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CHAPITRE IV

Le cardinal Pierre de Bénévent. — Il réconcilie à Narbonne les comtes pyrénéens' et la ville de Toulouse. — Il se rend en Aragon pour installer sur le trône le jeune roi don Jaime. — Pendant son séjour en Espagne, Montfort guerroie dans l'Agénais — Siège de Cassanliol.

Le supplice de Baudoin fit rugir Montfort. C'était son Sinon domestique, une incarnation de la trahison du Midi. Son châtiment annonçait le réveil de l'Aquitaine après le coup de foudre de Muret. Toulouse, ce fruit attendu de la bataille, ne tombait pas dans sa main. Godefroi en trente jours avait pris Jérusalem, et lui, Simon, guerroyait depuis cinq mois, mettant plus de temps à conquérir Toulouse que Bouillon à subjuguer l'Orient ! Elle avait résisté à vingt croisades; résistera-t-elle aux diplomates du Vatican?

Innocent III envoya le cardinal Pierre de Bénévent. Il avait pour mission de réconcilier les Toulousains et les comtes Bernard de Commcnges et Gaston de Béarn. Il n'est point parlé du comte de Eoix. « Toulouse, disait le Pontife, demeurera sous

la protection du Saint-Siège, et ne sera plus inquiétée par le comte de Montfort. » Il recommandait à Montfort d'obéir à son légat et de rendre le jeune roi d'Aragon.

Pierre de Bénévent arriva sur les bords du Rhône, où il rencontra Montfort. D'Arles il se rendit à Nîmes. Simon s'en était emparé, au nom de l'Eglise romaine, comme d'une dépendance de Carcassonne. Il n'y avait point d'hérétiques, mais le légat trouva légitime apparemment cette usurpation de Montfort qui donnait Nîmes au Saint-Siège. De là il se rendit à Montpellier. Cette ville ne voulait pas reconnaître pour son seigneur le petit roi don Jaime, et s'était érigée en république sous le protectorat du roi de France, qui s'en référa à la décision du légat. Il vit en passant Béziers, où un évêque résidait au milieu des ruines et des ossements. A Narbonne, il fit cesser les hostilités. entre le vicomte et Simon. .11 y trouva les comtes de Foix, de Béarn, de Gommenges, de Roussillon, de Toulouse, et sept consuls de Toulouse. Ils furent réconciliés à l'Eglise romaine et promirent de livrer divers châteaux. Il remit le petit roi don Jaime à son cousin Nugnez, comte de Roussillon. et passa en Espagne pour l'installer sur le trône d'Aragon, vassal du Vatican. 11 est évident que les princes pyrénéens étaient tombés, comme des lions, dans les fosses du légat. Le rusé Italien, par des promesses perfides, les attira dans le piège de Narbonne. Quand ils furent réunis dans ses murs, ils cédèrent tout ce qu'il voulut, sous la double pression des foudres du Vatican et d'une armée qui venait de France. Gui, évêque de Carcassonne, l'avait

levée et ramenée des pays d'outre-Loire. Elle sortit, comme sous la baguette d'un enchanteur, des forêts de la Montagne-Noire. Montfort alla la recevoir à Saint-Tibéri, se mit à sa tête et revint à Narbonne pour mettre à la raison les princes récalcitrants. Alors ils durent se soumettre, rester prisonniers ou céder leurs châteaux. Ils livrèrent leurs inexpugnables donjons. Pierre de Vaux-Cernay, qui revenait de France avec l'ost, reste émerveillé du stratagème stratégique : « Us ne pouvaient rien, dit — il, les pèlerins sans le légat, le légat sans les pèlerins. 0 riche abondance de la miséricorde divine! Il arriva donc par l'ordre du Dieu miséricordieux que, durant que le légat alléchait et retenait par une fraude pieuse ceux qui s'étaient réunis dans Narbonne, le comte de Montfort et les croisés purent passer vers Cahors et Agen et librement attaquer leurs ennemis, ou mieux ceux du Christ. 0 pieuse fraude ! ô piété frauduleuse ! » Et le moine entonne un dithyrambe en l'honneur de la perfidie romaine1.

Aux conférences de Narbonne, il n'avait pas été question du supplice de Baudoin. Mais Simon ne l'oublia pas, et pendant que le légat amusait les princes, il chargea son frère, Oui de Montfort, et Gui de Vaux-Cernay, évôque de Carcassonne, d'aller, pendant l'armistice, châtier Rattier de Castelnau, qui avait livré l'infant de Toulouse. Pendant qu'ils s'acheminaient vers le Quercy, Montfort remonta vers Valence pour conclure le mariage de son fils Amaury. L'infante Béatrix était encore enfant; le

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