‹ Histoire des Actes des apotresChapitre 53 sur 81 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Baptême de Jean insuffisant. — Miracles ope're's par le seul attoucliement des habits de saint Paul. — Juifs exorcistes maltraités par le de'mon. — Livres brûles. ' — Sédition excitée par l'orièvre Démétrius.

« Dieu voulait ce que son apôtre n'avait

» promis qne ce fut la volonté divine (i). »

C. XIX. jtr. I. Ainsi , tandis qu'Apollo était à Gorinthe , Paul

tem?c"urïrAponô ^^ ^idèlc à Dicu et aux hommes, Paul, dis-je, »

eseet Conulhi , aoiès avoir parCOUrU IcS prOvinCCS SUpéricuul Paulus , para- ^ 1 1, i . T \ V^ ^ y

gratis superiori- res [2) c( Gc 1 Asie , )) se rendit a Epuese.

«"rVr'E'.hrsmr; Il y trouva quclqucs disciples , auxquels il

et iuvtniret (3it ; Avez-vous reçu le Saint-Esprit en rece-

quosdam disci- .^ i r • o Tl i' ^ AT '

piiios : 2. Dixit- "vant la toi r Ils repartirent : i>ous n avons pas

que ad eos : Spi- j^^^j^^g q^j (jjj.g g']} y ^ ^^jj Saiut-Esprit. De

rittim sanctum J Jr

accepisiis cre- quel baptême (3) donc, dit-il, avez-vous

deutes? At iUi ^ ^ ^ ^ ' '

(i) Chap. XVIII , jr ig. Iterum revertar ad vos Deo voleute.

(2) Ces proA'iuces sont la Gala tic et la Phrygie, dont il est parlé au f 23 du cLajîitre précédent. Elles sont situées au nord d'Éplièse , qui était comme la métropole de l'Asie mineure : c'est par rapport à celte situation qu'on les appelle ici les provinces supérieur'îs.

(3) Cette demande ne signifie-t-elle pas clairement qu'on ne pouvait pas avoir reçu le vrai baptême , le Jjaptême clu-étien , sans a\oir oui dire qu'il y a un

DES APÔTRES. CHAPITRE XIX. If)9

été baptisés ? Du baptême de Jean ( i ) , rcpliqiièient-ils. Paul dit là-dessus : Jean a baptise le peuple du baptême de la pénitence, disant que l'on eût à croire en celui qui devait venir après lui (2), c'est-à-dire en Jésus. Ce qu'ayant entendu , ils furent baptisés au

Saint-Esprit ? Saint Paul le leur fit recevoir ensuite , et il est dit à ce propos qu'ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Donc dans le baptême qui est dit dans les Actes avoir été donné au nom du Seigneur Jésus , le Saint-Esprit, et par conséquent les trois personnes divines y étaient expressément nommées. Nous avions promis cette preuve plus hautj elle nous paraît sans réplique.

(i) Les protestans ont prétendu que le baptême de Jean avait la même vertu que le baptême de Jcsus- Christ, et qu'il s'administrait jîareillement au nom des trois personnes de la très-sainte Trinité ; ou n'imagine pas où ils ont pu prendre de pareils rêves. Si ces deux baptêmes eussent été semblables par la forme et par la vertu, ApoUo, qui ne connaissait que le hapiêine de Jean, aurait-il eu besoin d'être plus amplement instruit? Et ces Éphésiens , dont il est ici parlé , auraient-ils pu répondre qu'ils n'avaient pas même ouï dire qu'il y eût un Saint-Esprit , eux qui l'auraient entendu nommer dans la formule de leur baptême ? C'est cette erreur qui a occasioné ce canon du concile de Trente ( Sess. 7. ) : Si quelqu'un dit que le baptême de Jean avait la même vertu que le baptême de Jésus-Christ , qu il soit anathème.

(2) Ces paroles de saint Paul nous apprennent que saint Jean exigeait de ceux à qui il conférait son baptême , la foi explicite au Messie promis et prochain , comme à celui de qui seul ils deyaient attendre la lé-

(lixerunt aclenm:

Scd nequesi 8piritus sanctus est audivimus. 3. 11le vero ait : In quo ergo baptisati estis ? qui dixerunl : lu Joaunis baptismale.

4- Oixit autcm Panlus : Joannes baplizavit ba] — tismo pœniteii— tiœ populimi , dicens : In eum, qui venturiis csset post ipsiiui , ut credeient , hoc est in Jesum 5. His audilis baptizati suiit in nomine Dotuini Jesu. 6. Et cura imposuisset illis manus Pauliis .

venit Spiritus sanctus super eos , et loquebantur linguis et propbetabant. 7 Erant autem omnesviri fere duodeciiu.

8. Introgressus autetn synagogana cwtn fidncia loqiiebalur per tresmenses, disputaus et snadens de regno Dei.

9. Cum antem quidam indurarentur , et non crederent, maledicpntes viam Domini coram multiliidine, discedensab eis, segregavit discipulos, quotidie disputans in schola Tyranni cujusdam. 10. Hoc aiitem factum est par biennium , ita ut oranes qui Habitabant in Asia andirent verbum Domini, Judaei atque gentiles.

nom du Seigneur Jésus; et après que Paul leur eut imposé les mains , le Saint-Esprit vint sur eux, en sorte qu'ils parlaient plusieurs langues et qu'ils prophétisaient. Ils étaient en tout au nombre de douze hommes, ou environ.

Il alla ensuite dans la synagogue , et il y parla durant trois mois sans rien craindre , disputant « avec les Juifs, » et les convainquant sur ce qui regarde le royaume de Dieu. (( Ces Juifs, ainsi qu'on l'a remarqué, étaient » mieux disposés que ceux des autres pays; » et il paraît que le plus grand nombre l'écou- » taient favorablement. Cependant, » comme quelques-uns qui s'endurcirent et qui demeurèrent incrédules décriaient publiquement la voie du Seigneur, il les laissa (i), et en ayant séparé ses disciples , il tenait tous les jours SCS conférences dans l'ccule d'un certain homme appelé Tyrannus. Cela dura pen-

mission de leurs péchés, à laquelle son baptême n'était qu'une disposition éloignée. Sans doute c'est pour cette raison que la qualité sous laquelle Jean le désignait le plus souvent , c^était celle de l'agneau qui ôte leit péchés du monde.

(i) Ce n était pas une fuite, c'était une sage retraite pour épargner de nouveaux blasphèmes aux inciédules, et des tentations aux néophytes. Ces raénagemens doivent surprendre dans un homme d'un caractère aussi ardent que l'était saint Paul. Il fallait que la grâce l'eût vendu bien maître de lui-même.

dant deux ans , si bien que tous ceux qui demeuraient en Asie , Juifs et gentils, entendirent la parole du Seigneur.

Cependant Dieu faisait des miracles non communs par les mains de Paul ; jusque-là même qu'on portait aux malades les mouchoirs (i) et les tabliers qui lui avaient servi , et les maladies les quittaient, et les esprits malins sortaient « des corps des possédés. » Or quelques-uns des exorcistes juifs (2) qui couraient le pays essayèrent d'invoquer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés des malins esprits, en disant : Je vous conjure par Jésus que Paul prêche. Ceux qui au reste faisaient cela étaient les sept fils de Scéva (3), Juif, prince des prêtres.

1 1. Virtutegque non quaslibetfaciebat Deus per maniim Pauli :

12. Ita ut etiam super languidos deferrentur à corpore ejus sudaria et semi— cinctia, et recedebant ab eis languores et spi»

ritus nequam e— gredicbanliir.iS.

Tenlaveruiit autem quidam etde circumeuntibus juda^is exoicistis, invocare super eos , qui liabe— bant spiritnsmalos , nomen Do*

( I ) En latin sudaria , qii'on ne pourrait traduire littéralement que par le mot de suaires , que nous n'employons que pour exprimer ce qui sert à ensevelir les morts. Chez les anciens le mot sudarium signifiait ce dont ils se servaient pour essuyer la sueur. On a traduit semicinclia par les tctbliers. Il est plus que probable que saint Paul eu usait lorsqu'il faisait des tentes. Mais une remarque plus importante , c'est que voilà des reliques qui opéraient des miracles incontestables. Que peuvent dire à ceci les protestans ?

(2) On a déjà remarqué que chez les Juifs il y avait des exorcistes qui employaient avec succès , contre les démons, certaines foimules de conjuralions que Salomon leur avait apprises.

(3) Ainsi appelé , ou bien parcequ'il était chef d'une de« vingt-quatre familles sacerdotales ; ou peut-être

miniJesu, dicen- Mais l'csprit malin leur re pondit : Je connais

tes : Adjuro vos , . . . V» i

per Jesum queni Jcsus , et jc sais qui cst Paul ; mais vous,

rrk'Sr'Ûte^ W ^tes-vous? a Pinstant l'homme, qui était

quidam Judrei possédé d'un démou très-méchant, se jela

sacerdotiim sep- sur cux (i), et s'étant rcndu maître de deux

LTeban;.'^"''!^ ^^''^^ étaient, il demeura le plus fort, tel-

Respondens au- Jement qu'ils s'cnfuirent de cette maison nus

tem spiritus ne- i i ' t i r ^ i t •/-

quam disit iiiis: et blcsses. La chosc lut sue de tous les Juifs et

Pa!Zm°°Iciô ^\ ^^ *^"^ ^^^ gentils qui demeuraient à Ephèse ;

vos autem quîes- ils en furcut saisis de crainte, et on exaltait

tis ? i(). Et insilietisin eoshomo

parcequ'il était à la tête de ceux de Tordre sacerdotal qui étaient établis à Ephèse.

(i) Lorsque Jean dit à Jésus , Maître , nous ayons TU un homme qui n'est point d'avec nous, lequel chassait les démons en votre nom , et nous l'en avons empêche, Jésus lui répondit : JVe Ven empêchez pas. ( Marc. rs. 87, 38. ) Répondre ainsi, c'est approuver ce que faisait cet homme ; et l'on ne peut douter qu'il ne désapprouvât ceux-ci , puisqu'il permit qu'ils fussent si fort maltraités par le démon : cependant l'action était exactement la même. Oui; mais 1" les circonstances pouvaient faire que ce qui d'un côté était favorable à l'établissement de la foi, de l'autre lui fût préjudiciable. 1° Des intentions diflérentes pouvaient mettre dans la même action des différences essentielles. L'homme que Jésus-Christ ne voulait pas qu'on empêchât pouvait agir par le principe de la foi qu'il avait en lui, et n'avoir en vue que le soidagement de ceux qu'il exorcisait. Les fils de Sceva pouvaient ne regarder l'invocation du nom de Jésus que comme un secret et une recelte; ils pouvaient n'y chercher que la gloire de réussir dans leurs exorcisraes, et apparemment le profit qui leur en revenait lorsqu'ils réussissaient. En ce cas ils méritaient d'être traités comme ils le furent.

le nom du Seigneur Jésus. Plusieurs de ceux qui avaient cru venaient confesser (i) et déclarer leurs péchés. Plusieurs aussi qui s'étaient adonnés aux sciences curieuses ( 2 ) apportèrent ce qu'ils avaient de livres , et les brûlèrent (3) devant tout le monde. On supputa ce que ces livres pouvaient valoir,

(i) Le mot latin et le mot grec signifient proprement qu'ils annonçaient leurs péche's , c'est-à-dirc qu'ils en faisaient une confession puLIicjue. Ils la faisaient par ferveur,, et pour s'humilier davantage ; car la confession publique n'a jamais e'té de pre'cepte. Aussi le concile de Trente ne se sert pas de cet exemple pour prouver la ne'cessité de la confession sacramentelle.

(2) La magie , la plus abominable de toutes les sciences. Les anciens se contentaient de Tappeki acicncc curieuse , par le penchant qu'ont tous les hommes à donner à leurs crimes des noms qui en fassent disparaître la noirceur. C'est ainsi que, parlant d'un homme plongé dans la débauche , nous disons qu'il est dissipé. Cependant l'usage prévaut enfin d'user de ces expressions, et alors tout le monde peut s'en servir, même ceux qui n'attachent pas aux mots la signification qu'ils semblent emporter avec eux.

(3) Ils les brûlèrent pour éteindre un feu par Vautre, dit à ce propos un poëte chrétien. Le feu de l'enfer, ou n'était pas éteint, ou se serait bientôt rallumé pour eux, si celui-ci n'avait pas consumé ce qui avait servi d'aliment à leurs crimes. Nulle sûreté, et le plus souvent nulle sincérité dans la pénitence , si elle n^est pas comme un feu dévorant qui détruise toutes les amorces de la volupté , mauvais livres , peintures deshonnêtes , etc. Car pourquoi les garder , si l'on ne veut plus les regarder ?

in qiio crat «1*monmui pessi— mum , et doaiiiiatus amljoi iinj invaliiitcoiitraeos, Jtaiit midi et viilnerali etiiigerent de domo illa. 17.

lîoc autem 110tum fact'im est omnibus Judacis, alque gexitilibus, qui habitabant Éphesi : et cecidit timnr super omnes illos, et niagnificrfijaliir noai'ii Domini Jcsii. 18. Multiqiie crc-dentinna venicbanl coiifitentes acUissiios.

19. Multi aillera ex pis , qui fur— rant ciinosa sectati , contiiItTiint libros, et coni— busseriint toram omnibns:etcomputatis pretiis 11lorum , iiivene— rnnt pecnniatn denariornm quinquagintartiiilium.

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