‹ Histoire des Albigeois (volume 2)Chapitre 18 sur 190 · Periculum, tonnerre · texte numérisé non relu

Periculum, tonnerre

orages, allaient implorer le Dieu du ciel sur la colline des Tonnerres, lorsque la procession rencontra le comte Ramon-Roger venant'de Foix. Le prince ne daigna, selon l'usage, ni s'arrêter, ni incliner le front, ni descendre de son cheval pour adorer les reliques du martyr. 11 passa fièrement, la tête haute, relevée à l'espagnole, attitude habituelle des princes de la maison de Foix. « Comte, s'écria un abbé du Nord, tu ne défères à ton seigneur, le martyr. Sache donc que dans la ville où tu es maintenant le maître de par le saint, tu seras privé de tout droit seigneurial, et que le martyr fera si bien que de ton vivant tu seras déshérité1. » Paroles que la croisade ne rendit que trop prophétiques, et premier murmure des tonnerres que ces moines allaient déchaîner sur la colline des tempêtes.

A ces menaces se joignaient des signes effrayants. Après la victoire de Vouglé, où le Midi tomba sou£ la framée de Glovis, une source de sang jaillit du pavé de Toulouse, comme du cœur de l'Aquitaine blessée à mort. Des prodiges semblables épouvantèrent les descendants des Askes et des Goths infortunés. Le jour de la Saint-Jean, lorsque toutes les sources et tous les torrents sont en fleur, les paysans des environs de Garcassonne s'aperçurent, en coupant leurs blés, que la javelle était toute trempée de sang. D'abord ils crurent s'être blessés à leur insu; mais non, la faucille n'avait pas même effleuré leur main; le chaume seul dégouttait de sang comme une chair vive. Ils poussent des cris d'horreur en voyant,

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