‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 148 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Concile de Montpellier. — Montfort proclamé prince et monarque de la conquête. — Chute de Toulouse. — Exil du comte. — Dépouillement total des barons pyrénéens.

Montfort, après ces. conquêtes, voulut s'en faire consacrer la possession par les légats. Le cardinal Robert de Gourçon l'avait déjà, contre les ordres formels du pape, investi de l'Agénais, du Quercy, du Rouergue et de l'Albigeois. Mais les évêques voulaient lui transmettre en bloc les Etats de Toulouse, et l'en proclamer, dit un moine, prince et monarque . Cet ambitieux projet du conquérant et des évêques venait se heurter contre deux obstacles : Philippe- Auguste et Innocent III. Néanmoins Courçon, pour terminer l'affaire des hérétiques albigeois et toulousains, convoqua de Reims (7 décembre 1214) un concile où il appela tous les primats, archevêques, évêques, archidiacres et chefs d'abbaye de l'Aquitaine. 11 en fixa le siège à Montpellier, à cause de sa proximité de Toulouse, clef et réceptacle de

l'hérésie, à cause aussi de la grandeur et de la sécurité de la ville, et de la fertilité du pays. Montpellier était catholique; mais sa catholicité était moins dans le peuple que dans sa dynastie, qu'il venait de répudier en s'érigeant en république. Le peuple de Montpellier, on va le voir, sympathisait avec la grande cause romane.

. Arnauld-Amalric, primat de Septimanie, les archevêques de Bourges, Bordeaux, Aueh, Embrun, Vingt-huit évêques, les princes du cloître, des barons aquitains, des conquérants, et, à leur tête, le héros du concile, vinrent à Montpellier. Quand Montfort parut, les magnanimes consuls fermèrent les portes au spoliateur du Midi; il dut aller camper dans un château de l'évêque de Maguelonne. Ce ne fut pas Robert de Gourçon qui présida le concile, mais Pierre de Bénévent, qui revenait d'Aragon. Il en fit l'ouverture, le mercredi 8 janvier 1215, par un sermon qu'il prononça dans l'église de Notre- Dame; puis il le réunit dans son logis, probablement le palais épiscopal. On y dressa trente canons, relatifs presque tous à l'extirpation de l'hérésie. Enfin on aborda la grande question, l'investiture de Montfort. Bien qu'elle fût résolue d'avance, le cardinal voulut donner à cet acte une forme diplomatique et solennelle. Il dit aux membres du concile : « Je vous somme et requiers, au nom du divin jugement et du devoir d'obéissance qui vous lie à l'Eglise romaine, que, déposant toute affection, haine ou jalousie, vous me 'donniez, selon votre science, un loyal conseil pour savoir à qui mieux et plus utilement , pour l'honneur de Dieu et de notre sainte mère l'Eglise,

pour la paix de ces contrées, la ruine et l'expulsion de l'hérétique vilenie, il convient de concéder et assigner Toulouse, que le comte Raimond a possédée, ainsi que les autres terres dont l'armée des croisés s'est emparée l. »

(Remarquons que Ramon possédait encore Toulouse et que, réconcilié à l'Eglise, il ne devait pas en être dépouillé, du moins définitivement). Sur ce, les évêques délibérèrent chacun avec ses clercs et rédigèrent leur avis par écrit. Montfort était absent, mais il pesait sur le concilie de tout le poids de son armure. Il était l'homme nécessaire; il en était l'âme. Tous les jours il venait de Maguelonne; il descendait à la maison des Templiers, hors des murs, et conférait avec les évêques. Le légat recueillit les votes ; tous proclamèrent que Montfort, le conquérant du pays, en fût le prince et le monarque. Cette unanimité parut un miracle et l'élection même de Dieu. Les évêques demandèrent que Montfort fût immédiatement investi du comté de Toulouse; mais le légat consulta ses instructions et vit qu'il ne pouvait faire cette investiture sans consulter le souverain pontife. Girard, archevêque d'Embrun, fut envoyé à Rome pour supplier Innocent III d'accorder Montfort pour monarque. Le légat vint à la maison du Temple annoncer son élection au conquérant. Il voulut présenter aux Pères du concile le nouveau roi , de Toulouse. Conduit par Pierre et suivi de ses deux fils, magnifiques adolescents, le modeste et superbe triomphateur se rendit à Notre-Dame. A son

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