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HISTOIRE UES ACCOUCHEMENTS

On sait que le Lamisme est une forme du bouddhisme que l’on trouve au Tliibet et chez certains Mongols. Les sectateurs du Lama croient que Tsédent, père de Gné-Tséden, mit au monde son fds par suite d’une enflure qu’il eut au bras droit (1), et qu’à son tour, Gné- Tséden donna le jour à un fils sorti de l’une de ses hanches.

Le Shasler , livre sacré des Banians, secte indoue de la caste des vaïcias ou marchands, contient, le récit d’un accouchement mythique assez singulier : Dieu, après avoir détruit le premier monde par un déluge universel, chargea Breman de repeupler la terre et voici la façon remarquable dont celui-ci s’acquitta de sa tâche. Il sentit des douleurs pareilles à celles qu’éprouve une femme en travail ; son corps s’enfla extraordinairement, et s’ouvrit en deux endroits, au côté droit et au côté gauche. 11 en sortit deux jumeaux, l’un mâle et l’autre femelle, qui vinrent au monde dans leur grandeur naturelle.

Magisme. — Le réformateur du mngisme, Zoroastre, serait, d’après une légende rapportée par Pline, le seul qui ait ri le jour de sa naissance. Comme présage de son futur savoir, le cerveau lui palpita jusqu’à repousser la main qui le touchait. Ce signe n’indiquerait aujourd’hui qu’un rachitisme des plus prononcés.

Le premier homme, Ivaïomorts, sortit de l’épaule droite du taureau Aboudad (fîg. 3), au moment où celui-ci expirait sous les coups du serpent Ahriman.

Laoïsme et Sintoïsme. — La naissance de Lao-Tsen qui, vers l’an 600 avant notre ère, fonda une religion en Chine, nous offre une particularité curieuse : une jeune et belle vierge ayant avalé une bulle composée de l’essence du soleil, conçut et resta enceinte pendant quatre-vingt-un ans. Au bout de ce temps, cette vierge mit au monde, par le côté gauche, un enfant à la tête blanche; il naquit sous un arbre nommé Li et s’écria, en le montrant de la main : « Voilà mon nom de famille. » Cette naissance de Lao-Tsen est un exemple de grossesse extra-utérine en même temps que de précocité.

Le culte japonais est celui de Sinto ou deSinsiou. Nous recueillons dans cette religion, qui tend, d’ailleurs, à se confondre avec le bouddhisme, les deux contes suivants. Bounsio pondit cinq cents œufs qu’elle renferma dans un coffret sur lequel elle avait écrit : Fo-ciarou, puis elle le jeta dans le fleuve Rio-Sa-Gava. Le coffret fut

(1) De même la religion Scandinave nous parle d’une race de géants, issue d’un homme et d’une femme sortis du bras gauche d’Iimer, durant son sommeil.

l’obstétrique et le culte

recueilli par un pêcheur qui fit éclore les œufs dans un four; chaque œuf produisit un enfant.

La mère de Sotoktais fut prévenue par une voix divine qu’elle était enceinte. Au bout de huit mois elle entendit l’enfant parler dans son sein ; quatre mois après, elle le mit au monde.

Fig, 3. — Kaïomorts ou le premier homme sortant de l'épaule droite du taureau primordial Aboudad.

(Figure tirée do la Mythologie de J. Odoland-Desnos.)

Religions égyptienne et phénicienne. — Nous trouvons dans la religion égyptienne un cas extraordinaire d’inclusion fœlale. Osiris, frère et époux d’Isis, s’était uni à elle dès le ventre de leur mère ; il en résulta que, même avant de naître, Isis se trouva enceinte d’Harœri. On sait qu’à certaine époque, les mythes helléniques se mélangèrent avec les mythes égyptiens : Rhéa et Cronos se confondirent avec des divinités analogues, originaires des bords du Nil, et reçurent, ornés de coiffures invraisemblables, les adorations des fils de Pharaon.

Voici une fable qu’auraient imaginée les prêtres égyptiens pour faire accepter par le peuple un changement dans le calendrier. Rhéa, selon cette belle histoire, est l’épouse du Soleil : épouse légère,

elle commit une faute avec Cronos ; cette faute eut des suites visibles et le Soleil, qui probablement était en droiL de désavouer toute paternité, s’aperçut de l’ampleur insolite que prenait la taille de sa femme. Bien que, même avant V inconséquence de son épouse, le dieu Soleil portât une magnifique paire de cornes (1), il fut sensible à l’outrage : il maudit la pauvre Rliéa et, ce qui est pis, lui déclara qu’elle ne pourrait accoucher dans aucun mois de l’année. Jugez de l’embarras: la baleine ne garda Jonas que trois jours, et Rhéa n’étail pas une baleine! Ici apparaît l’ingénieux Hermès. Amoureux de Rhéa il obtient ses faveurs: qu’avait à perdre Rhéa? La seconde faute répara la première. Rhéa confia son cas au numéro deux ; Hermès la tira d’affaire. Un jour qu’il jouait aux dés avec la Lune, il lui proposa comme en jeu la soixante-douzième partie de chaque jour de l’année. Toujours Grec, quoique naturalisé Egyptien, Hermès gagna et, profitant de son gain, il en composa cinq jours qu’il ajouta aux douze mois de l’année. Ce fut pendant ces cinq jours complémentaires que Rhéa se délivra de cinq enfants: Isis, Osiris, Ilorus, Neflé et Typhon.

La plus célèbre des divinités phéniciennes, Astarté (fig. 4.), l’Astaroth des Juifs, l’Aphrodite des Grecs, était née d’un œuf tombé du ciel dans la mer; les poissons le portèrent sur le rivage où des colombes le couvèrent. Les Grecs se sont appropriés ce mythe et chacun connaît:

fig. 4. — Astarté, dont le ... Vénus-Astarté, fille de l’onde amère.

corps est couvert de mamelles, d’après une sta- Polythéisme qrec (2). — C’était une fa-

tuette en bronze du mu- J ' ' ...

sée de cagiiari. mille singulière que celle des premiers dieux

helléniques: l’aïeul, Ouranos (3), enLerrait tout vivants les enfants que Gæa lui donnait; Cronos, fils d’Ouranos,

(1) Amoun-Ra, le dieu solaire des Egyptiens, était représenté avec des cornes de bélier.

(2) Nous n’ignorons pas qu’on a expliqué d’une façon fort savante et même fort juste, toutes ces générations extraordinaires de dieux et de déesses ; mais il faut convenir que l’anthropomorphisme qui, depuis Homère, était le fond de la religion grecque, avait donné à tous ces mythes une couleur humaine assez étrange.

(3) Toutes les fois qu’il s’agit de mythologie grecque, nous désignons les dieux par leur nom grec : nous ne comprenons pas bien la supériorité euphonique

l’obstétrique et le culte

commença par pratiquer sur sou père l’opération qu’à la requête des concierges pudibondes, certains industriels pratiquent sur les matous (1) ; puis, aussi bon père que bon fils, mis sans doute en défiance envers ses enfants par sa propre conduite à l’égard de l’auteur de ses jours, il engloutit tous les nouveau-nés de Rhéa, sa femme. Dans ce tombeau de famille, disparaissent successivement Poséidon, Hadès, Héra, Hestia, DémêLer.

Rhéa, fâchée à la fin de voir ses enfants passer immédiatement de ses entrailles dans celles de Cronos-Ugolin, imagina de substituer à

Fig. 5. — Rhéa présentant à Cronos une pierre emmaillottée à la place de Zeus.

(Figure tirée de la Mythologie de Odolant-Desnos.)

Zeus, son dernier né, une pierre emmaillotée (fig. 5) ; avec une indifférence qui fait l’éloge de son râtelier, l’époux dévora ce mets de formation calcaire.

d 'TJranus sur Ouranos, de Saturne sur Cronos, de Tellus sur Gœa, etc., pourquoi parler latin en grec 1

(1) Ouranos était un gaillard: Abélard devenant père après la mauvaise plaisanterie de Fulbert, c’est déjà bizarre ; mais la dépouille d’Abélard engendrant sans le concours du restant d’Abélard, cela dépasse toutes les limites de la vraisemblance. Tel fut pourtant le cas d’Ouranos: <r Cependant, dit Hésiode, ces divins débris que le tranchant du fer avait détachés, étaient tombés dans la vaste mer ; longtemps ils Bottèrent à la surface et, tout autour, une blanche écume s’éleva où naquit une jeune déesse, Aphrodite .

Ce mythe profond rappelle le pot-au-feu dont parle nous ne savons quel vaudeville de Duvert et Lausanne : une brique y remplace le traditionnel morceau déculotté.

Diodore de Sicile, homme docte, mais parfois trop naïf, raconte qu’aussitôt après la naissance de Zeus, quand on le porta sur le mont Ida, le cordon ombilical de l’enfant tomba près du fleuve Triton: cette partie de l’île de Crête en aurait pris le nom d’Omphalos, mot grec qui signifie nombril (1). Le Dr Sue tire de celte tradition la preuve que, dans les temps les plus reculés, la ligature du cordon était inconnue. La conclusion du moderne vaut le conte de l’ancien.

Naissance d’Athéna. — Au dire d'Hésiode, Zeus épousa

Fig. 6. — Naissance d’Athéna, d’après un vase antique.

Métis, la déesse de la méditation et des vomitifs (2) ; mais ayant appris de l’oracle qu’elle était destinée à être mère d’un fils qui de-

(1) Ce mot est d’un usage habituel en grec pour désigner toute position centrale.

(2) Allusion au rôle que cette déesse joua auprès de Cronos, l’avaleur de cailloux : elle lui fit prendre un breuvage dont l’effet fut de lui faire vomir d’abord la pierre indigeste, puis tous les entants qu’il avait dévorés. Quelques étymologistes ont-ils songé à faire venir émétique de métis ï Ménage n’eût pas reculé.

l’obstétrique et le culte

viendrait le souverain de l’univers, il suivit les traditions de la famille et ne fît qu’une bouchée de la mère et de l’enfant.

Les maux de tête accompagnent souvent les digestions difficiles : ce fut le cas. Pour se débarrasser de cette céphalalgie importune, Zeus s’adressa à son fils Héphæstos, bon forgeron, mais médecin un peu brutal. Dans sa trousse, Héphæstos n’avait qu’une hache ; il en fendit la tête de son père. Du crâne ouvert de Zeus jaillit, en présence de tout l'Olympe, Athéna armée de pied en cap (fig. 6). Ecoutons Homère : « Zeus, aux prudents conseils, enfanta lui-même de sa tête auguste Athéna, toute revêtue d’armes guerrières, d’armes dorées et étincelantes. A cette vue, tous les immortels sont saisis d’étonnement et de respect. Devant les yeux du dieu qui tient l’égide, soudain, impétueusement elle s’élance de la tête immortelle, brandissant une javeline acérée ». Moins poétique, le facétieux Demoustier fait, à ce propos, la remarque suivante : « Aujourd’hui, le front des hommes n’accouche plus ; mais on prétend qu’il indique souvent, par de certains signes, que leurs femmes sont accouchées ».

Héra, jalouse de ce qu’elle était étrangère à l’enfantement d’Athéna, voulut aussi devenir mère sans le concours de son mari et y parvint en touchant une fleur qui croissait dans les champs d’Olène. De ce simple contact naquit Arès qui vint au monde également armé de pied en cap.

L’irrévérencieux Lucien consacre le huitième Dialogue des Dieux à l’accouchement de Zeus :

Héphæstos. — Quelle est ma besogne, Zeus? J’arrive, sur ton ordre, armé d’une hache bien affilée : elle pourrait, au besoin, couper une pierre d’un seul coup.

Zeus. — A merveille, Héphæstos; fends-moi la tête en deux.

Héphæstos. — Veux-tu m’éprouver, ou bien es-tu fou? Donne-moi un ordre sérieux ; dis ce que tu veux que je fasse !

Zeus. — Je te l ai dit : Fends-moi la tête. Si tu désobéis, tu éprouveras une seconde fois ma colère; mais il faut frapper de toutes tes forces * et sans tarder : je meurs du mal qui me met le cerveau sens dessus dessous.

Héphæstos. — Prends garde, Zeus, que nous n’allions faire quelque sottise ; ma hache est affilée : elle te fera venir du sang et ne t’accouchera pas à la façon d’Ilithyie.

Zeus. — Frappe toujours, Héphæstos; ne crains rien : je sais ce qu’il me faut.

Héphæstos. — C’est malgré moi, mais je vais frapper : car que faire, quand tu l’ordonnes?... Hein? Quoi? Une jeune fille armée de pied en

cap ! Tu avais là, Zeus, un furieux mal dans la tête ! Il n’est pas étonnant que tu te sois montré irascible, quand tu portais toute vivante, sous la membrane de ton cerveau, une jeune fille de cette taille, et cela, tout armée ; nous ne savions pas que tu avais un camp au lieu de tête. Mais vois donc, elle saute, danse la pyrrhique, agite son bouclier, brandit sa lance, se remue comme une possédée. Çe qui est plus fort, c’est qu’elle est devenue tout à coup fort belle et fort à point ; il est vrai qu’elle a les yeux gris, mais son casque embellit ce défaut. Ainsi, Zeus, pour prix de l’accouchement, donne-la moi comme femme.

Zeus. — Tu me demandes l’impossible, Héphæstos : elle veut rester toujours vierge ; moi, cependant, je ne m’oppose pas à ce que tu désires.

Héphæstos. — C’est tout ce que je demandais; le reste est mon affaire : je vais l’enlever.

Zeus. — Fais-le, si tu peux ; mais je sais que tu veux l’impossible.

L’opération césarienne par le cerveau, voilà un cas assurément curieux ; l’inépuisable mythologie nous offre mieux : l’opération par ablation totale du chef. Mr de Paris faisant concurrence aux ventriè^ res de la capitale ! Quand Persée eut tranché la tête de la Méduse,

Fig. 7. — Pégase et Chrysaor sortant de la tête de Méduse avec l’aide d’Ilithyie.

Pégase, le cheval ailé, et Chrysaor, le père de Géryon, s’élancèrent du tronc mutilé de la Gorgone. Un fragment de Métope de Sélinonte, et une terre cuite de Milo reproduisent cette double naissance (fig- 7).

Naissance de Dionysos. — Zeus était un époux volage; la

l’obstétrique et le culte

fille de Cadmos, Sémélé, fut une de ses favorites. Les assiduités de Zeus eurent leurs suites ordinaires. Or, pendant la grossesse de Sémélé, Héra aux yeux de génisse, déesse que chacun sait avoir été jalouse, prit les traits de Béroé, nourrice de sa rivale. Héra joua son rôle en vraie nourrice de comédie; elle insinua à la pauvre embesognée que son amant, ce prétendu roi du ciel, pourrait bien n’être qu’un mortel peu délicat, un simple farceur en un mot: « S’il est Dieu, qu’il se montre en Dieu ; vous en valez bien la peine ! » Sémélé crut la perfide ;

Fig. 8. — Mort de Sdmiilé. — Première naissance de Dionysos, d'après une peinture antique.

Zeus obéissant, descend avec sa foudre des grands jours; le feu prend et Sémélé périt dans le palais embrasé (fig. 8). Aussitôt Zeus appelle Hermès; celui-ci, toujours ingénieux, pratique une opération césarienne post mortem et retire du sein de la déesse l’enfant qu’elle y portait.

Zeus l’enferma et le fit coudre dans sa cuisse. Au bout des neuf mois révolus, de la cuisse de Zeus, Dionysos sortit en chantant (fig. 9). Cette double naissance était exprimée par les épithètes de Dimetor et de Dithyrambos que les Grecs appliquaient au dieu.

Lucien, dans son Panthéon grotesque (1), ne pouvait manquer de s’égayer au sujet d’une naissance si extraordinaire:

Fig. 9. — Seconde naissance de Dionysos, d’après un bas-relief du musée Pio Clémentino.

Poséidon. •- Peut-on, Hermès, entrer maintenant chez Zeus?

Hermès. — Impossible, Poséidon.

Poséidon. — Annonce-moi toujours.

Hermès. — Ne me presse pas davantage, te dis-je: le moment est mal choisi, et tu ne le peux voir en cet instant.

Poséidon. — Est-ce qu’il confère avec Iléra?

Hermès. — Non; c’est tout autre chose.

Poséidon. — J’entends : Ganymède est là.

Hermès. — Ce n’est pas cela; Zeus est malade.

Poséidon. — Malade, et d’où? Singulière nouvelle!

Hermès. — J’ai honte de te le dire, mais c’est comme cela.

Poséidon. — Il ne faut pas te gêner avec moi, qui suis ton oncle.

Hermès. — Eh bien! Poséidon, il vient d’accoucher.

Poséidon. — D’accoucher? Lui? fi donc ! Et par où? Il nous a donc caché qu’il fût homme et femme; mais son ventre ne nous avait jamais montré la moindre enflure.

Hermès. — Tu as raison ; aussi n’était-ce pas là qu’il portait son enfant.

Poséidon. — Je comprends: il sera encore accouché par la tête, comme pour Athéna: il a la tête féconde!

(1) Neuvième Dialogue des Dieux.

l’obstétrique et le culte

Hermès. — Pas du tout; c’est dans la cuisse qu’il portait l’enfant qu’il a eu de Sémélé.

Poséidon. — O l’excellent dieu qui porte des enfants et accouche de tous les côtés ! Et qu’est-ce que cette Sémélé?

Hermès. — Une Thébaine, une des filles de Cadmos:il a eu commerce avec elle et l’a rendue grosse.

Poséidon. — Et puis après, Hermès; il est accouché pour elle?

Hermès. — Justement, tout étrange que cela te paraisse. Héra, dont tu sais l’humeur jalouse, étant descendue chez Sémélé, lui persuada de prier Zeus de la venir voir avec ses tonnerres et ses éclairs; Zeus consentit, arriva, la foudre en main, mit le feu au toit, et Sémélé périt dans l’incendie. Il m’ordonna alors de fendre le ventre de cette femme et de lui apporter l’embryon imparfait, qui n’avait encore que sept mois: j’obéis, il s’ouvrit la cuisse et y déposa l’enfant jusqu’à ce qu’il vînt à terme ; aujourd’hui que le troisième mois est arrivé, il l’a mis au monde, et les douleurs de l’accouchement l’ont rendu malade.

Poséidon. — Où l’enfant est-il donc à présent?

Hermès. — Je l’ai porté à Nysa, et donné à élever aux Nymphes, sous le nom de Dionysos.

Poséidon. — Par conséquent, Zeus est tout à la fois le père et la mère de ce Dionysos?

Hermès. — Naturellement. Mais je m’en vais lui porter de l’eau pour laver la blessure, et lui faire tout ce qui se fait en pareil cas à une nouvelle accouchée.

Sacombe, dans La Luciniade , rapporte en détail les divers incidents de la naissance de Dionysos ou Bacchus(l).

Ah ! Muse, pourras-tu raconter sans frémir,

Les malheurs dont jadis Cadmus eut à gémir.

Quand d’Agénor Jupin eut enlevé la fille?

Junon à sa vengeance immola sa famille.

Ino, qui d’Athamas craint la rage et les cris,

Dans l’abîme des flots se plonge avec son fils.

Agavé, de fureur par Bacchus transportée,

Fait frémir la Nature en égorgeant Panthée.

Autonoé, ton fils, en cerf d’abord changé,

Par ses chiens est ensuite à tes yeux égorgé.

Sémélé veut de près voir le Dieu de la foudre,

Dans son Palais en flamme elle est réduite en poudre.

(U) L’auteur, suivant la coutume d’autrefois, latinise les noms des divinités grecques. Il en sera plus loin de même ; nous en constatons le fait une fois pour toutes.

Et Bacchus, heureux fruit d’un objet bien aimé, ParJupin, dans sa cuisse, alors fut enfermé. Cependant, mère tendre à la fois et bon père,

Jupiter en travail crie et se désespère ;

Il ressent au fémur d'effroyables douleurs:

Attirés par ses cris, ses sanglots et ses pleurs, Accourent à l’envi les Dieux et les Déesses.

L’une soutient ses reins, l’autre écarte ses fesses,

Et chacun tour à tour, au souverain des Dieux Prodigue ses conseils, ses soins officieux.

Junon seule à ses maux feignant d’être insensible, Mais l’âme à la pitié toujours inaccessible,

« Chaste époux,» lui dit-elle, « il te souvient du jour « Où les Dieux assemblés au céleste séjour « Rirent à mes dépens, quand par son imposture,

« Tirésias osant démentir la Nature,

« Prononça, sans raison, au gré de ton désir,

« Que la femme en amour ressent plus de plaisir.

« Vois quel plaisir éprouve une femme féconde,

« Qui souvent tous les ans met un enfant au monde ;

« Un enfant qu’en son sein elle a porté neuf mois,

« Au milieu des dégoûts et meurtri par son poids?

« Mais ce n’est rien encor. Si ton âme est jalouse « De goûter les plaisirs de ton heureuse épouse,

« Souffre que, de mon art employant le secours,

« Des douceurs du travail je prolonge le cours,

« Pour enivrer tes sens de la volupté pure,

« Dont jouit le beau sexe au bras de la nature.

« Mais quoi! tant de plaisir a pour toi peu d’appas,

« Tu souffres, Jupiter!... Que ne souffre-t-on pas,

« Pour sauver le doux fruit d’une amante adorée ?

« Par l’ardeur de tes feux malgré toi dévorée,

« D’amertume toujours le plaisir est mêlé,

« Mais tu vas embrasser le fils de Sémélé. »

A ces mots, Jupiter transporté de colère,

Fait pour saisir Junon un effort salutaire,

Et tandis que des yeux il la menace en vain.

De la cuisse, en chantant, sort Bacchus, Dieu du vin.

Accouchement gémellaire de Léto. — L’infatigable Zeus ayant mis à mal Léto, fille de Kœos et de Phœbé, Léto fut bientôt, elle aussi, forcée d’élargir sa ceinture. Jalousie et colère delà femme légitime, Héra, qui fait jurer à la Terre de ne donner à Léto aucune retraite pour faire ses couches; de plus, cette jalouse, par trop rancu-

l’obstétrique et le culte

nière, dépêche aux trousses de la malheureuse un monstre affreux, le serpent Python, qui doit la harceler sans merci.

L’auteur de l’hymme homérique à Apollon Délien énumère longuement toutes les contrées d’où Léto, sur le point d’enfanter, fut sans cesse chassée.

Mais enfin Poséidon, touché de compassion, fait émerger l’île de Délos, l’une des Cyclades, où Léto parvient à se réfugier, près du

Fig. 10. — Accouchement de Léto, d’après un vase antique.

mont de Cynthos, sur les rives de l’Inope, et, appuyée contre un palmier (1) (fig. 10), selon les uns, un laurier ou un olivier, suivant d’autres, elle y accouche premièrement d’Artémis, qui, en sagefemme précoce, aide elle-même sa mère à se délivrer d’Apollon (2).

Telle était la tradition vulgaire. La tradition ionienne, rapportée

(1) « Un vieux palmier sur lequel s’appuya Léto pour accoucher, lui servit de sage-femme » dit Nonnus dans ses Dionysiaques .

(2) L Ilithyie égyptienne, Bubastis, rendit le même service à sa mère Isis.

par l’hymne homérique que nous citons plus haut et suivie par Callimaque est différente : « Neuf jours et neuf nuits, Léto fut déchirée de douleurs désespérées. Les déesses les plus illustres, Dioné, Rhéa, Thémis, Ichnæa (1) et la retentissante Amphitrite, étaient autour d’elle, toutes hormis Héra aux bras blancs ; seule llilhyie, l’arbitre des douleurs, n’avait rien appris. Elle était assise sous une nuée d'or au plus haut de l’Olympe, retenue par les artifices et la jalousie de Héra. Les aulres déesses envoyèrent, de l’île riante, Iris, afin qu’elle ramenât llilhyie, promettant à celle-ci un grand collier de neuf coudées, noué de fil d’or. Elles avaient ordonné à Iris de l’appeler à l’insu de Héra, de peur qu’en partant elle ne fût détournée par ses discours. Lorsque l’agile déesse, aux pieds légers comme le vent, les eut entendues, elle s’élança rapidement ; et bientôt elle eut Iranchi l’espace. A peine arrivée au séjour des dieux, à l’Olympe escarpé, elle se hâta d’appeler llilhyie à la porte du palais ; et lui adressant des paroles rapides, elle lui dit tout ce que lui avaient prescrit les déesses habitantes de l’Olympe, et lui touche le cœur. Elles partent, semblables en leur marche à de timides colombes. Aussitôt qu’Ililhyie, arbitre des douleurs, atteint Délos, l’enfantement saisit Léto, elle se sent près d’accoucher, elle jette ses deux bras autour d’un palmier, et appuie ses genoux sur le tendre gazon : et la terre au-dessous d’elle sourit et l’enfant bondit à la lumière. Or toutes les déesses jetèrent un cri de joie (2). Alors, ô cher Phœbos, les déesses te lavèrent d ’eau limpide, purement et chastement, et elles te donnèrent pour langes un voile blanc, léger, frais tissu, et elles l’assujettirent avec une ceinture d’or. La mère n’allaita pas Apollon, au glaive d’or ; mais, de ses mains immortelles, Thémis lui fit goûter le nectar et l’aimable ambroisie et Léto se réjouit d’avoir donné le jour à un fils, puissant archer ».

L’accouchement de Léto fait l’objet du dixième Dialogue marin de Lucien : le railleur suit la tradition courante qui fait deux jumeaux d’Apollon et d’Artemis (3).

(1) Ce surnom de la déesse de la justice semble signifier : Celle qui suit à la trace le crime.

(2) Comparer Theognis : « Puissant Phœbos, quand t’enfanta une vénérable déesse, Léto, quand embrassant de ses mains délicates le tronc du palmier, près du marais arrondi, elle fit naître en toi le plus beau des immortels, la grande Délos se remplit tout entière d’une odeur divine, la terre immense sourit ; et jusque dans ses abîmes se réjouit la mer aux. vagues blanchissantes ».

(3) Remarquons qu’une tradition assez répandue faisait naître Apollon et sa sœur, non plus à Délos, mais près d’Ephèse, sur les bords du Cenchrios, dans le bois sacré d’Ortygia.

l’obstétrique et le culte

Iris. — Poséidon, cette île errante (1), qui, détachée de la Sicile, nage encore cachée sous les eaux, Zeus ordonne que tu la fixes sur le champ; il veut que tu la fasses monter à la surface des flots, qu’elle apparaisse visible au milieu de la mer Egée et arrêtée sur une hase inébranlable : il en a besoin.

Poséidon. — Il va être obéi, mais à quoi lui servira-t-elle, Iris, quand devenue visible, elle cessera d’être flottante ?

Iris. — Léto doit y venir accoucher : elle commence à ressentir avec force les douleurs de l’enfantement.

Poséidon. — Eh quoi ! le ciel n’est-il pas un bon endroit pour accoucher? ou bien à défaut du ciel, n’a-t-on pas toute la terre pour recevoir les entants de Léto ?

luis — Non vraiment, Poséidon ; Iléra, par un serment terrible, a fait promettre à la Terre de ne donner aucun asile à Léto en travail : mais cette île n’est pas comprise dans le serment puisqu’elle n’a pas encore paru.

Poséidon. — J’entends. Ile, arrête-toi; sors une seconde fois de l’abîme, ne sois plus emportée par les vagues, demeure immobile, et reçois, île bienheureuse, les deux enfants de mon frère, les plus beaux des dieux. Et vous. Tritons, transportez-y Léto : que le calme règne de toutes parts. Quant au serpent qui la poursuit et l’effraye, les petits enfants, nés à peine, l’attaqueront et vengeront leur mère. Va, Iris, annonce à Zeus que tout est prêt: Delos est fixée ; que Latone y vienne et mette au jour ses enfants.

Accouchement de Léda. — Tous les poissons sont ovipares à l’exception d’un seul, la blennie vivipare; tous les mammifères ont été et sont vivipares, à l’exception de la seule Léda ou la femme ovipare.

Les plus anciens textes ignorent celte fable étrange des œufs de Léda. Suivant l’hymme homérique aux Dioscures, Castor et Pollux auraient été deux fœtus normaux, résullat d’un commerce charnel entre Zeus et Léda. Si l’on suit Pindare, l’accouchement gémellaire de Léda aurait présenté un cas de superfétation ; celle-ci, en effet, ayant reçu dans la même nuit, les embrassements de Tyndare, son époux légitime, et ceux de Zeus, Castor serait né du mari, Pollux de l’amant (2). Plus tard on transforma l’amant en cygne, lors de sa visite à Léda ; cette imagination mythologique a souvent inspiré les artistes, qui se sont plu à reproduire l’oiseau divin, soulevant à demi les ailes et allongeant son col, pour caresser le corps de son amante.

(1) Délos

(2) Cf. Hercule et Iphiclès.

Mais alors le modus coeundi aurait été aussi fantastique que dans l’union fameuse de la carpe et du lapin. Les Grecs, soucieux de mettre le sens commun dans l’absurde, racontaient tout simplement que Léda avait pris la forme d’une oie (ordre des palmipèdes, famille des anatides ou lamellirostres ) pour s’unir à son cygne (même ordre, même famille) ; on voit donc que le naturaliste Aristote aurait été en droit de déclarer que les Dioscures étaient des métis produits par le croisement de deux espèces du genre anas. Bref, Léda mit au monde un œuf (fig. 11), dont, au bout de neuf mois, la coque fut brisée par deux jumeaux, les léporides de l’ornithologie ; suivant une autre version, elle enfanta deux œufs : de l’un sortit Hélène, de l’autre les Dioscures. L’incubation avait-elle été naturelle ou artificielle? Les mythographes sont muets sur la question.

Fig. 11. — Naissance de Castor et Pollux, d’après J. Romain.

Superfétation et accouchement laborieux d’Alcmène.

— Tout le monde connaît la mésaventure du Thébain Amphitryon; les comiques grecs selaient de bonne heure jetés sur celte grasse matière; Plaute imita les Grecs; Molière ayant imité Plaute, nous n’insisterons pas sur les débuts du conte. Donc s'en va-t-en guerre le sire Amphitryon; il laissait enceinte Alcmène, son épouse chaste et fidèle. Bientôt arrive à Thèbes Zeus, toujours gaillard; il se présente sous les espèces d’ Amphitryon, et, se plaisant, sans doute par hasard, aux chemins frayés, fête Alcmène d’olympienne façon. Du jeu avec l'époux légitime avait été déjà conçu Iphiclês ; le jeu avec l’époux supposé met Iphiclês à l’étroit en lui adjoignant le puissant Héraclès, celui que nous appelons Hercule. Naturellement, fureur de Héra : croire à l’innocence d’une rivale, une femme ne saurait. Conclusion : de par la volonté de Héra , Alcmène ne pourra accoucher. Après sept jours et sept nuits de souffrances, Alcmène invoque Lucine; celle-ci vient, mais, gagnée par Junon, au lieu de favoriser l’accouchement elle s’v oppose au moyen de pratiques singulières que nous rapporte Ovide :

l’obstétrique et le culte

Utque meos audit gemitus, subsedit in ilia Ante fores ara, dextroque a poplité lœvum Pressa genu, digitis inter se pectine junctis,

Sustinuit nixus ; tacita quoque carmina voce Dixit ; et inceptos tenuerunt carmina partus (1).

Dès qu’elle entendit mes plaintes, elle s’assit Près de l’autel, devant la porte et sur son genou gauche Croisant sa jambe droite, entrelaçant strictement ses doigts. Paralysa mes efforts ; puis, d’une voix sourde elle murmura Des charmes qui suspendirent le travail commencé.

Heureusement une des servantes, la blonde Galanthis, se douta de quelque chose en voyant celte inconnue toujours immobile à la même place (fig. 12). Pour la décider à partir elle lui dit : « Qui que tu sois

t Fig. 12. — Accouchement d'Alcmène. (Figure tirée des Métamorphoses d' Ovide, de Renouard.)

rends grâce aux dieux ; Alcmène vient d’accoucher heureusement. » Lucine dans sa surprise, se lève et desserre ses doigts entrelacés :

(1) Ovide. Métam., liv. IX, v. 297 et suiv.

aussitôt Alcmène est délivrée. La déesse, se voyant jouée, punit Galanlhis de son mensonge en la changeant en belette, pour qu’elle enfantât par la bouche d’où était sorti le mensonge qui l’avait abusée (1).

On sait comment Hercule se vengea d’Héra ; encore enfant, le

Fig. ^13. — L’allaitement d’Héraclès, d’après le tableau de Tintoret.

héros, déjà vorace, la surprit pendant son sommeil et se jeta si goulûment sur ses mamelles que, des deux, le lait jaillit avec force et, se répandant à travers le ciel, forma cette traînée lumineuse qu’on appelle la voie lactée (flg. 13).

(1) Les Anciens s’imaginaient que la belette faisait ses petits par la bouclie.

L OBSTETRIQUE ET LE QUETE

Naissance d’Asclépios (l). — Appollon était un dieu coureur et jaloux. Parmi les belles nymphes dont il fut l’amant, les Thessaliens citaient Coronis, fille de Phlégyas. Coronis portait dans ses flancs un fils d’Apollon, quand elle s’éprit de l’Arcadien Ischys et se livra à lui. Le dieu fut informé de celte infidélité par un corbeau qu'il avait chargé de veiller sur la vertu de sa maîtresse : gardien plus incorruptible encore que le plus vigilant des eunuques ! Le dieu irrité, ordonna à sa sœur Artémis de tuer Coronis, qui tomba percée de flèches dans Lakéria ; suivant d’autres, il dépêcha lui-même la coupable et son complice. Toutefois, au moment où le cadavre de l’infidèle était sur le bûcher, Apollon accourut et arracha l’enfant du sein de sa mère à demi consumée. Cet enfant était Asclépios, éponyme des Asclépiades, notre père à tous, mes chers confrères! Apollon, d’ailleurs, regretta bientôt sa vengeance, et pour punir le corbeau délateur, il le changea de blanc en noir. Pussent cet exemple, et la crainte d’une métamorphose en nègre hideux, protéger le sérail contre les indiscrétions des eunuques blancs !

Naissance d’ Adonis. — Les mythes venus d’Orient nous présentent souvent l’union incestueuse d’un père et de sa fille. La légende d’Adonis, sous sa forme grecque, dénote par plus d’un détail son origine asiatique : Myrrha et les filles de Loth sont de même race. Quoi qu’il en soit, voici la tradition hellénisée : « On racontait que Myrrha, fille de Cinyras, roi de Chypre, poursuivie par la colère d’Aphrodite qu’elle avait refusé d’honorer, était tombée amoureuse de son propre père et s’était unie à lui sans qu’d pût s’en douter. Instruit bientôt de sa honte, il veut châtier sa fille et la poursuit, l’épée nue, mais les dieux ont pitié d’elle, et la métamorphosent en l’arbuste qui porte la myrrhe, smyrna. Au bout de neuf mois, l’arbre s’entrouvre (fîg. 14) et donne naissance à un enfant d’une singulière beauté: c’était Adonis » (2).

Que le produit de la conception se comporte sous l’écorce d’un balsamodendron comme dans la matrice de la mère, c’est un fait rare assurément ; n'oublions pas, toutefois, que les crapauds vivent à l’aise dans les pierres... dit-on.

Naissance d’Orion — Une fausse étymologie du nom de ce géant avait été l’origine d’une fable assez malpropre. Cette fable plaçait

(1) Esculape.

(2) Decharme. Mythologie de la Grèce antique.

la naissance d’Orion en Béolie, à Hyria (Ouria suivant le dialecte béotien). Le héros éponyme de ceLte bourgade, Hyrieus ou Ourieus avait reçu, un jour, magnifiquement, dans sa maison de Tanagre, Zeus, Poséidon et Hermès. Reconnaissants, les trois Olympiens permirent à leur hôte d’exprimer un souhait. Il demanda un fils, mais sans avoir l’ennui d’avoir une femme. Les dieux firent apporler la peau d’un bœuf fraîchement immolé et, tout comme l’Onan biblique, semenin illud effuderunt, ajxfjv, dit Paléphate. Cette peau fut

Fig. 14. — ftaissanje d'Adonis. (Figure tirée des Métamorphoses d'Ovide , de Rcnouard.)

ensuite enfouie dans la terre, et au bout de dix mois il en sortit un enfant qui, au lieu d’être appelé aitéppM, semen , reçut le nom de Oùpènv, puis celui d’Qpuuv, dérivés l’un et l’autre d’oSpov, urine. Orion fut placé plus tard parmi les constellations. Il est inutile d'ajouter que cette constellation est pluvieuse. C’est en fécondant Gœa ou la Terre, par le même procédé, qu’Hephæstos engendra Erichtonios dont le corps finissait en serpent (1).

(1) Hephæstos lui-même était difforme ; cela tenait, disaient les mythographes, à ce qu’il fut conçu pendant qu’Héra, sa mère, avait ses règles.

l’obstétrique et le culte

Autres naissances fabuleuses. Monstres mythologiques. — Suivant Pausanias, Déméter eut de son frère Poséidon, dans la même couche, une fille, dont le nom n’était connu que de ceux qui étaient initiés aux mystères, et le cheval Arion. C’est sous la forme d’un cheval, que le même Poséidon viola Méduse ; quand Persée coupa la tête de Méduse, nous en avons vu sortir (Fig. 7) un cheval ailé, Pégase, et Chrysaor, père lui-même de Géryon (fi g. 15), le géant tricéphale, et de la terrible Echidna, monstre moitié femme, moitié serpent. De l’union d’Echidna avec Typhaon sont sortis la Chimère,

Fig. 15. — Geryon, d’après une peinture antique.

le dragon de Golchos, l’hydre de Lerne, etc. Cronos eut delà nymphe Philyre, le centaure Chiron (fig. 16). Le minotaure (fig. 17), monstre moitié homme, moitié taureau, est issu de la passion de Pasiphaé, femme de Minos, pour un taureau blanc; Aphrodite et Hermès donnèrent naissance à Hermaphrodite (fig. 18). La fable est peuplée de géants (fig, 19), de cyclopes (fig. 20), de satyres (fig. 21), de sirènes (fig. 22) et de monstruosités de toute sorte telles que: les quatre têtes de Brahma (fig. 2) ; les bras multiples deQuanwon, divinité japonaise (fig. 23), ceux de l’Ixora des Indous (fig. 24), dont le fils, Quenevadi, a une tête d’éléphant (fig. 25); les têtes d’animaux d’un dieu des anciens Haïtiens (fig. 26), etc. Enfin diverses naissances mythiques ont lieu sans fécondation, par la métamorphose d’animaux ou objets inanimés : Prométhée forme l’homme du limon delà terre ; Deucalion

et, Pyrrlia, après le déluge, lepeuplenl le monde en jetant derrière

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Fig. 16. — Le Centaure Chiron faisant l’éducation d’Achille, d’après le tabica i de J.-B. Régnault.

eux des pierres qui se transforment en hommes ou en femmes ; les

l’obstétrique et le culte

dents du dragon, semées par Cadmos, deviennent des hommes armés; les Myrmidons sortent d’une fourmilière (1).

Fig. 17. — Thésée combattant le Minotaure, d’après un médaillon antique.

Fig. 18. — Hermaphrodite, d’après une statue antique du Musée du Louvre.

Fig. 19. — Géant mythique, d’après une pierre gravée antique du Musée du Louvre.

(1) Les divinités romaines proprement dites, qui n’étaient guère que des abstractions, ne nous offrent rien de curieux sur le sujet qui nous occupe.

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