‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 12 sur 190 · Pierre Vidal · texte numérisé non relu

Pierre Vidal

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ans à l'Angleterre et à l'Aragon. Pourquoi donc refusait-il d'être le chef de la croisade qui devait lui conquérir le Midi? Il ne voulait pas le tenir du saint-siège. Patron de l'Aquitaine, il ne voulait pas se rendre impopulaire auprès des méridionaux, et se réservait de leur offrir la monarchie pour refuge, contre les fureurs de Rome. Il prévoyait sans doute aussi que la lutte serait longue, sanglante, tragique, et qu'un jour viendrait où il pourrait abattre sur les deux partis .épuisés de sang la forte griffe du lion de France.

Mais en même temps qu'il refusait le commandement officiel de la croisade, il en retenait secrètement la direction. Elle était française et composée de ses vassaux immédiats, et des officiers mêmes de sa couronne. Philippe, qui d'ordinaire résidait à son château de Saint-Germain en Laye, envoya dans l'ost croisé son connétable Mathieu de Montmorency, Bourchard de Marly, Lambert de Croissy, Robert de Poissy, les serviteurs de sa maison féodale. Il fit plus encore, il mit à leurtêtedeux grands barons, Eudes III, le puissant duc de Bourgogne, issu du sang royal, et Simon de Montfort, descendu, disait-on, d'un bâtard capétien. Dans un parlement qu'il tint à Villeneuve, près de Sens, le roi fut de nouveau sollicité par les légats, au nom d'Innocent III. Philippe resta inébranlable. Il dit que c'était beaucoup qu'il autorisât ses barons, auxquels cependant, s'il faut en croire, Guillaume le Breton, son poète1-, il ajouta quinze

i. Philippide, ch. VIII.

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mille hommes de l'ost royal. Ainsi le circonspect et politique prince concédait tout , ses soldats, ses barons, son connétable, mais non pas le roi. Il ne voulut jamais donner pour tête à la croisade monstrueuse la noble et sagace royauté de France.

La croisade cependant se formait en trois masses énormes, au nord, au centre et à l'ouest, pour converger ensuite vers Toulouse. Aux trois légats, l'abbé de Cîteaux et les deux évêques du Riez et de Conserans, le pape adjoignit un légat à latere pour représenter plus directement sa personne auprès de l'armée. Il envoya Milon, son secrétaire, auquel il associa maître Thédis ou Théodose, chanoine de Gênes, qui devait être l'ingénieur et le diplomate de la croisade.

Du haut du Vatican, le pontife harangua luimême les chefs des croisés, les exhortant à la concorde, et à combattre pour Dieu et la gloire éternelle. Sus donc, soldats du Christ ! Que le gémissement de l'Église vous émeuve! Vengez une si grande injure faite à notre Dieu *. Puis il donna ses instructions secrètes aux légats pour la réussite de l'expédition. « Vous me demandez de quelle manière les croisés doivent se comporter envers le comte de Toulouse? Nous vous conseillons, avec l'apôtre, d'employer la ruse qui, dans cette occasion, doit être plutôt appelée prudence. Vous attaquerez séparément ceux qui sont séparés de l'unité... Vous ne vous en prendrez donc pas au comte, s'il ne secourt pas les autres princes ;

l. IJ. de Vaux-Gernay, VIII.

mais, le laissant pour un temps, vous attaquerez les autres chefs hérétiques : ces chefs, qui réunis seraient très difficilement vaincus, le seront très aisément isolés. Ce prince, après leur défaite, se soumettra, ou s'il persévère dans sa révolte, il se trouvera seul, et sera écrasé le dernier. Au surplus vous vous comporterez à l'égard du comte ainsi que le ciel vous l'inspirera, pour le plus grand honneur de Dieu et de l'Église1. » Les légats exécutèrent de point en point l'astucieux conseil d'Innocent III. 11 disait encore à Milon : « L'abbé de Cîteaux fera tout, et tu ne seras que son organe, parce qu'il est suspect au comte et qu'il n'a aucune défiance de toi! » Ainsi le sombre Amalric demeura l'âme et le chef sacerdotal de la croisade, et il était l'ennemi personnel du comte de Toulouse l.

Milon et Thédis, arrivés en France, se rendirent aussitôt à Auxerre où les attendait l'abbé de Cîteaux. Après avoir, à Villeneuve, salué le roi de France, ils se séparèrent; Arnauld resta dans le nord pour mettre l'armée en marche, et Milon se rendit à un synode convoqué à Montélimart, où il cita le comte de Toulouse. Cependant les princes du Midi s'étaient émus de cet armement des Français. Le pacifique Ramon VI, qui n'agissait jamais sans les conseils des comtes de Foix, de Commenges et de Carcassonne, réunit sans doute dans le Capitole de la cité ses capitouls et ses grands vassaux. La question de la résistance ou de la soumission fut débattue en tumulte entre ces barons et ces consuls. Le

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