CHAPITRE XII
Hérode fait tuer Jacques , frère de Jean. — Pierre délivré de prison par un ange. — Mort d'Hérode,
« Depuis le baptême de Corneille jusqu'aux
» événemens qui font la matière de ce chapi-
» tre, c'est-à-dire dans l'espace d'environ
)) sept ans , il se passa plusieurs faits méraora-
y> blés que l'auteur sacré de cette histoire
-» n'a pas été inspiré d'écrire , mais qui sont
» venus jusqu'à nous par une tradition con-
y» stante , appuyée sur le témoignage des plus
» graves historiens de l'Église. Telle est la
5) dispersion des a[)ôtres qui , assurés enfin
)) de la vocation des gentils, leur portèrent
» la lumière de l'Évangile jusqu'aux extré-
j) mités du monde connu. Ils avaient aupara-
» vant composé le symbole qui s'est toujours
» appelé depuis le Symbole des apôtres :
» précaution nécessaire pour que leur ensei-
» grjement fût partout uniforme. Le senti-
» ment de ceux qui croient que chacun d'eux
» en fournit un article ( ce que paraît signifier
» le nom même de symbole ), ce sentiment,
» dis-je, a des autorités si anciennes et si res-
« pectables, qu'il y aurait de la témérité à
» vouloir le contredire. En quittant la Ju-
» dée , saint Matthieu laissa à ses corapa-
» triotes son évangile , qu'il venait d'écrire
DES APÔTRES. CHAPITRE XII. l3l
)) en leur langue. L'original ne se trouve y) plus ; le grec , qui en tient lieu , n'en est » qu'une traduction lidèle faite dans ces pre- )) miers teras. Il semble que Dieu ait voulu » l'ôter aux Juifs, qui se l'étaient rendu inu- » tile par leur incrédulité. Ce fut aussi dans )) le même tems que saint Pierre établit le » siège de sa primauté à Antioche. Il n'était 1) pas nécessaire pour cela qu'il s'y trans- » portât en personne. Il le fit néanmoins; » mais il ne s'y fixa pas tellement qu'il ne )) parcourut les villes et les provinces oi:i sa » présence pouvait être nécessaire ou utile. )) Lui et ses collègues revenaient à Jérusalem » lorsque les besoins de l'église les y rap- >) pelaient , ou que leurs courses évangéli- » ques les en rapprochaient. On fait ici cette )) remarque , parceque c'est ce qui donna lieu » à ce qui va être raconté.
» Les fureurs des Juifs acharnés contre les » disciples avaient paru ménager un peu plus » les apôtres. Ce fut contre eux que se dé- » clara une malice plus profonde et plus ré- » fléchie. » en ce tems-là (i), « dit l'écri- Cap. xn. ;!^. i.
/ 1 • TT ' J / > v ^ Eodem autem
» vain sacre , » le roi nerode (2) se mit a tempore misit
(i) Ce qu'on va lire arriva envii'ou dix ans après l'ascension du Sauveur. Ainsi en ce tenis-là paraît ne pouvoir se rapporter qu'au tcms de la famine, dont la prédiction est la dernière chose dont saint Luc a parlé.
(2) Hérode Agrippa, différent d'Hérode qui fît déceler saint Jean-Baptiste , et d' Agrippa devant qui paint Paul plaida sa cause. Le premier était son oncle
Herodes rex manus, ut allligeret qiiosdam de ecclesia. 2 Occidit autem Jacnbum, fratrem Joannis gladio.3 Videns autem qnia placeret JuJaeis, apposuit ut apprehenderet et Petrum. Eraat autem dies Azymorum.
4. Quem ciim apprchendisset , raisit in carcerem , tradens quatuor quateriiionibusmilitura custodiendtim , volens post pascha prodiicere eum populo. 5.
Et Petrus quidem serval)atur in carcere. Oratio autem ficbat sine intermissioneab Ecclesia ad Deum pro eo.
l32 HISTOIRE DES ACTES
persécuter quelques-uns de l'église. « Comme » il en voulait principalement aux chefs, » il fit mourir par le glaive Jacques (i) frère de Jean. Voyant que cela faisait plaisir aux Juifs (2), il fit aussi prendre Pierre. Ceci arriva au tems des azymes. Quand il l'eut arrêté, il l'envoya en prison , et le fit garder par quatre escouades de quatre soldats cha-
paternel, et le second était son fils. Ce prince n'avait aucune autorité dans Jérusalem. Cependant on ne lui contestait pas l'exercice du pouvoir souverain sur les gens de sa maison , puisqu'il fit conduire au supplice les gardes de saint Pien-e, ni sur les Galiléens ses sujets, tels qu'étaient les deux apôtres dont il fit décoller l'un et emprisonner l'autre. Ce fut aussi la cause de la déférence qu'eut Pilate de renvoyer Jésus k Hérode^ lorsqu'il eut entendu dire que Jésus était de Galilée.
(i) Fils de Zébédée , celui que nous nommons Jacques le majeur , un des trois disciples que Jésus-Christ chérissait plus particulièrement, le premier des apôtres qui eut l'honneur de répandre son sang pour la cause de son maître ; primauté bien plus désirable que celle que son ambition lui avait fait désirer et demander. Sou corps , qui fut transpoité en Espagne , y est l'objet des pieux pèlerinages qui s^y font de toutes les parties du monde catholique.
(2) Pilate fit crucifier Jésus-Christ parcequ'il craiguait le peuple. Hérode , pour plaire au peuple , fit décoller Jacques , résolu k en faire autant k Pierre. Ils furent meurtriers l'un et l'autre, le premier parcequ'il était tremhleur , le second parcequ'il était flatteur. Dq6 passions si lâches devraient-elles être si cruelles ?
Si les peuples sont souvent flatteurs des princes , les princes sont aussi quelcjuefois flatteurs des peuples.
lÛJ
cnne. Son dessein était de le faire mourir devant tout le peuple après la fête de Pâques. Pierre était donc gardé dans la prison , et l'église ne cessait point de faire pour lui des prières â Dieu. Comme Hérode était sur le point de le donner en spectacle , la nuit de ce jour-là même , Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes; et il y avait ime garde posée devant la porte de la prison. Tout-à-coup il parut un ange du Seigneur, le lieu fut rempli de lumière, et l'ange frappant Pierre au côté , le réveilla. Levez-vous promptement, dit-il; et à l'instant les chaînes lui tombèrent des mains. Prenez votre ceinture, lui dit l'ange, mettez vos souliers. Il le fit. L'ange ajouta : Prenez votre vêtement, et suivez-moi. Pierre sortit, et il le suivait, ne sachant pas que ce qui se faisait par l'ange fût une chose réelle ; mais il s'imaginait que c'était une vision. Quand ils eurent passé la première et la seconde garde , ils vinrent à la porte de fer qui mène à la cité (i), laquelle s'ouvrit d'elle-même pour leur faire
(i) Les traducteurs mettent la ville. On en conclut que cette prison était hors de i'encemte de la ville. Cela pourrait être absolument ; mais il pourrait être aussi que Jérusalem , ainsi que quelques-unes de nos grandes villes , eut une de ses parties qui s'appelait la cité. On a même quelque raison de soupçonner que cela était ainsi. D'ailleurs le mot latin et le mot grec signifient plus littéralement la cité. Ou s'en est donc servi, pour 336 pas décider ce que le texte laisse indécis.
6. Cimi autena produclurus eum csset HeroJes, iu ipsa nocte erat Petrus dor— laiens inter duos milites , vinctus catenis duabiis :
et custodes ante ostium custodie- Lant caicerem.
7. £t ecce angélus Domini astitit : et lumen refulsit in habitaculo : percussQque latere Pétri, excitaviteum,dicens : Suige vciociter. Et cecideriint catenaede manibus ejus. 8.
Dixit autem angélus ad eum :
Prsecingere , et calcea te caligas tuas Etfecitsic.
Et dixit illi : Circumda tibi vestimentnm tuum , et sequere me.
9 Et exiens sequebatur eum , et nesciebat quia verum est , quod flebat pei- angelum : existimabat auteai se visum videre. 10.
Transeuntes autem primam et secundam custodiam , venerunt ad porlam fer— ream , quœ ducit ad civitatem :
qnce ultro aperta est eis. Et exeunlcs processe-
l34 HISTOIRE DES ACTES
runt vicum u- passaf^c. Etant sortis , ils avancèrent iusqu'au
num ; et conti- x «-> ' J t
nuo (iiscessit an- boiit de la rue , et aussitôt l'ange le quitta.
Et Petnis'^^dVè Aloi's PieiTe étant revenu à soi , dit : Je vois
reversus, dixit : j^Jen à présent que le Seigneur a envoyé son
JVimc scio vere, . •' . *-' . •'
quia misit Domi- ange, ct qu'il m'a délivré des mains d'Hé-
um ,^?t^ eHpuit ^^^^ ^^ ^^ toutc l'attente du peuple Juif,
me de manu He- « Laissé à lui-même, il fallait qu'il cherchât
rodis, et de otn- •! ^ -i a \ i
ni cxjjcctutione » un asilc OU il put êtrc a couvert des poursui-
îmn.'' '^"''^"~ ^' *^s. » Après y avoir réfléchi, il alla « d'abord»