A. — NAISSANCES DES DIVINITÉS MYTHIQUES
Brahmanisme et Bouddhisme — L’anlique religion des Brahmes n’ayant été que peu défigurée par ranthropomorphisme, nous y trouverons moins de contes obstétricaux que dans le polythéisme grec qui en est issu. Là aussi, le symbolisme est souvent ridicule et grossier; mais les allégories védiques n’ont jamais cette apparence d 'humanité que l’on remarque dans les mythes helléniques, même à l’époque d’Homère. C’est ainsi que, suivant les Védas, le monde est né d’un coït immense du lingam et du nahamam, types des organes masculin et féminin, e coïtu pénis etcunni, dirait le latin. Si le culte vulgaire ne voyait dans le lingam et le nahamam que les appareils ordinaires de l’union des sexes, les esprits éclairés en faisaient le symbole des deux principes de Brahma : la puissance créa-
HISTOIRE DES ACCOUCHEME.NTS.
trice, qui ayant divisé son corps en deux parties (fig. 1), l’une mâle, l’autre femelle (1), s’est trouvé ainsi réunir la double qualité de père et de mère. Le germe produit par l’union du lingam et du nahamam devint un œuf brillant comme l’or, et de cet œuf naquit Brahma, la première personne de la trinité indoue.
Fig. 1. — Brahm se révélant pour la première fois sous la forme d’un personnage qui est homme d'un côté et femme de l’autre.
Les poètes légendaires ont ajouté des détails : ainsi Brahma est né avec quatre têtes (fig. 2), chacune d’elles ornée de lotus; de son visage est né son fils Brahman, père et éponyme des prêtres et des savants ; de ses épaules, Kchatrya ; de ses cuisses, Vaïcia ; de ses pieds, Soudra, de qui sont issus les kchatryas ou guerriers, les vaïcias ou marchands, les soudras ou artisans. Onze demi-dieux, les Roudras, sont sortis de son front ; Anghira, de son nez.
La seconde personne de la trinité, Vichnou, naquit, suivant quelques-uns, d’un œuf que sa mère, Diti, avait pondu 500 ans avant qu’il ne vînt à éclore. Dans certaines cosmogonies, Vichnou apparaît, avant Brahma lui-même, sous la figure d’un beau jeune homme porté sur les eaux parle serpent Amenta, et ayant à ses côtés sa femme, la
(!) La poésie représentait les organes de la génération céleste sous les traits d'un beau jeune homme et d’une belle jeune fille, le dieu Nara et la déesse Nari.
l’obstétrique et le culte
belle Lakmi (fig. 2) : une tige de lotus sortit de son nombril et Brahma naquit dans le calice de cette fleur. Dans d’autres enfin, la trinité toute entière, Brahma, Vichnou et Siva, sortent de trois œufs pondus parBravani ; il était juste qu’une si brave pondeuse présidât aux accouchements.
Que citerons-nous encore? La mère de Yichnou qui, sous le nom de Devagi, conçut un fils, Balarama, lequel fut transporté de son sein dans celui de Rogani, sa suivante? La belle Andjani qui enfanta par l’oreille le singe miraculeux Hanouman? Nous nous arrêtons : aussi bien, avouons-nous ne pas être trop à l’aise dans ce panthéon confus.
Le bouddhisme qui, vers le VIIe siècle avant Jésus-Christ, naquit dans l’Inde, en face du brahmanisme, ne fut d’abord qu’un ensemble fort simple de règles morales; plus tard, vint une époque pendant laquelle il se surchargea d’innombrables fantaisies théologiques. C’est alors que Cakya-Mouni, dit le Bouddha, est représenté comme naissant d’une vierge ; quelques-uns, voulant rattacher la nouvelle doctrine à l’antiquité brahmanisme, ajoutaient que, venu au monde au pied d’un arbre, il avait été reçu dans une coupe d’or par Brahma. Une telle naissance ne pouvait avoir eu lieu sans miracles : on remarqua, en effet, que, dans ce jour favorable, toutes les femmes enceintes étaient accouchées heureusement.