‹ Histoire des accouchements chez tous les peuplesChapitre 9 sur 94 · LES INDOUS · texte numérisé non relu

LES INDOUS

Les lois de Manou, le législateur mythique de l’Inde, nous donnent certaines prescriptions religieuses concernant la grossesse et les accouchements. Ainsi une femme enceinte de deux mois ou plus avait le privilège de ne pas payer de droit pour le passage d’une rivière. Après une fausse couche, il faut à la femme pour être purifiée autant de nuits qu’il s’est écoulé de mois depuis la conception. Avant la section du cordon ombilical, une cérémonie est prescrite à la naissance d’un enfant mâle : on doit lui faire goûter, dans une cuiller en or, du miel et du beurre clarifié, en récitant certaines paroles sacrées. Dans le quatrième mois, il faut sortir l’enfant de la maison où il est né pour lui faire voir le soleil ; vers le sixième mois, lui donner à manger du riz.

Dans la Perse et dans l’Hindoustan, les Guèbres ou Parsis observent encore les prescriptions de Zoroastre, contenues dans le Boundehec, deuxième partie du Zend-Avesta rédigée en pehlvi ; le Sad-der, division du Boundehec, expose ainsi les obligations imposées aux nouvelles accouchées. Nous donnons la traduction d’Anquetil-Duperron :

Porte LXXV. — Si une femme, récemment accouchée, jette la vue sur du feu. elle commettra un péché évalué quinze direms. Si elle en approche de quinze pas, il ne sera que de douze direms. Si elle fait trois pas sur la cendre embrasée, son péché sera de douze cents direms. Si elle s’assied sur l’eau, tu dois savoir que son péché sera quinze fois plus grand; ou plutôt il le surpassera de douze cents fois. Elle ne doit pas fixer les yeux sur le soleil, ni s’entretenir de choses déshonnêtes avec les hommes. Deux femmes en gésine ne doivent pas coucher ensemble; sers-lui à manger dans des plats de plomb. Qu’elle se souvienne de ne pas jeter les yeux vers le ciel, ni marcher pieds nus sur la terre. Elle ne doit pas toucher des mains le pain qu’elle mange, ni remplir plus qu’à demi le vase qu’elle emploie pour boire. Qu’elle tienne pendant qu’elle boit, les mains toujours renfermées dans ses manches ; et qu’elle les enveloppe d’un morceau de drap, afin qu’elle ne s’expose pas à verser de l’eau sur sa peau. C’est surtout pendant le repas qu’elle doit se rappeler ce précepte. Une femme enceinte ne doit pas s’asseoir au soleil, de crainte que, dans l’été, la chaleur de cet astre ne l’incommode. Quand

une femme sent les douleurs de l’enfantement, quoiqu'elle se soit purifiée ce jour-là, qu’elle ne se lave pas la tête avant trois jours. Qu’elle attende même encore après être délivrée neuf autres jours, jusqu’à ce que son parfait rétablissement, ne laissant plus rien à craindre pour sa vie, elle puisse se laver la tête pour purifier son âme. Si sa convalescence dure vingt-neuf jours, elle tiendra la même conduite. Qu’elle passe trois jours entiers, et qu’elle se lave ensuite la tête. Si l’on doute si elle est sur le point d’accoucher ou non, qu’elle se prépare néanmoins une robe, qui doit avoir certaines conditions, pour remplir les vœux de la religion. Si elle est véritablement dans les maux qui annoncent l’accouchement, que cette robe soit pure, afin que la malade ne succombe pas à sa douleur. Si elle a un fils à la mamelle, elle doit aussi faire faire une robe à son intention. Lorsque l’enfant aura reçu de son lait, elle doit s’appliquer à lui apprendre à obéir. Qu’elle lave sa tête avec celle de son enfant. Une femme nouvellement accouchée, souille, comme je l’ai déjà dit, tout ce qui s’offre à ses yeux. Si elle regarde un plat servi sur une table, il doit être incontinent purifié. On doit en faire autant de l’eau qu’elle aurait fixée. Si elle pose les mains sur un chardon, on le verra aussi promptement se faner et se sécher, que s’il eût été déraciné. Si son regard tombe sur une pièce d’indienne, elle perdra aussitôt sa couleur et sa beauté. Qu’elle se prépare donc, surtout pendant les trois premiers jours qui suivront ses couches, de tout péché et de toute imprudence.

Porte LXXVIII. — Peines prononcées contre ceux qui touchent à ce qui peut appartenir à un cadavre, ou à une femme en couches. — N’approche ni de la bière qui contient le mort, ni de celle où il a été lavé. Tu ne dois pas moins éviter de toucher à tout bois teint du flegme et du sang que répand une femme en couches, ainsi que de celui où elle aura posé le pied ; car tout cela peut souiller tes habits. Ne brûle pas même ces sortes de bois ; mais transporte-les au loin; car personne ne les achètera de ta main, puisqu’ils ne peuvent être d’aucun usage.

Porte LXXXVI. — Devoirs imposés aux femmes enceintes et nouvellement accouchées. — La loi ordonne à la femme qui vient d’accoucher, de cesser de se laver la tête, pendant vingt et un jours. Si, après ce terme, elle croit n’avoir rien à craindre, qu’elle se lave ; elle doit éviter de mettre la main à aucun ouvrage, pour que son intelligence, son esprit et sa prudence, ne soient pas mis en défaut ; qu’elle ne pose pas le pied sur le seuil de la porte. Que pendant quarante jours elle ne touche à rien de bois ou de terre. Qu’elle ne s’occupe pas à faire bouillir sa marmite. Après ces quarante jours, qui exigent de sa part la plus grande précaution, qu’elle se purifie. Qu’elle ne voie aucune autre femme avant l’expiration de ce terme, car ce serait un grand péché. Si la femme qu’elle visite est enceinte, il est certain que le lait de la nou-

l’obstétrique et le culte

velle accouchée nuira au fœtus que celle-là porte dans son sein ; ce qui rendrait coupables le père et la mère de l’enfant. Ne l’expose donc pas au danger.

Si tu es dans le doute si ta femme est enceinte, tu peux facilement approfondir ce mystère. Si, depuis le moment dont tu soupçonnes sa grossesse jusqu’au quatrième jour, elle a eu ses indispositions périodiques, dis qu’elle ne l’est pas, puisqu’il est certain qu’une femme en cet état, n’a pas ses menstrues. Ne fais aucune violence à une femme enceinte. Examine bien sérieusement si elle l’est, afin qu’elle puisse prendre les précautions convenables à son état. Une femme grosse doit se ménager, et fixer son séjour dans un lieu solitaire et retiré. Apprends que ces devoirs ne sont pas d’une médiocre importance.

Porte LXXXVII. — Devoirs imposés à une femme qui s'est blessée. — Une femme qui se sera blessée, doit être transportée auprès du feu sacré, pour la purifier pleinement, par les cérémonies de la religion, des souillures qu’elle peut avoir contractées. On ne doit pas lui donner d’eau à boire, pendant trois jours, pour ne pas l’exposer à mourir. Au même instant que cette femme a été délivrée, tu dois commencer à prier pour elle dans le temple : ce que tu continueras pendant trois jours. Lorsque l’enfant sera sorti du sein de sa mère, laisse le nu pendant plus d’une heure, donne lui ensuite de l’eau à boire, car peut-être en voudra-t-il goûter. Après les quarante jours, une femme ainsi délivrée doit se laver la tête, et faire pénitence. Si le fœtus n’a pas quatre mois, il est sans âme ; quand on le trouve glacé dans l’amnium, avant trois mois, on ne doit pas manquer de le montrer à un chien. Il faut ensuite remplir un bassin d’eau lustrale, où deux personnes le laveront. Si l’embryon devient blanc, il sera placé au rang des cadavres, et sa mère tenue de faire pénitence. S’il est rouge ce n’est qu’une masse de sang. Mais quelle est alors la pénitence que la mère doit faire? Si l’avortement arrive trois mois après la conception, apporte toute la circonspection possible à ce que tu dois faire à ce sujet. Prends bien garde, toi qui es versé dans nos mystères, de t’exposer à quelque danger : car notre religion nous défend de ne rien faire dont la fin soit équivoque. Une femme qui éprouve un avortement, se lavât-elle la tête dix mille fois d’eau lustrale, ne sera jamais purifiée; parce que ses souillures ne sont pas dans l’extérieur de son corps. Elles sont dans la moelle de ses os, dans ses veines et dans ses entrailles. N’oublie pas cela, situ veux être sage. L’eau peut, à la vérité, purifiera l’extérieur; mais la religion peut seule effacer les taches de l’âme. Une personne qui oublierait ces maximes importantes ne serait certainement pas purifiée. Tout ce qui tomberait même sous ses mains, l’eau, le feu, les aliments, tout serait souillé. Chaque action que fera une femme quise serablessée, ajoutera au nombre de ces prévarications. C’est une vérité que tu dois sérieusement méditer. Si elle touche à l’un des plats du festin, tous ceux que l’on ser-

vira sur la table, se corrompront aussitôt, et exhaleront une odeur fétide et empestée, comme si quelque mégère les eut empoisonnés de son haleine infernale. Qu’elle fasse donc incessamment une pénitence publique, et qu’elle rachète ses péchés, en donnant au clergé neuf morceaux de jayet. Qu’elle se lave aussi trois fois la tête, d’eau lustrale, pendant trois jours ; et alors elle n’aura plus à craindre le talent funeste qu’elle avait de tout souiller sous ses mains. »

Le onzième jour, celui des relevailles, « on donne au blanchisseur, dit Dubois (1), tous les linges et vêlements qui ont servi durant celte période, et la maison est purifiée... On fait ensuite venir un brahme (2), pourohita. L’accouchée, tenant son enfant dans les bras et ayant à côté d’elle son mari, va s’asseoir sur une espèce d’estrade en terre, dressée au milieu de la maison et couverte d’une toile. Le pourohita s’ approche d’eux, fait le sancalpa, offre le poudja au dieu Vigness ouara, et fait le pounia-ava-chana, ou la consécration de l'eau lustrale. 11 verse un peu de cette eau dans le creux de la main du père et de la mère de l’enfant, qui en boivent une partie et répandent l’autre sur leur tête. 11 asperge avec cette même eau la maison et tous ceux qui l’habitent, puis va jeter dans le puits ce qui en reste. Enfin, on donne au pourohita du bétel et quelque présent, et il se retire... Par celte cérémonie, qui se nomme djatacarma , toute trace de souillure disparaît ; mais l’accouchée ne recouvre son parfait état de pureté qu’au bout d’un mois; jusque-là, elle doit vivre dans un lieu isolé, et n’avoir de communication avec personne du dehors ».

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