et les membranes de l’œuf. Ces racines, préalablement enduites de musc, sont laissées environ deux jours en place, ce qui amène infailliblement l’avortement. D’autres introduisent dans le col des mèches de soie, imprégnées de musc, ou, ce qui est plus dangereux, des tiges de bambou aiguisées, de grosses épines, etc.
Signalons, en terminant, une coutume japonaise qui n’a, il est vrai, qu’un rapport assez éloigné avec notre sujet. Nous voulons parler de la manière de placer les morts dans le cercueil. Après avoir lavé et rasé le défunt, vêtu de blanc, les croque-morts le font entrer, ou, pour mieux dire, l’accroupissent dans une étroite caisse carrée, les jambes repliées sous le corps et les bras croisés sur la poitrine, attitude semblable à celle de l’enfant dans le sein maternel : symbole d’une vie future.
Pratiques et usages annamites. — Dès que la femme annamite sent son enfant remuer, elle s’empresse de l’annoncer, avec la plus vive satisfaction, à toutes ses voisines, en disant à chaque mou-
(1) Aimé Humbert, op. cit.
(2) Stricker et Dr Galliot, op. cit.
vement du fœtus : Cô, côt « il va s’amusant ou plus exactement, il s’amuse en se balançant (1) ». Elle cherche aussitôt à connaître le sexe de l’enfant qu’elle porte dans son sein. « Elle y parvient, » raconte Paul Lefebvre (2), « au moyen de baguettes cueillies sur un jeune bambousier, auxquelles on adapte les pattes d’un coq ou d’une poule offertes en sacrifice. Ces baguettes se fixent aux murs de la maison, et, à certains signes caractéristiques, l’enfant se trouve être mâle ou femelle ».
L’Annam est riche en superstitions obstétricales. Ainsi la femme enceinte doit éviter, dansla conversation, touteallusion ayant rapport à une fausse couche ou à l’accouchement d’un enfant mort-né; pendant la durée de sa grossesse, il lui est interdit d’approcher de la demeure d’une femme en travail et d’assister aux cérémonies des demandes en mariage; sa présence, dans ces circonstances, porterait malheur.
L’Indo-Chine a, pour les accouchements, tout un olympe spécial dont- les divinités sont fort respectées. A partir du moment où sa grossesse est certaine, la femme invoque l’esprit des accouchements, Thap ni nuong, pour la conduire à son terme et lui donnef des couches heureuses. Dès les premières douleurs, elle se met sous la protection des déesses accoucheuses, qui sont les douze heures du jour et de la nuit pendant lesquelles l’enfantement est possible. Il arrive souvent que la sagefemme, abandonnant l’accouchement à la nature, se contente durant le travail d’unir ses prières à celles de la patiente : que nul accident survienne, elle ne manquera pas de vanter l'excellence de ses oraisons. Enfin, après la délivrance, on rend grâce au dieu de la médecine en brûlant à son intention des baguettes odoriférantes.
L’extrême Orient (3) a de plus imaginé une Mère des morts prématurées, quelque chose comme la Lilith des Hébreux. C’était, suivant la légende, une femme de haut rang qui, ayant perdu successivement six enfants, mourut en couches du septième. « Elle est représentée, » dit Paul Lefebvre (4), « vêtue de longs vêtements de deuil, et cachant ses enfants dans les plis de son manteau. Les endroits retirés et les campagnes solitaires sont les lieux qu’elle habite de préférence. Malheur à la jeune fille, malheur à la femme mariée qui fait la rencontre de ce lugubre fantôme au coin d’un bois, au détour du chemin, à cer-
(1) Dr Mondière.
(2) Souvenirs de l’Inclo- Chine.
(3) Cette croyance semble répandue dans toute l’Asie orientale.
(4) Loc. cit.
taines époques dé l’année! » Une autre superstition se rattache à cette croyance. Si une femme vient à accoucher d’un enfant mort-né, c’est la preuve que le mauvais esprit s’attache à elle et à sa descendance.
Fig. 425, — Massage du ventre avec les pieds, d'après un croquis communiqué par le Dr Mondière.
Dans ce cas, on coupe l’enfant en plusieurs morceaux que l’on enterre séparément pour dérouter le génie de la mort. Les Annamites jettent les vêtements de la mère sur la voie publique, afin de les faire porter par une mendiante qui sera hantée par le mauvais esprit.
La femme annamite ne peut accoucher dans sa maison. Les gens
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aisés font construire dans leur cour, à proximité du logis principal, une petite maisonnette en bambous percée d’une porte et d’une fenêtre fort étroites ; quant aux femmes d’artisans, aux servantes, elles accouchent dans un appentis à ordures plus ou moins balayé. « J’ai vu, » dit le docteur Mondière, à qui nous empruntons ces renseignements, «j’ai vu de malheureuses filles couchant pour ainsi dire à la corde, e t à qui, le moment de leurs couches venu, l’on faisait au milieu de la rue, avec cinq nattes trouées et huit vieux bambous, un
Fig. 426. — Annamite sur le brasier. Fac-similé d’une aquarelle faite par le peintre de la cour de Hué et communiquée par le Dr Mondière.
abri sous lequel elles enfantaient pour ainsi dire coram populo. » D’ailleurs l’installation ne peut être que sommaire, car la case, s’il y en a une, le sommier et les piquets de bambous doivent être détruits.
Nous avons déjà donné les détails relatifs à la position que la femme annamite prend pour accoucher et au rôle que joue la ba-mu ou sage-femme dans cette circonstance (1).
(1) Y. page 401, fig. 276.
Une fois le fœtus expulsé, on le laisse tranquillement sur la natte, tenant toujours au placenta par son cordon. « La ba-mu alors se lève s’accroche par les mains à une traverse du toit (fig. 425), pose un pied au niveau de l’ombilic et pèse de toute sa force de manière à aplatir la matrice et à la vider du placenta et des caillots ; la manœuvre se répète de proche en proche jusqu’au niveau de la symphyse où le pied agit avec la dernière violence, au point de disparaître en entier dans la cavité que lui fait sa pression.
« La ba-mu se baisse alors, retire avec les mains tout ce qui a pu rester engagé dans la partie antérieure du vagin, en tirant sur le tout, mais sans faire de recherches minutieuses. Elle répète encore une fois ou deux, si elle les juge utiles, ces pressions avec le pied pour chasser le reste des caillots, et puis laisse la mère pour s’occuper de l’enfant. Elle essuie celui-ci avec un chiffon sec, ensuite elle saisit le cordon à 1 centimètre de l’anneau et, par des pressions répétées, refoule son contenu, sang et gélatine de Wbarton, sur une longueur de 15 centimètres environ du côté du placenta. Quand le dégagement du cordon lui semble suffisant, elle le coupe à petits coups et en sciant, avec sa lame de bambou, voire même à la rigueur avec un tesson de porcelaine. Elle pose alors vers la moitié de la longueur de la partie restante, c’est-à-dire à 6 ou 7 centimètres du nombril, une ligature de fil non ciré, entortille tout le cordon, 12 à 15 centimètres, dans un morceau de papier chinois, ciré ou verni, passe autour des reins de l’enfant une petite bande d’étoffe qui se noue par devant pour assujettir le tout. »
L’enfant, roulé dans un vieux chiffon (1), est quitte pour l’instant des attouchements de la ba-mu. C’est le tour de la mère. La sage-femme se suspend encore à la traverse et piétine à nouveau le ventre de la malheureuse pour en chasser les caillots. L’accouchée se retourne ensuite, et la même opération est pratiquée sur les épaules jusqu’au niveau des vertèbres lombaires. Enfin, pour remettre l’accouchée de toutes ces pénibles manœuvres, on lui fait boire un grand bol d’urine toute chaude, fournie par son mari ou, s’il est absent, par un jeune garçon, puis elle est essuyée tant bien que mal avec un linge trempé dans l’eau à la température ambiante ; elle se replace sur le dos, et on coupe de la natte et du vêtement tout ce qui a été taché de sang ou mouillé. Pendant et après le travail, des
(1) On a eu soin de mettre de côté les hardes les plus usées et les plus malpropres pour envelopper l’enfant ; les Annamites prétendent que, sans cela, l’enfant serait malheureux dans l’avenir.
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fourneaux pleins de charbon ou de bois sont restés allumés au-dessous de la claie (fig. 426) qui sert de lit à l’accouchée, assez ardents pour causer parfois aux fesses des brûlures du premier et même du second degré. Ce feu doit empêcher le refroidissement que l’on considère comme funeste aux femmes en couches. Nous avons déjà parlé de ce préjugé en Chine; mais, chez les Annamites, il esttellement enraciné que, quand une de ces malheureuses accouche dans la rue, la charité publique entretient du feu sous les quelques lattes qui lui ont servi de lit. Au-dessus de ces brasiers, sur cette claie, dans cette hutte, la femme resteravingt, trentejourssans rienmangerque du riz à l’eau fortement salé, sans selaverqu’un peu l’extérieur des parties génitales (1).
La sage-femme, ayant terminé, fait du placenta et des caillots sanguins un paquet qu’elle enveloppe dans les lambeaux des vêtements et de la natte coupés, parce qu’ils étaient tachés de sang. Elle place le tout, caché sous un peu de sable, près du fourneau, au pied du lit de la mère. Le soir, à la nuit faite, elle viendra prendre ce paquet et ira l’enterrer dans un endroit qu’elle seule doit connaître, sous peine de grands accidents pour la femme.
Elle revient alors à l’enfant : après lui avoir passé le doigt dans la bouche pour la débarrasser du sang et des mucosités qu’elle pourrait contenir, elle lui frotte le corps avec de l’eau-de-vie de riz, puis lui passe une petite veste de soie ou de coton et le couche sur le gril à côté de sa mère.
Ce n’est pas le lait de sa mère qu’il prend dans les deux premiers jours ; les voisines viennent deux ou trois fois par jour exprimer de leur lait dans une petite tasse ; sinon, on envoie une femme étrangère à la famille quémander çà et là du lait de femme, sous prétexte de lotionner les yeux d’un malade. Quant à donner le sein au nouveau-né, aucune étrangère n’y consentira si, au préalable, l’enfant n’a déjà teté sa mère. Ce serait s’exposer à une foule de maladies. « Je n’ai jamais pu, » ajoute le docteur Mondière, « avoir la raison de cette croyance qui, du reste, n’empêche pas les femmes annamites d’élever volontiers au même sein que leur enfant un petit cochon né treizième d’une portée ». Vers la fin du deuxième ou du troisième jour, la mère commence à allaiter son enfant. En même temps, elle lui frotte le ventre avec du fiel de porc [mât heo), pour le préserver des coliques.
« Lachutedu cordonalieu, comme partout ailleurs, vers le cinquième
(1) Rien d’étonnant si, comme le constate le docteur Mondière, le nombre des décès est effrayant.
jour. La sage-femme met sur la petite plaie qui résulte de cette chute du poivre en poudre fine, et, s’il se développe un peu d’inflammation, elle recouvre la partie avec une pommade formée de bile de porc et d’eau-de-vie de riz.
« Si l’enfant est robuste, on lui donne à manger vers le vingtième jour après sa naissance ; si, au contraire, il est chétif, on attend un mois ou six semaines. Cette première nourriture se compose d’eau
Fig, 427. — Femme annamite portant son enfant Fig. 428. — Cambodgienne portant son enfant sur la hanche. sur le bras gauche.
de riz épaisse et quelquefois même de riz cuit, avec un peu de poisson fumé, le tout mâché préalablement par la mère. Dans le peuple, l’enfant tette et mange ainsi tout ensemble pendant deux ans, en moyenne, à moins qu’il ne survienne une nouvelle grossesse chez la mère, ce qui est rare avant la fin de la seconde année (1). » Naturellement, dans la classe mandarine, il y a des nourrices mercenaires ; alors l’enfant tette à la fois sa mère et l’une des nourrices qui, souvent, donne en même temps le sein à un de ses frères plus âgé. Le docteur Mondière raconte avoir vu chez lui un garçon de huit ans,
(1) Dr Mondière, Icc. cit.
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parent du roi, qui, debout, s’en allait ouvrir la robe de sa mère et était obligé de se baisser pour atteindre le sein auquel il restait fixé pendant quelques minutes. Les enfants des Annamites ont la tête
Fig. 429. — Domestique à Panama portant un enfant.
rasée ; ils sont complètement nus eL portés à cheval sur la hanche de la mère ou de la nourrice (fig. 427), comme à Panama (fig. 429). Au Cambodge, les femmes portent les enfants sur le bras gauche (fig. 428). Nous avons vu qu’en Chine, comme au Japon, les enfants étaient ordinairement placés sur le dos de leur mère (fig. 405, 423).
« La loi annamite ne semble pas reconnaître l’avortement simple
et, en tous cas, s’il est pratiqué avant la fin du troisième mois de la grossesse, c’est un simple accident. Elle ne s’en occupe que dans deux cas : 1° quand une femme adultère, se trouvant enceinte à la suite de sa faute, et redoutant que son mari s’en aperçoive, se fait avorter au moyen de drogues, le marchand de drogues et la femme sont punis de cent coups et de l’exil à 2,000 lis ; 2° si la femme s’est fait avorter seule, la peine est, d’une manière générale, de quatre-vingts coups et de deux ans de fers. Puis, vient une cause étrangère, c’està-dire en dehors de la volonté de la femme. Quand, par la suite d’un coup ou d’une blessure, quelqu’un détermine l’avortement d’une femme, le fait est considéré comme blessure ordinaire si la grossesse ne remonte pas à trois mois » (1).
Birmanie, Siam, Laos, Cambodge et Tonquin. — L’usage d’exposer les nouvelles accouchées à un foyer plus ou moins ardent se retrouve dans presque toute l’Inde transgangétique, au Cambodge, en Birmanie, dans le royaume de Siam. Le procédé des Birmans diffère un peu de celui dont usent les Annamites; ils allument un feu qui répand une si grande chaleur que peu de gens bien portants pourraient la supporter. La malheureuse accouchée est étendue à côtédecebrasier ardent, nuitet jour, pendant une quinzaine.
En Birmanie, les femmes enceintes, vers les deux ou trois derniers mois de leur grossesse, se sanglent fortement la taille pour s’opposer au développement de l’utérus en hauteur; elles pensent ainsi abréger d’autant le chemin que doit parcourir l’enfant au moment de la naissance. Un usage ancien veut que le premier de l’an soit célébré par de grandes réjouissances publiques ; or, entre autres manifestations de la joie, on est autorisé à jeter de l’eau à tous les passants que l’on rencontre; les femmes enceintes sont seules respectées, et celles dont la grossesse n’est pas encore très visible n’ont qu’à faire un signe pour être obéies.
Après l’accouchement, la Siamoise se couche sur le côté, le ventre tourné vers un grand feu de bois (fig. 430). A quiconque la demande, on répond : « Elle est au feu. » De plus, pendant trois jours, elle ne se soutient qu’avec des épices excitantes; elle ne peut sortir que le trentième jour. C’est encore le décubitus latéral qu’elle prend de préférence pour donner le sein (fig. 431).
Les femmes du Laos restent, elles aussi, exposées pendant un mois à une chaleur intense. Les Laotiens sont très superstitieux; pour éloi-
(1) Dr Mondière, lue. cit.
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gner les mauvais esprits et les maléfices des sorciers, on s’assemble dans la maison de l’accouchée, et, pendant un mois, on s’y divertit en y menant grand bruit. Cari Bock nous donne d’autres détails assez curieux :
« A la naissance d’un enfant, comme ils croient qu’il peut être le fils d’un esprit, ou bien celui de son père, la plus vieille femme de la famille porte le nouveau-né sous la vérandah de la maison, appelle l’esprit et secoue l’enfant, frappe le plancher... Si l’enfant reste coi, c’est l’enfant d’un esprit; si, au contraire, il crie, ce qui est la règle,
Fig, 430. — Siamoise après l’accouchement (Ploss).
il est bien le fils de son père. Pour éloigner aussi les mauvais génies, on donne à l’enfant un nom de chose malpropre ou désagréable... Si une femme meurt en couches ou pendant le mois qui les suit, son cadavre ne doit pas sortir par la porte de la maison, mais par une ouverture pratiquée dans le plancher et elle ne reçoit pas les honneurs de la crémation, même si elle était de famille royale. »
Dans le pays de Gia-Dinh, au Cambodge (1), dès que la femme est accouchée, on plante devant la maison une longue perche à l’extrémité de laquelle est attaché un bambou allumé. Si le côté enflammé
(1) Aubaret, Description du pays de Gia-Dinh, et Paul Lefebvre, Faces jaunes .
regarde la maison, il indique la naissance d’un garçon, s’il est tourné vers l’extérieur, ce qui est le cas le plus fréquent (1), il annonce une fille (2). Ce signe indique, en outre, l’entrée de la maison à toute femme qui a eu un accouchement laborieux ou qui est atteinte d’affections utérines, contractées à la suite des couches.
« Quand plusieurs bâtons parfumés, » dit Lefebvre, « se dressent
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Fig. 431. — Siamoise allaitant son enfant.
ainsi devant la porte des maisons, se consumant tous à la fois, avec un mince filet de fumée odorante, ces plantations bizarres ont pour but de conjurer le sort et de chasser le mauvais esprit ».
La nouvelle accouchée ne peut reprendre ses occupations qu’à la fin de la quatrième semaine; jusque là c’est le mari qui se livre exclu-
(1) En extrême Orient, contrairement à ce qu’on observe en Europe, il naît plus de filles que de garçons.
(2) La condition inférieure de la femme est consacrée mieux encore par la maxime suivante, du livre de la Sagesse ( Chi-king ) :
« Il naît un fils : Il est posé sur un lit, et enveloppé d’étoffes brillantes. On lui donne un demi-sceptre. On revêt d’étoffes rouges les parties inférieures de son corps. Le maître, le chef, le souverain est né, on lui doit l’empire.
« Il naît une fille : On la pose à terre, on l’enveloppe de langes communs : on met auprès d’elle une toile (emblème du tissage de la toile, principale occupation des femmes). Il n’y a en elle ni bien ni mal. Qu’elle apprenne comment se prépare le vin, se cuisent les aliments : voilà ce qu’elle doit savoir. Surtout, il faut qu’elle s’efforce de n’être pas à charge à se3 parents. »
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sivement aux soins du ménage. A sa sortie, la première visite de la femme est pour la pagode où elle va rendre grâce à la divinité des accouchements; avant son départ, son mari a la précaution de la peindre des pieds à la tête avec du safran afin de la préserver des refroidissements.
Au Tonkin, d’après Pinabel, chez quelques peuplades sauvages, à la naissance de l’enfant, on lui met plusieurs grains de riz dans la bouche en disant : « Si tu viens du diable, que le diable t’enlève, si tu viens du ciel, que le ciel te protège ! » Ils étendent un filet près de la mère et de son enfant dans la crainte que le diable ne vienne enlever le nouveau-né. La mère ne reste que cinq ou six jours exposée à la chaleur du foyer; après quoi, elle va se baigner à la rivière voisine.
Pratiques et coutumes africaines. — Au Sénégal, après l’accouchement, les femmes restent sept jours à la case; mais quelques heures après la délivrance, elles reprennent leurs occupations journalières (1). L’habitude qu’elles ont de porter leurs enfants sur le dos (fig. 432) est facilitée par la saillie des fesses qui leur sert de point d’appui. Béranger-Féraud rapporte que, chez les diverses peuplades de cette région, le mari reste séparé de sa femme pendant toute la durée de la grossesse et ne peut remplir ses devoirs conjugaux qu’après le sevrage de l’enfant; il est vrai que, durant cette période qui se prolonge quelquefois deux ou trois années, la femme l’autorise à patienter avec une concubine; mais elle la lui choisit elle-même, et il est probable que, pour ne rien perdre à la comparaison, elle se donne bien garde de prendre le dessus du panier. C’est du reste une coutume générale chez les sauvages, de voir les deux époux séparés l’un de l’autre jusqu’à l’époque du sevrage; c’est aussi ce qui explique l’universalité de la polygamie chez les peuples primitifs.
Dans la race ouolove, d’après O. Rochebrune, on recueille avec soin le bout de cordon à sa chute, on le laisse dessécher et on le coud dans un morceau quadrangulaire d’étoffe, entre deux plaques de cuir plus ou moins ornementées, puis on le suspend au cou de l’enfant, comme gri-gri ( dombo-boum ), afin de le préserver des maladies. C’est une bulle romaine, mais assez malpropre. Nous avons signalé une coutume analogue dans la race jaune. Le même auteur ra-
(1) Cette coutume s’observait autrefois en Suisse, si Ton en croit Montaigne, qui, en parlant des femmes de ce pays, dit : « Vous leur veoyez aujourd’huy porter au col l’enfant qu’elles avoient hier au ventre. »
conte que lorsque les femmes ouoloves sont enceintes, elles se livrent avec frénésie à certaines danses tournantes, pour se faire avorter.
Au Gabon, rapporte le Dr Huard, les matrones ont une manière assez singulière de remplacer la ligature du cordon; après avoir coupé le cordon du nouveau-né, elles saisissent entre deux doigts l’extrémité des vaisseaux, et refoulent l’enveloppe membraneuse vers l’ombilic, où elle forme une sorte de bourrelet qui comprime ceux-ci et rend inutile toute ligature.
Chez lesM’Bengas du Gabon, quand il naît deux enfants le même jour dans la tribu, on plante deux arbres de même âge et de même essence; si l’un ou l’autre de ces arbres vient à mourir ou à être brisé par le vent, c’est un signe qui annonce la mort prochaine de l’enfant pour lequel l’arbre détruit a été planté (1) .
Les femmes de la Côte d’Or (2), dès les premiers temps de la grossesse, sont conduites sur le bord de la mer où des enfants les couvrent d’ordures; après quoi elles se baignent et se lavent avec soin. Les indigènes sont persuadés qu’il arriverait malheur à quelqu’un de la famille si cette précaution n’était pas F‘°- 432‘ ~nSé0nffnt!'Se P°rlant prise. L’accouchement a lieu devant un grand nombre de curieux des deux sexes ; la patiente se garde bien de proférer aucune plainte de peur d’être tournée en ridicule par la trop nombreuse assistance qui l’entoure. Celle-ci ne se retire de la case qu’après la délivrance de la femme, pour lui permettre de dormir trois ou quatre heures, après lesquelles elle se lève et reprend ses occupations ordinaires. Le Konfor ou prêtre vient attacher sur différentes parties du corps de l’enfant des petits paquets d’écorce de l’arbre fétiche, qui passe pour un préservatif contre toutes sortes de maladies et de fâcheux accidents.
A la Côte des Esclaves, suivant Féris, les accouchements gémellaires sont fréquents; si l’un des jumeaux meurt, le survivant conserve une poupée en bois qui représente son frère ; le plus souvent,
(1) Duloup, Revue d'ethnographie, 1883.
(2) Histoire générale (les voyages, t. XV.
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il la porte attachée derrière le dos. En revanche, on lue tout enfant venant au monde avec des dents.
Au Bénin, nous l’avons dit, la naissance des jumeaux est célébrée par des réjouissances publiques, et le roi fournit à l’un des enfants
Fig. 433. — Bain après l’accouchement, en Guinée, d’après Picard.
une nourrice ; c’est ordinairement une femme qui vient de perdre son enfant. Dans la ville d’Arebo, dépendant du même royaume, les mères qui mettent au monde des jumeaux sont, au contraire, sacrifiées avec leurs enfants. Le mari, il est vrai, est libre de racheter sa femme, en offrant une esclave à sa place; mais les enfants sont tou-
jours égorgés sans pitié; un grand nombre de femmes, par crainte de cette loi barbare, vont accoucherdans les pays voisins. Artus nous
Fig. 434. — Accouchement en Guinée, d'après Picard.
apprend (1) qu’au Bénin, on pratique, sur le corps du nouveau-né, trois grandes incisions, depuis les épaules jusqu’au nombril; c’est sans doute une marque distinctive comme à Biafra, où l’on a coutume de brûler le front avec un fer rouge, pour faire une cicatrice qui
(1) Daniell, Dcsc. oj Guinea
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permet aux guerriers de se reconnaître dans les combats. Les habitants du Bénin pensent que sept jours après l’accouchement, tout danger a disparu pour la mère et l’enfant, aussi le père manifeste-t-il sa joie par une petite fête de famille et, dans l’espoir de bien disposer les esprits à l’égard des siens, il expose sur les chemins qui avoisinent sa case, quantité de liqueurs et d’aliments à leur intention.
En Guinée, comme d’ailleurs dans la plupart des peuplades sauvages, aussitôt après la délivrance, la femme va laver son enfant dans la rivière (fig. 433). De retour à sa case, elle reçoit la visite des habitants de la tribu (fig. 434) qui, en signe de joie, entonnent un chant monotone accompagné de claquements de main cadencés, et s’enivrent abominablement.
Au Loango (1), lorsque le mari a quelque raison de soupçonner la fidélité de sa femme devenue enceinte, on fait subir à un esclave l’épreuve du poison. S’il meurt, la femme est brûlée vive, et son amant prétendu est enterré vif. Ces deux malheureux, comme on le voit, sont à la merci des prêtres qui préparent la boisson d epreuve.
Heureux les Ouatatourous, s’ils connaissent leur bonheur! M. Dutrieux nous apprend que, dans cette tribu fortunée, une belle-mère ne se permettrait pas de parler à son gendre ni même de le regarder. Si elle désire lui faire une communication quelconque, elle lui tourne le dos et s’adresse à lui par l’intermédiaire d’un tiers. « Les peuples sauvages,» fait observer à ce sujet le Dr Cyrnos, « ont trouvé là un moyen assez curieux d’assurer leur tranquillité domestique. Que d’esprits mal faits, dans nos pays civilisés, seraient tentés de faire à cet égard l’essai loyal des mœurs africaines ! »
Les guerriers Zoulous, au dire de Hoberland, doivent rester célibataires, et il leur est enjoint d’extraire du sein de leur mère les enfants qu’ils pourraient avoir. Les nègres de l’intérieur de l’Afrique ont aussi l’habitude de faire avorter, par des coups de poing sur l’abdomen, la femme qui devient enceinte pendant qu’elle allaite encore.
Quand une Hottentote est sur le point d’accoucher, le mari se retire et va prévenir la sage-femme, que chaque kraal doit entretenir à ses frais. Si le travail se ralentit, on donne à la femme une décoction de tabac dans du lait. L’accouchement se fait sur un krais ou mante qui sert aux femmes pour cet office et que l’on enterre aussitôt après la délivrance, dans la crainte de quelque sortilège. Dès que l’enfant est venu au monde, on commence par le coucher à terre sur la peau de
(1) Histoire générale des Voyages, XVI.
quelque animal, après avoir lié le cordon avec une artère de mouton; on lui frotte ensuite tout le corps avec de la fiente de vache, et on l’expose ainsi dans la campagne aux injures de l’air.
Le soleil dessèche peu à peu les ordures dont l’enfant est couvert, et les convertit en une croûte difficile à enlever. Les femmes lavent alors le corps du nouveau-né avec le jus de certaines feuilles, broyées entre deux pierres. Après quoi, elles l’enduisent de graisse de brebis ou d’agneau, et le saupoudrent de bukku. Les parents lui donnent ensuite le nom de quelque animal, âne, bœuf, cheval, etc., dont les qualités sont louables aux yeux des Hottentots. Si une femme accouche d’un enfant mort, le mari est forcé de se purifier avant d’être admis de nouveau dans la société des hommes. Nous avons déjà parlé du sort des jumeaux, nous n’y reviendrons que pour décrire, d’après Corre, la bizarre méthode employée par les Hottentots pour faire la castration d’un testicule sur les garçons, vers l’âge de neuf à dix ans, opération qu’ils pratiquent dans la crainte où ils sont de procréer des jumeaux, s’ils ont deux testicules:
« Le jeune homme, après avoir été frotté de graisse fraîche de mouton, est étendu à terre, sur le dos, les pieds et les mains liés; ses amis se couchent sur lui pour le rendre immobile. Dans cette situation, l’opérateur lui fait, avec un couteau, une ouverture au scrotum, d’un pouce et demi de largeur. Il fait sortir le testicule et met à la place une petite boule de la même grosseur, composée de graisse de mouton et d’un mélange d'herbe pulvérisée; ensuite il recoud la blessure avec un petit os d’oiseau aussi pointu qu’une alêne; une artère de mouton sert de fil. Cette opération se fait avec une adresse qui surprendrait nos plus habiles anatomistes, et jamais elle n’a eu de suites fâcheuses. Lorsqu’elle est achevée, l’opérateur recommence les onctions avec de la graisse de mouton qu’on a tué pour la fête. Il tourne le patient sur le dos, sur le ventre, comme un cochon de lait qu’on disposerait à rôtir: enfin il urine sur toutes les parties du corps et le frotte soigneusement de son urine. Après cette monstrueuse cérémonie, le jeune homme se traîne dans une petite hutte bâtie exprès pour cet usage; il y passe deux ou trois jours, au bout desquels il sort parfaitement rétabli » (1).
Chacun sait que la Vénus Holtentote a les seins très développés: « Rien n’est plus commun, dit Topinard au sujet des Hottentotes, que la description, par les voyageurs, de négresses rejetant leurs seins
(1) Verrier, Le V accouchement comparé dans les races humaines.
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sur leurs épaules, pour allaiter un enfant suspendu sur leur dos (1) ;
une femme boschimane (fig. 435), examinée par Flower et Murrie, les faisait rejoindre en arrière au-dessus delà région fessière. »
(1) Les Boschimanes se distinguent encore des autres négresses par la longueur de leurs petites lèvres qui atteignent 15 à 18 centimètres de long et prennent le nom de Tablier des Hottentotes. L’allongement de ces replis muqueux est d’ailleurs la règle dans la race nègre et est considéré comme un agrément. « On dit, » raconte le Dr Corre, ce que la reine de Madagascar est très fière de la longueur de ses nymphes, et que, dans ses moments de repos, elle entretient de jeunes esclaves chargées de la singulière mission de les tiraillerafin de leur donner encore plus de longueur. »
Une femme cafre qui oserait crier en accouchant serait déshonorée, répudiée par son mari, reniée de sa famille. On prétend d’ailleurs qu’en ce pays l’enfant vient au monde sans pousser de cri; serait-ce en raison de la faible différence entre la température de la mère et celle de l’air extérieur? Aussitôt après la naissance, on procède
Fig. 436. — Purification et exposition dos enfants, chez les Cafres, d’aprè6 Picard.
à une sorte de purification (fig. 436) ; s’ils remarquent quelque défaut sur le corps de l’enfant, ils l’exposent, comme autrefois à Rome.
Les Nubiennes, une fois l’accouchement terminé, sont lavées trois ou quatre fois par jour avec une décoction amère de graines de garad ; elles se reposent sept jours.
A la naissance de chaque enfant mâle, chez les Chaykyes, on
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mange en famille un mouton tout entier, dont on conserve les os dans un sac pendu au plancher. Cailliaud (1) a vu jusqu’à cinq de ces sacs suspendus dans la même habitation, qui attestaient que la maîtresse de la maison avait donné le jour à cinq garçons.
« Les nègres du Soudan occidental et du centre de l’Afrique se sont toujours opposés », raconte le Dr Verrier d’après Archibald Hervan, « à ce que leurs femmes et leurs filles missent des robes qui leur cachassent le sein, dont la turgescence et la coloration du mamelon leur permettent de se rendre compte, par la vue, du commencement d’une grossesse ». Dans la région soudanienne que Felkin (2) appelle le district du mahdi, « aussitôt qu’une femme sent qu’elle est près d’accoucher, elle s’abstient de viandes et se met à manger beaucoup de légumes ; elle nettoye sa hutte, confie les enfants à des voisines,
Fig. 437. — Accouchement en musique chez les Nyam-Nyam.
puis quand le travail commence, elle marche des heures entières. Chez les Nyam-Nyam, les femmes sont autant que possible délivrées auprès d’une eau courante. Accompagnée de ses amies, la patiente se met à la recherche d’un endroit retiré et s’installe sur un tronc d’arbre, pendant que tout son entourage joue du tambour ou sonne avec une espèce de cornet (fîg. 437). Aussitôt après la naissance, l’enfant, dont le cordon est coupé immédiatement, est plongé dans l’eau » .
(1) Voyage à Mèroé.
(2) D’après sa communication faite à VFdimb, med. Journ. (avril 1884) et traduite dans la France médicale par le Dr Bouclier.
Au pays de Bongo, c’est un usage de conduire au bain la mère et l’enfant aussitôt après la délivrance. Une bande d’amis poussant des cris joyeux les accompagne, et une femme qui danse en tête, après avoir détaché le placenta, le jette dans le courant du fleuve, aussi loin que possible.
Chez les Wanickas et dans d’autres tribus du centre, on pratique la section du cordon avec des couteaux de silex emmanchés sur des cornes de vache d’une forme originale. Ces cornes ont un autre usage, elles servent encore de verre à ventouse que l’on applique sur différentes parties du corps de l’accouchée, préalablement scarifiées à l’aide du même couteau en silex, pour en retirer le mauvais sang.
En général, dans l’Afrique centrale, les hommes n’assistent pas aux accouchements. « Chose singulière », ajouLe Felkin, « moins la tribu est vêtue, plus la conduite est décente en cette circonstance. Ainsi, dans l’Uganda, la loi punit de mort tout adulte qui se pro-
Fig. 438.— Mamelons d’une négresse de Loango.
mènerait nu. Quand la femme est en travail, ses amies chantent un air lent et plaintif, encourageant la patiente de toutes les façons possibles. Le cordon est coupé à 4 pouces du corps de l’enfant avec un couteau de pierre, quelquefois aussi il est rompu par traction. Vientil à saigner, une femme le saisit dans sa bouche et le mordille jusqu’à ce que l’hémorrhagie se soit arrêtée. Dans aucun cas, je n’ai vu pratiquer la ligature. Le placenta est brûlé en dehors de la hutte de côtés différents, suivant qu’il s’agit d’un garçon ou d’une fille.
MOEURS ET COUTUMES
« Quand la délivrance a eu lieu, l’accouchée, conduite auprès d’un grand feu, est étendue sur des fourrures, et le vernis caséeux est enlevé avec beaucoup de précautions du corps de l’enfant, qui est ensuite frictionné avec de l’huile et enveloppé dans une peau moelleuse, avant d’être présenté à son père et aux amis de la famille. Une heure environ après la naissance, on lui donne le sein, et, pour faciliter l’allaitement, les femmes de presque toutes les tribus d’Afrique ont coutume, pendant les quelques jours qui précèdent l’accouchement, d’exercer des tractions et des tiraillements sur le mamelon (fig. 438). Puis trois ou quatre jours se passent et la mère reprend ses occupations habituelles, non sans être restée un certain temps à la porte de sa hutte pour recevoir les félicitations de toutes ses compagnes. Pendant une semaine et plus, elle est obligée de vivre seulement de légumes et elle doit rester six mois sans avoir de rapports avec son mari: L’enfant est nourri au sein pendant deux ans. »
Fig. 439. — Une opération césarienne à Kahura.
Ce même pays de l’Uganda est le seul de toute l’Afrique centrale où l’on pratique l’incision abdominale, dans l’espoir de sauver à la fois la mère et l’enfant. « Exécutée,» continue Felkin, «par des hommes de la tribu, cette opération est quelquefois suivie de succès, et j’eus l’occasion d’en constater un en 1879 à Kahura. L’instrument employé est représenté figure 440. Il s’agissait d’une femme très jolie pour une négresse, et en parfait état de santé, âgée d’environ vingt ans, primipare. J’arrivais tout justement dans la hutte au commencement de l’opération et l’on ne me permit pas de l’examiner. A côté de la patiente, déjà à moitié ivre et entièrement nue, était une certaine quantité de vin de bananes; une bande de mbugu , étoffe
résistante faite avec l’écorce des arbres, lui fixait le thorax sur sa couche, un autre lui maintenait les cuisses et un assistant immobilisait les pieds, tandis qu’à droite un aide tendait la peau de l’abdomen. L’opérateur, le couteau levé, placé à gauche du lit, marmotta d’abord une invocation. Cette cérémonie préliminaire accomplie, il arrosa abondamment le ventre de la femme et ses mains, avec du vin de bananes et de l’eau; puis ayant poussé un cri perçant, répété par la foule qui se tenait en dehors de la hutte, il fit une
rapide incision étendue du pubis au niveau de l’ombilic et un peu au-dessous. Les pârois de l’abdomen et de l’utérus ayant été traversées, le liquide amniotique s’écoula en dehors et, quelques vaisseaux donnant du sang, un des assistants arrêta l’hémorrhagie avec un fer rouge. L’opérateur finit ensuite de sectionner l’utérus, pendant qu’un aide écartait les bords de la plaie avec les doigts recourbés en crochets. L’enfant fut enlevé, donné à des personnes de l’assistance après que le cordon eut été coupé, et l’accoucheur, laissant tomber son couteau, empoigna l’utérus à deux mains, en le serrant à plusieurs reprises de toutes ses forces. Alors, enfonçant le bras droit dans la cavité du corps par l’ouverture, il alla avec deux ou trois
Fig. 440. — Couteau d'un magicien pour faire l'opération césarienne.
Fig. 441. — Suture de la paroi abdo' minale après l’opération césarienne.
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doigts dilater le col, ramenant des caillots et le placenta, pendant que les aides essayaient d’empêcher la masse intestinale de faire hernie à travers la blessure. Un fer rouge fut appliqué pour arrêter toute hémorrhagie, mais très rapidement, pendant que le chirurgien en chef exerçait sur l’utérus une compression qu’il continuait jusqu’à contraction parfaite. Aucune suture ne fut faite à ce moment, et l’aide qui avait tendu la peau au commencement de l’opération, plaça ses mains aux extrémités de la plaie sur laquelle on étendait un carré d’herbes tressées. Les bandes d’étoffe qui retenaient la femme furent coupées, on la porta vers le haut du lit, puis, les assistants, la prenant dans leurs bras, la retournèrent de façon à faire écouler tout le liquide que pouvait contenir la cavité abdominale. Elle fut ensuite replacée dans la première position et le carré d’herbes tressées ayant été enlevé, les bords de la plaie, la peau et le péritoine furent soigneusement adossés au moyen de sept pointes bien polies, comme des épingles à acupressure et réunies ensuite par une ficelle (fîg. 441). Une pâte composée de deux racines différentes, préparée par la mastication et recueillie ensuite dans un vase, fut appliquée en guise d’emplâtre sur la blessure, par dessus une feuille de bananier préalablement chauffée, et enfin une bande solide de mbugu.
« Jusqu’au moment où les pointes furent enfoncées, la patiente ne poussa pas le moindre cri, et une heure après l’opération, elle semblait tout à fait à l’aise. Sa température ne s’éleva jamais au-dessus de 99°, 6 Farenheit (37°, 5), excepté la nuit qui suivit l’opération où elle fut à 101° F., son pouls étant 108.
« L’enfant fut mis au sein deux heures après l’opération, mais au bout d’une dizaine de jours, le lait manquant, il fut nourri par une autre femme de la tribu. La plaie fut pansée le matin du troisièmejour et une des pointes enlevée. Le cinquième jour, trois autres pointes furent retirées et le reste le sixième. A chaque pansement, de la pulpe fraîche était appliquée et, avec un petit tampon de la même pulpe, le pus essuyé, puis un bandage très solide était toujours remis par dessus le tout. Neuf jours après l’opération, la blessure était cicatrisée et la femme paraissait entièrement rétablie. L’écoulement vaginal était normal; quant à l’enfant, il avait reçu une très légère blessure sur l’épaule droite, elle fut pansée avec la pulpe et guérit en quatre jours. »
Colons et indigènes d’Amérique. — Buffon raconte que les femmes des Esquimaux, tout comme les Hottentotes, donnaient
le sein par dessus les épaules, coutume qui serait peu pratique en des climats aussi froids. Ce qui a pu causer l’erreur, c’est que l’enfant demeure enfermé deux ou trois ans derrière le dos de sa mère, dans une espèce de capuchon fort ample, qui permet à la mère de faire passer l’enfant par dessous les bras jusque sur la poitrine et de lui donner le sein, sans le tirer de son sac (fig. 442).
Les femmes des Chipiouyans allaitent aussi leurs enfants de la
Fie. 442. — Esquimaux de la péninsule Melville.
même façon et portent, à cet effet, des camisoles très amples par le haut. Elles ont, comme dans beaucoup d’autres peuplades, l’étrange coutume, à la naissance de leur enfant, de couper un morceau du cordon, et de le porter attaché à leur cou dans un sachet qu’elles ornent de piquants de porc-épic et de grains de verroterie.
Au Canada, les courses sont longues; obligées de porter leurs enfants, les femmes canadiennes les emmaillotent dans un petit berceau où ils ne peuvent remuer ni bras ni jambes; ce berceau est
MOEURS ET COUTUMES
ensuite emboîté dans une sorte de hotte élevée (fig. 443), dont elles se passent les courroies autour des épaules ; ainsi chargées, elles cheminent lestement. Le dos du nourrisson est appuyé contre la mère; sa figure est au grand air. La hotte est détachée aux stations et posée contre un arbre, contre une pierre, ou accrochée à une branche. Les mères mettent la plus grande coquetterie à bien décorer leur panier à poupon : il est artistement tressé et les courroies en sont soigneusement travaillées.
La fécondité des Canadiennes est proverbiale dans le Nouveau-
Fig. 443. — Berceaux canadiens.
Monde. D’après une vieille coutume, le vingt-sixième de toute récolte appartient au prêtre canadien. Le vingt-sixième enfant de chaque famille appartient donc au prêtre qui le prend dès sa naissance et l’élève à ses frais. Il n’est pas dans tout le Bas-Canada un seul village dont le curé n’ait, de la sorte, trois ou quatre enfants chez lui. Cette fécondité n’étonnera personne quand on saura que les Acadiens réfugiés il y a deux siècles dans l’île d’Anticosti, où ils fondèrent 400 foyers, représentent actuellement une population de 125,000 âmes.
Suivant le docteur Coates, de Puebla, quand le placenta tarde trop
à sortir, les Espagnoles du bas-peuple mexicain avalent un verre de savon, qui produit des vomissements toujours suivis de l’expulsion de l'arrière-faix. Chez les Indiens de l’Est, si le travail est trop laborieux, la sage-femme souffle une préparation spéciale dans la bouche de la patiente pour la faire vomir (fig. 444). Les Gros-Ventres activent l’accouchement, en faisant éternuer la patiente avec une poudre spéciale,et, si l’effet se fait attendre, ils administrent un vomitif. Certaines tribus indiennes, dans les cas de délivrance tardive, provoquent le
Fig. 444. — Sage-femme kiowa soufflant une poudre émétique dans la bouche de la patiente.
vomissement avec le doigt ; d’autres font avaler à la patiente une grande quantité de fèves sèches qui, sous l’influence des sucs de l’estomac, augmentent considérablement de volume et exercent une compression interne sur le fond de l’utérus. Ces moyens ne sont employés que lorsque le massage abdominal, comme on l’observe chez les Penimonees (fig. 445), n’a pas donné de résultats. On remarquera que la méthode par expression de Kristeller (fig. 446), est en tout semblable à celle qui est mise en pratique par ces primitifs.
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Dans son Voyage en Amérique , Chateaubriand décrit ainsi les coutumes des Peaux-Rouges : « Vers la fin du neuvième mois de sa
Fig. 445. — Massage employé par les Penimonees pour la délivrance (Engelmann).
Fig. 446. — Méthode par expression de Kristeller.
grossesse, la femme se retire à la hutte des purifications où elle est
assistée par les matrones. Les hommes, sans en excepter le mari, ne
peuvent entrer dans cette hutte. La femme y demeure trente ou quarante jours après ses couches, selon qu’elle a mis au monde une fille ou un garçon.
« Lorsque le père a reçu la nouvelle de la naissance de son enfant, il prend un calumet de prix, dont il entoure le tuyau avec des pampres de vigne vierge, et court annoncer l’heureuse nouvelle à tous les membres delà famille. Il se rend d’abord chez les parents maternels, parce que l’enfant appartient exclusivement à la mère. S’approchant du sachem le plus âgé, après avoir fumé vers les quatre points cardinaux, il lui présente la pipe en disant : « Ma femme est mère. » Le sachem prend la pipe, fume à son tour et dit, en ôtant le calumet de sa bouche : « Est-ce un guerrier ? » Si la réponse est affirmative, le sachem fume trois fois vers le soleil ; si la réponse est négative, le sachem ne fume qu’une fois. Le père est reconduit en cérémonie plus ou moins loin, selon le sexe de l’enfant. Un sauvage devenu père prend une tout autre autorité dans la nation; sa dignité d’homme commence avec sa paternité.
« Après les trente ou quarante jours de purification, l’accouchée se dispose à revenir à sa cabane : les parents s’y rassemblent pour imposer un nom à l’enfant. On éteint le feu; on jette au vent les anciennes cendres du foyer ; on prépare un bûcher composé de bois odorants. Le prêtre ou jongleur, une mèche à la main se tient prêt à allumer le feu nouveau. On purifie les lieux d’alentour en les aspergeant avec de l’eau de fontaine. Bientôt s’avance la jeune mère; elle vient seule, vêtue d’une robe nouvelle ; elle ne doit rien porter de ce qui lui a servi autrefois. Sa mamelle gauche est découverte; elle y suspend l’enfant complètement nu ; elle pose le pied sur le seuil de la porte. Le prêtre met le feu au bûcher; le mari s’avance, et reçoit son enfant des mains de sa femme. Il le reconnaît d’abord et l’avoue à haute voix. Chez quelques tribus, les parents du même sexe que l’enfant assistent seuls aux relevailles. Après avoir baisé les lèvres de son enfant, le père le remet au plus vieux sachem; le nouveau-né passe ainsi entre les bras de toute la famille : il reçoit la bénédiction du prêtre et les vœux des matrones.
« On procède ensuite au choix d’un nom : la mère reste toujours sur le seuil de la cabane. Chaque famille a ordinairement trois ou quatre noms qui reviennent tour à tour ; mais jamais il n’est question que de ceux du côté maternel. Selon l’opinion des sauvages, c’est le père qui crée l’âme de l’enfant, la mère n’en engendre que le corps : on trouve juste que le corps ait un nom qui vienne de la mère. Quand on veut faire un grand honneur à l’enfant, on lui confère le nom le plus ancien
dans sa famille : celui de son aïeule, par exemple. Dès ce moment, l’enfant occupe la place de la femme dont il a recueilli le nom ; on lui donne, en lui parlant, le degré de parenté que son nom fait revivre : ainsi un oncle peut saluer un neveu du titre de grand'mère.
« Après l’imposition du nom, la mère entre dans la cabane ; on lui rend son enfant qui n’appartient plus qu’à elle. Elle le met dans un berceau. Ce berceau est une petite planche du bois le plus léger qui porte un lit de mousse ou de coton sauvage : l’enfant est déposé tout nu sur cette couche; deux bandes d’une peau moelleuse l’y retiennent et préviennent sa chute, sans lui ôter le mouvement. Au-dessus de la tête du nouveau-né est un cerceau sur lequel on étend un voile pour éloigner les insectes et pour donner de la fraîcheur et de l’ombre à la petite créature. » Tout cela est superbement dit ; malheureusement, avec Chateaubriand ilfaut toujours faireuneforte part à l’imagination.
Ce qui est certain c’est que, tout au contraire des Asiatiques, chez qui on peut observer une répugnance marquée de la part de l’époux à secourir sa moitié, les Peaux-Rouges aident leurs femmes en travail avec la plus grande sollicitude. Ils offrent cependant un trait de ressemblance avec les indigènes de nos colonies asiatiques ; si l’on en juge par les Peaux-Rouges que nous avons vus au Jardin d’acclimatation, ils enterrent le placenta à l’endroit même où l’accouchement a eu lieu. La coutume suivante semble aussi importée d’Asie. Le docteur Reeve, dans les Comptes rendus de la Société gynécologique d'Amérique de 1881, raconte que, chez les aborigènes de l’Ohio, aussitôt que l’enfant est né, le père urine dans un vase et lui fait prendre quelques gorgées de ce liquide.
Chez les Comanches, d’après la relation du D1' Forwood, rapportée par Engelmann (1), pendant qu’une femme accouche, le sorcier de la tribu chasse les esprits malfaisants par des cris sauvages, des danses autour d’un foyer ardent et des jongleries avec des couteaux; quand l’enfant vient au monde, il semble tirer quelque chose de son estomac en faisant des mouvements de déglutition, puis il lui souffle dans la bouche, avec force, comme s’il faisait pénétrer ce quelque chose dans le corps du nouveau-né. Si le travail est laborieux, la patiente est conduite en plaine : un guerrier enfourche un cheval fougueux et se dirige à toute vitesse sur la parturiente, mais, arrivé auprès d’elle, il tourne la bride de côté et l’évite (fig. 447). Cette pratique bizarre, par la peur qu’elle provoque serait souveraine pour déterminer l’expulsion rapide du fœtus.
(1) Loc. cit.
Une coutume analogue a été observée par le P. Charlevoix : il dit, dans son Histoire de la Nouvelle France, que quand une Indienne de l’Amérique du Nord a un accouchement difficile, on réunit en silence
les jeunes gens autour de la case de la patiente, puis, à un signal donné, et, sans que la femme s’en doute, ils poussent des cris effroyables ; souvent la peur termine l’accouchement. Cette pratique rappelle la fusillade faite à la porte de l’accouchée, en Sibérie.
Fio. 447. — Cavalier Comaache hâtant ud accouchement.
MOEURS ET COUTUMES
Il est du reste fréquent chez les peuples primitifs, de les entendre faire un bruit infernal autour de l’accouchée, comme nous l’avons vu dans le centre de l’Afrique, pour en chasser les mauvais esprits. C’est en particulier ce qui se passe, d’après Orélie-Antoine Ier, chez les Araucaniens, où les indigènes se tiennent autour de la case de la patiente et font entendre un concert assourdissant de cymbales. Une coutume analogue s’observe dans la tribu des Umpguas. Le Dr Vol-
lum, appelé pour délivrer la femme d’un chef de cette tribu, assista à la scène suivante dont il communiqua le récit à Engelmann (1). « La patiente était dans une case grossièrement construite de fatras et de bois amenés par les eaux. Cette case était remplie d’hommes et de femmes qui s’étouffaient. L’odeur repoussante de la sueur, de la fumée, et l’odeur infecte de l’huile de baleine, rendaient cette case inhabitable au bout de quelques minutes. La femme en couches, au milieu de cette cohue, était toute nue, à l’exception d’une mauvaise couverture jetée sur ses hanches. Une vieille femme lui soutenait la
(1) Loc. cit.
tête et les épaules sur ses genoux, tandis qu’une autre femme, de chaque côté, lui maintenait fortement les cuisses contre le bassin, tout en manipulant l’utérus par en bas d’une manière brutale avec les poings fermés. Une autre femme, assise entre les genoux, les mains sous la couverture, attendait l’arrivée de l’enfant.
« La foule dans la case, pendant ce temps-là, faisait un tapage infernal en criant, hurlant, tapant sur des casseroles de fer-blanc et frappant au plafond avec des perches. De temps en temps une des femmes assistant la patiente lui faisait des passes magnétiques et l’aspergeait de gouttes d’eau, comme les blanchisseuses chinoises le font pour le linge. »
Les Patagons ont aussi l’habitude de faire le même charivari auprès des femmes en travail. Ils ont, de plus, la coutume singulière de perforer le lobule de l’oreille à leurs enfants, en les couchant sur un cheval renversé par le chef de la famille (fig. 448). Cette opération est une véritable solennité analogue à celle du baptême ; elle s’effectue au moment du sevrage de l’enfant, c’est-à-dire vers sa quatrième année.
Chez les Cheyennes, les Araphahoes, les Apaches de l’Est et chez beaucoup d’autres tribus indiennes, la femme, près de son terme, se cache dans les bois. Un Anglais, rapporte le D1’ Legros, d’après les Voyages de Long, demanda où était la femme d’un Indien :« Elle'est allée sans doute dans le bois tendre un piège à une perdrix, » lui répondit-on. Un instant après, la femme revient avec un nouveau-né qu’elle présente à l’Anglais en lui disant : « Monsieur, voici un jeune guerrier. »
A Haïti, d’après le Dr Muller, pendant la grossesse, on maintient le ventre et la taille fortement bandés avec une serviette très tendue, pour empêcher l’enfant de remonter et de manger les aliments contenus dans l’estomac de la mère. Au moment de l’accouchement, on relâche peu à peu la serviette par en bas pour faciliter sa sortie.
Wafer raconte, dans son Voyage à l'isthme , que les Indiennes du pays, aussitôt après la délivrance, sont portées à la rivière sur le dos d’une autre femme, et qu’après quelques ablutions elles retournent à leurs travaux. Le cordon est coupé avec une sorte de couteau en bambou. Durant les premiers mois, ajoute-t-il, l’enfant est attaché sur une planche, ou plutôt sur une pièce de bois refendu, et on l’emmaillote avec ce bois, sur lequel il a le dos appuyé.
Les femmes des Chimehwhuebes, à défaut de linge, enveloppent leurs nourrissons jusqu’à un certain âge, dans des bandes d’écorce, et les portent ainsi partout avec elles.
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Au temps où Champlain vint en Amérique, les indigènes liaient déjà leurs enfants sur une planche bien unie et les enveloppaient dans une simple fourrure en castor ou les emmaillotaient avec de larges lanières de peau. Pour les préserver du contact de leurs excréments, on plaçait entre leurs cuisses une feuille de blé d’Inde ou une gouttière d’écorce de bouleau.
Les Moxos, dans les Andes de Bolivie, ont des coutumes assez barbares : si la femme vient à avorter, le mari la tue ; si elle meurt en couches, cet étonnant père de famille enterre le nouveau-né; enfin, si elle enfante deux jumeaux, elle enterre, elle-même, l’un d’eux, alléguant pour raison que deux enfants ne peuvent être nourris par la même femme.
Autrefois, chez les indigènes brésiliens, le père coupait le cordon avec ses dents, lavait l’enfant et le peignait de rouge et de noir. Raynal prétend même que les Topinambous et les Tapuyas d’Amérique, après la délivrance, se régalent avec les enveloppes fœtales et le cordon ombilical.
M. le Dr Boussenard a communiqué à la Revue scientifique des détails bien curieux sur la parturition des femmes Galibis qui habitent dans les Guyanes française et hollandaise, sur les rives du Maroni. « Quand la femme ressenties premières douleurs, elle quitte sa hutte, se traîne vers la crique la plus rapprochée, s’accroupit sur le sol et attend, sans pousser une plainte, l’instant de la délivrance.
« Les douleurs paraissent être fort vives, mais leur durée dépasse rarement deux heures. Aussitôt que l’enfant a poussé son premier vagissement, la mère, qui dans ce douloureux moment n’a eu personne pour l’assister, se plonge dans les eaux glacées de la crique, se baigne largement, baigne son nouveau-né et reprend le chemin de sa primitive demeure.
cf Cependant, les commères se pressent tumultueusement autour de la maison de laquelle s’échappent d’effroyables vociférations. Le médecin indigène frappe à tour de bras sur un tambour pour chasser le malin esprit. Nul ne semble faire attention à l’accouchée qui, à peine rentrée dans son humble réduit, couche l’enfant dans son hamac de coton et se met en devoir de prodiguer des soins à un autre personnage qui hurle et se démène dans un autre hamac. Ce personnage n’est autre que le mari !... Elle lui prépare un breuvage réconfortant appelé mcitété, remplaçant probablement « la rôtie au vin de l’accouchée » que prescrivent nos Lucines campagnardes (1). Le Peau-
(1) Y. page 532, ce que nous avons déjà dit de la couvade.
Rouge absorbe sa drogue, pousse de nouveaux gémissements, et s’endort au milieu d’une fumée épaisse produite par la combustion d’herbes odorantes, répandues à profusion par la femme sur le sol de la hutte. Puis elle vaque, comme par le passé, aux soins du ménage et accomplit, sans la moindre défaillance, les rudes corvées imposées par sa condition. Pendant dix jours consécutifs, le mari se fait ainsi dorloter sons quitter un moment sa couche, se lamente, répond d’une voix entrecoupée aux doléances des visiteurs et affecte toutes les minauderies d’une petite maîtresse.
« J’ai été personnellement témoin de ce fait à deux reprises différentes chez les Trouagues et les Galibis. Le Dr Leblond, Schombürck, le commandant Vidal et le regretté Crevaux l’avaient également constaté chez les Emerillons, les Roucouyènes et les Oyampis.
« Il ne paraît pas d’ailleurs que cette singulière infraction aux règles les plus élémentaires de l’hygiène ait la moindre influence sur la mère et l’enfant. Au bout de dix jours, le mari quitte sa couche, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes équatoriaux. Quant au nouveau-né, je n’ai pas remarqué la moindre exiguïté dans ça conformation. Il m’a semblé absolument proportionné aux dimensions de ses parents. »
D’après le Dr Ilahn, chez les Fuégiens du Sud, il n’y a que deux ou trois femmes qui assistent la patiente. Le mari est présent ; mais tous les autres hommes doivent se retirer. « Après l’accouchement, le nouveau-né est immédiatement nettoyé avec des copeaux de menu bois. Le cordon est coupé entre deux ligatures faites avec des tendons de baleine ou avec un petit jonc (mappi). Le premier instrument venu sert à faire la section, couteau, coquille de moule, etc. Le délivre, aussitôt après son extraction, est porté hors de la case et enterré sous un amas de coquilles ou de détritus. Peu après sa naissance, l’enfant est plongé dans l'eau de mer ou dans l’eau douce. Ce lavage par immersion se répète jusqu’à deux fois par jour, pendant un ou deux mois, dans le but de donner des forces à la petite créature. Après l’accouchement (qui n’est suivi d’aucune cérémonie), la mère est considérée comme impure : elle entre dans la période de gimbana, qui dure de cinq à six mois, et pendant laquelle elle est soumise à un régime particulier et demeure privée de relations avec son mari ; elle reste dans une hutte avec d’autres femmes. Si elle est bien considérée, on lui épargne pendant quelque temps tout travail; dans le cas contraire, elle reprend le jour même ses occupations habituelles. Le mari est aussi considéré comme impur, mais à un degré moindre que sa femme. Les enfants sont allaités jusqu’à l’âge de deux ans.
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Souvent les Fuégiennes élèvent des nourrissons qui sont regardés comme à elles et leur devront l’obéissance et le respect de vrais fils » (1).
L’avortement est souvent mis en pratique en Amérique. Les femmes Guyacurus, du Brésil, si l’on en croit Hoberland, provoquent l’expulsion du fœtus dans toutes les grossesses survenues avant trente ans et cela dans le but de plaire à leurs maris. Au Paraguay, d’après le récit de Azara, rapporté par le Dr Galliot, la malheureuse femme enceinte se couche sur le dos, et les matrones lui piétinent le ventre avec leurs poings et leurs pieds jusqu’à ce qu’il s’écoule du sang du vagin. Les Payaguas de la Plata font avorter leurs femmes, par le même moyen, dès qu’elle leur ont donné deux garçons.
Aux Etats-Unis, les avortements se pratiquent sur une large échelle. « J’ai en ce moment sous les yeux, » dit Gaillard-Thomas, « l’un des journaux les plus populaires et les mieux rédigés de New- York, qui se lit dans les plus hautes classes de la société et qu’on voit entre les mains des jeunes filles et des dames de tout le pays. Dans ses colonnes, se trouve une série d’annonces bien connues comme étant celles d’individus qui font métier de provoquer l’avortement. Il se peut que la police, il se peut que les éditeurs, qui ont la réputation d’honnêtes gens, ignorent ces faits; mais il est difficile de le croire, lorsque tant d’avis annoncent clairement les chambres où les malades peuvent être logées et où une seule entrevue suffit pour obtenir le résultat désiré, sans danger pour la vie ni pour la santé ! »
Coutumes océaniennes. — Les Indiens des îles de la Sonde croient que les femmes, en accouchant, mettent souvent au monde un petit crocodile, jumeau de leur enfant. «Us imaginent, s> dit F. de Grammont, « que la sage-femme reçoit cet animal avec beaucoup de soin, et le porte sur-le-champ à la rivière voisine, où elle le met à l’eau. La famille, dans laquelle on suppose que cette naissance merveilleuse est arrivée, porte constamment des aliments à la rivière pour ces parents amphibies; le jumeau surtout y va à certaines époques, pendant tout le cours de sa vie, accomplir ce devoir fraternel : on est unanimement persuadé que s’il y manquait, il en serait puni par la mort ou la maladie. Cette croyance semble avoir pris naissance dans les îles de Célèbes et de Bouton, où plusieurs des habitants nourrissent des crocodiles dans leurs familles, et elle s’est répandue delà jusqu’à Timor et Ceram, et, à l’ouest, jusqu’à Java et Sumatra, où jamais ce-
(1) Bulletin de la Société d'anthropologie .
pendant on n’a entretenu de ces crocodiles domestiques. Ces étranges jumeaux ont reçu le nom de sudaras ».
Chez les Nœfoures de la Nouvelle-Guinée, une croyance populaire donne au regard une puissance génératrice capable d’opérer la fécondation, par foudroiement, à distance. Voici dans quelle circonstance M. Van Hasselt a fait cette remarque : Un jour qu’il instruisait de jeunes indigènes, un des garçons se jeta tout à coup sous la table, où il resta sans mouvement. Effrayé, ne sachant que penser, le maître se précipite vers l’enfant. Mais les camarades le retiennent : — Ce n’est rien, c’ est seulement la future belle-m'ere de son frère qui passe. — Quoi ! la belle-mère de son frère ! Eh bien ! qu'est-ce que cela lui fait ? — Ça lui fait , expliquent les bambins, que, s' il regardait seulement la belle-mère de son frère , sa fiancée ferait un enfant avant qu’ils soient mariés.
En Nouvelle-Guinée, comme dans l’Australie et la terre de Diémen, d’après Virey, la section du cordon se fait avec le feu, ce qui dispense aussi de la ligature.
Nous avons raconté, d’après Sue, la singulière opinion qu’ont les Molucquois au sujet des femmes qui meurent en couches, dont ils font de véritables loups-garous ; ils sont en outre persuadés que si une femme enceinte mange un fruit double, comme deux cerises accolées, elle accouchera infailliblement de deux enfants.
Aux îles Carolines, les maris ont les plus grandes attentions pour leurs femmes, pendant la grossesse; ils leur épargnent les travaux pénibles et se livrent même aux soins du ménage, tandis que leurs épouses restent une grande partie de la journée étendues sur des nattes. Au moment de l’accouchement, les femmes qui entourent la patiente poussent des cris assourdissants pour que le mari n’entende pas les plaintes de sa femme. « Deux jours après la naissance de l’enfant, elle va se baigner dans l’eau douce. Ces endroits où les femmes se baignent sont sacrés, les hommes ne peuvent s’en approcher et surtout s’y désaltérer ; s’ils le faisaient, leur religion leur dit qu’ils ne pourraient jamais plus prendre de poissons dans la mer » (1). C’est d’ailleurs une coutume générale chez les femmes des peuples primitifs, de prendre un bain dans le cours d’eau le plus voisin, aussitôt après l’accouchement, et de vaquer à leurs occupations dès le lendemain des couches. Cependant aux Carolines, la femme, paraît-il, ne reprend ses travaux que six à dix mois après la délivrance.
Quand les tranchées qui suivent l’accouchement sont trop vives, la
(1) Revue scientifique.
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Néo-Calédonienne prend des fumigations prolongées, en se plaçant sur une pierre chauffée, couverte de plantes aromatiques et de troncs de bananiers dont les sucs abondants sont vaporisés par la chaleur.
L’avortement et l’infanticide se pratiquent en Océanie sur une vaste échelle. Cependant ces crimes sont à peu près inconnus aux Marquises. L’infanticide est très commun dans les îles de la Société, au point qu’il était légal autrefois. En Australie, les nouveau-nés sont souvent sacrifiés et servent d’aliments à leurs parents ; si une femme accouche de deux enfants, le plus faible est écrasé sous des pierres ; on agit de même pour les enfants qui perdent leur mère en couches. « Quand la mère est jeune »,dit Elie Reclus (1), «on ne tient pas à conserver son fruit, qui passe pour manquer de consistance et de vigueur. Quant aux enfants décidément malingres et chétifs, ils viennent à male heure. Ceux qui naissent avant que leur aîné puisse marcher, sont le plus souvent étranglés en un tour de main (2). La règle est d’expédier tous ceux qu’on ne pense pas mener à bien, et, dans les pays faméliques, une deuxième fille passe pour difficile à nourrir ; pour une troisième, il n’est même pas discuté.
« De l’enfant tué il y a piété à se nourrir. Comme les Chavantes de l’Uruguay et tant d’autres primitifs, ils sont persuadés que l’âme enfantine réintègre alors le corps de ses parents. La mère pense récupérer ainsi la force et la vigueur que la grossesse lui aurait coûtées. Et si un garçon ne profite pas, il gaillardira si on lui donne son cadet à dévorer.
« On se débarrasse du nouveau-né qui a coûté de trop grandes douleurs à l’accouchée, car il importe de ne pas mal commencer l’existence. On expédie aussi le mioche qui vagit longtemps ou bruyamment paraît protester. Tu ne veux pas de la vie ? Tu rechignes à ses travaux et fatigues, à ses peines et amertumes ? Comme tu voudras. Paf! D’après les antiques prescriptions, la tête va au père et à la mère, le corps aux frères et aux sœurs, dans l’organisme desquels il est censé revivre. Delà sorte rien ne se perd et tout reste dans la famille.
« A côté de cela, grande est leur tendresse pour la petite ou le petit échappé aux terribles risques de la première heure ; qu’un marmot se fasse mal ou se réveille la nuit, sa mère crie avec lui et plus fort que
(1) Contribution à la sociologie des Australiens.
(2) D’après M. Howitt, les Australiens ne tuent pas leurs enfants ; mais, quand ils en ont un nombre un peu considérable, à leur naissance ils « les laissent derrière », autrement dit ils les abandonnent aux bêtes dans le camp qu’ils viennent de quitter.
lui. Qu’il soit indisposé, elle souffre plus que le malade ; qu’il vienne à mourir, sa perte est suivie de vifs regrets. »
Le même auteur raconte que les femmes Nœfoures, à la quatrième grossesse, sinon plus tôt, se mettent en devoir de provoquer un avortement par des breuvages ou par un moyen dangereux autant que brutal; elles serrent leur corps dans une cuirasse de roseaux et sefon piétinér jusqu’à l’expulsion violente du produit.
D’après Williams, « il n’y aurait pas à Viti une seule femme[qui n’ait débuté par l’avortement ou par l’infanticide». Les naturelles de cette île, comme du reste celles de la Nouvelle-Calédonie, agissent ainsi, par pure coquetterie, pour conserver leurs formes et plaire à leurs maris. Dans les Nouvelles-Hébrides, on n’élève que deux ou trois enfants, les autres sont tués à leur naissance ; de même à Taïli, on fait périr les trois premiers et on ne conserve que les deux ou trois qui suivent ; à Hawaï, il est défendu d’élever plus de trois enfants, et une loi qui oblige les filles enceintes de travailler aux routes, augmente encore le nombre des avortements.
En Océanie, l’avortement se pratique, le plus souvent, par des violences extérieures ou par l’introduction dans les voies génitales d’un morceau de bois pointu qui doit produire de graves accidents.
Les Dayaks de Bornéo provoquent l’avortement en cherchant à augmenter chez leurs épouses la sensation voluptueuse, par un moyen digne de figurer au premier rang des raffinements érotiques, imaginés par les peuples civilisés. Ils se perforent le pénis d’une ou de plusieurs tiges de métal, dont les extrémités libres sont destinées à exciter vivement les parois vaginales, mais elles agissent en même temps sur le col de la matrice et provoquent souvent l’expulsion du produit de la conception. Les femmes de ces sauvages se montrent, paraît-il, fort satisfaites de cette étrange coutume, et elles disent que cet instrument est au coït ce que le sel est à la viande. Cette pratique rappelle celle du hérisson , employée dans les ménages chinois.
Bien que les Néo-Calédoniens cherchent fréquemment, par des manœuvres abortives, à éluder les charges de la paternité, il en est qui s’adressent au sorcier pour obtenir de la progéniture. « Celui-ci,» raconte Patouillet (1), « leur vend une informe poupée qu’il leur conseille de mettre coucher avec eux, roulée dans leur natte. Le moyen, dit-on, réussit souvent. Le bon sens indique que le contact de ce corps embarassant et aux dures arêtes doit procurer aux deux époux une insomnie de toute la nuit, et alors,
(1) Trois ans en Nouvelle-Calédonie.
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Que faire dans un lit, à moins que l’on n’y cause ?
« Si le vœu est exaucé, la femme attache cette poupée, comme un ex voto dans l’intérieur de sa case ou à l’avant de sa pirogue.
« Le sorcier, du reste, se vante de produire à volonté des mâles ou des femelles. Un naturel qui voit sa femme enceinte et qui veut avoir un garçon va trouver le devin avec sa femme, une monnaie à la main, et plutôt deux qu’une, car là, comme partout, point d’argent, point d’oracles. Celui-ci va, de ce pas, sacrifier dans le cimetière, puis fait prendre à la femme une boisson, — de l’eau claire, sans doute. — De plus, il lui défend de se livrer, tout le temps de la gestation, à aucun des travaux de femmes ; il lui conseille de porter une sagaie, et de ne jamais manquer à la moindre de ses indications.
« Chose bizarre! la femme accouche souvent d’une fille. Chez nous, on lui dirait infailliblement : C’est que la foi lui a manqué. Mais le sorcier n’est pas en peine de lui prouver que, dans les neuf mois, elle a commis quelque infraction à son ordonnance.
« Quand une femme voit ses flancs s’arrondir, comme elle ignore, ainsi que toutes les autres, la durée et le terme de la gestation, elle va s’adresser à la matrone la plus experte de l’endroit, qui, dès lors, et bien entendu après avoir empoché le prix de ses bons offices, ne la quittera plus d’un instant. Dès que les premières douleurs se font sentir, elle emmène la patiente dans une case où l’on a eu le soin d’allumer un grand feu, et où se réunissent un grand nombre de femmes. Les hommes, sans exception, sont sévèrement éloignés de cette case, à moins qu’il ne s’agisse de l’accouchement d’une femme de chef. Dans ce cas, le plus proche parent reste dans l’intérieur de la case, s’appliquant à chanter assez haut pour couvrir les cris de la mère. La raison de cette exception a sans doute été primitivement de rendre impossible les substitutions d’enfants.
« Pendant les manœuvres obstétricales, qui se réduisent à un massage prolongé, la femme se tient à quatre pattes. Si l’accouchement est pénible, les matrones vont acheter à grands frais des sortilèges aux sorciers voisins, et en couvrent la patiente. Le fait est rare, du reste, et fort heureusement, car chez ces peuplades d’une ignorance primitive, personne ne connaît les moyens de venir à bout des difficultés d’une parturition laborieuse.
« Une des plus grandes tribulations de la femme qui accouche péniblement, c’est d’être mise à la question par les commères qui l’entourent, et qui, voulant expliquer par l’adultère les longueurs de
l’opération, tourmentent la patiente, la torturent, pour ainsi dire, afin de la forcer à leur déclarer le nom du vrai père de l’enfant. Menacée de cruelles souffrances si elle s’obstine à ne pas avouer, la femme fait quelquefois de plaisantes révélations. J’ai entendu parler d’une, entre autres, qui, poussée à bout par les questions et les sommations de tant de commères, répondit : Timeto meto ; en français : « Ma foi! je ne sais pas. » Fort heureusement, celle-ci n’était pas mariée; c’était une de ces impures qu’entretient chaque tribu, qui vont errant de case en case et de village en village, égayant les populations et sachant leur rendre une foule de petits services. Aussi, comme les bayadères de l’Inde, elles trouvent partout faveur et protection. Elles sont invitées à toutes les fêtes, et leurs enfants, adoptés par les chefs, deviennent les fils de la tribu.
« Lorsque l’enfant est venu, le cordon est coupé avec une coquille d’huître perlière (pintadine) ou une éclisse de bambou, puis noué sur lui-même et longuement mâché. La mère se lève presque immédiatement, lave le nouveau-né et va se baigner dans la rivière voisine. Dès le lendemain, elle a repris tous ses travaux habituels, sans que jamais, à ma connaissance, aucun accident ait suivi un accouchement de Canaque.
« Les naissances gémellaires sont inconnues dans ce pays.
« La mère allaite son enfant pendant un an, le portant partout avec elle, abrité d'uu simple lambeau d’étoffe indigène. Aussi la peau du petit, qui n’est d’abord que légèrement cuivrée, se bronze-t-elle en très peu de temps. Point de langes, point d’entraves aux premiers pas de la faible créature ; aussi, les difformités sont-elles rares parmi les Canaques. »
Le docteur Clavel, qui a fait un séjour de plusieurs mois aux Marquises, en 1882, nous fournit, dans son intéressante étude des habitants de ces îles, quelques détails relatifs à notre sujet. Aussitôt qu’une femme est enceinte, des parents ou des amis adoptent à l’avance son enfant et en prennent soin à sa naissance ; c’est une coutume qui unit dans une étroite solidarité les membres de la tribu, elle en fait ainsi une seule et même famille.
« Lorsque les premièresdouleurs se fontsentir,lesparentsetquelques voisins complaisants se réunissent pour assister la patiente. Celle-ci, quand l’accouchement est imminent, s’assied à terre ou sur une natte, le dos appuyé contre un objet dur ou soutenu par une personne accroupie derrière elle. Une femme, qui est ordinairement la mère ou une parente, se tient en face, prête à intervenir. Cette aide, dès que la tête du fœtus apparaît à la vulve, s’assied entre les jambes de la
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patiente, entoure son gros orteil droit d’un morceau de tapa, et l’applique fortement sur le périnée de celle-ci, manœuvre ayant pour but de prévenir la rupture de cette région au moment du dégagement de la tête. Si l’aide est la mère ou une proche parente, elle déchire le cordon ombilical avec ses dents ; dans le cas contraire, elle le lie solidement avec de la tapa, et le sectionne ensuite avec un instrument tranchant quelconque.
« M.Radiguet a recueilli les renseignements suivants: si la patiente est une atapéia (1), une matrone sépare, d’un coup de dent, les liens du nouveau-né; les assistants reçoivent sur la tête le sang qui en sort et qui ne doit toucher qu’un objet sacré. On court ensuite enterrer le placenta au milieu d’un passage fréquenté qui, suivant les croyances du pays, dès lors, acquiert la vertu de disposer à la fécondité les femmes qui le traversent.
« Les choses ont lieu comme je l’ai indiqué quand l’accouchement est naturel. Mais il n’en est pas toujours ainsi, les cas de dystocie étant assez fréquents aux Marquises.
« Quand l’accouchement tarde à se faire, au bout de deux ou trois jours de souffrances, par exemple, la famille se désole et ses lamentations, jointes aux cris de la patiente, ameutent les voisins autour de la case. Dans cette circonstance, un chef avait autrefois le triste privilège d’ordonner des sacrifices humains pour aider à la délivrance de sa femme. C’est ainsi que cinq Canaques, d’après M. Eyriaud des Vergnes, furent mis à mort à l’occasion des couches de la mère de Témoana, le dernier roi de Nuka-Hiva.
« De nos jours, les choses se passent d’une façon moins tragique. Le mari confectionne un bouquet avec des fleurs et des feuilles spéciales, et se rend, muni de cadeaux, auprès d’une matrone ou sorcière réputée experte en l’art des accouchements. Celle-ci examine avec attention le bouquet, interrogeant surtout les fleurs. Elle reconnaît à la disposition des corolles si l’accouchement doit avoir une issue funeste ou heureuse. Dans le premier cas, elle congédie sans pitié le mari désolé, tout en acceptant le cadeau (2) ; dans le second, elle se rend, sans mot dire et en affectant des airs importants, auprès de la patiente quelle assiste, en opérant une sorte de massage sur la région abdominale, massage accompagné de tours de passe-passe variés, de paroles plus ou moins cabalistiques et d’onctions avec le suc du mahi ou
(1) Femme de haut rang.
(2) Il est probable que la détermination prise par la sorcière dépend de l’importance du cadeau.
cresson commun. Malgré l’intervention de la sorcière, les insuccès sont fréquents, mais elle trouve toujours une explication assez valable pour ne pas perdre de son prestige.
« Immédiatement après l’accouchement, la mère va prendre un bain général dans un ruisseau voisin. Elle y lave à grande eau son enfant, puis le barbouille des pieds à la tête avec le noir de fumée, provenant de la combustion de la noix du bancoulier. Elle le frictionne ensuite avec le suc du paku , herbe spéciale râpée sur un caillou rugueux. Cet enduit, sorte de savon dirigé contre le smegma fœtal, est maintenu pendant quelques heures sur la surface cutanée de l’enfant qui est alors reconduit à la rivière et nettoyé.
« L’alimentation du nouveau-né consiste tout d’abord en eau de coco et en jus de canne à sucre ; le sein n’est donné qu’un jour ou deux après la naissance. Au troisième jour de l’allaitement maternel, un breuvage purgatif est administré au nourrisson; ce breuvage est un mélange d’eau de coco et d’un liquide provenant de l’expression de divers crustacés préalablement cuits : crabes, tourlourous, camarons et langoustes.
« La durée de l’allaitement est on ne peut plus variable et dépend d’un grand nombre de circonstances. A propos de la constitution de la famille, nous verrons que les vrais père et mère ne gardent jamais leur enfant, mais qu’ils le donnent ou l’échangent contre un autre. Il est facile de comprendre l’influence que peut avoir cette bizarre façon de procéder sur la durée de l’allaitement du nouveau-né. Pour le remettre de bonne heure à l’adoptant, la mère ne s’empresse pas précisément de sevrer son nourrisson, mais, quelques jours après la naissance et tout en lui donnant le sein, elle le gorge de popoï et de poisson cru qu’elle mâche au préalable. On saisit les inconvénients de ce mode d’alimentation mixte, à une époque où les organes digestifs du nouveau-né ne sont pas encore aptes à s’accommoder d’un pareil régime. Aussi les affections intestinales ne sont rien moins que rares chez les jeunes Canaques et ne contribuent pas peu à produire la grande mortalité que je signalerai chez les enfants en bas-âge. Il arrive cependant que la femme de l’adoptant se trouve quelquefois dans les mêmes conditions que la mère de l’adopté; de sorte que s’il y a eu échange d’enfants, ces derniers bénéficient de cette heureuse circonstance : ils ne font que changer de nourrice. C’est ce qui explique l’allaitement prolongé de certains enfants et les réponses contradictoires que les voyageurs recueillent à ce sujet lorsqu’ils ne font que passer aux Marquises.
« A la naissance et jusqu’au moment où lejeune Canaque essaye ses
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premiers pas, la mère a soin, par un massage bien ménagé, de favoriser le développement de certaines régions. Elle porte surtout son attention du côté des masses deltoïdienne, brachiale antérieure, fessière et jambière postérieure qu’elle cherche à arrondir de son mieux, après immersion de son enfant dans une eau fraîche et courante. Ce massage et ces bains sont renouvelés deux ou trois fois dans la même journée. Habitué d’aussi bonne heure à de semblables manœuvres, l’enfant s’y prête avec la meilleure grâce du monde. Il paraît heureux lorsque sa mère, après lui avoir obturé la bouche, les yeux et les narines avec une main, pour éviter l’introduction de l’eau dans ces orifices, le soumet à un plongeon de courte durée.
« Les Marquisiens considèrent les bains de sable comme un excellent moyen de favoriser le développement du système musculaire de l’enfant. Vers trois heures du soir, alors que la plage a été fortement échauffée par les rayons du soleil, un trou est pratiqué dans le sable et le jeune Canaqye y est enfoui jusqu’au niveau des aisselles. L’agitation de ses petits bras et les efforts qu’il fait pour sortir de ce trou déterminent un certain déploiement de forces : c’est, en somme, une gymnastique à la fois commode et utile.
« Aux approches de la nuit, on songe à protéger l’enfant contre les agressions incessantes des nonos et des moustiques. La racine de l’éka fournit un suc aromatique avec lequel la mère frictionne son nourrisson des pieds à la tête ; il paraît que c’est la façon de procéder la plus sûre pour éviter les piqûres de ces terribles insectes. » Ils couvrent en outre la tête de l’enfant avec une étoffe quelconque, pendant son sommeil, pour obéir à une idée superstitieuse qui veut qu’un esprit malfaisant et toujours aux aguets le prendrait à la ligne, en introduisant un hameçon dans sa bouche.
On voit que l’enfant est l’objet de soins continuels et attentifs. Nous avons déjà signalé les manœuvres exercées sur la tête du nouveauné, pour donner à son crâne la forme en pain de sucre, et celles que subit son nez dont ils s’appliquent à corriger l’aplatissement de la race et qu’ils façonnent à l’image de l’appendice nasal d’un parent affectionné.
Rappelons enfin une coutume assez étrange qui concerne les Marquisiennes : quelques heures après la délivrance, le mari doit accomplir ses devoirs conjugaux pour aider la nouvelle accouchée à se rétablir promptement.
Dans la plupart des îles de l’Océanie et principalement aux îles Sandwich et à Taïti, d’après M. E. Lesson, quand on coupe le cordon, on a la précaution de le laisser toujours très long comme présage
d’une longue existence ; nous avons déjà dit que les circulaires autour du cou du nouveau-né étaient du 'meilleur augure et que les débris du cordon sont conservés avec soin comme un précieux porte-bonheur que l’on jette à la mer en cas de guerre, pour rendre favorable le sort des armes.
« Aux îles Sandwich, les enfants indigènes naissent avec facilité ; mais lorsque le bébé résiste et fait des histoires pour sortir, alors la mère sait que son enfant sera un métis, cette dernière espèce de fœtus ayant le crâne plus développé que le noir pur sang. Il est bien malin l’enfant qui connaît son père dans ce pays-là. Ce fait est si bien connu des insulaires qu’on ne demande jamais à un enfant : quel est ton père? mais seulement : quelle est ta mère? lorsqu’on désire quelque renseignement sur sa généalogie » (1).
A Honolulu, quand la délivrance tarde trop à se faire, l’accoucheur saisit la langue de la patiente et la tire jusqu’à ce qu’il ait provoqué des vomissements dont les efforts passent pour faciliter l’expulsion du placenta. Aux Philippines, on active le travail ou la délivrance en massant le ventre avec un instrument spécial en brique (fig. 449), dont on peut voir un spécimen au Musée d’ethnographie du Trocadéro. Pour empêcher l’air de pénétrer dans le corps de l’accouchée, la sage-femme enfonce le pied sur le bas-ventre, et si la patiente éprouve une syncope ou une hémorrhagie, on la traîne par les cheveux ou on les attache à une table, traitement barbare dont Mallat (2) a constaté l’efficacité : on place ensuite le biguis ou tampon qui comprime fortement la vulve.
Après l’accouchement, on donne à la femme un verre d’eau fraîche et on lui fait manger du basa basa ou riz sucré.
Chez les Montescas et les Négritas, l’enfant est reçu dans la cendre chaude ou la mère se couche à côté de lui ; elle coupe le cordon à l’aide d’un bambou affilé ou d’une coquille d'huître, et va prendre un bain avec son enfant, puis elle revient se coucher en se couvrant de feuilles.
Terminons par les pratiques bizarres observées à Taïti, et dont le Journal de Médecine de Paris a donné la description, d’après des notes communiquées par M. E. Lesson à M.^Rodet : « Une fois la ligature du cordon faite, on lave l’enfant dans le suc qu’on obtient en grattant le cœur du bananier. Après avoir été ainsi lavé, on le couche sur des nattes. Puis on mêle du jus de canne à sucre avec celui qu’on relire de
(1) British medical journal, trad. J. Viard.
(2) Les Philippines, 18i6.
l’intérieur du coco râpé, et on donne ce liquide comme nourriture à l’enfant, jusqu’à ce que la sécrétion lactée de la mère soit établie. Puis, dès le lendemain de la naissance, on le laisse tout nu.
« Il existe cependant encore aujourd’hui une coutume particulière. Tout en pratiquant un lavage général du nouveau-né, on respecte l’enduit sébacé qui se trouve aux oreilles et aux narines, car il ne doit être enlevé qu’en suçant fortement ces parties. Et même il y a des hommes et des femmes qui se sont fait une spécialité de cette pratique, exerçant ainsi la profession originale de «suceurs d’oreilles et de narines » à l’usage des nouveau-nés.
« Quand une femme est stérile, elle va consulter le prêtre, qui ne
Fig. 449. — Instrument qui sert à masser le ventre des femmes en couches.
trouve rien de mieux que de pratiquer la cérémonie bizarre suivante, appelée te uruuruava ou e maro piipii. Pendant la nuit, accompagnée du prêtre, la femme se rend devant le marae , tenant à la main un maïra (gaule pour pêcher) auquel est attachée une ligne d’environ deux mètres, à l’extrémité de laquelle pendent des plumes rouges en guise d’hameçon. C’est à cet appas que doit venir se prendre Pâme, l’esprit qui doit amener l’enfant, dont elle espère être enceinte. Aussi elle agite la gaule, comme lorsqu’on pêche à la ligne, et ne cesse que lorsqu’elle croit avoir réussi. En même temps, elle récite une prière.
« Quand, au contraire, une femme a une famille nombreuse qu’elle désirerait ne plus voir s’accroître, c’est encore aux oromalua qu’elle s’adresse. Cela s’appelle te faaore raa et te puno no ete. Elle commence par prendre le crâne de son grand-père (car les crânes de toute la famille sont conservés avec soin) et se rend auprès du marae. Là, elle s’assied sur le crâne de son aïeul et adresse aux dieux la prière suivante : « Que ce crâne serre à jamais mon sein de façon à l’empêcher de concevoir. »