L. P. de Vaux-Cernay, chap. LXXX
2. Les seigneurs de Cap-de-Nac firent hommage à Montfort ; ceux de Figeac lui livrèrent le fort château de Peyresse, sous la redevance annuelle de 10 marcs d'argent. Vaisselle, V, p. 234.
et s'y logea. Les habitants, réveillés en sursaut, se réfugièrent, effarés, demi-nus, sur la neige, dans la forteresse. Gui, par cette manœuvre rapide, empêcha deux choses : que les habitants n'incendiassent leur bourg, et qu'ils n'approvisionnassent la citadelle. Il dressa une calabre et battit le château ; mais le châtelain arma une pierrière et combattit les croisés. Les assiégés étaient sans armes, sans vivres, sans vêtements : ils n'avaient pas cru que les Français tiendraient le siège pendant la rude saison et sur ce site glacial.' Mourant de faim, de froid et de nudité, ils demandèrent la paix. Monlfort arriva pour recevoir la place des mains de l'hiver. Après bien des contestations entre le comte et le châtelain, les faidits et les croisés, il fut convenu que le comte recevrait la place, mais que Simon la livrerait en garde à l'évêque de Bhodez, qui lui donnerait pour capitaine un certain chevalier nommé Pierre de Brémont. Était-ce Pierre Bermond d'Anduze, parent du comte de Toulouse? Le seigneur de Séverac ne se rendit qu'avec fierté, contraint par ses sujets affamés, et voulant encore défendre sa citadélie avec ce peuple de spectres. Simon, rivalisant de générosité, lui rendit sa terre saisie parles croisés, et plus tard, après l'hommage, le rétablit dans sa sauvage forteresse cévenole.
Ces conquêtes de Montfort, ou plutôt ce ravage des terres et ce rasement des châteaux albigeois dans l'Agônais, le Périgord, le Quercy, le Kouergue, s'accomplirent pendant la mission du cardinal Pierre de Bénévent en Aragon. Innocent III était le tuteur du jeune Conquistador; le légat, au nom du pontife,
installa le jeune monarque pupille et vassal du Saint- Siège. Dans cette auguste cérémonie , si émouvante, les chevaleresques Aragonais oublièrent les libertés nationales et les insolences théocratiques devant les grâces de ce royal orphelin, ramassé dans le sang d'un champ de bataille et sur le cadavre paternel.